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Chronique   

The Great Old Ones – EOD: A Tale Of Dark Legacy


Après deux albums particulièrement bien reçus par la critique et des dates multiples à travers l’Europe, en ouvrant notamment pour Shining à l’automne 2015 puis Der Weg Einer Freiheit au printemps dernier, The Great Old Ones s’est incontestablement inscrit dans le paysage du black metal hexagonal. Les bordelais se sont faits remarquer par leur inspiration autour de l’univers de l’auteur H.P Lovecraft, l’alliant à une identité musicale forte située entre le post-black et le black atmosphérique. Leur « Lovecraftian Black Metal » n’a pas laissé insensible, si bien qu’ils ont quitté le label des Acteurs de l’Ombre pour signer leur troisième album « EOD: A Tale Of Dark Legacy » chez Season Of Mist. Un opus construit autour de la nouvelle « Le Cauchemar d’Innsmouth » sorti en 1936, ou plus particulièrement comme une suite à celle-ci, qui, on l’aura compris, reste dans une atmosphère sinistre propre à l’auteur…

La courte introduction présente la voix du narrateur, qui revient sur les pas de son ancêtre Robert Olmstead, sur quelques notes dissonantes, ce dernier arrivant dans la mystérieuse ville d’Innsmouth, avant de basculer dans le cœur du récit avec le titre « The Shadow Over Innsmouth » (nom original de la nouvelle). Ce morceau s’avère d’emblée très dense et coloré musicalement, comme nous y a habitué le combo, surtout avec l’apport de ses trois guitares. L’auditeur sera rapidement submergé par une musicalité sombre et profondément immersive, le groupe n’hésitant pas à jouer avec les changements de rythmes et une musicalité souvent déconcertante et qui engloutit l’auditeur, à l’instar des autres français de Deathspell Omega, permettant de dépeindre un état d’esprit qui ne laisse place qu’à l’angoisse et ne peut laisser la raison s’installer. Ses passages plus pesants et lancinants rappellent l’image de la marche horrifique des créatures décrites par le narrateur, quand sa fuite et sa terreur sont illustrées par les accélérations brutes et les chants criards.

L’œuvre de Lovecraft est tournée autour d’une force supérieure qui vient de sous terre, souvent inqualifiable pour les différents personnages qu’il crée. Cette supériorité diabolique est retranscrite musicalement par des guitares à la fois aériennes et démoniaques, en témoigne « When The Stars Align », et les quelques nappages de claviers souvent discrets mais provoquant un effet certain sur le décor dessiné. Cette dimension ritualiste et occulte, ce culte mystérieux et sectaire des épouvantables habitants d’Innsmouth, est retracée par le morceau au titre évocateur « The Ritual », avec son jeu de percussions en ouverture et un orgue discret qui évoque une ambiance religieuse, avec une mélodie plus lente et envoûtante reprenant quelques éléments musicaux du black occulte.

Un des éléments faisant de l’ensemble des œuvres de Lovecraft de la grande littérature est son sens du détail apporté pour décrire un environnement mortifère unique, allant de l’architecture des bâtiments aux traits physiques repoussants de ses personnages. Comme l’auteur pour ses récits, les musiciens ne laissent rien au hasard et ponctuent subtilement et précisément leur musique par quelques touches sonores inquiétantes permettant à l’auditeur de vivre l’effroi du cadre macabre raconté. « In Screams And Flames » présente alors des scènes visuelles chaotiques, avec une forme d’impuissance imagée par une décélération en milieu de morceau, comme pour observer un espace dévasté, puis regagne en puissance avant de s’achever dans un black entraînant et apocalyptique, ponctué d’un solo de guitare des plus expressifs. On retrouve cette dimension mystique avec « Mare Infinitum » ses chœurs, ses riffs endiablés et son jeu de batterie mais aussi sa beauté sombre et mélancolique. Mais ce qui interpellera d’abord c’est son atmosphère introductive plombante, avec notamment un violoncelle, emportant l’auditeur dans les profondeurs. Le tout semblant décrire une certaine folie… Celle des personnages, celle de ce monde entre l’horreur et la science-fiction, ou bien peut-être même celle de son auteur.

EOD: A Tale Of Dark Legacy est un opus qui démontre que le groupe a su trouver une réelle empreinte musicale que les musiciens maîtrisent et modulent. Les français restent ainsi dans la même lignée, tout en arrivant pourtant à se renouveler et à proposer une œuvre différente. Clairement, la musique de The Great Old Ones n’est pas facile d’accès tant elle est dense et obscure, tout comme les œuvres de Lovecraft qui ne sont pas orientées tout public. Ce qui a d’ailleurs rendu l’auteur à la fois intéressant et singulier est le malaise ressenti lors de la lecture de ses ouvrages. En cela, The Great Old Ones réussit un double pari : celui d’étendre et de transposer musicalement l’œuvre de l’auteur, et celui de proposer une musique black metal aussi fascinante qu’atypique.

L’album en écoute intégrale :

Album EOD: A Tale Of Dark Legacy, sorti le 27 janvier 2017 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici.



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  • « Album Lykaia, sorti le… »
    Faites gaffe, ça fait deux fois en peu de temps xD Mettez-vous un post-it genre « Vérifier le nom de l’album à la fin de l’article ». =p
    Blague à part, je trouve ça un peu dommage, ces liens Amazon, quand l’album est dispo sur Bandcamp, notamment. Moins cher et peut-être plus « éthique ». https://thegreatoldonessom.bandcamp.com/album/eod-a-tale-of-dark-legacy
    D’ailleurs pour l’écoute intégrale, leur widget aurait été peut-être plus confortable qu’une vidéo YouTube, mais bon.
    Vroum, bonne journée.

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