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Live Report   

The Cult rouvre les portes de son sanctuaire au coeur de Paris


La dernière fois que The Cult était passé à Paris, c’était pour interpréter son album Love en intégralité. Un exercice intéressant pour les fans les plus assidus, d’autant plus approprié que le groupe n’avait pas de nouvel album à défendre. L’inconvénient étant, en revanche, l’impasse obligatoire sur une partie du reste du répertoire du groupe. Et quand un groupe a un répertoire de la richesse et de la qualité de The Cult, ce détail peut devenir fâcheux aux yeux de certains spectateurs. Mais la patience aura payé puisque The Cult est de retour dans la capitale, de nouveau au Bataclan, trois ans après – à défaut, une fois de plus, de venir saluer le reste de l’Hexagone – pour défendre Choice Of Weapon, son nouvel et remarquable album. Même si les prix des billets étaient très élevés (de 40 à 75 euros). Ce qui pourrait expliquer, en partie, une affluence somme toute modeste dans une salle remplie – à vue de nez – à ses deux tiers seulement, outre le fait que, ce même soir, se produisait également Flying Colours au Trianon et Fu Manchu, qui jouait son album The Action Is Go, à La Maroquinerie.

Il est environ 19h20 lorsque Gun entre en scène, soit une vingtaine de minutes après l’heure prévu, c’est dire si la soirée avait été programmée tôt ! Il semblerait que cela soit essentiellement dû à des restrictions imposées par la salle. Remarquez, tant mieux pour ceux qui y ont vu l’opportunité de rentrer plus tôt chez eux, ce qui peut être appréciable en pleine semaine lorsque l’on doit se lever pour travailler le lendemain matin. Mais ne parlons pas de choses qui fâchent car ce soir, le public est bel est bien venu pour se prendre une bonne dose de hard classieux et plein de feeling avec The Cult.

Mais avant, donc, Gun entre en scène. Dès les premières notes la cohérence avec la tête d’affiche est palpable puisque ce premier titre flirte légèrement avec le feeling de The Cult. Heureusement, il ne s’agit aucunement d’un groupe cherchant à singer son aîné – il ne s’agit d’ailleurs pas d’un groupe né de la dernière pluie puisque leur début de carrière remonte à la fin des années 80. Les affinités se retrouvent essentiellement dans ce premier titre, dans quelques harmonies ici et là ou quelques intros. Pour le reste Gun évolue dans un hard glam/FM léger, enjoué et positif.

D’emblée, Giuliano ‘Jools’ Gizzi, chanteur de la formation, se fait remarquer par des lunettes noires et un costard blanc. Le frontman joue la carte de l’élégance autant dans son accoutrement que dans sa gestuelle, ce qui colle plutôt bien au style proposé. En dehors du frontman, malheureusement, le reste des musiciens se font plutôt discrets. Trop statiques, voire effacés, alors que la musique entraînante du quintette réclame assurément davantage de présence. Seul le guitariste chapeauté s’énervera légèrement de manière ponctuelle lors de ses plages de solos. Heureusement Jools viendra en seconde moitié de set à la rencontre de ses acolytes pour démontrer un certain sens de la camaraderie.

Le set de Gun, agréable, aura essentiellement marqué pour la réussie reprise de Cameo « Word Up! », avant de terminer sur un « Shame On You », issu de leur premier album sorti en 1989, que n’aurait sans doute pas renié Bon Jovi.

Ian Astbury (The Cult)

The Cult compte bien ne pas tourner autour du pot et mettre immédiatement le public d’accord. C’est ainsi qu’à 20h30, après une intro où résonnent des chants (indiens supposons-nous, les cultures natives américaines étant un thème récurant abordé par Ian Astbury), déboule à la suite le très rock’n’roll « Lil’ Devil » et l’irrésistible « Rain », deux des pièces de choix de la discographie de The Cult. D’ailleurs, force est de constater que la setlist choisie sur cette tournée ressemble à un bon best-of. C’est ainsi que tous les titres les plus attendus sont passés en revue. En plus des deux titres cités, comment est-il possible de résister au pouvoir magnétique des « Fire Woman », « Wild Flower », « She Sells Sanctuary » ou « Love Removal Machine » ? Certains déploreront sans doute une sous-représentation du pourtant (quasi ?) parfait Sonic Temple (un petit « Sweet Soul Sister » n’aurai pas été de trop) en comparaison de Love et Electric. D’autres féliciteront le groupe d’avoir sorti « Horse Nation » et « Spiritwalker » du premier album (sous le nom de The Cult), Dreamtime. Mais tous déploreront une durée de concert un peu trop courte qui aurait sans mal pu accueillir deux titres supplémentaires, le concert s’étant terminé un peu après 21h45, faites le calcul. Pour finir sur la setlist, sans surprise, le dernier opus du groupe est mis à l’honneur avec pas moins de cinq titres (si l’on compte « Embers » sorti deux ans plus tôt via les Capsules 1 & 2). Mais comment le leur reprocher ?

The Cult : deux musiciens un peu trop dans l’ombre dans tout ça.

Passons à la performance en elle-même. The Cult, aujourd’hui, ce sont avant tout deux musiciens : un chanteur éblouissant de charisme, Ian Astbury, et un guitariste, Billy Duffy, reconnaissable à cette sorte de mélancolie fédératrice dont il saupoudre ses mélodies et harmonies (ce n’est pas pour rien que The Cult, malgré ses sonorités hard rock a été, et est encore, en partie associé à la scène gothique). Et c’est tout naturellement que ces deux musiciens sont ceux qui monopolisent les regards. Dans le même temps, le jeu de lumière force quelque peu la main au public : ces deux musiciens sont davantage mis en exergue que leurs acolytes. On parlait de statisme en évoquant la présence scénique de Gun et certains feront remarquer avec perspicacité que The Cult ne fait pas davantage d’effluves dans sa gestuelle. Pourtant le sentiment procuré est tout autre grâce à l’aura dégagée par ce duo Astbury/Duffy. Que ce soit ses expressions faciales ou sa posture, dos courbé sur sa Gibson, Billy Duffy parvient visuellement à communiquer tous les sentiments dont il imprègne chacune de ses notes. Astbury, quant à lui, cheveux en arrière attachés en catogan, portant la barbe, vêtu d’un blouson avec col en fourrure (que l’on peut espérer synthétique de la part d’un homme qui chante « pour les animaux ») et lunettes noires sur le nez, hypnotise autant lorsque qu’il se tient là, derrière son micro, brandissant son tambourin, que lorsque qu’il exécute quelques élégants pas, un peu plus en arrière de scène. La classe, tout comme sa voix, inimitable, impeccable malgré les années. Certes, certaines lignes vocales se sont vues altérées, essentiellement sur leurs notes aiguës, de manière à être adaptées à la tessiture actuelle du frontman. Mieux vaut procéder ainsi que de se retrouver en mauvaise posture vous diront les professionnels du chant. Et même si, toutefois, des fausses notes ont pu s’échapper – y en avait-il ? – aucun de ceux qui se sont laissé emporter par la prestation n’auront pu les entendre, envoutés par ce grain de voix véritablement incroyable qui reste et restera l’une des plus marquantes de l’histoire du hard rock.

Chris Wyse et Billy Duffy (The Cult)

The Cult, c’est avant tout deux musiciens, disions-nous. Pourtant ils ne sont pas seuls sur scène. Il est à ce titre regrettable que les autres membres du groupe, surtout Chris Wyse à la basse et Mike Dimkich à la guitare (nous reviendrons plus tard sur le cas de John Tempesta derrière ses fûts), ne soient pas davantage mis en valeurs. Ces deux musiciens sont en effet contraints de se partager l’extrême gauche de la scène, souvent dans l’ombre, surtout pour le guitariste qui, lui, se voit même parfois obligé de se mettre en retrait, ne semblant pas toujours savoir où se placer. Le show aurait pu bénéficier d’un meilleur équilibre de ce point de vue. D’autant plus que ces musiciens auraient mérité une meilleure mise en avant, assurant le job (Wyse assure aux chœurs avec une voix parfois étonnement proche de Astbury) et se montrant parfaitement cohérents au sein du groupe, dans leur stature et leur gestuelle.

Malgré tout, le show est là, délectable, profitant de lumières sobres mais appropriées. Remercions Astbury d’avoir évité le déjà-entendu dans ses prises de paroles. Le frontman joue la carte du moment présent et de la spontanéité en interagissant avec le public. C’est ainsi qu’il remarque une personne écrivant sur le côté de la scène et s’exclame : « On a tous des téléphones portables de nos jours n’est-ce pas ? Regardez ce bel homme. Il est en train d’écrire ! Merveilleux ! On ne voit ça qu’à Paris !. » Que pouvait bien écrire cet homme ? Mystère. Et peut-être mieux vaut-il que cela reste ainsi pour conserver le cachet pur et romantique que dégage l’acte ainsi décrit. Astbury blaguera même avec le public à quelques reprises, posant notamment une question relative au fait de faire l’amour à sa femme ou évoquant des bodybuilders. Moment amusant également lorsque le frontman annonce en grande pompe « Rise » comme étant un titre « vraiment heavy ». Il se retourne, fait quelques pas vers l’arrière de la scène afin de laisser ses collègues introduire le morceau, puis revient avec un grand sourire avant que quoi que ce soit n’ait démarré : « J’ai complètement merdé, n’est-ce pas ? Mon ami Billy vient tout juste de me le rappeler ! » dit-il avant de laisser le calme « Life Is Greater Than Death » (prévu ainsi dans l’ordre de la setlist) débuter. Nul ne lui tiendra rigueur de ce pétard mouillé, profitant de cette splendide ballade qui n’aura qu’accentué la détonation produite par « Rise » (Astbury n’aura pas menti en le décrivant comme étant « vraiment heavy ») immédiatement enchaîné à sa suite.

La classe Astbury.

Sur Phoenix également le groupe a démontré sa puissance de feu avec ses lourdes rythmiques et ses solos incandescents. Un titre affublé d’un petit interlude de batterie, accompagnée de la basse. Une sorte de solo énergique, pas très long, juste ce qu’il faut pour créer une latence musicale et relancer efficacement la suite de la chanson. C’est l’occasion également de profiter de la frappe de John Tempesta qui, mine de rien, apporte beaucoup à The Cult. Une frappe lourde et puissante, héritage de son passé dans des groupes nettement plus « énervés », tels qu’Exodus, White Zombie ou Testament.

La fin du concert sera marqué par un public dansant sur « She Sells Sanctuary » puis « Love Removal Machine » en rappel. Ian Astbury se débarrassera de ses lunettes et se détachera les cheveux. Annonçant le seul titre de rappel précité, il déclarera : « On n’a plus qu’un titre car le Bataclan impose un couvre-feu. C’est l’heure d’aller se coucher ! Fuck it ! » Même si, dans les faits, The Cult aura joué la même setlist que partout ailleurs sur cette tournée.

Setlist de The Cult :

Lil’ Devil
Rain
Honey From A Knife
Nirvana
Embers
Fire Woman
Lucifer
The Phoenix
The Wolf
Horse Nation
Life Is Greater Than Death
Rise
For The Animals
Spiritwalker
Wild Flower
She Sells Sanctuary

Rappel:
Love Removal Machine

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

A voir également :

Galerie photos du concert de The Cult.



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  • Vous avez oublié Horse Nation (entre The Wolf et Life is Greater Than Death) Excellent concert au demeurant 🙂

    [Reply]

    Spaceman

    Bien vu ! 😉 Pourtant il ne m’avait pas échappé !

  • Super concert, malheureusement bien trop court, comme tous les gigs récents du groupe…
    Sinon faut arrêter 5 minutes avec « Sonic Temple », qui est un grand album mais certainement pas le meilleur du groupe, « Love », « Beyond good and evil » et même le sous-estimé « Ceremony » lui sont supérieurs.

    [Reply]

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