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Interview   

The Dead Daisies : lumière sur John Corabi


John CorabiLes connaisseurs apprécieront assurément de voir le chanteur John Corabi retrouver un groupe à la mesure de son talent et qui possède les moyens de le mettre en valeur. Beaucoup l’ont connu sur l’excellent album éponyme de Mötley Crüe sorti en 1994, où ils ont découvert sa voix chaude, puissante et un brin éraillée. Certains l’ont suivi dans son groupe Union, avec l’ex-Kiss Bruce Kulick. Mais il est clair que son arrivée cette année dans le super-groupe The Dead Daisies, en remplaçant l’Australien Jon Stevens, aux côtés de musiciens tels que le bassiste mercenaire Marco Mendoza ou les actuels Guns N’ Roses Richard Fortus et Dizzy Reed, lui offre un joli coup de projecteur, et ce n’est qu’un juste retour des choses.

Et c’est avec un voyage à Cuba que tout a commencé pour Corabi et The Dead Daisies. Un voyage en immersion dans la culture locale qui a marqué tout le groupe, au point de baptiser leur nouvel album, en espagnol, Revolución et de l’accompagner d’un recueil de photos et un documentaire sur l’expérience. Musicalement, l’empreinte de Cuba ne se fait pas forcément prégnante (si ce n’est via quelques percussions), mais l’opus délivre un hard rock réjouissant, authentique, presque soul par moments.

Le groupe ayant fait un peu de promo à Paris en marge de leur première partie de Kiss au Zénith, nous avons sauté sur l’occasion pour discuter avec le chanteur de tout ceci. Et même lorsqu’il nous parle de sa voix profonde, légèrement cassée, on se dit que, décidément, le bonhomme a des cordes vocales rares…

The Dead Daisies 2015

« Je n’aime pas pousser la musique ou l’art en général dans une direction en particulier. Ça doit aller là où ça doit aller. »

Radio Metal : The Dead Daisies est en fait un collectif musical composé d’un line up qui tourne. Est-ce que tu peux nous parler de l’état d’esprit de ce collectif ?

John Corabi (chant) : Il a été mis en place par David Lowy, notre guitariste, et le chanteur d’origine, Jon Stevens. Ils se sont réunis, ont écrit quelques chansons et ont commencé à embaucher des gens pour partir en tournée avec ces chansons qu’ils avaient écrites et enregistrées. Je pense que fondamentalement, David a toujours voulu un groupe et pas un line up avec du turn-over, mais évidemment, comme Jon était dans INXS et David dans d’autres groupes, ils ont commencé à tourner et à grandir sous les yeux du public au lieu d’être un groupe normal qui se met ensemble, trouve les autres membres, passe beaucoup de temps ensemble à écrire, etc. Ils ont assemblé les chansons, les ont composées, enregistrées et sont partis sur la route. Avec certaines personnes ça a bien fonctionné, d’autres non. S’il y a autant de noms sur la liste, c’est parce que David veut s’amuser, il veut prendre son pied, et il veut que ça ne soit pas stressant. Donc avec le groupe qu’il a en ce moment, il nous accorde la liberté, en sachant que nous sommes tous dans d’autres groupes, si nous ne pouvons pas jouer sur une date ou quoi que ce soit de ce genre, de pouvoir nous faire remplacer pour quelques concerts, et quand nous avons terminé, nous revenons, ce qui épargne beaucoup de stress à tout le monde. Mais du coup même pour cette tournée nous avons Tommy Clufetos, donc son nom va se rajouter à la liste. Brian Tichy est notre batteur habituel mais il ne pouvait pas se libérer pour cette tournée parce qu’il avait des engagements ailleurs. David le comprend bien et il est très facile à vivre de ce point de vue-là. Donc on a l’impression que beaucoup de gens sont passés par ce groupe, mais en réalité la plupart des noms sur la liste sont des gens qui ont juste remplacé quelqu’un à un moment. Le line up actuel est probablement le noyau dur du groupe, tu vois ce que je veux dire ? J’espère que ce sera différent à l’avenir !

Quelles sont les conditions pour faire partie du collectif The Dead Daisies ? Est-ce qu’il y a des critères spécifiques ?

Tu sais, honnêtement, si je regarde autour de moi, je me dis : « Tout le monde dans ce groupe est putain de talentueux ! » Je suis arrivé dans ce groupe et je vois Richard jouer, je connaissais Dizzy, mais Brian Tichy et même Tommy Clufetos, ces mecs sont des batteurs de classe internationale. Marco est dingue à la basse… Mais apparemment, c’est juste le talent, tu vois ? Et j’espère que nous allons perdre cette étiquette de « collectif » pour n’être plus qu’un groupe. Mais c’est fantastique. J’étais un peu intimidé quand j’ai commencé, mais c’est cool, c’est putain de génial.

Comment travaillez et composez-vous, notamment pour les chansons que l’on peut entendre sur ce nouvel album ?

Ça a été très simple. Nous sommes allés en Australie pour ne pas être perturbés par nos amis et notre famille comme ça aurait été le cas à L.A. ou à Nashville où je vis. Nous y sommes allés et puis nous nous sommes rassemblés dans une salle comme celle-ci avec des guitares et une basse acoustiques et un piano, puis nous nous sommes fixés 32 ou 33 jours pour écrire et enregistrer un album. C’est ce que nous avons fait ! Nous nous sommes installés, tout le monde a jeté ses idées sur la table, et celles vers lesquelles tout le monde gravitait, nous avons travaillé dessus, nous les avons terminés, puis nous sommes allés enregistrer les chansons. Et honnêtement, il nous reste quatre chansons que nous avons laissées de côté. Nous ne pouvions pas mettre les dix-sept dans l’album. Nous avons beaucoup travaillé en 30 jours, nous avons écrit, enregistré, mixé, masterisé et fait l’artwork en un mois pour cet album ! C’était très chouette.

Comme le line up du groupe change en permanence, comment parvenez-vous à conserver une continuité et une cohérence entre tous vos albums ?

David répondrait sans doute mieux que moi à cette question. Je suis dans le groupe depuis 4 mois seulement, donc c’est un peu difficile pour moi de répondre… Mais là, mon impression c’est que c’est ça, le groupe. S’il y a une urgence et que quelqu’un ne peut pas jouer sur une date ou deux, nous trouverons une solution. Comme je l’ai dit plus tôt, David nous permet de le faire. Mais je pense que le line up du dernier album est le vrai line up. Voilà.

Tu es le dernier à avoir rejoint The Dead Daisies. Qu’est-ce qu’il s’est passé avec le chanteur précédent, Jon Stevens, et comment t’es-tu retrouvé dans le groupe ?

En ce qui concerne Jon, je ne peux pas parler au nom de qui que ce soit dans le groupe parce que je n’étais pas là. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, donc je n’ai rien à dire sur la question. En ce qui me concerne, Marco m’a appelé et m’a dit qu’ils avaient tous discuté de la possibilité de m’emmener à Cuba avec eux. Je suis allé à Cuba, tout le monde a passé un super moment, donc ils m’ont demandé de participer à leur album et de continuer avec eux. En ce qui concerne Jon, je ne peux pas faire de commentaire, mais je tiens à dire que j’ai entendu un peu de ce qu’il avait fait avec le groupe par le passé et que personnellement, je trouve que ce mec est un chanteur extraordinaire, un très bon songwriter, très talentueux. Quant à ce qu’il s’est passé avant que je sois dans le groupe, je n’en sais rien.

En ce qui concerne Cuba, à la fin de février 2014, vous avez passé dix jours à La Havane en tant qu’invités du ministère de la culture, de l’institut de la musique et de la rock agency cubains. Vous avez donné des concerts dont certains acoustiques, joué avec des musiciens cubains, donné des cours dans des écoles et animé des ateliers. Peux-tu nous dire comment vous vous êtes retrouvés dans ce projet, surtout au vu des relations entre Cuba et les Etats-Unis par le passé ?

Pour être honnête, comme je le disais, ils m’ont appelé fin janvier pour me dire qu’ils avaient un voyage à Cuba en février et me demander si je voulais en être. Auparavant, je suis allé voir David le manager, David [Lowy] le guitariste et Richard [Fortus], les autres, je les connaissais déjà. Donc je suis allé les voir et dîner avec eux, histoire d’être sûrs que nous nous entendions bien, puis ils m’ont demandé : « Tu veux venir à Cuba avec nous ? » et je leur ai répondu : « Oui, bien sûr ! » En tant que féru d’histoire – j’adore l’histoire – je me souviens de tous ces trucs qui se sont passés entre Cuba et les Etats-Unis… Donc quand on m’a fait la proposition, j’ai répondu : « Oui, je veux y aller ! » Je ne savais pas à quoi m’attendre en partant, mais honnêtement, c’était incroyable. Là-bas les fans ont un peu été coupés du monde notamment en ce qui concerne la musique étrangère, donc ils étaient incroyables… Le gouvernement a été très cool avec nous, David avait passé un an à organiser le voyage avec le gouvernement cubain et ils ont tous été très sympas avec nous, très simples, tu peux arriver, pas de problème… C’est quelque chose que j’ai remarqué parce que j’ai voyagé à peu près dans le monde entier et plein de pays, que ce soit les Etats-Unis, la France, l’Angleterre ou ailleurs ne s’entendent pas vraiment avec… Mais ceux qui souffrent, ce sont les fans, pourtant ils sont comme toi et moi, donc j’étais très content d’aller là-bas et nous parlons même d’y retourner ! Ça me ferait très plaisir, vraiment !

The Dead Daisies - Revolucion

« Si ça se trouve, je pourrais me poser avec [Justin Bieber] là tout de suite et écrire la meilleure chanson du monde ! »

Est-ce que vous avez essayé de collaborer avec des musiciens cubains en studio ?

C’est ce que nous avons fait ! Quand nous sommes partis, nous avons emmené Bernard Fowler et Darryl Jones avec nous. Nous voulions que ce soit un événement, donc nous avons emmené des mecs des Stones, nous avons tous joué et nous avons fait quelques chansons des Dead Daisies mais aussi beaucoup de reprises de chansons qu’ils pourraient connaître : nous avons joué « Hush » de Deep Purple, « All Right Now » de Free, « Helter Skelter », « Sympathy For The Devil », toutes ces chansons, et nous avons fait en sorte d’avoir quelques musiciens cubains sur scène pour certaines chansons comme « All Right Now ». Il y avait un chanteur cubain qui est venu chanter le premier couplet et le refrain, j’ai chanté le second et le refrain, et nous avons terminé ensemble. Pour quelques chansons, nous avions une percussionniste cubaine incroyable. Brian a fait un solo de batterie et elle a joué avec lui, ils faisaient des allers-retours entre eux… Nous avons eu un Cubain qui jouait de l’harmonica, un saxophoniste sur « Sympathy For The Devil » et « Helter Skelter »… Tous ces musiciens venaient pour jammer avec nous en live, et nous nous sommes dit : « Putain, c’était génial ! » Nous avons enregistré deux chansons, et nous avons demandé à la percussionniste de venir faire quelques titres avec nous, donc ça a été une super expérience. D’ailleurs au passage : tu sais, l’album est intitulé « Revolución ». Il va y avoir un livre de photos de cette expérience, et David a travaillé sur un documentaire d’une vingtaine de minutes. Ils ont littéralement tout filmé, donc ça va être super ! Tout ça va s’appeler « Revolución ». Ça va être génial.

En quoi cette expérience unique a-t-elle eu une influence sur la musique de cet album ?

Je ne peux pas dire que ça ait… Je pense que le terme de « revolución », l’orthographe hispanique… Marco dirait que c’est un mot qu’on voyait partout à Cuba. En ce qui concerne l’écriture, nous n’avions pas l’idée de pousser l’album dans une direction en particulier ; nous voulons que l’idée aille où elle veut aller. L’un de nous avait une idée et les autres s’en emparaient, nous travaillions dessus, nous écrivions les paroles, je laissais la musique m’inspirer pour les paroles et puis nous laissions la musique nous emmener là où elle voulait. Je n’aime pas pousser la musique ou l’art en général dans une direction en particulier. Ça doit aller là où ça doit aller. Je n’irais pas dire que trop de choses nous ont inspirés là-bas, mais pour ce qui est de la pochette, du thème, du titre de l’album, tout ça a commencé à Cuba.

Quelle est la révolution évoquée par le titre de l’album ?

Chacun lui donne une signification différente. Marco l’explique d’une manière, moi je l’explique d’une autre où il est question d’essayer de revenir à cette manière de penser pure, innocente, libre de quand nous étions des gamins qui essayaient de faire de la musique dans leur garage, et s’éclataient juste à jouer avec de bons amis, pas blasés, sans penser au business, juste ce truc pur et innocent. La revolución … Il y a tellement à en dire… Je ne veux pas dire de la merde, mais les gens attendent tellement de l’industrie musicale que nous nous sommes dit : « Rien à foutre ! Retournons aux bases ! » Parce que nous voulons croire en la manière dont nous avons aimé la musique pendant des années, nous essayons simplement de ramener la musique à ce que c’était ! Voilà ma version de ce qu’est la révolution.

Il y a des chansons très entraînantes sur l’album avec des messages très positifs comme « Make The Best Of It », « Get Up, Get Ready » ou « With You And I ». Est-ce que tu penses que c’est ça, le rock’n’roll : un message positif pour l’auditeur ?

Je pense que « Get Up, Get Ready » sert simplement à expliquer nos vies, si tu regardes bien les paroles elles expliquent bien nos vies de musiciens à l’auditeur. Ce sont ces voyages toutes les nuits sur des autoroutes, « Ça fait longtemps que je suis parti de chez moi mais je suis là pour faire la fête, nous nous sentons vivants, nous ne pouvons pas vivre sans ça, et toi ? Ce sont nos vies, et chaque soir c’est notre raison d’être : monter sur scène et jouer… Il y a plusieurs choses, mais généralement, j’essaie d’être le plus honnête possible lorsque j’écris mes paroles, qu’elles parlent de ma vie ou d’autres choses. « You And I » est à propos de toutes ces choses qu’on voit tous les jours à la télé, nous sommes bombardés de conneries et je dis tout simplement : « Hé, nous pouvons montrer du doigt des hommes politiques, un tel ou un tel, mais en fin de compte, il faut juste faire un effort pour que ça change. » Ce que je dis, c’est que : « Nous savons tous au fond de nous que le changement doit venir de toi et de moi. » J’essaie juste d’être le plus honnête possible.

Il y a sur l’album deux reprises : « Evil » de Howlin’ Wolf et « Midnight Moses » de The Sensational Alex Harvey Band. Qu’est-ce qu’elles représentent pour toi ?

Ils faisaient déjà « Evil » en live, c’est une chanson d’Howlin’ Wolf. Dès que j’ai entendu leur version, je me suis dit : « Mec, c’est super ! Ça a un côté un peu Led Zeppelin, c’est super heavy, c’est cool, ça déchire ! » Et « Midnight Moses » a toujours été à mes yeux l’une de ces chansons, lorsque je l’écoute, juste ce riff, qui me pousse à démonter le tableau de bord de ma voiture, c’est juste… Il y a quelques chansons dans ma vie qui m’ont fait cette impression. J’ai toujours aimé « Misty Mountain Hop » de Led Zeppelin, « Dancing Days » et « The Wanton Song », ces riffs… Pareil pour « Honky Tonk Woman ». Je me dis : « Mon Dieu… » Ça me donne envie de casser des trucs ! Donc nous nous sommes tous réunis à Los Angeles pour faire ce truc pour The Dead Daisies et j’ai juste lancé cette idée, j’ai suggéré que j’avais toujours voulu faire cette chanson. Ils l’ont écoutée, puis nous l’avons jouée en live à Cuba, et ça s’est hyper bien passé. C’est pour ça que tout le monde s’est dit : « OK, peut-être que nous devrions mettre ça sur l’album… » J’aime cette chanson depuis que j’ai 18 ou 19 ans, je trouve juste qu’elle est géniale.

La chanson « Empty Heart » est un duo avec Jimmy Barnes. Est-ce que tu peux nous en dire plus ?

Brian Tichy a commencé à enregistrer avec nous à Cuba mais ne pouvait pas venir en Australie. Donc David Lowry, qui connaît Jimmy et Jackie [Barnes], a demandé à Jackie de finir l’album. Quand Jackie est arrivé, Jimmy était dans le studio d’en face, il était en train d’enregistrer. Il venait souvent voir ce que faisait son fils et s’assurer que tout se passait bien, il nous a entendu enregistrer certains trucs, et en gros, il nous a demandé : « J’ai cette chanson que j’aimerais bien que vous écoutiez pour savoir ce que vous en pensez… » Il est venu nous la faire écouter, et nous avons tous dit : « Mec, c’est une super chanson ! » David connaît bien Jimmy donc il lui a dit : « Voilà : nous allons faire cette chanson, mais est-ce que tu serais partant pour faire un duo avec notre chanteur ? Je pense que ce serait génial. » Et Jimmy a répondu : « Oui, complètement ! » C’était certainement un plaisir de pouvoir se poser avec lui dans une pièce pour chanter. La voix de ce mec est vraiment dingue, tu vois ce que je veux dire ? Il assure vraiment !

Et les morceaux dont tu parlais plus tôt que vous n’avez pas pu mettre sur l’album, tu penses que vous les sortirez un jour ?

Oui, ils sont là, ils sont enregistrés et si quelqu’un a besoin d’une chanson pour un film… Ou, je ne sais pas, nous pourrions les ressortir et les mettre sur le prochain album. Nous avons quatre chansons supplémentaires. Nous verrons, je suis sûr qu’elles seront utilisées d’une manière ou d’une autre.

The Dead Daisies 2015

« Beaucoup de gens s’imaginent que je déteste Vince Neil. Mais ce n’est pas le cas ! Je l’ai rencontré pas mal de fois, nous avons bu des coups ensemble et nous nous entendons très bien. »

Tous les membres du groupe sont aussi dans d’autres groupes, donc comment faites-vous pour travailler et tourner en tant que The Dead Daisies ?

Je ne peux que parler de mon cas. J’ai un groupe solo aux Etats-Unis avec lequel je joue l’intégralité des chansons du Mötley de 94. Depuis que j’ai rejoint The Dead Daisies, David, le manager du groupe et mon manager sont en constantes discussions pour que je n’aie jamais à annuler quoi que ce soit. Ils se parlent plusieurs fois par semaine, David dit : « OK, nous allons faire ce truc avec Whitesnake » et mon manager répond : « OK donc j’ai tant de temps ici pour pouvoir booker des concerts pour John aux Etats-Unis ». Ils sont d’ailleurs en train de travailler pour éventuellement amener mon groupe ici et faire ces concerts avec les chansons de Mötley en Europe. C’est surtout histoire de se dire : « J’ai deux mois ici, je vais pouvoir booker des concerts pour Mötley 94, puis The Dead Daisies, puis Mötley 94, puis The Dead Daisies ici… » Tant qu’ils discutent entre eux, je ne devrais pas avoir de problème.

Pas mal de gens te connaissent de l’époque où tu étais dans Mötley Crüe et certains considèrent l’album éponyme comme l’un des meilleurs du groupe. Qu’est-ce que tu penses de ce temps que tu as passé avec eux ?

Franchement, beaucoup de gens ont des idées complètement préconçues au sujet de ce que je ressens… Beaucoup de gens s’imaginent que je déteste Vince Neil. Mais ce n’est pas le cas ! Je l’ai rencontré pas mal de fois, nous avons bu des coups ensemble et nous nous entendons très bien. En ce qui concerne mon passage dans Mötley Crüe, je ne regrette rien, je trouve que tous les disques que j’ai faits avec eux (j’en ai fait trois) et que toute la musique que nous avons écrite ensemble sont fantastiques, je me suis éclaté avec eux, et si je suis toujours là, 22 ans plus tard, à jouer de la musique dans le monde entier, c’est en partie grâce à ces albums. J’ai de la chance ! Mais je suis aussi très fier de ces albums.

Apparemment, il n’est pas question que tu viennes sur scène pour leur dernière tournée, est-ce que ça t’embête qu’en quelque sorte, ils négligent cette partie de leur histoire ?

Non ! Ecoute : en fin de compte, Mötley a vendu beaucoup de disques avant que le mien ne sorte, et en gros, une majorité de leurs fans pensent que Mötley Crüe c’est et ce sera toujours seulement Tommy [Lee], Nikki [Sixx], Vince [Neil] and Mick [Mars]. Ça me va ! Personnellement, je sais que j’y ai passé presque six ans et que c’était génial, nous avons fait de la super musique ensemble, peu importe la manière dont on veut envisager les choses. On m’envoie plein de mails pour me demander si je vais les rejoindre pour le dernier concert. Je réponds : « C’est à eux de voir ! Ce n’est pas à moi de prendre la décision. » Quoi qu’ils choisissent, ça me va, tu vois ce que je veux dire ? Pas de problème ! Plein de fans me demandent : « Et s’ils sont intronisés au Rock’n’roll Hall Of Fame, tu y seras ? » « S’ils me le demandent ! » S’ils ne le font pas, ce n’est pas grave ! Ça me va ! Je comprends bien qu’ils étaient déjà Mötley Crüe avant que je rejoigne le groupe.

Quelle est ta relation avec les membres de Mötley Crüe ?

Le seul avec qui je n’ai pas parlé depuis un moment est Nikki. Tommy et moi nous envoyons des messages de temps en temps, Mick habite à Nashville où je vis donc je le vois tout le temps, et j’ai vu Vince dans plusieurs situations : nous avons le même impresario, j’ai fait des concerts avec Ratt par le passé, Vince était là et nous avons traîné ensemble, ça va ! Le seul auquel je n’ai pas trop parlé, c’est Nikki.

Apparemment tu aurais parlé avec Mick de faire quelque chose ensemble…

Mick m’en a parlé, mais il m’a aussi dit qu’il était très occupé. Je crois qu’il est en tournée, nous sommes en juin donc il en a encore pour six mois, je fais en ce moment la promo de ce nouvel album de Dead Daisies… Donc je lui ai dit : « Si tu as besoin de quoi que ce soit, appelle-moi et je te donnerai un coup de main, peu importe ! »

J’ai lu que Deep Purple t’avait proposé de venir passer une audition pour rejoindre le groupe lorsque Ian Gillan a quitté le groupe pour la deuxième fois. Est-ce que tu peux m’en dire plus, et comment est-ce que ça s’est terminé ?

C’était marrant. J’étais en tournée avec The Scream en 1991 et nous avons joué dans une salle qui s’appelait The Station à Orlando. Je venais de sortir de scène et mon manager est venu me voir pour me dire : « Il faut que tu rentres dans le club, il y a quelqu’un qui veut te rencontrer ! » Quelques minutes plus tard, je suis rentré et il y avait Roger [Glover], Jon [Lord] et Ritchie [Blackmore]… Roger m’a proposé de venir… Ils ne m’ont pas offert le job directement mais ils m’ont demandé si je voulais venir jammer, et j’imagine passer une audition. J’étais là : « Euh… » Ils ont dit qu’ils m’appelleraient, mais apparemment ils ont fini par régler leurs problèmes avec Ian, donc ça ne s’est pas fait et je ne suis pas venu passer l’audition, mais c’était hallucinant : bordel, je suis un énorme fan de Deep Purple, donc le fait de les rencontrer et qu’ils puissent ne serait-ce qu’envisager de me faire passer une audition après avoir regardé une de mes performances, je me disais : « C’est génial ! »

Tu as collaboré avec énormément de musiciens au cours de ta carrière. Est-ce qu’il y a un artiste avec qui par contre tu ne collaborerais jamais ?

Tout d’abord, ne jamais dire jamais… Personne ne me vient à l’esprit ! Evidemment, Justin Bieber [rires]… Tu vois ce que je veux dire ? Mais on ne sait jamais ! Si ça se trouve, je pourrais me poser avec ce gamin là tout de suite et écrire la meilleure chanson du monde, donc ! Je ne dis jamais jamais à qui que ce soit.

Qu’est-ce que ça te fait de partir en tournée avec Kiss, avec qui tu es ami me semble-t-il ?

Eric Singer et moi avons joué dans ESP depuis 1998, Gene Simmons est sans doute l’un de mes plus grands soutiens depuis l’époque où je n’avais même pas encore signé avec The Scream. Honnêtement, ils nous ont incroyablement soutenus. La plupart des têtes d’affiches diraient aux premières parties : « Vous pouvez avoir la moitié des haut-parleurs » ou ce genre de trucs, mais ces mecs ont été un soutien fantastique, nous pouvons utiliser l’intégralité de leurs haut-parleurs et tout ce dont nous avons besoin, parfois la première partie ne peut pas utiliser toute la scène mais là si, nous pouvons tout utiliser, donc c’est super. Et puis c’est fun, c’est comme être en famille. Cette année, nous avons vraiment de la chance parce que nous faisons ce truc avec Kiss, nous allons aller en Australie avec eux en plus, et plus tard dans l’année en novembre nous allons revenir avec Whitesnake – et nous sommes très amis avec ce groupe aussi. C’est vraiment génial, tous les gens qui nous entourent ont été de très bons soutiens, donc c’est fantastique.

Interview réalisée en face à face le 15 juin 2015 par Valentin Istria.
Retranscription et traduction : Chloé Perrin.
Fiche de questions et introduction : Nicolas Gricourt et Philippe Sliwa.

Site officiel de The Dead Daisies : thedeaddaisies.com.



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  • Pour les intéressés, le groupe sera de passage le vendredi 27 novembre au Divan du Monde.

    Ici c’est Paris 🙂

    [Reply]

  • Merci pour cette interview.

    Ce disque est pas mal du tout. C’est « rafraîchissant » et plaisant d’entendre à nouveau la voix de Corabi.

    @douceur2vivre
    Je ne pense pas qu’il essayait de tourner la situation à son avantage… du moins en partie.
    Il y a des échecs qui ne se vendent absolument pas.

    Puis on ne saura jamais si le CRUE aurait survécu à la déferlante « grunge » tout en gardant Vince. Dans « the dirt » Sixx dit également qu’ils ont « viré » Bob Rock qui était là pour Dr Feelgood.
    Ce que je veux dire, c’est que le CRUE, mais également les autres groupes, le public, les médias arrêtent de chercher des coupables, des raisons là où il n’y en a pas pour expliquer un échec.
    Le groupe pensait reprendre là où il s’était arrêté, mais une nouvelle page musicale s’écrivant et il n’en faisait pas partie.

    Même quand Sixx disait que si on avait changé le nom pour « Bag of Worms », le disque aurait (mieux) marché. Pas dit. Dans l’esprit des gens, c’était des gars du CRUE. On perçoit souvent / toujours les autres pour ce qu’ils ont été, et non pas pour ce qu’ils sont ou pour ce qu’ils aspirent à devenir.

    Comme beaucoup de groupes de l’époque, MOTLEY CRUE a voulu s’essayer au style musicale du moment. Subhuman Race de SKID ROW (avec encore Bob Rock à la production), native tongue de POISON et plus loin dans le temps dans un registre indus K.F.D. de WASP sont pour moi d’excellents albums. Ce dernier fait même partie de mes préférés de WASP.

    A l’ère du grunge, avec l’absence de son chanteur vedette (on ne remplace pas toujours 10ans d’amour dans le coeur des fans), vendre dans les 500 000 exemplaires lors de la 1ère semaine, je n’appelle pas du tout ça un échec. Un ponte de maison de disques oui.
    C’est pas comme si le groupe avait atteint péniblement ce score au fil des ans.

    Dommage que ce disque ne soit pas reconnu à sa juste valeur.

    [Reply]

  • Twisted Brother dit :

    Un Artiste vraiment talentueux et très injustement mésestimé. Pour ma part, j’irais jusqu’à écrire que Mötley Crüe est carrément un des meilleurs albums de ma discothèque. Un des rares chanteurs dont j’essaie de suivre les sorties 🙂

    [Reply]

  • En tous cas the dead d est une tuerie en live et l’album est sublime donc encourageons les car tous les bons groupes, enfin les anciens disparaissent……viva la révoluçion, Viva the Dead Daaisies!!

    [Reply]

  • MichelMichelMichel dit :

    Motley n’avaient jamais été aussi bon qu’avec Corabi! La différence entre lui et Vince Neil et que Corabi peut chanter les chansons de Motley en les transcendant, écoutez Live wire, Home sweet home, doctor Feelgood en live avec le monsieur, les chansons sont juste énorme, quel puissance! Vince Neil, lui, est très limité vocalement, je ne le vois pas chanter Till death do us part!
    Si le succès avait été au rendez vous avec Corabi pour Motley, il serait encore leurs chanteur.
    Le retour de Neil n’est qu’une affaire de pognon, d’ailleurs c’est écrit dans The dirt.
    L’album éponyme est de loin le meilleur du groupe a mes yeux!

    [Reply]

    Rififi

    Tu te trompes. John est clairement un meilleur chanteur que Vince. Mais chacun a déposé son empreinte.

    Oui John peut chanter le répertoire de Vince, ça lui est accessible.
    Mais ce n’est pas toujours une question de technique, mais de timbre, d’identité vocale. Les chansons sont écrites en fonction de.
    ooligan’s Holiday par Vince ça ne m’intéresse pas. live wire par Corabi c’est pas mal, mais il me manquera ce petit quelque chose qui va me faire kiffer.

  • John Corabi a fait 3 albums avec Motley ???? Première nouvelle….
    Quand à dire que l’album éponyme de 1994 est un des meilleurs du groupe,faut pas déconner quand même,je veux bien qu’on flatte un peu le personnage, mais bon !!!! ce disque fut un échec cuisant ,forcément un groupe de glam métal lorgnant subitement vers le grunge à la mode du moment,ça le fait pas…..Enfin, y en a un qui a du aimer, la preuve !

    [Reply]

    Douceur2Vivre

    Echec ne veut pas dire qu’il y a un manque de qualité.

    J’adore Mötley Crüe et tous leurs albums. Même si j’ai en travers cet album unique avec un autre chanteur, il est forcé de reconnaitre que ce disque est un grand album, un superbe album. John Corabi est un bon chanteur, guitariste et il compose.

    Cet album, je l’ai acheté et écouté avec plaisir (avec une gêne évidente au début) en 1994. Je m’étais, au fil des écoutes, conditionné pour qu’il soit le nouveau chanteur. Entre temps il y a eu le retour de Vince Neil, ce qui a tout annulé.

    Dire qu’il est le meilleur de Mötley Crüe, tout est relatif, chacun pour chaque groupe à son album préfère, il n’y a pas de vérité absolu dans ce domaine et ce n’est certainement pas lié à un nombre de ventes.

    MichelMichelMichel

    Enfait, quand il dit « les disques que j’ai faits avec eux », les 3, je pense qu’il parle de Motley biensur, de generation swine sur lequel il n’est meme pas crédité d’ailleurs alors qu’il a écrit et composé un paquet de titres et de Here comes the brides des Brides of destruction ( produit par James Michael, actuel chanteur de Sixx:am ) avec Nikki! Pareil, il a beaucoup écrit et composé mais a quitté le groupe début 2004 avant que l’album sorte!
    Son travail n’est pas crédité non plus, Nikki et Tracii Guns se sont attribué tout le mérite a l’époque et ça n’avait pas plus a Corabi!
    Donc trois contributions avec les gars de Motley.

    Rififi

    J’ai également tiqué pour les 3 albums.
    1/ l’éponyme de 1994
    2/ le EP Quaternary
    3/ et le catastrophique Generation Swine
    1.5 de sur quand il était encore le chanteur officiel.

    J’ai découvert le CRUE avec Corabi au chant. J’ai été moins dérouté ou dans le jugement que les plus vieux fans.
    Echec commercial, c’est un truc de maison de disques. Sixx l’expliquait : quand ton 1er album se vend à 1 millions, puis le suivant au double et ainsi de suite. Quand fait moins ou beaucoup moins que le précédent, c’est tout de suite assimilé à un « échec ». Des échecs commerciaux qui se vendent quand même à 1 million, plein de groupes en rêve.

    Toute carrière du CRUE confondu, c’est le meilleur album pour moi (oui, je suis un false, et alors :D). On ne peut pas nier la valeur ajoutée de Corabi dans la composition, ainsi que la production de Bob Rock. Cet album a un putain de son. Il y a une accroche immédiate.

    C’est lequel ton préféré ? Dr Feelgood ? Car succès commercial ?
    C’est ce qui m’agace un peu. Dans l’esprit de certains (sans te viser, de manière générale), succès commercial rime avec succès artistique. Tu enlèves les 3 hits de Slippery When Wet de Bon Jovi, le reste c’est du remplissage ou du pas mal mais sans plus.

    Les gens tirent facilement sur l’éponyme du CRUE car ce n’est pas Vince au chant, alors que Generation Swine est sans conteste le pire disque de leur discographie. Et ils encensent Dr Feelgood de l’autre, pourquoi ? Je lui préfère 1000 fois un Too Fast For Love et un Shout at the devil.

    Douceur2Vivre

    @Rififi

    « Echec commercial, c’est un truc de maison de disques. Sixx l’expliquait : quand ton 1er album se vend à 1 millions, puis le suivant au double et ainsi de suite. Quand fait moins ou beaucoup moins que le précédent, c’est tout de suite assimilé à un « échec ». Des échecs commerciaux qui se vendent quand même à 1 million, plein de groupes en rêve. »

    Il tourne la situation à son avantage mais il oublie de préciser certaines choses importantes.

    Lorsque Vince Neil à été remercié, le groupe venait de signer un contrat vraiment énorme avec leur maison de disque Elektra.

    Ce qui était logique de part la popularité du groupe et le nombre de ventes de disques à cette époque. Ils venaient d’enchainer Dr Feelgood (qui écrasait tout sur son passage) et Decade Of Decadence (2 ans plus tard) qui s’est vendue autant qu’un disque original tellement cette dernière était de qualité.

    Après signature du contrat ils se séparent de Vince Neil.

    La suite on la connait, seulement le groupe avait signé un contrat qui prenait en compte un succès traditionnel du groupe (je pense que la maison de disque avait fait une moyenne), ce qui aurait été possible si Vince Neil n’avait pas été viré. Je pense même que pendant la signature les musiciens avaient su rassurer les financiers.

    Ils se sont auto détruit à cette époque et en effet 1 million de vente été ridicule vu le contrat signé et l’argent versé.

    J’ai toujours trouvé trouvé hypocrite que Nikki Sixx ou Tommy Lee tourne cette période comme voulue, le fait de tourner dans des salles plus petites, le non succès ect.

    Si ils avaient vendus 6 millions d’albums et tourner dans des stades ils auraient eu le discours inverse.

    Il faut savoir être honnête avec soi-même parfois et être lucide vis à vis d’une réalité.

  • Douceur2Vivre dit :

    Merci pour cette interview très enrichissante d’un musicien (de talent) à l’étrange carrière.

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