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Interview   

The Haunted panse ses blessures


The Haunted a eu mal, très mal, suite aux départs successifs en seulement quelques mois du chanteur Peter Dolving, du batteur Per Möller Jensen et du guitariste Anders Björler. Mais il faut croire que la plaie a commencé à s’ouvrir avant ça encore, avec l’échec commercial de l’album Unseen (2011). Le guitariste et membre fondateur Patrik Jensen dit à ce propos dans l’entretien qui suit : « Nous avons vraiment essayé de faire notre propre truc et ça n’a pas marché » et parle d’une « scène metal qui a un champ de vision très restreint », comme un constat du cadre dans lequel le groupe s’est retrouvé commercialement enfermé et qui a vraisemblablement, et toujours selon Jensen, créé de la frustration et conduit à l’éclatement du combo.

Mais The Haunted s’est reconstruit, s’est adapté en faisant notamment en sorte que ses membres n’aient plus a se reposer uniquement sur lui pour vivre, et revient aujourd’hui avec un nouvel album au nom lourd de sens, Exit Wounds, et un nouveau line-up. Enfin, pas si nouveau puisque deux des membres entrants sont en fait le premier cogneur et le second chanteur de la formation, de retour au bercail.

Nous avons donc cuisiné Jensen sur tout ceci, autant les départs, leurs circonstances et les remplaçants, que la musique elle-même. Le résultat est cet entretien fort instructif qui suit et met clairement en évidence les difficultés que peut subir un groupe, même bien établi, mais aussi – et malgré un certain pessimisme quand à l’industrie musicale – comment l’amour de la musique peut motiver à aller de l’avant.

« Unseen est un super album mais les gens ne l’ont pas trop accepté. Donc financièrement, ça devenait vraiment mauvais, nous n’avions pas d’argent pour payer pour des choses que les gens qui ont un boulot prennent pour acquis. »

Radio Metal : En 2012 The Haunted a subi les départs successifs de trois membres. Qu’as-tu pensé à ce stade ? T’es-tu dit que ça allait être la fin du groupe ?

Patrik Jensen (guitare) : Peter est parti peut-être six mois avant Anders et Per est également parti du groupe. Je pense donc que nous nous sommes habitués à ne pas être un groupe qui fonctionne correctement, mais lorsque Per et Anders sont partis, trois des cinq personnes n’étaient plus là. Donc, évidemment, Jonas et moi étions là : « Ok, qu’allons-nous faire ? Il n’y a plus que nous ! » Nous avons donc effectivement eu des pensées négatives à propos du futur et tout ça. Mais la chose que Jonas et moi avons en commun c’est que nous avons toujours écouté du metal ; les autres, pas tant que ça, alors que Jonas et moi parlons toujours de « est-ce que tu as écouté les derniers albums de Saxon ou Behemoth », ou autre. Nous nous sommes donc dit que si nous avions ce terrain commun, nous pouvions faire quelque chose et voilà pourquoi nous avons décidé de continuer.

Comment expliquer cette soudaine vague de départ du groupe ? Je veux dire que trois départs du groupe en seulement quelques mois, ça ne doit pas être une simple coïncidence…

The Haunted n’a jamais eu peur d’emprunter de nouvelles voies. Nous avons toujours joué ce que nous voulions jouer, mais nous avons été des musiciens professionnels pendant treize ou quatorze ans et… Je veux dire que nous avons besoin de vendre des CDs et que des gens viennent aux concerts pour pouvoir payer nos loyers et notre nourriture et tout. Nous pensons toujours qu’Unseen est un super album mais les gens ne l’ont pas trop accepté. Donc financièrement, ça devenait vraiment mauvais, nous n’avions pas d’argent pour payer pour des choses que les gens qui ont un boulot prennent pour acquis. Ca a donc généré beaucoup de stress dans le groupe. Je veux dire que je ne crois pas qu’il y avait de véritables différents personnels ou musicaux. C’est juste que nous avons vraiment essayé de faire notre propre truc et ça n’a pas marché. Et je crois que nous étions tous frustrés et déçus. Peter est un artiste ; il aime essayer de nouvelles choses. Je pense qu’il était frustré par rapport à la scène metal qui a un champ de vision très restreint. Je crois donc que c’est pour ceci qu’il est parti.

Mais en fait, Peter Dolving a publié un communiqué très amer et passionné pour expliquer son départ. Il parlait de « conneries émotionnelles dysfonctionnelles » en parlant des frères Björler. Est-ce quelque chose que tu as aussi ressenti ou sur lequel tu es d’accord ? Comment as-tu accueilli ce communiqué ?

Je suis certain que tu as eu des relations avec des petites amies – ou petits amis, je ne sais pas, je ne fais pas de discrimination – et si tu as été impliqué dans une longue relation et que tu te sépares, et que l’une des parties ne sait pas que l’autre veut partir, alors beaucoup de sentiments rejaillissent en surface et tu te retrouves déçu et en colère et… Tu vois de quoi je parle ! Je ne dis pas qu’une personne ne ressent pas ça mais ça provient de la frustration et de la colère. Je veux dire que nous avons mis tellement de travail là dedans ensemble. Je me rends compte et j’accepte qu’il est en colère et frustré par beaucoup de choses. Je pense que ça vient de la déception.

N’as-tu pas demandé à Peter de revenir lorsqu’Anders est parti, dans la mesure où, d’après son communiqué, il semblait être la moitié du problème ?

Je crois que Peter à tout écrit… Il nous a retiré de ses amis Facebook, je ne sais donc, en fait, pas ce qu’il a écrit. J’ai entendu de la part d’autres gens qu’il a écrit beaucoup de choses. Je pense qu’il a fait ça pour… [Il réfléchit] Parce qu’il est parti une fois et il est revenu, donc je pense qu’il voulait vraiment s’assurer qu’il ne reviendrait pas. Il voulait aller de l’avant dans sa vie. Ça peut paraître dramatique, mais je pense qu’il voulait couper les ponts, comme : « Ok, ceci un nouveau commencement à ma vie, je ne me retournerai pas. » Ce qui peut aussi être mis dans la perspective d’une relation dans laquelle tu es allé et venu, pensant : « Non, il faut que j’aille de l’avant, ce n’est pas bon. »

Tu en as un peu parlé un peu plus tôt, mais qu’est-ce qui vous a vraiment poussé toi et Jonas à tenir bon et ne pas laisser tomber le groupe ?

Nicolas, nous avons investi tellement de temps et d’efforts dedans, et nous avons beaucoup de super souvenirs. Et nous avons aussi pensé que nous avions encore de la bonne musique à donner. Quelque soit les albums que nous ayons sorti – Revolver, Unseen, The Dead Eye – ils ont été fait en tant que groupe fonctionnel. Nous avons rassemblé tout le monde et nous avons commencé à écrire ensemble. Exit Wounds, la manière dont il sonne, est ce qui en est ressorti, ce n’est pas quelque chose que nous avons dit que nous allions jouer. Donc, je pense toujours qu’il y a un sens à ce que nous soyons là. Ce n’est pas comme si c’était une mauvaise version de The Haunted ou quoi. Je pense donc que c’était une sage décision.

L’album se dénomme Exit Wounds, est-ce vraiment ce que cet album représente après tout ce que le groupe a traversé ?

Tout dépend ce que tu mets derrière la signification du titre. Exit Wounds (ndlr : « plaie de sortie » en français) c’est une balle qui ressort du corps, n’est-ce pas ? Le fait de perdre trois membres sur cinq, c’est comme perdre tes deux bras et une jambe. Et Exit Wounds colle aux autres terminologies que The Haunted a eues avec Live Round In Tokyo, etc. Mais il est supposé être prononcé ou dit avec un point, genre « Exit. Wounds. » (ndlr : « Sortie. Blessures. »). Donc les personnes qui sont parties ne sont pas les blessures, c’était de super personnes et de super musiciens, mais ce qu’ils ont laissé derrière eux sont des blessures dans le corps de The Haunted. Mais désormais nous avons deux nouveaux bras et une nouvelle jambe, nous pouvons donc sortir des albums à nouveau et donner des concerts, nous ne sommes donc plus blessés, si tu vois ce que je veux dire. Si ces gens n’avaient eu aucune espèce d’importance pour le groupe, c’aurait été : « Nous avons trouvé trois nouveaux gars et ce n’était rien. » Mais ça a vraiment fait mal au groupe lorsqu’ils sont partis. Donc voilà la signification.

« Les personnes qui sont parties ne sont pas les blessures, c’était de super personnes et de super musiciens, mais ce qu’ils ont laissé derrière eux sont des blessures dans le corps de The Haunted. »

Le nouveau line-up de The Haunted a été révélé en juin 2013 et à peine un an plus tard le nouvel album sort. Les choses semblent avoir été plutôt fluides. Etait-ce important de travailler rapidement cette fois-ci et d’avoir très vite un nouvel album à sortir ?

Je le pense. Encore une fois, ce n’est pas quelque chose que nous avons planifié, comme si nous avions besoin de nous dépêcher. C’est juste que les choses se sont très bien mises en place. A l’époque où The Haunted a débuté, on a tourné ensemble avec mon ancien groupe Seance et At The Gates et je suis devenu très ami avec Adrian et nous avons dit que nous devrions former un groupe ensemble. J’ai déménagé à Göteborg mais il était toujours parti avec At The Gates pour la tournée Slaughter Of The Soul. Il m’a appelé un jour, le 26 juillet 1996, et dit : « Anders vient de quitter At The Gates et At The Gates n’existe plus. Veux-tu toujours faire un groupe ? » Et j’ai dit : « Bien sûr ! » Le jour suivant, le 27 juillet, nous faisions notre première répétition avec The Haunted. Donc le fait qu’il soit de retour dans le groupe c’est quelque chose d’énorme pour nous deux, car lui et moi avons démarré le groupe. Jonas était le membre numéro trois. Et… J’ai fait tant d’interviews que j’ai oublié ta question ! [Rires] Désolé !

C’était le fait que les choses semblaient aller très vite depuis que le line-up a été révélé…

Oui, ce sont de bonnes personnes, de bons amis, de bons musiciens, tout fonctionne très facilement en fait. Je ne pense pas que le prochain album prendra beaucoup de temps non plus. J’espère que nous sortirons un nouvel album l’année prochaine également.

Ce nouveau line-up inclut deux musiciens qui ont déjà fait partie du groupe à ses débuts. Etait-ce important de demander à des gens qui faisaient déjà partie de la famille The Haunted de vous rejoindre à nouveau plutôt que d’auditionner un batteur et un chanteur ?

Nous avons fait des auditions dès que Peter est parti. Nous avons mis à disposition trois chansons dont nous avions retiré le chant et avons reçu énormément d’enregistrements d’auditions, aussi bien de la part d’hommes que de femmes et de chanteurs connus qu’inconnus. Mais rien ne s’est vraiment mis en place. Comme je viens de te le dire, Adrian et moi avons formé le groupe et lui et moi avons toujours été amis, c’était donc naturel de lui demander. Pareil pour Marco, il connaît déjà les chansons et Jonas et moi avons entendu ses enregistrements avec The Resistance, et je trouve qu’il chante mieux maintenant qu’à l’époque des vieux albums de The Haunted, car il a encore mieux trouvé sa voix maintenant. Donc les retrouver était un bénéfice pour The Haunted, en tant que groupe, mais ces gens sont également d’authentiques bonnes personnes en tant que musiciens, il n’y avait donc pas de compromis simplement parce qu’ils avaient été dans le groupe par le passé.

Ont-ils d’ailleurs facilement accepté votre offre ?

Adrian criait au téléphone ! [Rires] Il était très enthousiaste. Marco m’a dit plus tard que je lui ai demandé exactement au bon moment, car il était dans The Resistance et tout allait bien et il était heureux avec ça, il a vraiment apprécié de revenir et de jouer. Lorsque je lui ai demandé, il a pensé : « Oh, je peux le faire, c’est facile ! » Désormais, il se rend compte qu’il était peut-être un peu optimiste et qu’il y a beaucoup de travail. Il aime toujours ça, mais c’est beaucoup de travail. C’est donc pour cette raison qu’il dit que j’ai demandé précisément au bon moment. Et il est heureux d’être de la partie, et je suis heureux qu’il soit de la partie.

Ola Englund est le seul qui n’a jamais fait partie de The Haunted auparavant. Comment s’est-il retrouvé à rejoindre le groupe ?

Es-tu guitariste ?

Non !

Sais-tu ce qu’Ola fait pour vivre ? Si tu es un guitariste et que tu vas sur YouTube pour chercher des informations sur de nouveaux amplis ou micros de guitare ou autre, tu tomberas sur Ola Englund. Il est le guitariste qui a le plus de vues sur Internet. La dernière fois que j’ai regardé, je crois qu’il en était à 22 millions de vues. C’est fou. Je veux dire, pour les gamins… Nous vieillissons, mais les gamins qui ont quinze, seize ou dix-sept ans se posent beaucoup devant les ordinateurs et jouent de la guitare à travers l’ordinateur, et ils font des recherches sur YouTube et tout. Pour eux Ola Englund est tellement important que c’est The Haunted qui a rejoint Ola Englund ! Va voir sur YouTube et tu tomberas sur lui. C’est exactement ce que j’ai fait, je cherchais des renseignements sur quelques guitares et ensuite je me suis demandé : « Qui est ce type suédois qui apparait sur chaque vidéo ? » Je veux dire qu’il sait jouer, ces riffs sont vraiment bons et j’ai commencé à lui écrire et il m’a répondu, et nous avons parlé en s’échangeant des messages avant que je lui dise qui j’étais. Une chose menant à une autre, il a voulu rejoindre le groupe. Nous avons vraiment eu de la chance de le trouver comme nouveau membre.

Est-ce donc pour ça que vous avez publié ces vidéos de vous deux en train de jouer « D.O.A. » et « Trespass » ensemble ?

Oui et tout est prêt et installé dans sa chambre et il fallait que nous offrions quelque chose aux fans. Nous avons donc dit : « Ok, faisons une vidéo où nous jouons par-dessus la musique. » Et c’était si facile, il appuie simplement sur le bouton « play », il a les caméras et les spots déjà installés, etc. Nous avons enregistré ça, nous l’avons édité et c’était très bien ! C’est vraiment bien d’avoir quelqu’un d’aussi doué dans le groupe.

« Ce qui fait que le groupe souffrira probablement encore plus c’est que nous avons désormais été obligés de trouver du travail. »

Comment est l’alchimie entre lui et toi. Est-ce comparable à celle que tu entretenais avec Anders ?

Ola vient d’une école un peu différente et il est bien plus un guitariste soliste que ne l’était Anders. Je veux dire qu’il n’est pas un guitariste très porté sur les solos rapides, il fallait d’ailleurs que nous forcions Anders à jouer des solos. Il se repose bien plus sur l’atmosphère et la mélodie, ce qui est super. Anders et moi, nous nous sommes façonnés ensemble en jouant dans le même groupe pendant tellement d’années, il faudra donc forcément un peu de temps pour qu’Ola et moi atteignons ce stade. Mais c’est cool d’avoir un nouveau gars dans le groupe avec de nouveaux apports. Il a écouté d’autres albums que nous, donc évidemment notre son sera quelque peu affecté par ça. Mais c’est bien !

Exit Wounds revient à un style The Haunted plus traditionnel, comme ce que l’on entend sur les premiers albums, tout particulièrement si l’on compare à Unseen. Vous avez même demandé à Diaz de faire l’illustration à nouveau. Etait-ce quelque chose de naturel, en ayant Marco Aro dans le groupe de revenir à ce style, ou y avait-il une volonté consciente derrière ceci ?

Non. Nous avons fait la même chose que nous avons toujours faite avec The Haunted. Nous avons l’habitude de composer des choses et de voir ce qui se passe. Je veux dire qu’il n’avait pas été prévu que The Dead Eye sonne comme The Dead Eye ou que Unseen sonne comme Unseen. C’est simplement ainsi que les choses ont évoluées, et c’est quelque chose que je trouve très excitant. Si tu es Yngwie Malmsteen et que tu écris tout par toi-même, tu sais comment ton album va sonner. Je trouve qu’il est plus excitant lorsque tout le monde met la main à la patte et que tu ne sais pas toi-même ce qui en ressortira. C’était donc la même chose avec Unseen et c’était la même chose également avec cet album. Jonas et moi avons été sur chaque album, si tu prends le batteur du premier album et le chanteur de Made Me Do It et One Kill Wonder, je pense qu’il est inévitable que tu obtiennes quelque chose qui sonne comme cette époque en fait.

L’album s’ouvre sur une instrumentale d’une minute et demi. Etait-ce un clin d’œil à Made Me Do It et One Kill Wonder, les deux albums sur lesquels Marco Aro a chanté précédemment et qui avaient ce type d’instrumentale en ouverture ?

Eh bien, ces deux albums étaient de mon fait, car j’adore les intros qui balancent du riff. Donc peut-être est-ce moi qui ai pris trop mes aises, je ne sais pas. [Rires] Mais ce n’était pas comme si nous avions besoin de copier la manière dont ces albums sonnaient ou débutaient. C’était juste : « J’ai cette super intro, je veux vraiment qu’elle apparaisse sur une chanson ! » [Rires] Et il se trouve qu’elle a fini devant la première chanson. Mais je trouve que ça fonctionne bien et c’est cool.

Et quel est la signification de ce nombre « 317 » ?

[Il réfléchit et hésite] Je ne sais pas si je devrais le dire ! [Rires]

Pourquoi ?

C’est quelque chose qu’Adrian a trouvé. C’est assez cool.

Ok, tu ne veux pas me le dire ? [Rires]

Non !

Unseen était un album très différent de la part de The Haunted qui a vraiment ouvert des portes artistiques pour le groupe et qui paraissait très créatif, particulièrement avec le chant qui s’ouvrait à de nouveaux horizons. N’aviez-vous donc pas le sentiment d’abandonner une évolution musicale inachevée ou avortée ?

Je comprends ta question, mais je pense que ce qui doit être pris en considération, c’est que trois membres ne sont plus dans le groupe. Et nos albums deviennent ce que les membres les font devenir. Dans mon esprit, nous faisons toujours la même chose que nous avons faite avec Unseen. Donc voici ce qui en est ressorti cette fois-ci. La prochaine fois nous essaierons de nouvelles choses et ça ne sonnera pas comme Exit Wounds. C’est juste comme : « Ok nous sommes sur une marche différente dans l’escalier et nous verrons quelle sera la prochaine marche après Exit Wounds. »

Mais le fait de faire un album qui sonne comme du The Haunted classique, n’était-ce pas également un peu une manière de rassurer les fans, après tous ces changements ?

Peut-être mais il y a aussi beaucoup de gens qui disent que « Oh, vous ne sonnez plus comme Unseen ou The Dead Eye… » Lorsque Peter est parti et que Marco est arrivé pour Made Me Do It, les gens étaient là : « Oh, Peter, Peter ! » Mais ensuite, lorsque Marco est parti et que Peter est revenu, tout le monde disait : « Oh, Marco, Marco ! » Je pense donc que le fait de ne pas pouvoir contenter tout le monde est inévitable. Nous jouons simplement ce que nous jouons et je suis content quand les gens apprécient, et si ce n’est pas le cas, alors j’en suis désolé.

La dernière chanson sur l’album qui s’appelle « Ghost In The Machine » a un peu de cette orientation musicale plus ouverte et mélodique. Est-ce une chute des sessions d’Unseen ?

Non, je crois que ça vient d’Ola ! Donc peut-être que ça nous amènera à la manière dont le prochain album sonnera ! Je ne sais pas. [Rires]

Et est-ce parce qu’elle sonne peut-être un peu à part dans l’album que vous l’avez mise à a fin ?

Nous l’avons mise en dernier dans l’album parce que je pense que la manière dont les chansons sont agencées est importante pour nous. Je trouve qu’il faut qu’un album soit un voyage. J’écoute des albums complets et pas seulement une ou deux chansons. Je trouve donc qu’elle possède la meilleure outro de l’album. J’aime les albums qui laissent une sorte de… Ca n’a pas à être forcément un sentiment agréable, mais avec « Ghost In The Machine », je trouve qu’elle laisse un sentiment agréable avec le fondu et les jolies harmonies et tout, je pense donc que ça marche parfaitement comme chanson de clôture.

« Tu as trois ou quatre fois plus de groupes qui veulent jouer jeudi, vendredi, samedi… Et que fait le gars qui a une salle de concert ? Il prend simplement les groupes les moins chers qui pourront remplir la soirée. Donc l’argent pour les concerts diminue également. »

Marco Aro chante dans The Resistance, Jonas Björler est toujours dans At The Gates, Adrian Erlandsson joue avec Paradise Lost et At The Gates et tu es toi-même dans Witchery. Ne penses-tu pas que The Haunted souffrira d’avoir tous ces membres éparpillés dans tant d’autres groupes différents et très actifs ?

The Haunted et At The Gates ont coexistés pendant pas mal de temps maintenant. Je pense que pour moi, The Haunted est le groupe prioritaire. Je crois que tout le monde dans le groupe met la priorité sur The Haunted également, mais ce qui fait que le groupe souffrira probablement encore plus c’est que nous avons désormais été obligés de trouver du travail. C’était l’une des choses avec Unseen, les fans ne l’ont pas compris ou peu importe, et il s’est très mal vendu et peu de gens sont venus aux concerts. Ça a infligé beaucoup de pression et de stress sur le groupe, ce qui a provoqué de la déception et les départs des gens. J’ai donc commencé à m’instruire : je suis allé trois ans à l’université et je suis donc maintenant consultant en technologies de l’information. Jonas est désormais comptable. Marco a toujours eu son boulot : il est chef d’équipe dans une entreprise de construction, etc. Il ne nous sera donc plus possible de faire des tournées de six semaines. Je veux dire que tout le monde aime avoir un toit pour dormir et de la nourriture à manger, et nous aussi. Voilà pourquoi nous avons besoin de faire ça. Mais nous essayons de jouer partout, mais ce ne seront pas de longues tournées. Je crois que les fans devraient prendre conscience que si nous jouons quelque part proche ou assez proche de chez eux, à peut-être une heure ou deux, alors peut-être devraient-il prendre la route pour y aller, car nous n’allons pas toujours revenir six mois plus tard à un lieu plus proche encore. Nous allons toujours faire une semaine ou deux au Japon et en Australie, nous allons faire la Scandinavie, ensuite nous ferons les festivals. Et aux festivals, nous pourrons jouer pour beaucoup de gens en même temps. Donc, avec un peu de chance, les gens seront contents avec ça.

Veux-tu dire qu’avant Unseen vous n’aviez pas besoin d’avoir des boulots réguliers et que vous pouviez vivre de la musique ?

Oui, pendant treize ans ! Pour tous les groupes, les ventes de CD ont baissé et ça nous a aussi affectés. Il y a moins d’argent qui rentre et lorsque moins de gens viennent aux concerts et achètent du merch, c’est là où ça commence vraiment à faire mal. Ce n’est pas comme si on voulait une maison à un million de dollars ou quoi que ce soit. Je crois qu’on vit tous plus ou moins dans des appartements loués. J’avais 35 ans lorsque j’ai pu m’acheter ma première voiture. Sans doute que peu de gens savent une telle chose lorsque tu es dans un groupe qui a tourné à travers le monde, mais c’est la réalité. Et les choses n’ont fait qu’empirer, et c’est ce que je pense a mis trop de pression sur le groupe et pourquoi les gens sont partis.

Beaucoup de groupes ont augmenté leur rythme de tournées pour pouvoir vivre de leur musique, et vous faites en fait l’opposé !

Eh bien, le fait est que les gens disent que le téléchargement et Spotify permettent d’écouter la musique et de découvrir le groupe, et c’est vrai, et moi aussi j’ai Spotify, donc c’est cool. Je ne sais pas où tu vis, mais combien y avait-il d’endroits pour jouer dans ta ville en l’an 2000 et combien il y en a aujourd’hui ? Je pense que c’est à peu près pareil. Mais maintenant tu as trois ou quatre fois plus de groupes qui veulent jouer jeudi, vendredi, samedi… Et que fait le gars qui a une salle de concert ? Il prend simplement les groupes les moins chers qui pourront remplir la soirée. Donc l’argent pour les concerts diminue également. C’est une situation où on perd sur tous les fronts. Oui, les groupes ont effectivement besoin de tourner davantage. Je veux dire que si tu as 22 ans, tu peux tourner pendant huit, neuf ou dix mois par an car tu n’as pas une famille à gérer, tu n’as pas un appartement où tu vis avec ta petite amie, mais nous sommes bien au-delà de cet âge. Donc que pouvons-nous faire ?

Ca donne le sentiment d’une impasse !

Pour la musique en règle générale ou bien pour nous ?

Les deux !

Ca l’était pour nous et c’est pourquoi nous avons dû en tirer le meilleur parti. Désormais nous avons des boulots qui nous permettent de toujours jouer pour les gens et continuer à faire des albums. Ce seront des festivals et ce genre de choses. Ce n’est pas parce que nous avons choisi de le faire, mais parce que nous avons été contraints de le faire. Et je pense que beaucoup d’autres groupes souffrent de ça également.

Pour la quatrième fois d’affilée Tue Madsen a produit l’album. Vouliez-vous quelqu’un avec qui vous aviez l’habitude de travailler ?

Oui, comme je l’ai dit pour Adrian et Marco, ce n’était pas parce qu’ils ont été dans le groupe auparavant. C’était parce qu’ils ont apporté quelque chose de super au groupe également, et il en va de même pour Tue. Mais il a aussi donné un son [à l’album] qui permettra au gens de se rendre compte que ceci est The Haunted, peu importe que nous jouions des trucs d’Unseen ou de Exit Wounds. Le fait de l’avoir avec nous a aussi aidé à consolider le fait que ce que vous écoutez est The Haunted. Idem pour Diaz qui a réalisé l’illustration. Encore une fois, on dirait une illustration traditionnelle de The Haunted. Ceci est une pochette de The Haunted et je pense que les gens auront le même sentiment.

Vous avez Jed Simons et Chuck Billy en invités sur la chanson « Trend Killer ». Comment cela s’est-il fait ?

La première tournée US que nous avons faite avec The Haunted était avec Testament en 1999, ils avaient leur album The Gathering et nous avions notre premier album. Nous avons donc toujours été très bons amis avec eux. Le premier groupe que Chuck Billy est allé voir après son opération de la gorge était The Haunted, nous avons donc toujours été bons amis. Et le fait de demander à Chuck de faire partie de ce nouvel album et qu’il dise oui immédiatement, c’était en fait un rêve de gosse qui se réalisait. Je trouve que Chuck Billy a une voix sensationnelle, une tessiture incroyable, depuis l’extrémité mélodique jusqu’au chant agressif, presque death metal. Je pense aussi personnellement que « Trend Killer » est absolument l’une des meilleures chansons de l’album et je crois que ce sera un très bon thrash à jouer en concert.

Interview réalisée par téléphone le 15 juillet 2014 par Spaceman.
Retranscription, traduction et introduction : Spaceman.

Site officiel de The Haunted : www.the-haunted.com



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