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Chronique   

The Cult – Under The Midnight Sun


Les vétérans de The Cult avaient retrouvé, depuis leur retour aux affaires en 2006, une belle régularité dans leur rythme d’enregistrements, sorties et tournée, et ni la pandémie ni l’instabilité du line up autour des historiques piliers Ian Astbury et Billy Duffy n’ont eu raison du groupe. La trilogie entamée après cette deuxième reformation est à présent refermée et les deux musiciens en profitent pour opérer une légère réorientation stylistique. Après un Hidden City notablement plus axé sur les guitares, le duo s’éloigne de la veine hard rock dans laquelle s’inscrivaient ces trois derniers albums. Première décision en ce sens : mettre un terme à la collaboration avec Bob Rock, producteur de cinq albums du groupe. Cette collaboration entamée avec l’album Sonic Temple épousait justement la tournure hard rock adoptée alors. Le choix porté sur Tom Dalgety, qui a notamment travaillé sur Prequelle de Ghost, mais aussi sur des albums de Killing Joke et Siouxsie, s’accorde avec de nouvelles compositions traversées par d’appréciables réminiscences des débuts de The Cult.

« Give Me Mercy », premier single qui avait précédé l’album de ses saveurs de tube intemporel, offrait quelques indices sur cette direction générale. De facture très classique, il affirme la permanence de quelques caractéristiques du son de The Cult, à commencer par le chant habité d’Ian Astbury. Porté vers des tons graves et une emphase épique, il ramène à la période rock gothique du groupe, en particulier à l’album Love. L’alliance de cette voix impérieuse et des accrocheuses lignes mélodiques de Billy Duffy donne naissance à un morceau des plus percutants. « Mirror », en ouverture, fait résonner avec force les riffs rutilants du guitariste et le chant éclatant d’Astbury dans un climat crépusculaire qui s’éloigne lui aussi résolument de l’approche hard rock privilégiée depuis des années pour réveiller l’esprit sombre des premières productions du groupe. Le fantôme de Dreamtime, le premier album de The Cult, hante profondément « Impermanence », ses imposants élans vocaux, son ambiance dramatique traversée d’échos de guitares cristallines et ses ondulantes lignes de basse dignes de Jamie Stewart. Malgré sa guitare saturée et son chant plus acéré, « A Cut Inside » ne revient pas en territoire hard, mais réactualise à sa façon les fondations post-punk de The Cult. Misant sur l’atmosphère bien qu’entièrement structuré autour de tempétueuses parties de guitare, il rappelle également, par ses tentations psychédéliques, ce que The Cult doit à The Doors.

Cette affinité avec le groupe de Jim Morrison se lit aussi dans les textes pleins de mysticisme d’Ian Astbury, qui place cet album sous l’influence d’un moment particulier vécu en Finlande lors de la participation du groupe au festival Provinssirock. Sous le soleil de minuit (phénomène estival au cours duquel, au nord du cercle arctique, le soleil ne se couche pas) des festivaliers paisiblement allongés dans l’herbe, en un moment de communion en mode hippie, ont offert au chanteur une vision presque surréelle dont il a gardé une sensation tenace qui inspire jusqu’au titre de l’album. L’ensemble du processus d’écriture de celui-ci a été guidé par ce souvenir qui lui a insufflé une dimension poétique et ésotérique.

L’aspect gothique de la musique de The Cult s’impose pleinement sur « Outer Heaven », où le chant, solennel et théâtral, adopte d’étonnantes tonalités évoquant les accents les plus sombres de David Bowie. Propulsée par l’allant groovy de la section rythmique, les riffs dynamiques et les envolées mélodiques de Billy Duffy, la première partie se dissout ensuite dans d’hypnotiques motifs répétitifs qui semblent engloutir jusqu’à la voix elle-même. S’ouvrant sous les allures trompeuses d’une simple ballade bluesy, « Knife Through Butterfly Heart » évolue, entre textures éthérées et rythmique musculeuse, en une belle pièce progressive illuminée par un étincelant solo de guitare.

Même si c’est de façon fortuite que le groupe a retrouvé pour l’enregistrement de son onzième album les légendaires Rockfield Studios où il avait enregistré son premier, il faut croire que les murs avaient conservé la trace de l’esprit d’alors. Presque quarante ans après, celui-ci vibre de nouveau, revitalisé, à travers Under The Midnight Sun. Cet album devrait consoler les fans demeurés orphelins du The Cult versant rock gothique et déçus du virage hard rock d’Electric.

Chanson « Give Me Mercy » :

Album Under The Midnight Sun, sortie le 7 octobre 2022 via Black Hill Records. Disponible à l’achat ici



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  • Excellente analyse de cet album et de The Cult globalement. Parfaitement juste. D’autant plus qu’elle ne laisse pas savoir si cet album est bon ou mauvais, ce qui correspond à mon sentiment en ce début d’écoute. Immédiatement je craque pour Ian Astbury, encore plus fascinant qu’avant, mais la discrétion des guitares et l’absence de riffs signant immédiatement les titres, nous replongeant en effet dans les des origines du groupe, peuvent décevoir l’amateur de rock plus musclé. Il ne fait aucun doute que je vais aimer cet album sombre de plus en plus au fil des écoutes.

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  • Très bon album. Ian Astbury apporte une touche presque mystique à son chant qui se veut dans un registre plus contenu et grave. Billy Duffy est plus qu’inspiré sur le plan des harmonies toujours justes et subtiles. Ils ont su évoluer à travers les décennies. Ces 2 piliers du groupe sont les atouts-maitres qui classent The Cult parmi les Incontournables. Respect.

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