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Chronique   

The Hellacopters – Eyes Of Oblivion


Personne n’aurait réellement misé sur un retour de The Hellacopters. Le groupe de rock suédois s’était séparé suite à la sortie de Head Off en 2008 après une tournée européenne d’adieu, malgré une popularité croissante. The Hellacopters souhaitait s’arrêter en bonne forme, peu désireux d’entretenir une routine nocive pour la créativité. Lorsqu’en 2016 le Sweden Rock Festival leur propose un concert anniversaire pour les vingt ans de Super Shitty To The Max! (1996), le line-up original s’est reformé pour l’occasion – avec notamment Dregen (Backyard Babies) qui n’avait pas officié dans le groupe depuis 1997. Un retour entaché par le départ du bassiste Kenny Håkansson et le décès l’année suivante de Robert Dahlqvist, guitariste du combo de 1999 jusqu’à sa séparation. Malgré tout, force est de constater que l’expérience live a tout simplement ravivé la flamme : The Hellacopters était prêt à arpenter de nouveau les scènes, à condition de ne pas devenir un spectacle nostalgique. C’est dans ce contexte qu’Eyes Of Oblivions, huitième effort studio du groupe, a été envisagé. Il embrasse l’ensemble de la carrière de la formation pour nous rappeler que The Hellacopters a toujours mérité sa cote de popularité.

The Hellacopters accueille en son sein le bassiste Dolf DeBorst, qui ne s’est pas illustré sur l’album. C’est Nicke Andersson qui s’est chargé d’enregistrer les parties, Dolf n’étant pas encore membre permanent lors des enregistrements étalés sur trois années. Eyes Of Oblivions respecte la tradition des productions rock à l’ancienne, n’excédant pas les trente-cinq minutes. La durée idéale pour Nicke Andersson. The Hellacopters n’a aucune intention de tergiverser, « Reap A Hurricane » lance très vite les premières salves de guitare et met à plat toutes les composantes de l’œuvre. Eyes Of Oblivions se repose sur une batterie tirée des seventies, tout comme les distorsions granuleuses et la basse ronde à souhait. The Hellacopters n’a rien perdu de son songwriting et vient confirmer le regain d’intérêt pour un rock « authentique », à l’instar des Greta Van Fleet ou Rival Sons. Rien de surprenant lorsqu’on constate le travail de Nicke Andersson avec Lucifer. Seulement, ce rock était déjà pratiqué dans les années 90 par The Hellacopters, qui y adjoint cette fibre mélodique scandinave. Les deux minutes de « Can It Wait » tournent entièrement autour du refrain, qu’on se surprend très vite à fredonner. Les leads qui ouvrent « Eyes Of Oblivions » prennent des allures de rock taillé pour les stades et on se plaît à constater à quel point Kverlertak doit une partie de son vocabulaire à The Hellacopters justement. Cette immédiateté et cette efficacité font la force d’Eyes Of Oblivions. La fibre nostalgique n’est pas mise en avant pour constituer un argument de vente, ce sont avant tout les accroches mélodiques qui créent l’adhésion.

The Hellacopters peut en outre se targuer d’amener de la variété dans son rock « traditionnel ». « A Plow And A Doctor » prend des allures facétieuses et propose une sorte de punk-rock léger qui dérive presque en boogie. C’est surtout le poignant « So Sorry I Could Die » qui se démarque, embrassant le blues et la soul pour trancher avec la débauche d’énergie des autres compositions. Nicke Andersson parvient à retranscrire une énergie qui rappelle les élancées de Robert Plant avec Led Zeppelin ; référence également mise en évidence par les guitares sur le court break central. « So Sorry I Could Die » a le mérite de se conclure en grande pompe, en proposant une dynamique bien différente de l’entrain d’un « Tin Foil Soldier » qui vaut le détour pour ses chœurs hérités d’un autre temps et cette caisse claire brute et enfantine. « Try Me Tonight » est un final qui résume le modus operandi de The Hellacopters : un enchevêtrement de riffs qui laisse poindre les leads supportés par un clavier martelé et un Nicke Andersson qui multiplie les appels du pied. Eyes Of Oblivions est une œuvre qui perdurera par le live et rien d’autre.

The Hellacopters réussit la prouesse de démontrer qu’il reste l’un des groupes de rock les plus attachants de la scène, bien déterminé à ne pas simplement émuler ses idoles en étant simplement crédibilisé par une économie du « revival ». Il y a ce culte de la mélodie et cette conscience de l’importance de la dynamique qui profitent à Eyes Of The Oblivions. L’un de ces albums qui alimentent la théorie d’un rock cinquantenaire qui ne peut pas vraiment mourir.

Clip vidéo de la chanson « So Sorry I Could Die » :

Clip vidéo de la chanson « Eyes Of Oblivion » :

Chanson « Reap A Hurricane » :

Album Eyes Of Oblivion, sorti le 1er avril 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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