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Chronique   

The Great Old Ones – Cosmicism


« Ce qu’il y a de plus pitoyable au monde, c’est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île placide d’ignorance, environnée de noirs océans d’infinitude que nous n’avons pas été destinés à parcourir bien loin. » Par ces mots forts de sens, H.P. Lovecraft commence son récit de L’Appel De Cthulhu, paru en 1928. Son œuvre reste une source d’inspiration inépuisable pour les artistes, tous domaines confondus. Plus encore pour les musiciens de The Great Old Ones qui considèrent presque Lovecraft comme un membre à part entière du groupe. Le quatrième album des Bordelais affirme pleinement cette revendication puisque, contrairement à ses prédécesseurs, il ne se présente pas comme l’inspiration d’une nouvelle, ou de sa continuité comme c’était le cas d’EOD: A Tale Of Dark Legacy, mais plus comme une ode à la philosophie littéraire de l’auteur : le cosmicisme.

The Great Old Ones nous emmène donc droit vers les abysses cosmiques avec une introduction à l’ambiance spatiale nous confortant dans une sorte d’angoissante sérénité. Les Français s’illustrent avec « The Omniscient » qui expose la patte artistique du groupe en nous happant dans une longue traînée à la fois brutale et atmosphérique pour présenter Yog-Sothoth, au sujet duquel ils reprennent les écrits de Lovecraft pour le décrire (« Yog-Sothoth connaît la porte. Yog-Sothoth est la porte. Yog-Sothoth est la clé et le gardien de la porte. Le passé, le présent, le futur, tous sont un en Yog-Sothoth »). Un rythme frénétique et les couches de guitares nous inondent, rappelant la futilité de nos existences que l’écrivain ne cesse de nous rappeler avec son écriture si singulière, et toujours ce sentiment d’immensité pour appuyer à la fois une fascination et une terreur face à l’omnipotence de la créature. Comme cette force surpuissante que nous ne pouvons pas fuir et à laquelle il nous faut nous soumettre pour espérer y survivre, « Of Dementia », qui évoque le célèbre Cthulhu, frappe directement à cœur sans prendre le temps de s’installer, martelant frontalement l’auditeur. L’aura mystique de la créature tentaculaire est, elle, rappelée par des chants quasi ésotériques, scandés sur un riff mélancolique envoûtant.

Toujours en jouant sur la perte de la raison face à ce que l’humain ne peut intégrer dans sa psyché, The Great Old Ones montre qu’il sait manier différentes approches comme sur « Lost Carcosa ». Celui-ci combine la bizarrerie de Lovecraft avec la ferveur d’un black metal complexe, presque avant-gardiste – on pourrait être tenté de faire des rapprochements avec Deathspell Omega ou Blut Aus Nord. Il y a aussi « A Thousand Young », à la fois épique et entraînant, où l’auditeur est emporté dans les mouvements du duo guitare rythmique/batterie, pendant que le reste des instruments dessine le gigantisme de l’univers. Tout comme il passe d’une entité lovecraftienne à une autre, le groupe n’hésite pas à chaque chanson à changer de ton et de format, tout en gardant évidemment son empreinte. Ainsi, « Dreams Of The Nuclear Chaos » tranche avec « A Thousand Young » en étant franchement plus concis et incisif. Il conserve toutefois ces riffs aériens caractéristiques. En guise d’épilogue « Nyarlathotep », cette créature aussi surnommée le Chaos Rampant, est imagée par une rythmique lourde, écrasante, quasi monolithique, et une mélodie lente et dégoulinante. Le tout dessine une ambiance effroyable, évoluant vers une fin bruitiste, comme une sorte de trou noir qui nous aspire et finit par dissoudre notre esprit.

Avec Cosmicism, The Great Old Ones, en s’attaquant à la philosophie globale de Lovecraft mais dissociant chaque titre, propose finalement un album plus hétérogène que ne l’étaient ses œuvres précédentes. Chaque titre développe ainsi sa personnalité et son ambiance propre. Il ne faut pour autant pas se méprendre : Cosmicim ne perd rien de sa cohérence, grâce notamment au chant et à la composition de Benjamin Guerry qui assoit plus que jamais l’identité de The Great Old Ones, et nous accompagne par-delà notre « île placide d’ignorance ».

Clip vidéo de la chanson « Of Dementia » :

Chanson « Nyarlathotep » :

Chanson « The Omniscient » :

Album Cosmicism, sortie le 25 octobre 2019 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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