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Interview   

The Dead Daisies : nouveau départ


Un an que The Dead Daisies attend patiemment que son nouvel album Holy Ground sorte, essayant de s’occuper et d’occuper ses fans par le biais des réseaux sociaux, et ce sera chose faite dans quelques jours. Pas sûr que le quatuor pourra reprendre la route aussi vite qu’il l’aurait espéré pour défendre l’opus, mais au moins la musique sera lâchée dans la nature, à disposition de qui voudra s’en délecter. Car force est de constater que l’arrivée de Glenn Hughes au chant et à la basse (cf. interview avec David Lowy) a donné un bon coup de fouet à The Dead Daisies. Pas que John Corabi et Marco Mendoza aient démérité, très loin de là, mais l’ex-Deep Purple apporte un vent de fraîcheur et de renouveau au groupe, à la fois par sa culture musicale british, sa voix ayant marqué l’histoire du rock et sa basse qui n’aura jamais été aussi généreuse.

Le guitariste Doug Aldrich, qui après seulement cinq ans au sein du groupe fait paradoxalement déjà partie des meubles, nous en parle, non sans admiration pour son nouveau frontman qui a, lui aussi, dans un temps lointain, côtoyé un certain David Coverdale dans un groupe réputé pour ses turnovers de musiciens – comme quoi le monde est petit. Il nous parle également de la marque qu’a laissée sur lui Eddie Van Halen, qui nous a quittés décidément trop tôt, et de son expérience lorsqu’il a auditionné pour Kiss alors qu’il n’avait encore aucune expérience.

« C’est presque comme si on n’avait pas besoin de guitare avec [Glenn Hughes], rien que la basse, la batterie et sa voix suffisent. La guitare, c’est la cerise sur le gâteau, mais le gros morceau c’est le son de sa basse. »

Radio Metal : Les touches finales et le mix d’Holy Ground ont été réalisés en janvier 2020 mais l’album sort un an plus tard, en janvier 2021, à cause de la pandémie. Comment as-tu vécu la situation globale et qu’as-tu ressenti en devant attendre toute une année avec un album prêt à sortir ? Ce n’était pas frustrant ?

Doug Aldrich (guitare) : C’était très frustrant. Nous voulions planifier une tournée pour soutenir l’album, c’était très important pour nous. Nous avons dû repousser un peu sa sortie de façon à ce que, au moment où il sortirait, nous puissions prévoir de le soutenir et faire des concerts. Cette année a été bizarre, c’était un exercice de jonglerie. En tant que musiciens, et en particulier en tant que musiciens qui tournent beaucoup, nous avons l’habitude de voyager et de dire au revoir à notre famille, de travailler, de jouer de la musique et de faire notre truc. Avec cette situation cette année, tout s’est arrêté et nous avons dû rester chez nous, d’abord pour être en sécurité et pour nous occuper de notre famille. Puis, au fil de l’année, ça s’est un peu amélioré, mais il est clair que c’était mentalement difficile de ne rien avoir à l’horizon parce que nous ne savions jamais ce qui allait se passer. C’était difficile pour moi, c’était comme envoyer plein de balles en l’air en même temps, car je faisais mon boulot de père tout en essayant de travailler avec les Dead Daisies pour accomplir des choses. Nous avons écrit de nouvelles musiques pendant que nous étions chez nous ; ça n’a pas été enregistré mais on verra ce que nous en ferons. Pendant ce temps, l’école était fermée toute l’année, donc il fallait faire de l’éducation à la maison pour mes enfants. C’était tout simplement difficile, mais le point positif est que peut-être on apprendra quelque chose de cette situation. En attendant, la famille était très soudée.

Holy Ground est le premier album de The Dead Daisies depuis que Glenn Hughes a rejoint le groupe pour remplacer John Corabi et Marco Mendoza, mais ceci n’est pas ta première expérience avec Glenn. Tu avais tourné avec lui pour sa tournée solo en 2015, juste après ton départ de Whitesnake. Est-ce que ça t’a préparé à construire une alchimie avec Glenn ou bien est-ce une tout autre histoire d’être dans un groupe à plein temps et d’être créatif avec la personne ?

Je pense que tu as raison, ça m’a effectivement préparé. J’étais vraiment excité quand j’ai entendu qu’ils parlaient avec Glenn et ils m’ont demandé ce que j’en pensais. J’ai dit que ce serait extraordinaire et un choix parfait pour un nouveau départ ; nous pouvions conserver le son de The Dead Daisies, mais aussi vraiment l’enrichir grâce à Glenn. Pour répondre à ta question, Glenn et moi sommes amis depuis longtemps et nous avons tourné ensemble. Tourner, ça apporte la preuve qu’on peut vivre ensemble, parce que c’est ce qui se passe quand on est sur la route, on vit ensemble, et en l’occurrence, nous nous sommes éclatés. J’ai vécu parmi les meilleurs moments de ma carrière à jouer sur scène. Lors de la tournée, nous avons joué à Paris, par exemple, et je n’oublierai jamais ce concert. C’était tout simplement époustouflant. Quand j’ai réfléchi à l’intégration de Glenn dans The Dead Daisies, je me suis dit que c’était vraiment cool parce que c’est un groupe de rock n’ roll et de hard rock, or Glenn n’a pas vraiment ça, si ce n’est Black Country Communion mais c’est très difficile pour eux de tourner et faire ce genre de chose. C’est une super opportunité pour tout le monde, pour Glenn et pour le groupe, d’être réunis et de jouer du rock n’ roll ensemble.

Holy Ground est un album assez différent des deux derniers que The Dead Daisies a réalisés, même si ça reste du hard rock. Evidemment, la voix de Glenn joue beaucoup, mais pas seulement. Comment l’implication de Glenn a-t-elle transformé l’alchimie et la dynamique créative du groupe ?

C’est totalement nouveau. Quand on retire et remplace un chanteur principal, c’est un gros changement. C’est pourquoi j’étais aussi excité par l’arrivée de Glenn, car c’était très différent. Sa voix est très différente de celle de John, ce que j’ai trouvé super pour construire quelque chose par-dessus et faire un nouveau départ. L’idée quand on intègre des gens est qu’il faut aussi intégrer leur personnalité. Glenn apporte une énorme personnalité et quelques changements majeurs, comme ses paroles qui sont uniques et très importantes pour lui. C’est un grand parolier. Evidemment, on sait que c’est un grand chanteur et un grand bassiste, mais ses paroles sur cet album sont vraiment extraordinaires. Du morceau éponyme jusqu’à la fin, Glenn apporte une grande émotion. Ce que j’adore dans les textes de Glenn, c’est la manière dont il laisse l’auditeur libre de les interpréter et de faire ses propres choix à leur sujet.

Comme tu l’as mentionné, sa voix est très différente de celle de John et puis The Dead Daisies est maintenant devenu un quatuor : cette nouvelle configuration et ce nouveau son n’étaient pas un peu déstabilisants au départ ?

Non. Nous nous sommes réunis et nous avons joué ensemble pour la première fois au début de l’été 2019. Tout était très cool et comme il faut. Nous avons joué quelques trucs, rien que pour voir comment nous nous sentions, et le son était immense. Ensuite, nous avons tous commencé à penser à la composition, David et moi avons commencé à écrire quelques trucs ensemble et Glenn écrivait de son côté. Nous nous sommes retrouvés pour la première fois pour composer en août 2019. Nous avons fait quatre chansons et nous avons choisi la chanson qui s’appelle « Righteous Days », qu’on retrouve dans l’album – la version est légèrement différente, nous l’avons un peu modifiée. Nous étions tous d’accord pour dire que tout était bien, rien ne semblait inconfortable. Une chose très importante était lorsque nous sommes partis faire l’album dans le sud de la France, près de Marseille, à Saint-Rémy, c’était une chouette expérience à collaborer en groupe et à vraiment ne faire plus qu’un. Nous vivions ensemble, nous dormions dans le même bâtiment pendant que nous enregistrions, c’était super. Ça a vraiment fait une grosse différence.

« L’une des choses que j’ai apprises, c’est d’essayer de laisser mon ego au placard autant que possible parce qu’alors, t’es ouvert pour apprendre et vraiment être utile sans arrière-pensée. »

Le groupe est désormais constitué de deux Américains, un Britannique et un Australien. Ressens-tu l’influence de vos cultures respectives sur vos personnalités et sur la manière dont vous travaillez et approchez la musique ?

Pas vraiment. Enfin, il y a clairement de petites choses… Bon, pas si petites que ça. En fait, tu as peut-être raison ! David Lowy joue d’une certaine manière, c’est très influencé par les guitaristes australiens. C’est un guitariste très franc et agressif. C’est sa manière de jouer, vraiment dans la veine de groupes australiens comme Rose Tattoo ou AC/DC – Malcolm Young en particulier. Glenn a une manière de jouer très britannique. Je suis un petit peu un hybride parce que j’ai grandi en écoutant principalement des groupes britanniques, mes premiers groupes et guitaristes préférés étaient britanniques. Il a fallu attendre des groupes comme Aerosmith et Van Halen pour que j’adhère à un son plus américain, mais mes groupes préférés de tous les temps sont probablement Led Zeppelin, Deep Purple et j’adore aussi Jeff Beck, donc ça ressort dans mon jeu. Je pense que ça a aussi changé à cause de ce que tu dis, du fait qu’il y ait des cultures différentes au sein du groupe.

C’est quoi la manière de jouer des Britanniques ?

C’est dur à décrire, mais laisse-moi te donner un exemple. Quand Glenn a voulu proposer des idées au groupe, vu qu’il vient d’une autre époque, en gros il voulait se poser avec une guitare acoustique pour nous présenter une chanson. J’ai dit à Glenn : « Le mieux pour que tu nous présentes la chanson serait d’enregistrer une petite ébauche, une démo de la chanson sur Pro Tools sur un ordinateur pour que nous puissions présenter cette chanson telle que tu l’entends. » Quand on compose une chanson à la guitare acoustique, par exemple, on entend dans notre tête ce qui va se passer, mais pas forcément les autres. C’est donc mieux parfois de présenter une démo de la chanson afin de pouvoir montrer ce qu’on a en tête, et à partir de là on peut faire des changements. J’ai donc dit : « Glenn, laisse-moi venir t’aider. Je vais venir chez toi et je vais t’aider à faire ces démos. Au lieu de m’apprendre la partie de guitare ou que je la fasse, ça ira plus vite si tu la joues, et ensuite tu fais la basse, et je programmerai une batterie. » Glenn a donc joué la guitare sur quatre démos et c’était vraiment cool parce qu’il a une manière de jouer qui est différente. Peut-être que c’est britannique, peut-être que c’est lié au fuseau horaire qui est différent, mais il est clair qu’il y avait un truc très cool dedans. Evidemment, il a dit : « Quand tu auras le temps, je veux que tu corriges les guitares parce qu’elles étaient légèrement mal accordées et pas très en place. » Mais d’abord, il a fallu que je pige ce qu’il faisait parce qu’il y avait vraiment des trucs cool, des petits détails – pas quelque chose qu’on peut vraiment définir, genre le jeu britannique en fond de temps ou ce genre de truc, ce n’est pas ça parce que parfois Glenn se précipitait [petits rires] – c’était une question de feeling. Il a fallu que je décortique ce qu’il faisait pour bien comprendre comment il obtenait ce son et ensuite je pouvais continuer sur cette base. Je ne voulais pas simplement faire ses parties avec ma manière de jouer, je voulais capturer ce qu’il faisait et ce son qui était différent. J’ai beaucoup aimé apprendre quelque chose de nouveau.

Glenn excelle sur l’album, non seulement vocalement, mais aussi avec son jeu de basse qui est bien valorisé par le mix. Est-ce toi et les autres gars du groupe qui l’avez poussé à être mis en avant ou bien est-ce lui qui s’est tout de suite imposé ?

C’est juste Glenn, c’est un bassiste phénoménal. Evidemment, j’avais déjà remarqué ça avant, mais quand j’ai tourné avec lui en 2015, à la fin de la tournée, nous étions à Tokyo pour deux ou trois dates. Quand nous faisions les balances, Glenn est arrivé pour vérifier sa basse en marchant et en la mettant très tranquillement, ajustant sa sangle et s’assurant que son câble était bien branché. Puis, tout d’un coup, il a monté le volume et a commencé à jouer, c’était genre : « Oh purée, écoute ce truc ! » C’est incroyable ! C’est presque comme si on n’avait pas besoin de guitare avec lui, rien que la basse, la batterie et sa voix suffisent. La guitare, c’est la cerise sur le gâteau, mais le gros morceau c’est le son de sa basse. Glenn a un son de basse énorme et féroce. En ayant travaillé avec Whitesnake, j’ai beaucoup appris à expérimenter avec le son et l’enregistrement. Donc quand nous avons fait les démos, j’ai mis un petit peu de distorsion sur sa piste de basse pour lui donner un peu un son d’ampli qu’on pousse, et il a adoré ça. J’ai essayé de lui donner ce son live sur les démos. Quand nous étions en studio, ils ont grosso modo fait la même chose avec son son de basse, en essayant d’émuler son son live.

Il est drôle parce que durant le mixage, le producteur Ben Grosse a dit : « A ton avis, quel son devrait avoir cet album ? » Je n’oublierai jamais, il a dit un truc marrant : « Assure-toi simplement qu’on entende chaque chose que je joue. » Aussi simple que ça ! [Rires] Souvent, on entend le mix et on parle à l’ingénieur et on lui demande de monter les guitares, monter la batterie, baisser le chant ici ou mettre un peu d’écho dans le couplet, plein de détails. Mais Glenn a juste dit : « Assure-toi qu’on entende tout ce que je joue. » C’est très simple et son jeu est incroyable, il n’a fait qu’améliorer le son des chansons. Nous avons fait des vidéos play-through de basse pour YouTube, donc nous supprimions sa basse d’origine et Glenn jouait par-dessus le morceau et je filmais pour que les gens puissent voir ce qu’il faisait. J’allais chez lui, je le filmais et je l’enregistrais pendant qu’il jouait par-dessus les guitares, la batterie et le chant d’origine. J’ai fait ces mix avec sa basse mise super forte et ça sonne génial, sa basse est tellement cool. Les guitares étaient très faibles, c’était comme un solo de basse tout au long de la chanson. C’était super, vous pouvez aller voir ça sur YouTube.

« Je veux que mes collègues dans le groupe aient l’impression d’avoir le meilleur guitariste du monde. Evidemment, je ne suis pas le meilleur guitariste, mais j’essaye d’être le meilleur pour The Dead Daisies, tout comme j’ai essayé d’être le meilleur pour Whitesnake. »

Il a d’ailleurs un joli solo de basse dans la chanson « Like No Other »…

J’ai commencé à travailler sur cette musique parce que quand j’ai commencé à penser à Glenn, je me suis dit qu’il fallait que nous soyons un peu plus groovy. Glenn est un mec très groovy, que ce soit avec son chant ou son jeu, il adore le groove. Je m’amusais avec [chante un riff groovy] et j’ai pensé que ça fonctionnerait avec Glenn ; tu tiens la note fondamentale et ensuite tu changes les accords de guitare autour. Initialement, je me suis dit qu’au moment où le chant démarre dans le couplet, il ne devait plus y avoir que les deux guitares et la batterie, pas de basse. Ainsi, Glenn pouvait se concentrer uniquement sur le chant et ensuite, quand le refrain arrive, ça devient énorme et lourd avec la basse de Glenn. Je n’aurais jamais fait ça avant avec Marco parce que je n’aurais jamais été à l’aise de demander à Marco d’arrêter de jouer pendant un couplet. Mais quand je visualisais Glenn sur scène, je trouvais que ce serait parfait d’arrêter de jouer pendant qu’il chantait et ensuite, quand le refrain débarque, il entre avec toute sa lourdeur. Glenn a commencé à chanter cette extraordinaire mélodie sur le refrain et à expérimenter avec les paroles, et il a commencé à chanter : « Tu sens ma ligne de basse ? » C’est là que je me suis dit qu’il devait faire un solo de basse après celui de la guitare. Le solo qu’on entend est la prise que nous avons faite en live. Nous l’avons gardée et c’est une prise unique. Il ne la jouera probablement jamais exactement pareil. Quand nous étions en train d’enregistrer la chanson en live, nous nous concentrions surtout sur la batterie, même si nous avons gardé quelques parties de basse ici et là et quelques parties de guitare, mais ce passage de basse vient de l’enregistrement initial de la chanson.

La dernière chanson, « Far Away », est une belle surprise. Je n’ai pas souvenir que The Dead Daisies ait déjà fait ce genre de longue chanson ambiancée et progressive.

Tu as raison, c’est quelque chose que The Dead Daisies n’a jamais fait et je pense que c’était le moment parfait pour que le groupe commence à partir dans de nouvelles directions. Glenn a apporté cette chanson. Nous avons fait une pause dans la préproduction et Glenn avait deux ou trois concerts à Londres je crois. Il est revenu et a dit qu’il avait une idée. Il me l’a fait écouter et il a dit : « J’ai ces parties, je ne sais pas trop, qu’est-ce que tu en penses ? » Je lui ai dit : « Mec, ça pourrait être énorme ! Ça pourrait faire un morceau épique ! Si nous faisons ce qu’il faut avec ces parties et les arrangements, ça sera extraordinaire. » En gros, il avait toutes les parties, nous les avons juste arrangées en groupe. J’avais déjà fait ça par le passé quand j’étais dans Whitesnake, avec une chanson qui s’appelle « Forevermore », avec laquelle nous commencions d’une certaine manière, puis ça évoluait et ça se terminait autrement, et ça progressait constamment. Nous avons expérimenté avec plein d’arrangements différents et nous avons enfin statué en faveur de celui qu’on retrouve sur l’album, mais ce n’était pas la partie la plus dure.

La partie la plus dure était de capturer le feeling parce que le morceau passe naturellement par plusieurs changements de tempo. Normalement, les batteurs restent toujours sur le même tempo, à moins que vous soyez en train de faire une chanson progressive. Nous avons donc dû déterminer comment ça allait commencer, puis comment ça allait évoluer en termes d’intensité et redescendre. Quand ça redescend, ça revient peut-être doucement au point d’origine, et ensuite pendant la section centrale, ça devient plus heavy, c’est légèrement plus rapide, mais quand le riff heavy arrive, le tempo repart. Puis, d’une certaine façon, nous devons revenir au tempo d’origine et tout est vraiment une question de feeling. Il nous a donc fallu au moins un jour et demi pour enregistrer ce morceau six ou sept fois, et enfin, nous avons trouvé le bon feeling. Nous avons enregistré la piste de batterie et ensuite j’ai joué la guitare par-dessus sa piste, sans erreur – car j’avais fait plein d’erreurs –, pour voir si ça fonctionnait et c’était bon, nous avions le feeling comme nous le voulions. Sans même penser à tous ces petits détails, c’est une magnifique chanson avec un super texte et une super mélodie. Je t’ai donné tous ces détails mais ça n’a pas vraiment d’importance, au final c’est une très belle chanson avec de chouettes mélodes et ensuite ça part dans d’autres styles, ce qui est sympa.

Deen Castronovo a pris le micro pour chanter la reprise d’Humble Pie « 30 Days In The Hole ». Avant que vous n’optiez pour Glenn, l’idée que Deen puisse devenir le chanteur principal du groupe vous a-t-elle traversé l’esprit ?

Non. Enfin, pas moi en tout cas, peut-être que d’autres y ont songé. Pour que Deen soit le plus efficace en tant que chanteur principal, il faudrait qu’il ne joue pas de batterie. Nous avons fait un concert avec Revolution Saints et Deen a chanté en étant derrière la batterie et ensuite, il a chanté devant. Il y avait une grosse différence parce que lorsqu’il joue de la batterie, il travaille, il doit faire plein de choses, alors que quand il est sorti de sa batterie pour n’être plus que le chanteur, c’était : « Ouah ! » Il pourrait vraiment être le chanteur lead mais nous ne voulions pas perdre notre batteur ! [Rires] Cette reprise était donc juste quelque chose que nous avons faite pour nous amuser parce que Deen est un super chanteur. Déjà avant que Glenn n’entre dans le groupe, il chantait parfois des trucs, nous faisions des versions acoustiques de certaines reprises ou des choses pour nous amuser et Deen chantait et les gens adoraient. Maintenant que Glenn est dans le groupe, il faut vraiment que Glenn soit le centre de l’attention, c’est notre frontman et notre chanteur. Encore une fois, j’ai le projet Revolution Saints avec Deen, et il chante super bien, c’est un super chanteur lead, mais ce n’est pas forcément là-dessus que The Dead Daisies doit se concentrer aujourd’hui, nous devons nous concentrer sur Glenn. Comme tu l’as dit, Glenn excelle sur cet album et il lui a beaucoup apporté. C’était une inspiration nouvelle qui a permis à cet album d’exister, mais nous voulions quand même offrir à Deen une occasion de chanter, donc c’était la chanson parfaite pour lui.

« Je vais être honnête avec toi, je pense qu’Eddie Van Halen est le guitariste le plus innovant qu’a connu le rock n’ roll. »

Tu as mentionné La Fabrique Studios à Saint-Rémy-de-Provence, dans le sud de la France, où vous avez enregistré l’album. C’est un magnifique lieu avec une merveilleuse atmosphère. Quel effet l’environnement a-t-il sur votre créativité ?

C’est très lié parce que nous étions dans un lieu magnifique mais nous étions isolés. Nous n’allions pas traîner en ville. En gros, nous nous réveillions, prenions le petit-déjeuner ensemble et ensuite nous allions directement travailler sur la musique, en restant très concentrés. L’environnement était tout simplement parfait pour ça, il n’y avait aucune distraction. C’était l’une des meilleures choses pour nous, ça nous a permis de devenir un groupe avec Glenn. On peut ajouter une personne et ça se passera bien, mais là nous avons eu l’occasion de vivre et de jouer ensemble chaque jour pendant six semaines. Ça nous a vraiment aidés à bien travailler et je crois que ça n’aurait pas pu se passer ailleurs dans le monde que dans le sud de la France à ce moment-là. C’était la fin de l’automne et l’hiver, c’était magnifique et parfait. C’était il y a un an mais on a l’impression que c’était hier, j’ai des souvenirs très vifs. Nous n’aurions pas pu faire ça à Los Angeles ou New York, il y aurait eu trop de distractions.

As-tu souvenir d’autres expériences par le passé où l’environnement a eu un tel impact ?

Pas autant que ça. Là, ça nous a vraiment mis en condition pour devenir un groupe tous ensemble. L’un des enregistrements dont je me souviens le plus, où l’atmosphère était aussi studieuse, c’était le tout premier album que j’ai fait avec un groupe qui s’appelait Lion. Nous n’avions rien, nous étions pauvres. Nous vivions tous dans un appartement et notre matériel nous servait de meubles. Mes enceintes de guitare étaient notre table de cuisine. Quand nous faisions un concert, tout le matériel partait et la maison se retrouvait vide [rires]. Quand nous avons enregistré notre premier album en 1986, nous devions enregistrer la nuit car la journée, c’était un bureau, et la nuit, c’était un studio d’enregistrement. Tous les jours à cinq heures du soir, nous quittions l’appartement et nous conduisions ensemble jusqu’au studio et il y avait une véritable ambiance ; c’est tout ce que nous faisions, nous étions très concentrés. Il y a eu d’autres expériences de ce genre mais le premier album que j’ai enregistré et ce dernier album que j’ai enregistré étaient très similaires par le niveau de concentration.

L’album s’appelle Holy Ground. Glenn a déclaré que le titre de la chanson parlait « de vivre dans le moment présent, de secouer la mémoire et de devenir conscient ». Vu que cet album propose un hard rock qui sonne finalement assez actuel, as-tu parfois l’impression que les gens ont tendance à trop vivre dans le passé au lieu de vivre dans le moment présent ?

Peut-être. C’est probablement une question à laquelle Glenn pourrait mieux répondre. Comme je l’ai dit dans quelques interviews, l’une des choses que j’adore à propos des textes de Glenn est qu’ils laissent l’auditeur libre de les interpréter et de décider de quoi ils parlent. Evidemment, je sais que Glenn a mentionné de quoi ça parlait, mais je l’ai oublié plusieurs fois, et quand j’entends « Holy Ground », je pense à nos vies. Nos vies sont nos terres saintes, ce n’est pas que la planète Terre, le fait de secouer la mémoire ou de vivre dans le moment présent. Je pense que « Holy Ground » parle du temps que l’on passe à vivre. Ce pourrait être notre terre sainte, on doit apprendre de ce temps de vie et le préserver parce qu’il est sacré, on ne veut pas le perdre.

Tu as joué avec Glenn Hughes et David Coverdale, deux des derniers frontmen issus de ce qu’on peut appeler l’âge d’or du classic rock à être encore actifs et à encore produire de la musique qui parle aux gens. D’après toi, qu’est-ce qui fait qu’ils sont toujours aussi pertinents en tant que chanteurs et frontmen en 2021 ?

Ce sont tous les deux des légendes et il se trouve qu’ils ont travaillé dans le même groupe, c’est assez drôle. En fait, si tu regardes les chanteurs avec qui j’ai eu la chance de travailler, il y a Ronnie James Dio, David Coverdale, Glenn Hughes et, bien sûr, John Corabi et Kelly Hansen. Je suis béni avec les chanteurs. Le premier chanteur avec qui j’ai enregistré était un gars qui s’appelait Kal Swan. C’était un super chanteur, très influencé par David Coverdale. Je pense que ce qui fait que David Coverdale est aussi pertinent, c’est que c’est un original ; pour moi, c’est l’un des plus grands chanteurs de hard rock bluesy de tous les temps, il n’y a personne de meilleur que lui dans ce domaine. Ronnie James Dio était le roi du metal. Bien sûr, il y a Bruce Dickinson, Rob Halford et plein de grands chanteurs de metal, mais moi, mon préféré c’était Ronnie. Glenn est un peu une énigme. Il est capable de chanter plein de styles différents. Il a un background R&B qu’il a apporté dans Deep Purple. Je ne suis même pas sûr quelles sont ses influences mais il apporte un côté R&B à la Stevie Wonder ou ce genre de gars. C’est aussi un chanteur de rock extraordinaire. J’ai d’abord entendu Glenn chanter Deep Purple, et puis plus tard, il est parti pendant un moment et est revenu avec un groupe qui s’appelait Phenomena, que j’ai adoré. Il a aussi chanté avec Gary Moore. Il est capable de couvrir toutes sortes de styles différents, mais il a vraiment un son bien à lui qui ne ressemble à celui de personne d’autre. Je pense que c’est la raison pour laquelle il est toujours pertinent, parce que les gens sont tout simplement en admiration face à ses capacités.

Vois-tu des frontmen dans la nouvelle génération qui ont le même genre d’aura, de charisme et de talent qu’eux ?

Je suis sûr qu’il en existe et qu’il en existera, et je les soutiens à cent pour cent. Je suis sûr qu’il y a des gens en France. Je sais qu’il y a un chanteur croate qui s’appelle Dino Jelusić, il chante dans Animal Drive. Il a un timbre très cool à la David Coverdale et il peut aussi chanter comme Dio. Le claviériste du groupe de David Coverdale [Michele Luppi] peut chanter exactement comme David Coverdale. Il y aura toujours des gars. Par exemple, dans les années 80, quand tu entendais Whitney Houston, tu te disais : « Oh, elle a une voix extraordinaire ! » Puis Mariah Carey est arrivée. Mariah Carey sonne un peu comme Whitney Houston, mais ensuite elle a emmené ce style plus loin. On ne sait jamais ce qui pourrait arriver dans le futur, mais tout le monde respecte Glenn en tant que chanteur légendaire.

« Je crois que j’ai eu beaucoup de chance de ne pas avoir été pris pour [intégrer Kiss] parce que qui sait dans quels ennuis je me serais fourré [rires]. »

Quand Glenn et David étaient dans Deep Purple, ce dernier était dans une grande période de turnover en termes de line-up. Vois-tu des similarités entre Deep Purple et le genre de groupe qu’est The Dead Daisies ?

Oui, Deep Purple a commencé comme un genre de carrefour giratoire où les gens allaient et venaient. Ils ont différentes versions du groupe – Mark II, II, IV… – et c’est pareil pour nous. On doit en être à Mark III ou IV de The Dead Daisies. Chaque époque a de bonnes choses, c’est juste une progression, une nouvelle avenue qui mène qui sait où.

Ça ne fait que cinq ans que tu officies dans The Dead Daisies et pourtant, tu es aussi le second membre le plus ancien parmi ceux officiant actuellement dans le groupe. Est-ce que ça vient avec une forme de responsabilité envers la musique ou les nouveaux membres ?

Il y a un peu de responsabilité avec ça, oui, à essayer de s’assurer que le groupe va dans la bonne direction. Quoi que je fasse, tant que je suis impliqué dans le groupe, je m’assure que nous allons de l’avant de la bonne manière et d’être utile au processus. L’une des choses que j’ai apprises, c’est d’essayer de laisser mon ego au placard autant que possible parce qu’alors, t’es ouvert pour apprendre et vraiment être utile sans arrière-pensée. Je n’ai pas d’arrière-pensée aujourd’hui, si ce n’est que je veux jouer du mieux que je peux, et je veux que mes collègues dans le groupe aient l’impression d’avoir le meilleur guitariste du monde. Evidemment, je ne suis pas le meilleur guitariste, mais j’essaye d’être le meilleur pour The Dead Daisies, tout comme j’ai essayé d’être le meilleur pour Whitesnake. On ne sait jamais si on est le meilleur ou pas, c’est à quelqu’un d’autre d’en décider, mais c’est ce que j’essaye de faire. Je ressens bel et bien une responsabilité au sein de The Dead Daisies, celle de m’assurer que nous faisons les bonnes choses et que nous déchirons.

On a perdu il y a quelques mois Eddie Van Halen. Tu as pris part à plusieurs albums hommages à Van Halen par le passé. Quel genre d’impact est-ce qu’Eddie Van Halen a eu sur toi ?

Je vais être honnête avec toi, je pense qu’Eddie Van Halen est le guitariste le plus innovant qu’a connu le rock n’ roll. C’est dur comme affirmation, car les gens diraient que Les Paul l’était, Jimi Hendrix l’était, ou Ritchie Blackmore, Jimmy Page, etc. Mais je pense qu’Eddie a influencé plus de gens avec un nouveau son, un nouveau style, ses techniques, sa composition et ses innovations techniques. C’est irréel. Quand j’étais gamin, je ne savais même pas qui était Van Halen. Mes amis et moi, nous allions juste à des concerts. Quand il y avait un concert de rock, nous y allions, juste pour voir un concert de rock – genre, ce qui nous manque à tous aujourd’hui. En 1979, j’étais à l’extérieur d’une grande salle avec mon ami et j’ai demandé : « Qui va-t-on voir ce soir ? » Il m’a répondu : « Van Halen. » J’étais là : « Van Halen, c’est qui ça ? » Il était là : « Tu n’as pas entendu cette chanson à la radio ? » J’ai dit : « Non, j’ai jamais entendu parler d’eux ! » Nous nous sommes précipités devant la scène, nous étions très proches devant, les lumières se sont éteintes, et c’était bondé. Les rideaux se sont ouverts et j’ai vu les amplificateurs empilés, hauts de trois Marshall 4×12, je n’avais jamais vu ça avant. Je pouvais voir Eddie sur le côté de la scène mettre sa guitare et ensuite, il a fait un genre de rugissement. On aurait dit un rhinocéros ! C’était juste incroyable. J’ai tout suite été scotché et ensuite, l’entendre jouer et le voir s’approprier la scène et faire tout ce qu’il faisait, c’était juste incroyable. Il a donné envie à tout le monde d’utiliser le tremolo, la pédale de whammy, tout le monde voulait apprendre comment faire ça. Tout le monde a commencé à mettre un Humbucker sur une Stratocaster pour faire une super Strat. La manière dont il branchait ses amplis était unique, il mettait l’ampli à fond et baissait le voltage. C’était des choses que personne ne faisait avant. Bien sûr, il y avait son jeu, sa technique de tapping et tous ces trucs. Je suis incapable de jouer comme Eddie, je joue juste comme moi-même, mais il a clairement allumé une flamme en moi !

Tu as auditionné pour Kiss en 1982, avant que la place ne soit donnée à Vinnie Vincent. Tu n’avais que dix-huit ans à l’époque et n’avais encore aucune carrière. T’es-tu déjà demandé ce qu’aurait été ta vie si tu avais eu le job ?

[Rires] Je trouve que ma vie est parfaite, en fait. Je n’y ai pas pensé plus d’une seconde. Je suis passé à autre chose. Je ne laisse jamais ce genre de chose changer ma manière de penser. En revanche, ça m’a donné envie d’être meilleur parce que je ne connaissais pas grand-chose à la musique. Je savais jouer et de toute évidence, ils ont aimé mon jeu, donc ils m’ont invité à auditionner avec eux à trois reprises, mais au final, j’étais tout simplement trop jeune et ils voyaient bien que je n’avais pas d’expérience. Comme on en a parlé, quand tu pars sur la route avec quelqu’un, tu vis avec cette personne, donc il faut être à l’aise à l’idée d’être sur la route ensemble. Je pense que j’étais trop jeune. Je n’avais pas assez d’expérience. Gene [Simmons] m’a dit : « J’aime bien ce que tu fais, mais peux-tu y mettre plus de notes majeures ? » J’ai dit : « Majeur, ça veut dire quoi ? » Il a dit : « Gamme majeure. » J’étais là : « Non, c’est quoi ça ? » Il a dit : « Tu sais, do ré mi fa sol la si do. » J’ai dit : « Oh, ouais, je connais cette gamme. » J’ai réalisé que je jouais des choses sans même savoir ce que c’était. Il fallait que je m’y mette vraiment sérieusement, donc c’est ce que j’ai fait. Mais je n’ai jamais vraiment pensé à comment ça aurait été si j’étais devenu le guitariste de Kiss. J’ai eu tellement de chance que je ne peux même pas y penser.

Avec le recul, penses-tu encore que c’était une bonne idée d’auditionner pour un groupe aussi énorme en étant aussi jeune et inexpérimenté dans ce business ?

Je n’y ai pas pensé. Je m’étais juste dit que c’est ce qu’on faisait, on vient à Hollywood, en Californie, et on rejoint un groupe. Je crois que personne n’a envie de refuser une opportunité de jammer avec des gens et d’essayer des choses. Ce serait se sous-estimer si on n’essayait pas. Par exemple, si je te disais que je veux que tu ailles faire une nouvelle émission sur les émeutes aux Etats-Unis, et que tu disais : « Doug, je ne suis pas vraiment dans ce genre de journalisme, j’aime la musique et ce genre de chose. » Je te dirais : « Non mec, tu dois essayer, ce serait bien pour toi. » Tu le ferais probablement parce que tu voudrais tenter l’expérience, apprendre quelque chose d’autre et voir où ça mène.

J’imagine que ça requiert pas mal de confiance en soi.

Ou de stupidité ! [Rires] Je n’étais qu’un gamin, j’avais dix-huit ans mais j’avais vraiment treize ans dans ma tête. Je repense à ce que je savais et je sais que je ne savais absolument rien sur la vie, sur la musique, etc. Je me contentais de jouer et je vivais en suivant mon cœur, je ne connaissais rien de la vie. Je crois que j’ai eu beaucoup de chance de ne pas avoir été pris pour ce boulot parce que qui sait dans quels ennuis je me serais fourré [rires].

Interview réalisée par téléphone le 22 décembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de The Dead Daisies : thedeaddaisies.com

Acheter l’album Holy Ground.



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  • Que ça fait du bien de lire les paroles d’un grand guitariste qui a su conserver son humilité et sa lucidité ! Doug est un »très bon » et les jeunes guitaristes en vogue feraient bien de s’en inspirer, en plus il reconnaît l’énorme influence qu’a eu Eddie VH sur plusieurs générations de gratteux ( dont votre serviteur !)et rien que pour ça,il mérite le respect ! L’extrait disponible de l’opus de Dead Daisies augure de jolis moments de hard rock, comme on les aime !!

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