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Interview   

The Great Old Ones : la face cachée du cosmos


Le cosmos est une notion qui reste abstraite pour la plupart des gens. Pourtant, il est tout autour de nous et il suffit de lever les yeux, lors d’une nuit au ciel dégagé, pour se laisser écraser par son immensité et son infinie complexité. C’est cet abysse-là, ainsi que celui des fonds marins, qui fascinait Lovecraft autant qu’il le terrorisait, donnant corps à ces sentiments sous la forme de rencontres entre des personnages et des entités monstrueuses, jusqu’à le conceptualiser en une philosophie : le cosmicisme.

Une philosophie qui donne aujourd’hui son nom et sert de base au nouvel album de The Great Old Ones. Non, malgré un nouveau changement de line-up conséquent depuis EOD: A Tale of Dark Legacy, les Bordelais n’ont pas changé leur fusil d’épaule et Benjamin Guerry, son leader, continue de puiser dans l’œuvre de l’auteur américain de littérature fantastique qui le fascine tant. A ceci près qu’ici, à défaut de se baser sur une nouvelle unique, chaque chanson raconte sa propre histoire liée à une entité lovecraftienne.

Entretien avec Benjamin Guerry qui nous livre les secrets de Cosmicism et analyse avec nous la philosophie de Lovecraft.

« Ce que j’aime dans cette idée [de cosmicisme], c’est le fait d’arrêter de se regarder soi-même, de regarder ailleurs et de relativiser en se disant qu’on n’est peut-être pas grand-chose. […] Je pense que c’est toujours important de se remettre à sa place et ce n’est – étrangement ou pas – pas facile pour l’homme [petits rires]. »

Radio Metal : Un des moments forts du cycle d’EOD: A Tale Of Dark Legacy a été la belle tournée en compagnie d’Audn et Gaahls Wyrd. Qu’est-ce que tu retiens de cette expérience ?

Benjamin Guerry (chant & guitare) : Il y a eu une autre tournée entre deux, d’ailleurs, parce que nous sommes repartis avec Audn en co-tête d’affiche l’année d’après. Ecoute, depuis la sortie d’EOD, il s’est passé plein de bonnes choses, nous avons fait plein de super concerts, nous avons rejoué au Hellfest, nous avons joué dans plein d’autres festoches, et nous avons donc effectivement eu la tournée avec Gaahl et Audn qui s’est extrêmement bien passée. Humainement, c’était vraiment super. Que ce soit avec les membres de Gaahls Wyrd, Gaahl en lui-même et avec tous les Islandais d’Audn, nous avons tous passé un très bon moment. J’ai l’impression que le groupe a franchi des étapes tranquillement. Sans aller dans l’explosion d’un coup, nous avançons tranquillement, nous faisons notre petit bonhomme de chemin au fur et à mesure.

Abordons d’emblée le sujet du line-up. L’an dernier le groupe a de nouveau perdu deux membres. D’un côté le guitariste Jeff Grimal qui t’accompagnait dans l’aventure depuis le début, de l’autre le bassiste Jérôme Charbonnier qui n’était lui dans le groupe que depuis deux ans. Est-ce que tu peux revenir sur ces deux départs ?

Jérôme est venu quand Sébastien, le premier bassiste, est parti. Jérôme est un mec avec qui je faisais de la musique déjà depuis pas mal de temps, avec qui j’avais un groupe avant. En fait, il n’y a pas eu grand-chose. Ce qu’il s’est passé, c’était plutôt des questions de timing. Nous sommes très contents de là où nous en sommes avec TGOO, ça avance très bien, et je pense que le meilleur est à venir, mais il faut se rendre compte que c’est une situation qui est un peu entre deux, qui est toujours un petit peu compliquée. Après, nous essayons toujours de garder une part de mystère et de ne pas forcément parler des choses un peu réelles et logistiques, mais quand tu as un groupe qui tourne pas mal mais qui ne te permet pas encore forcément d’en vivre correctement, t’es obligé de mixer ta vie de musicien avec une vie annexe. Ce qui fait que parfois on peut s’imaginer que c’est faisable, alors que pour certaines personnes ça ne l’est pas forcément. Ils se rendent compte qu’au bout d’un moment, soit ça prend trop de temps, soit logistiquement ce n’est pas possible, il y a peut-être des enfants, des choses comme ça. Donc pour Jérôme ça a été plutôt cette question-là : gérer son boulot de graphiste indépendant avec TGOO qui demande beaucoup d’investissement et de temps, parfois de prévoir des choses très à l’avance et parfois d’être assez disponible rapidement. Il y avait aussi sa vie de famille. Il pensait que ça allait le faire, qu’il allait pouvoir tout conjuguer, et en fait ça n’a pas été le cas. Donc c’était quand même mieux d’arrêter à ce moment-là puisque ni TGOO, ni lui n’en sortaient vraiment gagnants. Lui ça le pénalisait dans sa vie de tous les jours et du coup c’était compliqué à gérer avec TGOO.

Pour Jeff, qui m’accompagne depuis le moment où TGOO est devenu un groupe… C’est-à-dire que j’ai commencé tout seul deux ans avant, mais à partir du moment où j’ai voulu en faire un groupe, c’est effectivement le premier à m’avoir rejoint, quasiment en même temps que Léo Isnard, notre batteur qui est toujours là. Jeff, ça s’est surtout passé durant la tournée avec Gaahls Wyrd et Audn. Il ne se sentait plus vraiment à sa place. La tournée, ça ne lui plaisait plus. Il ne trouvait pas sa place, ça ne lui plaisait pas, il était fatigué, il avait son projet Spectrale qu’il avait envie de développer – mine de rien, comme je disais, TGOO ça prend du temps. Du coup, il a préféré dire stop en mode il ne se sentait plus en phase avec la vie d’un groupe qui demande, là encore, beaucoup d’investissement et de temps dans les tournées et les concerts, et qui demande à être priorisé dans une vie. Si on veut que le projet et le groupe avance, chaque membre est obligé d’en faire une certaine priorité dans sa vie et Jeff, au bout d’un moment, il s’est rendu compte que ce n’était pas ce qui lui parlait. Le fait de partir quinze jours ou trois semaines en tournée dans un tour bus, ça ne lui plaisait pas forcément. Socialement, à ce moment-là en tout cas, il n’était pas forcément dans le mood pour aller discuter un peu avec tout le monde ; si tu fais ça, tu peux vite t’enfermer en tournée. Ce n’était plus son truc. Mais comme c’était la volonté de tout le monde de continuer à faire ça – nous adorons partir en tournée, faire des concerts, faire des bornes pour aller jouer –, du coup c’était plus cohérent du tout. Donc de lui-même il s’est posé la question et, à la fin de la tournée, il a dit : « Bon, les gars, je préfère arrêter, ça ne me correspond plus. » Je crois qu’aujourd’hui, même s’il adorait jouer la musique de TGOO, il est plus heureux à se consacrer à son projet perso et à sa peinture.

Ce que tu disais par rapport à Jérôme, ça rejoint un petit peu ce que tu disais déjà à l’époque quand Xavier Godart et Sébastien Lalanne étaient partis. Puisque les mêmes facteurs sont de nouveau ressortis avec ces nouveaux départs seulement deux ans plus tard, est-ce que tu as dû faire une petite mise au point, notamment avec les nouveaux membres ?

Oui, complètement. C’est-à-dire qu’à un moment, il y a eu des discussions par rapport à ça. Après, tous les gens qui sont partis, ce n’est pas forcément pour cette raison-là. Je ne rentre pas dans les détails, parce qu’à la limite, ça ne regarde que nous. Mais la majorité, il y a quand même eu ce fait qui à un moment… En tout cas, la première grosse tournée a été le point de départ des changements de line-up qu’il n’y avait pas eu depuis le début. Après, ce sont pour différentes raisons. En fait, quand tu ne veux pas devenir professionnel, quand ce n’est pas du tout un objectif que ton groupe devienne professionnel – je parle de « professionnel » pas en termes de statut mais de temps et d’argent –, forcément tu ne te retrouves plus en phase, et quand ça arrive, tu n’es plus non plus en phase avec les autres membres, et il y a des choses qui ressortent. Tout ce mélange mène à une atmosphère de groupe qui n’est plus très productive et plus très agréable pour personne. Donc effectivement, c’était une question importante et ça a été complètement abordé quand il y a eu les changements. Il fallait que les nouvelles personnes que nous choisissions, qui nous rejoignaient, soient des personnes qui avaient cette envie de se professionnaliser, de prendre du temps. De toute façon, la vie de musicien, c’est compliqué. Après, je te dis ça aujourd’hui, nous sommes tous obligés de bosser à côté parce que nous ne pouvons pas encore en vivre – je ne perds pas du tout espoir vis-à-vis de ça mais nous avons encore du chemin –, donc ça rend la chose encore plus compliquée. Mais même quand tu en vis, tu pars souvent, donc si tu as une vie de famille, il faut l’accepter. C’est un état d’esprit particulier. Et c’est un état d’esprit qui n’est pas forcément donné pour toute notre vie. C’est un état d’esprit qui peut évoluer. Nous avons beau avoir fait le point dans le groupe, après ces départs, avec les nouvelles personnes qui sont arrivées, malheureusement je ne peux pas prédire le futur et, comme je te dis, les mentalités évoluent. Donc nous verrons dans le futur. Mais aujourd’hui, tout le monde dans le groupe est ultra-motivé pour donner son temps et mettre TGOO en priorité dans sa vie.

« [Lovecraft] est là à dire qu’on n’est vraiment rien, on n’a conscience de rien, et puis si on en avait conscience, de toute façon on n’est pas faits pour le comprendre. Ça retranscrit bien sa vision très mélancolique de la vie. »

Vous avez donc recruté Benoit Claus à la basse et Alexandre « Gart » Rouleau à la guitare. C’était essentiel de rester à trois guitares ?

Je ne me suis même pas posé la question ! On m’a posé la question, comme tu le fais maintenant, mais moi de mon côté je ne me la suis jamais posée. Déjà parce que TGOO ça a toujours été un groupe à trois guitares. Quand j’ai commencé à composer même tout seul, je l’ai fait pour trois guitares. Ça a toujours été comme ça. Ça fait partie de ma méthode de composition. Tu m’enlèves ça, ça ne serait pas impossible, mais le résultat serait différent et ne correspondrait pas vraiment à ce dont j’ai envie. Aujourd’hui, j’ai une certaine habitude avec ça. Honnêtement, nous perdrions quelque chose. Nous y gagnerions peut-être en termes de praticité de temps en temps [petits rires], peut-être même de logistique, mais en termes de son et de ce que j’aime développer quand je compose la musique de TGOO, il manquerait vraiment quelque chose pour moi.

En revanche, The Great Old One n’a désormais plus qu’une voix, la tienne. C’est un choix délibéré ou bien c’était par la force des choses ?

Un peu des deux. C’est-à-dire qu’avant que Jeff ne parte, je ne me posais pas forcément la question, mais je me suis posé la question quand il est parti. Au fond, quand j’ai monté le groupe, je n’avais pas spécialement prévu que nous soyons deux. Ça s’est fait naturellement comme ça. Donc il fallait trouver un deuxième guitariste qui puisse chanter aussi, renouer une relation de confiance, etc. Et il y a la situation qui fait que j’écris les textes, et c’est vraiment une volonté de continuer à écrire les textes, car c’est dur mais j’aime ça. Il fallait donc trouver quelqu’un qui n’ait pas d’envie derrière d’écrire des textes. C’était beaucoup trop compliqué. Donc, je me suis dit : « Bah tiens, il y a eu beaucoup de changements, eh bien là on va vraiment le marquer, le changement. Je vais me remettre au centre au niveau du chant. » Et écoute, je trouve que ça fonctionne très bien ! Ça demande beaucoup travail, mais…

Justement, ça change quoi pour toi ?

Ça fait que les concerts ont deux fois plus de voix pour moi [rires], donc forcément ce n’est pas simple. C’est du boulot, c’est aussi un peu de stress, mais je travaille dans ce sens-là. Après, la question se pose beaucoup moins pour le nouvel album, puisqu’il n’y a qu’un seul chant, donc c’est plus simple, ça c’est fait. Pour les anciens morceaux, ça ne fait pas extrêmement longtemps mais ça commence à faire quelque temps que Jeff est parti, donc ça y est, nous avons eu le temps de faire des tournées, des concerts avec un seul chant. Je m’y suis habitué. En fait, ça s’est fait, honnêtement, très naturellement. Il n’y a vraiment que la notion « technique » où je suis obligé de travailler plus, vis-à-vis du stress, vis-à-vis de la voix, puisqu’il faut arriver à tenir. Par contre, tout le reste, ça s’est fait très naturellement. Je pense que le fait que j’aie toujours écrit tous les textes et fait les placements de chant m’a aidé. Il y aurait toute une partie où je n’aurais pas touché les textes et ce ne serait pas moi qui aurais fait les placements de chant, ça aurait sûrement été plus compliqué, mais là ça a simplifié les choses.

On va maintenant parler du nouvel album, Cosmicism. Le cosmicisme est une philosophie développée par H.P. Lovecraft. Tout d’abord, est-ce que tu peux expliquer cette philosophie à ceux qui ne la connaissent pas ?

C’est toujours particulier, quand j’ai fait des recherches par rapport à ça : est-ce que c’est une philosophie pure ou une philosophie littéraire ? Parce qu’en fait, c’est développé au travers de ses œuvres. Lui l’explique aussi mais il n’a jamais mis uniquement le doigt dessus spécialement. C’est un ensemble de choses, mais je pense que ses écrits retranscrivent ce que lui ressentait aussi, même si c’est de la fiction – il était tout à fait conscient du caractère fictionnel de ses œuvres. Dans l’absolu, le cosmicisme, c’est assez simple. C’est le principe de dire que l’homme n’est rien, ou en tout cas il est très, très peu de chose, il est minuscule, au regard de l’immensité du cosmos, de ce qui peut s’y passer, des enjeux dont on n’a pas conscience, sûrement des êtres ou de la vie qu’on ne connaît pas, que ce soit de la vie au sens où on en parle ou peut-être des choses plus divines, on ne sait pas… Il y a un côté très nihiliste, en fait. L’homme est une chose minuscule au-devant de l’immensité du cosmos. C’est assez simple quand on y réfléchit. On se dit souvent qu’on est peu de chose, mais après, on est aussi très tournés vers notre petite personne et du coup, l’homme, sur la Terre, se considère un peu comme le chef de la Terre, ce qui ne l’empêche pas non plus de la bousiller. Lovecraft développe plutôt l’idée que tout ça est presque un peu futile puisque, au final, il se passe des choses beaucoup plus grandes dans le cosmos dont nous n’avons absolument pas conscience et notre cerveau n’est pas fait pour ça. Concrètement, on n’est pas faits pour le comprendre, c’est aussi pour ça que dans ses œuvres, souvent, les protagonistes qui sont confrontés à ça deviennent quasiment tous fous à ce moment-là, mais parce que c’est le seul moyen de défense, donc on perd les pédales.

Et pour toi personnellement qu’est-ce que ça représente ?

En fait, c’est un mélange de beaucoup de choses. Ce que j’aime dans cette idée, c’est le fait d’arrêter de se regarder soi-même, de regarder ailleurs et de relativiser en se disant qu’on n’est peut-être pas grand-chose. Après, ça ne veut pas non plus dire qu’il ne faut pas croire en l’homme, parce que sinon ça voudrait dire : « Bon, ben, on arrête tout. Si on est rien ou si peu de chose, on arrête tout. » Ça ne veut pas dire ça. Ça ne veut pas dire que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue. C’est juste cette fascination de se dire qu’on connaît très peu de choses, qu’il y a sûrement beaucoup de choses qu’on ignore, c’est même sûr, et derrière, ça permet de se remettre un peu à sa place, en se disant : « Quand je lève les yeux, il y a quand même autre chose au-dessus de ma tête. Il y a un univers à priori infini », et ça fait du bien de ne pas juste se tourner vers sa petite personne. Je pense que c’est toujours important de se remettre à sa place et ce n’est – étrangement ou pas – pas facile pour l’homme [petits rires]. Après, l’homme a toujours été curieux, donc on fait de la recherche. A l’époque de Lovecraft, il y avait déjà beaucoup de recherche, mais depuis sa mort, il s’est passé quand même beaucoup de choses en termes de recherche spatiale, par exemple. Donc il y a toujours eu cette curiosité. C’est marrant parce qu’il y a cette curiosité mais, au final, on l’oublie assez vite. Ce qu’on n’a pas devant les yeux, on le zappe assez vite. Et je pense que c’est important, mais bon, après c’est toujours pareil : tu peux croire en des choses mais tant que tu ne les as pas devant les yeux, c’est difficile d’y donner un nom et de se les représenter. En même temps, c’est aussi ce qui est intéressant chez Lovecraft : d’un côté il y a cette fascination, mais c’est le premier à dire que si on se rendait compte de ça, on deviendrait fou. Il est là à dire qu’on n’est vraiment rien, on n’a conscience de rien, et puis si on en avait conscience, de toute façon on n’est pas faits pour le comprendre. Ça retranscrit bien sa vision très mélancolique de la vie.

« Les religions ne sont pas tournées vers les gens. Les religions sont tournées vers le pouvoir. Si c’était tourné vers les gens, ce serait surement beaucoup mieux. »

Comme tu viens de l’expliquer, la folie est très présente dans l’univers de Lovecraft : crois-tu que, de façon générale, l’homme soit condamné à la folie ?

Condamné à la folie, je ne sais pas. J’ai l’impression que l’homme est condamné, effectivement… Je ne sais pas si c’est à la folie… Je n’en suis pas sûr. En fait, l’homme condamné à la folie, ça voudrait dire qu’on impose à l’homme de découvrir des choses pour lesquelles il n’est pas fait, mais aujourd’hui, la plupart des gens vivent leur « petite vie » de manière très autocentrée, et en même temps c’est le propre de l’homme. Ça ne veut pas dire que c’est bien, mais c’est comme ça. Donc la plupart du temps, les gens ne deviennent pas fous. Par contre, il y a des gens qui vont chercher un petit peu plus loin, qui vont essayer de comprendre des choses et – pour essayer de répondre à ta question, même s’il elle n’est pas facile – effectivement, je pense que les nouvelles découvertes qu’on va faire à un moment, on aura du mal à les assimiler. Car nous avons essayé de poser nos fondations sur des certitudes, mais des certitudes sur lesquelles, au fond, on ne sait pas grand-chose, c’est juste que ça nous arrange bien. Les religions, par exemple, se basent sur certaines certitudes dont ils n’ont aucune preuve. En tout cas pour moi, la foi a été inventée pour justifier beaucoup de choses, comme la mort. Ça a même été inventé pour les relations sociales. Les idées de base ne sont pas forcément idiotes, mais ça a été accaparé par des gens qui du coup imposent leurs idées. C’est une question de pouvoir. Les religions ne sont pas tournées vers les gens. Les religions sont tournées vers le pouvoir. Si c’était tourné vers les gens, ce serait sûrement beaucoup mieux. En tout cas, je serais bien moins anti-religions que je ne le suis aujourd’hui si c’était tourné plus vers les gens.

Mais je pense, honnêtement, qu’aujourd’hui, si on chamboulait nos fondations, oui, il y aurait une grosse partie de la population qui deviendrait folle, c’est évident. Rien que la preuve d’une vie extraterrestre serait un chamboulement incroyable. Je lisais cette semaine un article dans je ne sais plus exactement quel journal scientifique, mais un mec de la Nasa disait qu’ils pensaient être proches de la découverte de vie extraterrestre. Après, c’est normal, ils avancent de ce côté-là, et c’est une espérance qu’ils ont car ils mettent leur vie là-dessus, mais il explique aussi que les gens ne sont pas du tout prêts à comprendre ça et le chamboulement serait beaucoup trop violent pour le monde moderne tel qu’il est aujourd’hui. Donc je ne suis pas sûr que la fin de chaque vie se terminerait dans la folie, en tout cas aujourd’hui tels qu’on est, parce que les gens se contentent de vivre leur vie avec ce qu’ils connaissent et se rassurent avec beaucoup de choses. Par contre, certaines preuves de choses pour lesquelles on n’est pas prêts, oui, effectivement, il y a une majorité de folie qui se mettrait en place.

Je demandais ça aussi parce qu’on peut parfois avoir l’impression que la folie est un peu en train de s’emparer du monde aujourd’hui, en partie avec les réseaux sociaux. C’est peut-être osé de dire ça mais est-ce qu’il n’y aurait pas quelque chose d’une entité lovecraftienne derrière les réseaux sociaux qui rendrait fous les gens ?

Pourquoi pas ! Mais j’ai un peu de mal à le voir comme ça, honnêtement, parce que les entités lovecraftiennes et cette notion de folie viennent toujours d’une peur de ce qui est inconnu et qui vient de l’extérieur, ou en tout cas d’un endroit qui n’est pas la terre de prédilection de l’homme. Par exemple, le fond des mers, aujourd’hui on a su – notamment depuis la mort de Lovecraft – explorer beaucoup de choses, mais malgré le fait que l’homme ait découvert énormément de choses, ça reste un milieu qui nous est hostile et assez… je ne sais pas si « inconnu » est le bon terme, mais en tout cas on a encore beaucoup de choses à apprendre. Ça reste quelque chose qui n’est pas notre terrain de prédilection. Et le cosmos, je n’en parle même pas : nous-mêmes en tant qu’hommes, on n’a visité que très peu de choses. On arrive à envoyer des robots qui parviennent à aller un petit peu plus loin, comme Mars… C’est quand même hallucinant de se dire qu’aujourd’hui, on a une production humaine qui est sur Mars ; imagine de dire ça à Lovecraft à l’époque ! Je n’ose même pas imaginer sa réaction par rapport à ça. Mais bref, ça vient de l’extérieur, alors que les réseaux sociaux, c’est une création purement humaine. Alors, je n’ai pas de problème spécialement avec les réseaux sociaux, il y a plein de dérive et tout ça, mais si on y réfléchit, ça n’est pas très loin de la religion, au final. Mais je suis beaucoup plus anti-religion que je ne suis anti-réseaux sociaux [petits rires]. Mais j’ai du mal à les voir comme des choses lovecraftiennes, car ce sont des créations de l’homme, or les choses lovecraftiennes sont toujours des choses qui viennent d’ailleurs. Là ce sont plus des choses qu’on fait qui – peut-être ou pas – créent du positif et du négatif, mais quand c’est du négatif, c’est l’homme qui a créé du négatif pour l’homme, et pas quelque chose d’extérieur, à la différence des entités lovecraftiennes.

Tu parlais des fonds marins, et c’est vrai que chez Lovecraft, on retient beaucoup le mythe de Cthulhu et ses abysses marins, mais le ciel est une autre forme d’abysse qui le fascinait tout autant… Finalement, ce que faisait Lovecraft, plus que les fonds marins ou les profondeurs de l’univers, n’était-ce pas surtout de sonder les abysses de la psyché humaine ?

Je pense que surtout, c’était une manière de sonder sa propre psyché à lui. Il exprime sa psyché profonde à lui. Il écrivait, il exprimait des choses qu’il avait au fond de lui. Cette profondeur, cet enfoncement, ses peurs viscérales… Ses œuvres sont autant liées à de la fiction qu’à ce que lui avait au fond de son âme. Après, il avait des avis sur les choses, sur les gens, sur la société, sur la politique, etc. mais ses écrits, je pense, sont surtout tournés par rapport à des peurs qui lui sont très personnelles. Même sa vision des gens, qu’il peut exprimer au travers de ça, est liée à sa vision personnelle. Sa vision des rêves est liée à sa vision personnelle. Il ne faut pas en faire un reclus tel qu’il a été appelé parce que ça n’était pas spécialement le cas, mais sa vision nihiliste, oui, pourrait se refléter par rapport au monde moderne. Par contre, ce que lui a mis dedans, je pense que c’étaient des choses plutôt personnelles. C’étaient ses peurs à lui : la peur des abysses, du cosmos, etc., mais ce sont des peurs qui concernent beaucoup de gens, donc ça a touché des gens. Car ce sont des mystères – le mystère du cosmos, le mystère de ce qui se passe sous la mer. Il y a des gens qui n’en ont rien à faire et il y a des gens qui sont fascinés par ça. C’est un mélange de fascination et de peur, de toute façon. Il faudrait poser la question aux grands experts de Lovecraft, comme S. T. Joshi, qui connaissent mieux que moi – car autant je connais bien Lovecraft, autant je ne suis pas le plus grand expert au monde, très loin de là –, mais à mon avis c’était une vision plutôt personnelle mais qui a touché les gens parce ce sont des phobies, des peurs qui concernent beaucoup de personnes.

« Ce dont j’avais envie – et ce dont nous avions tous envie – c’était de faire un album qui sonne grand. Ça paraît un peu présomptueux de dire ça, mais en fait, il y a toujours eu dans TGOO cette envie de faire de la musique avec un sens dramatique. »

Cosmicism est donc un album tourné vers le ciel et son aspect vertigineux, immense et insaisissable. Au-delà de la fiction loveraftienne, est-ce que tu t’intéresses à l’univers et ses lois, l’astronomie, l’astrophysique, etc. ?

Je ne suis pas du tout un expert. Je m’y intéresse, j’ai une fascination aussi… C’est pour ça, quand je disais que Lovecraft écrivait des choses qui touchaient d’autres gens, c’est que moi aussi ça me touche. Donc forcément je m’y intéresse. Dès qu’il y a un article sur l’exploration spatiale, sur l’exploration sous les mers, j’ai regardé beaucoup de documentaires et de choses comme ça… Ça me fascine énormément. Après, lui avait fait un magazine d’astrologie et tout ça, moi je ne suis pas du tout autant à fond scientifiquement que lui, ce n’est pas un sujet d’étude pour moi, mais c’est quelque chose qui me fascine. Je suis les études qui sont en cours. Quand Curiosity est parti sur Mars, j’étais le premier à regarder comment l’atterrissage s’était passé, à suivre ça en direct, etc. J’adore ça. Par contre, je ne pourrais pas te donner des notions très scientifiques. Je reste un lecteur d’article.

Chaque chanson – excepté peut-être « Lost Carcosa » mais on y reviendra – parle d’une entité loveraftienne et le rapport que le protagoniste humain a avec celle-ci. Pourquoi avoir fait ce choix et celui de t’intéresser à la philosophie littéraire de Lovecraft, le cosmicisme, plutôt qu’à une nouvelle en particulier sur cet album ?

Pour une raison très simple : je n’avais pas envie de refaire la même chose. Depuis le début du groupe, dans les concepts, j’ai toujours essayé de ne pas proposer deux fois exactement pareilles. Comme sur Tekeli-Li c’était l’adaptation directe d’une nouvelle entière, EOD c’était une sorte de suite au Cauchemar d’Innsmouth, je me suis dit : « Je ne vais pas reprendre une nouvelle et la mettre en musique. Ça revient à faire la même chose. » Donc j’avais envie de faire quelque chose de différent, et puis tout s’est un peu lié, puisque les premiers morceaux, je les ai trouvés très variés, il y avait des ambiances différentes. Ça reste du TGOO en général et c’est cohérent, mais à chaque fois il y avait un petit truc différent, et je me suis dit : « Tiens, pourquoi pas faire que chaque morceau soit une entité différente, donc une histoire différente ? » Et le cosmicisme, quand j’ai lu des trucs dessus, je me suis dit : « C’est un super fil rouge pour tout ça ! » Car à chaque fois, ou en tout cas dans la plupart des cas, c’est un peu une rencontre d’un protagoniste avec une entité, et du coup on tombe dans cette prise de conscience de l’immensité des choses qui se passent dans l’univers et qui enchaînent généralement vers une espèce de mélange de fascination, de vénération et de folie. Je trouvais que c’était le fil rouge parfait, tout collait parfaitement : le côté varié des morceaux, le concept avec chaque entité, etc. En plus c’est bien lié : « Dreams Of The Nuclear Chaos » est un morceau un peu plus violent que ce que nous avons l’habitude de faire, plus rapide et plus court, qui fonctionne très bien avec l’entité Azathoth, qui est le chaos nucléaire. Tout collait parfaitement, et avec le fil rouge derrière, je trouvais que c’était le package parfait pour le concept de l’album.

D’ailleurs, comment expliques-tu que tu te sois retrouvé d’emblée avec des compositions plus variées ?

Comme pour les textes et le concept entre chaque album, pour les compos j’ai toujours essayé d’apporter quelque chose de nouveau, que ce ne soit pas deux fois le même album, qu’il y ait, pas une transformation, mais une évolution. Au final, ça m’a donné envie de tester plein de choses. Je n’ai jamais vraiment mis d’importance à ce qu’il faille que ce soit ci, que ça doive sonner comme ça, « est-ce que les gens vont dire que c’est trop comme ça ? » Je ne me suis pas posé de question. J’avais des musiciens qui techniquement permettaient de proposer de nouvelles choses, que ce soit en termes d’arpèges, de solos, de guitare, etc., donc je me suis dit : « Allez, on y va. » Du coup, ce côté varié est venu du fait que je me suis tout autorisé. Enfin, je n’ai pas fait de l’eurodance, par exemple, ce n’était pas le but, je ne m’autorise pas tout non plus. Par contre, le fait de ne pas se mettre de barrières, de ne pas se poser de questions, ça a créé ça. Et même si je ne me suis jamais trop mis de limites dans la musique, ça m’a ensuite donné de nouvelles idées pour les morceaux qui n’étaient pas encore écrits. Ça m’a poussé à aller chercher certaines choses, je me disais : « Bon là, pour cette entité, je vais plutôt aller chercher ça. »

Justement, est-ce que tu as essayé l’aller au bout de la démarche et de retranscrire musicalement le caractère des entités lovecraftiennes dans les chansons qui en parlent ? Tu as parlé d’Azathoth tout à l’heure…

Tout à fait. Des fois plus ou moins car ça dépendait où en étaient les morceaux quand j’ai décidé le concept, mais pour la plupart, oui. Comme je te disais tout à l’heure, il y a Azathoth avec « Dreams Of The Nuclear Chaos ». Il y a aussi « A Thousand Young », qui fait d’ailleurs référence à différentes nouvelles : c’était un choix de faire un morceau plus épique pour Shub-Niggurath qui a toujours été assimilé aux bois, etc., car je trouvais que ça collait avec le côté épique. Il y a « Of Dementia », avec ce côté un peu plus… Encore que celui-là aurait pu marcher avec une entité plus stellaire, mais en même temps, pour moi, il y a toujours cette espèce de mélange entre les abysses et le stellaire, car « Of Dementia » parle de Cthulhu : ça reste une créature extraterrestre, donc tout est un petit peu lié. Le dernier morceau, « Nyarlathotep », bon celui-là, vu son titre, on ne peut pas trop se tromper, mais ce côté rampant colle parfaitement. Après, c’est la musique qui compte en premier, donc il fallait que musicalement, ce soit cohérent, donc à un moment, c’est la musique qui parle d’abord, mais il y a toujours des passages ou une ambiance qui étaient basés par rapport à l’entité.

J’ai l’impression qu’il y a un peu plus de mélancolie cette fois voire de contemplation, ce qui à la fois crée un contraste avec les passages plus intenses et violents, comme « Dreams Of The Nuclear Chaos »… Cette dualité était-elle voulue pour marquer à la fois la violence du cosmos et le sentiment d’impuissance et d’insignifiance de l’homme ?

Ce dont j’avais envie – et ce dont nous avions tous envie – c’était de faire un album qui sonne grand. Ça paraît un peu présomptueux de dire ça, mais en fait, il y a toujours eu dans TGOO cette envie de faire de la musique avec un sens dramatique. Et là, j’ai l’impression que ça a été exacerbé, mais dans le bon sens du terme. C’est-à-dire que c’est un peu plus tout. C’est ce que j’aime bien dans cet album : ça exprime plus cet infini et cette grandeur du cosmos. Après, c’est facile à dire. C’est du ressenti, mais l’impression d’avoir une production plus ouverte, des passages plus mélodiques, ça a apporté cette notion plus mélancolique dont tu parles, mais aussi cette notion presque plus solennelle de rencontre avec une entité.

« Je n’ai jamais vraiment su composer en groupe. C’est faisable sur certaines choses, mais j’ai besoin de m’enfermer dans ma tête, de ressentir les émotions, et si je suis obligé de converser, de batailler un peu avec quelqu’un d’autre pour avancer, ça va me couper. Il va y avoir une forme de frustration qui, je pense, m’empêcherait de faire des choses. »

La dernière chanson « Nyarlathotep » est un peu particulière, avec un côté ambiant plus marqué, et cette fin quasi bruitiste : c’est la lente descente de l’homme vers la folie voire la dissolution de son esprit dans la complexité du cosmos ?

Oui. C’est exactement ça. Sur la plupart des albums… Particulièrement sur EOD, d’ailleurs, car c’est un peu moins le cas dans Tekeli-Li, mais en même temps ça suit vraiment le bouquin. Sur EOD, on m’a beaucoup fait le remarque – et c’était le but – sur la fin de « Mare Infinitum », Ce n’était le chaos, ce n’était pas la folie, mais il y avait une espèce de lâcher-prise avec ces chœurs. Pour cet album-là, avec le côté peut-être plus mélancolique et nihiliste de cet album, la fin de « Nyarlathotep », donc la fin de l’album, est beaucoup plus tragique, beaucoup plus désespérée. Je trouve que tu as bien résumé la fin de l’album et donc de ce morceau, c’est exactement ça : cette fin bruitiste, c’est l’évaporation dans la folie, mais sans le côté transcendantal qui était à la fin d’EOD. Là c’est : je plonge dans la folie à cent pour cent et il n’en reste rien.

Sur la chanson « Lost Carcosa », tu as fait un petit détour, puisque tu t’es basé sur un texte de Robert W. Chambers, tiré du recueil de nouvelles Le Roi En Jaune, et que tu reprends d’ailleurs à la fin. Peux-tu nous expliquer le lien avec Lovecraft et comment tu en es venu à faire ce choix ?

Avant de composer ou quand les compos avaient un peu démarré, je me suis penché sur les entités sur lesquelles j’avais envie de parler. Il se trouve qu’Hastur n’est pas l’entité la plus citée généralement, mais elle me plaisait bien. Par contre, Lovecraft décrit peu Hastur dans ses nouvelles. C’est d’ailleurs un emprunt qu’il a fait à Chambers directement. Je me suis dit : « Ça m’emmerderait de ne pas en parler. » Et au fond, c’était aussi une bonne façon de parler du Roi En Jaune, parce que j’aime bien le Roi En Jaune, et c’est une sacrée influence pour Lovecraft ; comme je disais, Hastur est vraiment un emprunt, c’est Chambers qui a parlé d’Hastur en premier et Lovecraft qui l’a repris. Et il y a beaucoup de liens entre les deux. Dans Le Roi En Jaune – pour ceux qui l’ont lu et ceux qui peut-être souhaiteraient le lire –, particulièrement sur les quatre premières nouvelles, il y a des points communs entre les différentes nouvelles. Il y a ce fameux Roi En Jaune qui habite a priori à Carcosa et tout est lié à une pièce de théâtre qui rendrait les gens fous, et cette pièce de théâtre revient dans les différentes nouvelles du Roi En Jaune. Et quand je dis ça, normalement, le connaisseur de Lovecraft verra qu’il y a un sacré point commun. Le fait qu’il y ait un élément qui revient, qu’il y ait des éléments communs entre les différentes nouvelles et histoires, et en plus qui mène les gens vers la folie, ça rappelle quand même quelque chose. Donc je pense que Lovecraft a été très inspiré par Chambers par rapport à cette écriture. Même si dans la manière dont Chambers écrit, il y a presque un côté un peu romantique, or on ne retrouve pas ça chez Lovecraft. Par contre, ces points communs entre les différentes nouvelles et cette notion de folie sont le point commun entre Lovecraft et Chambers. Et donc Lovecraft a emprunté Hastur directement à Chambers et cite Carcosa, etc. Du coup, dans l’écriture, je me suis dit : « Tiens, je vais me baser là-dessus et en faire aussi un morceau un peu épique où on se représente bien Le Roi En Jaune dans la tête quand on lit les textes, et citer les parties, plus ou moins, de la pièce de théâtre à la fin du morceau. » C’est une infidélité à Lovecraft mais qui n’en est pas vraiment une, puisque c’est quand même très lié.

Je sais que tu composes toute la musique de The Great Old Ones, il y a un côté très personnel là-derrière, et j’ai lu que pour aller puiser les émotions que tu mets dans tes morceaux, tu as besoin d’être seul. Est-ce que tu penses que la solitude est nécessaire pour oublier le monde qui nous entoure et s’immerger dans l’univers de Lovecraft ?

Il y a deux choses. Pour les lectures de Lovecraft, oui, pour moi c’est quelque chose qui est assez solitaire. C’est le genre d’écrit qui est un voyage intérieur, ce sont des images qu’on se fait dans la tête et ce n’est pas possible quand on est dérangé toutes les deux secondes. On peut le partager avec des gens, mais ça reste quelque chose qui est très personnel et intérieur. Pour la musique, c’est un peu pareil. Je n’ai jamais vraiment su composer en groupe. C’est faisable sur certaines choses, mais j’ai besoin de m’enfermer dans ma tête, de ressentir les émotions, et si je suis obligé de converser, de batailler un peu avec quelqu’un d’autre pour avancer, ça va me couper. Il va y avoir une forme de frustration qui, je pense, m’empêcherait de faire des choses. Ce qui n’est absolument pas le cas pour des arrangements ou pour d’autres styles de musique. En tout cas, pour TGOO, pour moi, c’est essentiel, j’ai besoin d’y passer du temps, j’ai besoin de me confronter moi-même à mes idées, de les enlever, les remettre, tester différentes choses. C’est un boulot que je dois pouvoir faire quand je le souhaite. Donc la musique de TGOO, au même sens que les écrits de Lovecraft, nécessite de la solitude, de se retrouver avec soi-même pour pouvoir créer, j’en suis persuadé. Ce qui ne veut absolument pas dire que l’apport des autres ne peut pas servir pour certaines choses, très loin de là, mais l’émotion de base qui va être retranscrite par une partie d’un morceau de TGOO, ça doit être fait de manière personnelle, c’est évident.

Comme on en parlait au tout début, le groupe a connu deux changements dans ses rangs l’an dernier, dont un majeur, puisque Jeff Grimal était guitariste, chanteur et membre de la première heure. Mais Cosmicism est aussi le premier album qu’Aurélien Edouard enregistre avec le groupe, puisque même s’il avait déjà quitté le groupe en 2016, Xavier Godart avait quand même enregistré le disque précédent, EOD: A Tale Of Dark Legacy. Il y a donc trois musiciens qui contribuaient pour la première fois à un album de The Great Old Ones. Quelles répercussions est-ce que ça a eues sur la musique et le son de l’album ?

Aurélien n’était pas très loin de nous même à l’époque d’EOD, puisque c’est lui qui avait enregistré le solo à la fin du morceau « In Screams And Flames ». Il avait donc déjà un premier orteil dans le groupe, à défaut du pied entier [petits rires]. En fait, au niveau de la composition basique, ça n’a pas changé grand-chose puisque le système de composition – le travail assez personnel dont je parlais – reste toujours à peu près le même. Par contre, ce sont des musiciens qui ont un niveau technique… Je ne compare pas avec des anciens, je parle juste d’eux. Ils ont amené leur niveau technique et Aurélien est un très, très bon guitariste, qui sait faire beaucoup de choses mais qui a aussi une formation un peu plus académique. Du coup, il peut apporter des choses sur des solos, des idées harmoniques. Vu qu’il a une formation plus académique de la musique, chose que je n’ai pas car je suis un pur autodidacte, il a une notion d’harmonie qui est un peu différente de la mienne et qui parfois a beaucoup aidé en studio. Il me dit : « Parfois, ce que tu composes, académiquement parlant, ce n’est pas logique, mais ça fonctionne à l’oreille, ça crée des choses hyper-intéressantes. » Des fois ça ne pose aucun souci, mais de temps en temps, ça a permis de remettre des choses en place et de magnifier certaines parties. C’est vraiment quelque chose qu’il a amené. Et ils l’ont tous amené, car ils ont tous ce truc-là dans les membres, y compris Léo Isnard, notre batteur, qui a aussi cette notion plus académique, ce qui est super. J’aime beaucoup, car ça me permet d’avoir une création personnelle, de ne me mettre aucune limite, de me baser uniquement sur mes émotions, sans me poser la question si ça doit être comme ça ou pas – je m’en fiche, ce qui m’intéresse, c’est ce que j’entends – mais derrière, j’ai des gens qui vont arrondir tout ça, le magnifier, apporter un niveau technique, apporter quelque chose aux compositions et les rendre plus abouties.

« Les changements de line-up : ça a toujours un impact émotionnel assez fort, c’est toujours une espèce de blessure, de fracture, c’est une séparation, mais généralement après ça permet de découvrir de nouvelles choses et on en ressort généralement plus heureux, et le passé reste le passé. »

Et en termes de son, ont-ils apporté quelque chose au groupe ou bien au contraire ils ont dû plus s’adapter à tes attentes ?

C’est un mélange des deux. C’est-à-dire qu’il a fallu s’adapter un petit peu, réfléchir au mieux. Il y avait des choses qu’ils n’avaient peut-être pas l’habitude de faire. Il faut quand même s’adapter à un projet. Le son ne va pas changer du jour au lendemain parce qu’il y a des nouveaux membres. D’un autre côté, comme ce que je disais avant, il y a aussi une réflexion plus importante sur certaines choses, une recherche de sons, d’idées, « on pourrait aller plus vers ça, on pourrait faire ça », particulièrement au studio. Je suis extrêmement content de l’équipe que nous avons. Chacun a apporté sa pierre à l’édifice et je trouve que ça se ressent dans Cosmicism. Il y a quelque chose de plus abouti. Ce n’est pas moi qui jugerais les morceaux maintenant, parce que ce sont nos morceaux, donc j’essaye d’avoir du recul mais ce n’est pas le plus facile, mais j’ai vraiment cette impression de gens qui se sont complètement intégrés et imprégnés du projet à cent pour cent, qui ont suivi ma vision par rapport à mon travail très personnel en premier, tout en ayant la complète liberté de dire qu’on pourrait tester ci et ça, que ce soit en termes de son ou de composition, et d’avoir du coup rendu toutes ces compositions les plus abouties possible.

Dans The Great Old Ones, il y a en règle général un gros travail d’arrangement, ne serait-ce qu’avec les trois guitares, mais il y a une petite nouveauté sur cet album : pour la première fois tu as utilisé du clavier analogique, comme sur « Nyarlathotep »…

Oui, j’ai utilisé un clavier analogique. En fait, j’ai toujours essayé de m’empêcher d’utiliser trop de trucs… Ça ne plaisait pas forcément à tout le monde dans le groupe avant, mais là comme il n’y avait pas vraiment de limite, je me suis dit que j’avais vraiment envie de ce côté stellaire. Après, c’est assez subjectif, parce qu’il y a une espèce de renouveau depuis quelque temps des claviers analogiques, il ne faut pas se mentir, que ce soit avec le synthwave ou l’utilisation dans des projets black metal, plus que des synthés qui voulaient se rapprocher d’un son d’orchestre. Là on est vraiment retournés sur des sons purement analogiques. Je ne voulais pas le mettre sur absolument tous les morceaux, ce n’était absolument pas le but, mais sur « Nyarlathotep », il y avait ce côté… Je trouvais le concept très stellaire et très basé sur le cosmos de Cosmicism collait parfaitement avec ça, et ça amenait une dimension presque plus visuelle au morceau. On pouvait presque toucher un peu plus le cosmos, avoir encore plus l’impression d’y être. Donc je me suis dit que je n’allais pas en mettre partout, le but n’était pas de faire des solos de clavier, très loin de là, mais par contre que ce soit des nappes. Je trouve que « Nyarlathotep » était le morceau parfait, avec cette espèce de mid-tempo très atmosphérique, très rampant, on retrouve ce côté-là et ça marche parfaitement. Je ne dis pas que nous réutiliserons ça pour les futurs albums, ce n’est pas sûr, mais là ça marchait. Pareil pour l’intro de l’album : le fait de rajouter ces claviers par rapport à ces arpèges de guitare permettait, de suite, de poser le background, de dire « c’est là, ça se passe là », que l’auditeur mette son cerveau de côté et se laisse embarquer dans le cosmos. Je suis un gros fan de toutes les BO d’anticipation et de science-fiction, comme Blade Runner, très basées justement sur ces claviers analogiques, et j’avais envie de retrouver ça, mais pas de manière caricaturée.

Vous avez été chez Francis Caste cette fois pour produire l’album. Francis a travaillé avec beaucoup de groupes différents, notamment dans le rock/stoner, et finalement assez peu dans le domaine du black metal. Est-ce que tu penses qu’il a apporté un nouveau regard sur le traitement du son de The Great Old Ones ?

Je pense que oui. En tout cas, il a apporté sa patte, c’est clair. Je ne sais pas s’il apporté un regard… Enfin, par la force des choses, oui. Surtout que c’est la première fois que nous bossions ensemble, il a son style, donc oui, c’est évident qu’il a apporté quelque chose. Après, toutes les productions avaient toujours quelque chose dans les différents albums de TGOO. Lui a amené sa patte, directement. En tout cas, je trouve que c’était la production qu’il fallait pour cet album, parce que j’avais vraiment envie d’avoir quelque chose de très profond, de pas trop direct, tout en gardant de la puissance, ce qui n’est pas forcément simple, et je trouve qu’il a extrêmement bien fait ça. Nous avons passé beaucoup de temps à bosser sur les sons de guitare, à faire quelque chose de très cohérent, et à la fin, j’ai l’impression qu’il a très bien fait le boulot ! En fait, je trouve que Francis a une force, c’est qu’il fait sonner des batteries de manière très puissante, mais tout en gardant une certaine « room », une profondeur. Ce n’est pas metal frontal, mais plus rock, presque. C’est une autre notion de la puissance, et je pense que ça aussi a beaucoup joué.

Bien qu’il ne fasse plus partie du groupe, Jeff Grimal continue malgré tout à collaborer avec le groupe sur les artworks. Qu’est-ce que ça change dans votre collaboration qu’il soit désormais un graphiste extérieur, qu’il ne joue plus la musique qu’il illustre ?

Pas grand-chose. Là, en fait, c’était complètement évident que nous allions bosser ensemble sur celui-là, parce que c’est ce que nous nous étions dit et ça boucle la boucle. Après, on verra dans le futur. Nous sommes tous les deux tout à fait conscients que nous referons des choses ensemble, mais est-ce que ce sera pour les pochettes ou autre chose, nous ne savons pas encore. Par contre, il y a mis autant d’énergie et d’âme, j’ai l’impression, que quand il faisait partie du groupe. C’étaient deux boulots différents. La collaboration était très chouette. Nous avons bossé comme d’habitude, c’est-à-dire qu’il me demande toujours quelques indications, comment je vois les choses, et après il met tout son talent et son imagination dans son art et ses artworks. Je trouve que le résultat est parfait. Ça correspond exactement à ça. Ça n’a pas changé grand-chose qu’il fasse partie du groupe ou pas, en fait. Il a eu l’album, il l’a écouté, il avait les textes, je lui ai expliqué le concept, ce que j’aimerais bien voir et ne pas voir, un peu plus dans quel style je voulais que ce soit… Je voulais un truc un peu plus illustratif. Du coup, il est parti là-dessus, ce qui correspondait parfaitement à la période à laquelle il était à ce moment-là. Ça n’a pas changé énormément de choses au final. Ça montre qu’avant – et c’est bien, c’est très pro de sa part – il dissociait son apport musical de son apport graphique. Là, il ne reste que l’apport graphique et c’est fait avec autant d’énergie et d’envie qu’avant.

« L’objectif, c’est le voyage : j’ai toujours eu envie que les gens voyagent quand ils viennent nous voir en concert et qu’ils ressortent du concert en disant : ‘J’ai vécu une expérience, wow ! J’ai des étoiles dans les yeux !’ »

L’identité visuelle, le style graphique qu’il a donné à TGOO est assez fort. Est-ce que tu es en train de dire que vous pourriez vous détacher de ça ?

Oui, peut-être. Honnêtement, je n’en sais rien. Forcément, quand il faisait partie du groupe, la question ne se posait pas du tout, c’était juste évident. Maintenant qu’il est en dehors… Nous sommes conscients que personne n’est esclave de personne, lui comme TGOO de l’autre côté. Mais en même temps, c’est difficile d’en parler, l’album sort tout juste. On verra ce qu’il se passe dans le futur. Je pense que nous collaborerons toujours ensemble sur des choses, je ne vois pas trop comment il pourrait en être autrement, mais ça peut peut-être ouvrir aussi de nouveaux horizons. Si tu veux, nous ne voulons absolument pas nous limiter à nous dire qu’il y aurait peut-être des gens qui seraient déçus parce que nous irions voir ailleurs. Je ne dis pas qu’il y a une envie, mais si jamais elle devait arriver, c’est comme la musique : à un moment, si on a envie de tester de nouvelles choses, il faut pouvoir le faire, ça fait partie de l’évolution. Donc, concrètement, je ne sais pas. D’un côté, je ne vais pas dire que nous ne changerons jamais, mais je ne vais pas non plus dire que nous allons faire à coup sûr sans Jeff la prochaine fois. Je n’ai pas envie de nous cloisonner. Il ne faut pas se cloisonner. L’art c’est aussi s’affranchir de certaines frontières. Là, comme il ne fait plus partie du groupe, ça permet peut-être de tester de nouvelles choses. Le changement c’est toujours un peu difficile, c’est comme les changements de line-up : ça a toujours un impact émotionnel assez fort, c’est toujours une espèce de blessure, de fracture, c’est une séparation, mais généralement après ça permet de découvrir de nouvelles choses et on en ressort généralement plus heureux, et le passé reste le passé. Donc pas de limite, comme pour la musique. On fait selon ce qui est le meilleur pour le moment, et on verra de quoi parle le prochain album et ce qui sera le meilleur pour lui.

Tu parles de « s’affranchir de certaines frontières ». Du coup, je vais te reposer une question que je t’ai déjà posée la dernière fois, mais peut-être que ta vision a évolué : est-ce que tu pourrais t’affranchir des frontières de Lovecraft, en allant un peu plus loin dans ce que tu as déjà fait sur cet album avec Chambers, par exemple ?

Peut-être. C’est pareil : c’est une grosse interrogation. Pour l’instant j’ai encore plein d’idées pour Lovecraft, et c’est vraiment la base. Autant juste avant je parlais de quelque chose de plus musical ou visuel, mais ce sont des apports extérieurs, autant Lovecraft c’est vraiment la base, tout est basé là-dessus. Donc oui, pourquoi pas parler d’autre chose un jour, mais ça ne sera pas tout de suite, c’est évident. Il peut y avoir des petits choses comme pour Le Roi En Jaune de Chambers, mais ça reste très lié. Je pense que si ça devait arriver un jour, le début serait un peu du même acabit, c’est-à-dire quelque chose de très lié. Dans le morceau « Lost Carcosa », ça parle majoritairement du Roi En Jaune, mais j’y ai mis des références aussi aux nouvelles de Lovecraft qui parlent d’Hastur – La Maison De La Sorcière, par exemple. Mais pareil : pas de limite, pas de frontière. Le but est de faire avancer notre art, notre musique, notre concept, notre identité, déjà pour nous sentir épanouis, et après, si ça touche les gens, tant mieux, c’est aussi le but. Tu sais, autant j’essaye de ne pas regarder le passé et j’essaye de regarder le présent, autant je regarde le futur de temps en temps sur certaines choses, mais ça reste des réflexions qu’on a sur l’instant de création, or là il faut me laisser deux minutes pour que je me remette dans la création [rires].

Je sais que vous avez de vraies ambitions pour la scène, avec la volonté d’offrir une expérience, un voyage, pour reprendre tes mots. Il se trouve qu’aujourd’hui, le côté spectacle visuel, c’est quelque chose qui plaît beaucoup au public metal. Du coup, quelles sont vos ambitions à terme, à ce niveau-là ?

Très honnêtement, les ambitions à terme, c’est d’avoir les moyens suffisants pour proposer un gros show. Tout le monde ne l’est pas, et parfois c’est très agréable de voir des concerts qui sont libres de tout artifice, c’est bien aussi, mais moi je suis très client du gros show. Donc mes ambitions, c’est vraiment de faire un spectacle qui soit le plus poussé possible. Après, il y a les notions financières, de transport, de logistique qui font que nous ne pouvons pas tout faire comme nous voulons. Mais depuis le début, dès que nous avons pu, nous avons vraiment essayé de mettre de l’importance dans les lumières, dans la déco de scène, dans nos tenues, etc. Nous avons cherché ce qui pouvait être le mieux, le plus cohérent, le plus intéressant pour le public. Donc mon objectif est vraiment de faire un très gros show. Par exemple, même si ça n’a rien à voir, je suis allé voir Perturbator il y a deux jours à Bordeaux : scéniquement il ne se passe pas grand-chose, forcément, même s’ils font ce qu’ils peuvent – ça reste un mec qui joue de la batterie et un mec qui joue du clavier –, mais il y a beaucoup d’énergie et de réflexion, on le sent, sur le show de lumière que j’ai trouvé magnifique. Si nous avions le budget pour, j’aimerais tendre vers ça pour un show qui soit impressionnant et réfléchir chaque morceau avec une ambiance qui retranscrit l’entité, l’atmosphère ou l’histoire dont il parle. Il faut encore un petit peu de temps pour que nous ayons les moyens à la hauteur de nos ambitions, mais nous faisons quand même le maximum avec ce que nous avons.

Et de manière générale, quelles sont vos perspectives ?

Je crois en cet album, comme j’ai toujours cru dans les albums de TGOO, mais j’espère qu’il va nous ouvrir de nouvelles portes. Il y a des choses sympas qui vont s’annoncer. Nous le sentons, de toute façon, en toute modestie, que nous nous faisons une place dans l’univers du français et du metal extrême ; j’ai l’impression que le metal français tourne beaucoup autour de l’extrême en ce moment, ce qui est une bonne chose, en tout cas ça me parle. Après, il faudrait la même chose au niveau européen, même si nous avons une petite notoriété vis-à-vis de ça. Il y a aussi de nouveaux territoires, comme les US, le Canada ou l’Asie. Le but serait d’aller dans beaucoup d’endroits. Nous aimons jouer devant de nouvelles personnes, donc nous aimerions jouer dans le plus d’endroits possible, le plus loin possible. En fait, c’est un cercle vertueux. Ça marche dans beaucoup de choses, mais un groupe de musique, c’est un cercle vertueux : plus tu grossis, plus tu as des moyens, et si tu ne crames pas tes moyens à faire n’importe quoi [petits rires], tu le réinvestis pour créer un show plus impressionnant, qui met plus en valeur la musique, qui permet artistiquement d’aller plus loin. Du coup, dans la tête des gens, ils en ont encore plus pour leur argent, ils prennent encore plus de plaisir. Nous essayons d’amener le groupe vers ça, d’arriver à pouvoir demander plus de moyens, mais ces moyens seront en grande partie réinvestis pour créer des shows plus impressionnants les uns que les autres. Vraiment, l’objectif, c’est le voyage : j’ai toujours eu envie que les gens voyagent quand ils viennent nous voir en concert et qu’ils ressortent du concert en disant : « J’ai vécu une expérience, wow ! J’ai des étoiles dans les yeux ! » C’est le principe, et le fait de faire évoluer le groupe va dans ce sens-là.

« Le but n’est pas d’arriver et d’avoir un Cthulhu en carton ou gonflable qui se pointe sur scène. […] Le but c’est d’essayer de retranscrire l’atmosphère lovecraftienne avec les entités lovecraftiennes, sans les montrer, les rendre palpables mais dans la suggestion. »

Et justement sur les prochains shows, vous avez réussi à faire évoluer ça ?

Les moyens financiers n’ont pas énormément évolué, donc nous réfléchissons à des nouvelles choses sur les lumières, à la hauteur de nos moyens. Le but n’est pas d’arriver et d’avoir un Cthulhu en carton ou gonflable qui se pointe sur scène. Ça n’aurait pas de sens et ça ne nous intéresse pas du tout. Par contre, nous bossons toujours d’arrache-pied avec notre ingé lumières pour avoir des idées, trouver des petits subterfuges en termes de lumières, pour que ça reste dans le budget mais que ce soit quand même classe. Nous travaillons donc là-dessus et je pense, honnêtement, que le show sera vraiment chouette.

Quelles sont tes références en termes de show ?

Maintenant, sans parler des trucs énormes et sans aller justement dans le Cthulhu gonflable qui ne m’intéresse pas, ça va être un Behemoth, par exemple. Behemoth fait de très gros shows maintenant, avec beaucoup de choses. Ça me parle. J’aime bien voir ce gros show. Alors, c’est presque un peu too much, parfois il y a des choses qui ne me correspondent pas, mais ça reste captivant comme spectacle. A la fois, tu regardes les derniers shows de Wolves In The Throne Room, ils sont très dans l’atmosphère, avec des belles lumières, des belles choses sur scène. Il n’y a pas forcément besoin d’aller dans la pyrotechnie pour avoir quelque chose qui fonctionne très bien. Mais c’est sûr que quand tu as de très belles lumières… Je te dis, j’ai vu Perturbator, il y avait des choix de lumières, des passages qui étaient très chouettes. On sortait du côté clignotant permanent, on allait vers de l’ambiance, vers du grand qui monte, et ça, ça me parle ! Le but c’est d’essayer de retranscrire l’atmosphère lovecraftienne avec les entités lovecraftiennes, sans les montrer, les rendre palpables mais dans la suggestion.

Pour finir, quelques mots sur le clip vidéo que vous avez sorti ?

C’est le premier clip de l’histoire de TGOO ! Nous nous sommes dit que c’était le bon moment pour faire un clip, parce que mine de rien c’est toujours un budget aussi. Comme chaque morceau a son histoire, on ne prenait pas qu’une partie d’une histoire, c’est vraiment une histoire complète, donc ça s’y prêtait bien. Nous l’avons fait avec Zev Deans qui a fait des clips pour Behemoth, Ghost et Portal. J’avais repéré Zev Deans depuis bien longtemps avec son clip de Portal – j’ai beaucoup aimé tous ses clips, mais celui de Portal, je le trouve absolument fantastique. Du coup, j’avais vraiment envie de bosser avec lui. Donc je l’ai contacté. Le projet l’a vraiment branché parce que c’est un gros fan de Lovecraft. Donc il a été ok avec ce que nous lui avons proposé. Je voulais une atmosphère sombre, un peu désespérée, un peu fin du monde, et après, je lui ai donné carte blanche. Il y a toujours des trucs à refaire dans un clip, c’est comme un enregistrement, mais en tout cas, j’en suis très fier. Je trouve que pour le premier clip de TGOO, c’est vraiment ce que je voulais. Un clip où on ne nous voit pas jouer, car comme nous racontons une histoire et voulons proposer un voyage, je ne vois pas trop l’intérêt. Ou alors ce serait un clip live, ce qui serait intéressant, ça peut être chouette. Mais là je voulais vraiment que nous partions sur de l’animation, de la vidéo, sans nous voir, que ça raconte l’histoire, comme un petit film, et c’est vraiment ce qui s’est passé. Nous sommes sur quelque chose proche d’un court métrage. Je suis très fier que ce soit lui qui nous l’ait fait et qu’on retrouve cette ambiance très lovecraftienne, qu’il a très bien retranscrite. Et en plus, c’est sur « Of Dementia », donc un morceau qui parle de Cthulhu, donc peut-être un peu plus cliché, il y a une certaine forme de facilité, mais en même temps, mon cœur de fan de Lovecraft… Ça me parle ! Et j’ai l’impression que ça a parlé à beaucoup de gens qui l’ont vu. Les gens ont fait de très bons retours dessus. J’ai l’impression que les gens ont envie de sortir un peu du clip qui ne raconte pas d’histoire. Ça marche sûrement avec certains styles, mais là pour notre style de musique, il faut que ça raconte une histoire, comme sur ce clip.

Interview réalisée par téléphone le 5 septembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel de The Great Old Ones: www.thegreatoldonesband.com.

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