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Interview   

The Hellacopters : redécollage réussi


L’annonce de la séparation de The Hellacopters en 2007 avait pu surprendre : pour beaucoup, le groupe de rock suédois était toujours au top et rien ne laissait présager cette issue. Ils auront tout de même sorti Head Off, un album de reprises, en guise d’au revoir quelques mois plus tard. Les perspectives d’une reformation les années suivantes étaient minces, et c’est pourquoi la surprise a été tout aussi grande lorsqu’on a vu le groupe fouler la scène sur Sweden Rock Festival en 2016 pour célébrer les vingt ans du premier album Supershitty to the Max! avec ni plus ni moins que le line-up d’origine. Une expérience positive qui aura servi de rampe de lancement pour un retour permanent – même entaché par quelques remous au poste de bassiste et la disparition de l’ancien guitariste Robert Dahlqvist.

Qui dit retour permanent dit nouvel album. Les Suédois auront mis le temps, mais voilà qu’Eyes Of Oblivion arrive enfin dans les bacs. Une ode au rock n’ roll comme on n’en entend plus à la radio et comme il nous tarde de retrouver sur scène après deux ans de pandémie. L’infatigable Nicke Andersson (Lucifer, Entombed, Imperial State Electric) nous raconte ce grand retour et l’état d’esprit dans lequel Eyes Of Oblivion a été conçu, poussant par là même un coup de gueule sur l’état de délabrement du rock dans le mainstream…

« J’avais l’impression d’être enlisé dans la routine et que ça allait affecter la musique. C’est très facile de perdre la flamme. Je pensais : ‘Est-ce que ce n’est pas mieux d’arrêter le groupe quand on ne regrette en rien et qu’on est encore au top ?’ Je pense encore que c’était une très bonne décision. »

Radio Metal : The Hellacopters s’est reformé en avril 2016 à l’occasion des vingt ans du premier album Supershitty To The Max! Au-delà de l’anniversaire, quelle était votre motivation pour reformer le groupe à ce stade, presque dix ans après votre séparation ?

Nicke Andersson (chant & guitare) : L’argent ! [Rires] En fait, c’est étrange. Après notre séparation, il n’a pas fallu plus d’un an pour que des festivals nous demandent de faire un concert de reformation. Je trouvais toujours ça ridicule parce que nous venions juste de nous séparer. On ne se sépare pas pour se reformer juste derrière. Il y avait plusieurs raisons pour notre séparation et j’ai toujours dit : « Non, une reformation n’arrivera jamais. » Puis les années sont passées, de l’eau a coulé sous les ponts, et quelqu’un a mentionné à un moment donné que l’année suivante marquerait les vingt ans du premier album. Nous avons reçu une offre du Sweden Rock Fest qui était très lucrative pour nous. Donc nous avons commencé à en parler pour voir si nous devions tenter le coup ; l’idée était seulement de faire ça et voir ce que ça ferait, sans condition ou quoi que ce soit. Donc nous avons décidé de le faire, et c’était vraiment super. C’était génial de voir qu’apparemment, nous avions manqué à autant de gens ; ça rendait vraiment humble et c’était très sympa. Nous nous sommes dit que peut-être nous devrions faire d’autres concerts et c’est ce que nous avons fait l’année suivante. Pendant que nous faisions ça, nous nous sommes dit que si nous voulions continuer à jouer, alors il fallait vraiment que nous fassions un nouvel album, car autrement, nous ne ferions que tourner pour un numéro de nostalgie et, en tout cas personnellement, ça ne me convenait pas. Tout le monde était excité à l’idée de faire un nouvel album. J’étais un peu réticent au début car c’est moi qui allais devoir écrire toutes les chansons – je suis le compositeur principal. Pour la première fois de ma vie, j’avais un peu de pression sur les épaules. J’ai commencé à me dire que je devais être à la hauteur du passé du groupe, mais dès que j’ai pu me sortir cette idée de la tête et faire les choses pour les bonnes raisons, c’est-à-dire les faire pour moi et pour nous, ça a commencé à de nouveau me paraître facile.

A l’époque où il a quitté le groupe, en 1997, Dregen a dit que « c’était trop galère de jouer dans deux groupes en même temps ». Du coup, ça n’a pas été difficile de le convaincre de revenir de façon permanente alors qu’il était encore chez les Backyard Babies ?

Non, je pense même que c’était l’inverse. Je pense que ça lui avait manqué de jouer avec The Hellacopters durant toutes ces années. Donc ce n’était pas difficile.

D’ailleurs, n’étiez-vous pas un peu furieux contre lui de le voir partir en pleine tournée à l’époque ?

Non, nous n’étions pas furieux. Quand The Hellacopters a commencé à avoir un peu de succès et que les gens ont commencé à parler de nous, ça a aussi mené à une forme de succès pour les Backyard Babies. Je dirais que c’est en grande partie grâce à The Hellacopters que les Backyard Babies ont vraiment décollé, pour ainsi dire. Je pense que c’était plus à cause d’une rivalité entre les manageurs des deux groupes, car ils ne travaillaient pas vraiment ensemble. Peut-être que ça aurait mieux marché s’il y avait eu des discussions plus constructives entre eux. Mais non, c’était presque comme s’ils étaient en concurrence, à essayer de tirer profit des deux groupes. C’en est arrivé à un point où Dregen a dû faire un choix et nous savions qu’il allait choisir les Backyard Babies, car après tout, c’était son premier groupe. Je pense que pour Dregen, c’était plus du genre : « Mais pourquoi je ne peux pas avoir les deux ? » C’était triste, mais je n’étais pas en colère contre lui.

De ton côté, tu n’as pas deux groupes, mais au moins quatre ! Comment parviens-tu à jongler entre tous ?

Vu de l’extérieur, ça a probablement l’air plus difficile que ça ne l’est en réalité. J’aimerais qu’il y ait plus d’heures dans une journée, car je veux faire énormément de choses, mais je pense que quand on anticipe… Evidemment, c’est difficile en ce moment, mais je pense que c’est totalement faisable. Il y a aussi que nous ne tournons pas autant qu’auparavant. Lucifer et The Hellacopters sont plus sélectifs avec les concerts. Nous pensons plus en termes de qualité que de quantité à cet égard. Ce n’est pas si problématique. Je veux dire que j’adore faire ça et je ne fais rien d’autre que de jouer de la musique, donc je peux trouver du temps pour ça.

D’un autre côté, on voit de plus en plus de musiciens qui ont plusieurs groupes et projets. Penses-tu que ça devient obligatoire pour en vivre, compte tenu du fonctionnement de l’industrie aujourd’hui ?

Beaucoup de gens pensent probablement comme ça. C’est plus courant maintenant parce que ça permet d’avoir un peu de revenu ici et là. Enfin, c’est difficile. Ça n’a jamais été facile financièrement parlant de jouer dans un groupe. Les chances de réussir et de gagner beaucoup d’argent sont vraiment réduites, et j’en ai conscience, mais d’une certaine façon, pour moi, ça fonctionne parce que je fais plein de choses. Donc c’est soit ça, soit avoir un groupe et un gagne-pain à côté. Je sais aussi comment faire des économies, je fais pratiquement tout moi-même. Je n’ai jamais embauché de directeur artistique pour faire les pochettes d’album, je m’en occupe moi-même. J’ai mon propre studio, ce qui aide. Avec l’expérience, tu apprends quelques trucs ici et là, et tu réalises : « Si je fais ça comme ça, je peux économiser là-dessus. » Tu dois constamment t’activer [rires].

« Si quelqu’un me disait que je ne pourrais plus jamais faire de concert, mais que je pourrais continuer à enregistrer des albums, je serais triste, mais ça m’irait mieux que si on me disait que je ne pourrais faire que des concerts et plus jamais enregistrer de musique. »

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu nous avais dit que ce qu’il y avait de bien avec The Hellacopters, c’est que tu ne fais ce groupe que si tu te fais plaisir, autrement, tu ne le ferais pas. Était-ce essentiellement la raison pour laquelle vous avez arrêté en 2008, parce que vous n’y trouviez plus de plaisir ?

C’est l’une des raisons. Nous avons joué ensemble pendant, je crois, quatorze ans environ, et c’est déjà pas mal pour n’importe quel groupe, et je pense que ç’en est arrivé à un point où nous prenions tout pour acquis. Tu fais un album, tu tournes, tu fais un autre album, tu tournes, tu payes tes factures… J’avais l’impression d’être enlisé dans la routine et que ça allait affecter la musique. C’est très facile de perdre la flamme. Je pensais : « Est-ce que ce n’est pas mieux d’arrêter le groupe quand on ne regrette en rien et qu’on est encore au top ? » Je pense encore que c’était une très bonne décision. Regarde, nous sommes là, et je n’avais jamais imaginé que ça arriverait. On ne sait jamais !

Le nouvel album Eyes Of Oblivions sort six ans après la reformation du le groupe. Était-ce important de prendre le temps de renforcer le groupe et de l’établir à nouveau en tant que groupe live avant de retourner en studio ?

Oui, peut-être, mais à la fois, ce n’était pas calculé comme ça, car les sessions d’enregistrement pour l’album ont commencé il y a trois ans, c’est-à-dire longtemps ! Les sessions ont été éparpillées sur ces trois années, c’est-à-dire que nous faisions une session, nous nous réunissions pendant deux jours en studio, et la session suivante avait lieu trois mois plus tard. Je pensais que nous allions avancer lentement, mais pas à ce point-là. C’était bizarre, parce que je ne pense pas être capable de travailler comme ça : tu es excité, puis l’excitation retombe, puis tu la retrouves, etc. Mais c’est une bonne expérience pour apprendre. Je ne referais jamais ça. De toute façon, tout ceci n’était pas prémédité, c’est juste arrivé comme c’est arrivé. L’album est très bon au final, j’en suis content, et c’est tout ce qui compte, mais la prochaine fois, ce sera plus rapide.

Malgré tout, as-tu l’impression que l’album se soit nourri de l’enthousiasme et de l’énergie des concerts et des tournées ? Est-ce que les concerts vous ont permis de recharger vos batteries créatives ?

Je ne sais pas. Enfin, peut-être. Je ne pense jamais à ces choses. Pour moi, enregistrer un album et jouer live, c’est très différent. Ce sont deux choses séparées. L’un est la partie divertissement, et j’adore jouer live, mais ma partie préférée, c’est probablement la créative. Si quelqu’un me disait que je ne pourrais plus jamais faire de concert, mais que je pourrais continuer à enregistrer des albums, je serais triste, mais ça m’irait mieux que si on me disait que je ne pourrais faire que des concerts et plus jamais enregistrer de musique. C’est ce qui me tient à cœur et je pense que ça a toujours été le cas. J’adore faire des concerts, mais je ne suis pas super fan des voyages. Je n’ai jamais aimé voyager. Enfin, j’aime être en France ou aux Etats-Unis, mais je n’aime pas y aller [rires]. Qui aime les aéroports, par exemple, et les déplacements ? Il y a beaucoup de perte de temps dans les voyages, alors que si j’étais chez moi, à la place je pourrais écrire des chansons. Je ne sais pas si j’ai répondu à ta question, mais je sépare ces deux choses. En fait, le scénario parfait serait d’écrire les chansons, ensuite commencer à les jouer en live et finalement les enregistrer. Ce serait le mieux parce qu’alors les chansons seraient encore meilleures, je pense. Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça, car quand tu sors pour jouer devant les gens et que tu t’éclates avec le public, ils veulent connaître les chansons avant. Mais dans un monde idéal, ce serait cool de faire ça.

Dregen a quitté le groupe en 1997 et n’a enregistré que deux albums. The Hellacopters a ensuite enregistré cinq autres albums et vous avez tous eu une longue carrière. Comment a été la réunion créative avec Dregen ? Vous n’aviez pas trop changé en tant qu’individus et musiciens ?

Oui, évidemment, on change, mais nous sommes restés amis après son départ. Nous nous voyions souvent. Je vois ce que tu veux dire, mais à la fois, de toute façon j’ai toujours composé la plupart des chansons. Avec Dregen dans le groupe ça sonnera forcément différent par rapport à l’époque où Strings [Robert Dahlqvist] était dans le groupe, parce que ce sont deux types de musiciens différents, donc c’est sûr que ça aura un impact. A la fois, c’est un petit peu différent, mais les deux sont The Hellacoprters. Ça aurait été intéressant de voir comment cet album aurait sonné si Strings avait été dessus ou comment By The Grace Of God aurait sonné si Dregen avait été dessus. On peut spéculer autour de ça, mais ça a bien marché, parce que Dregen apporte son son signature dans le groupe. Il n’y avait rien de bizarre.

As-tu ressenti le bénéfice de l’expérience acquise par rapport au début ?

Je pense. Quand on vieillit et qu’avec un peu de chance on devient plus sage, on choisit plus facilement ses combats. On peut laisser certaines choses tranquilles. Evidemment, je suis du genre à vouloir tout régenter, mais je sais aussi que je peux plus facilement lâcher prise parfois. En ce sens, il est probablement plus facile de travailler avec moi aujourd’hui qu’il y a quinze ans. Je ne sais pas, il faudrait demander aux autres gars, je suppose. Avec un peu de chance, il s’est passé des choses qu’on emporte avec soi. Dregen, par exemple, est toujours très énergique et à fond dans ce qu’il fait. C’était très similaire au début. Tout va bien, et maintenant, j’ai vraiment hâte d’enregistrer le prochain album.

« Je suis très intuitif. Je fais avec ce qui me vient. Même une chanson merdique qui passe à la radio quand je suis en train de conduire peut m’inspirer à composer quelque chose. »

Dolf DeBorst à la basse est le petit nouveau dans la famille Hellacopters. Quelle est sa place dans l’alchimie préexistante des autres membres ?

Tout d’abord, il n’apparaît pas sur l’album. J’ai joué la basse dessus. Comme nous avions commencé il y a trois ans, nous ne savions pas quoi faire, ni même s’il y aurait un album, donc nous nous sommes dit que nous allions le faire tous les quatre. Donc il n’est pas sur l’album et il deviendra un membre permanent cette année, mais jusqu’à présent il n’a fait que jouer les concerts avec nous. Je veux dire qu’il a aussi les Datsuns à s’occuper, mais il sera peut-être un membre permanent demain et il va bien dans le groupe. J’ai joué avec lui dans Imperial State Electric pendant des années et nous avons une histoire commune. Je crois que c’était en 2002 ou 2003 que nous avons tourné avec les Datsuns en Europe. C’est là que nous les avons connus. Dolf a déménagé en Suède et c’est là que je lui ai demandé de rejoindre Imperial State Electric. Dolf me semblait être un choix évident quand il s’agissait de trouver un bassiste.

As-tu eu une pensée pour Robert Dahlqvist – qui nous a quittés bien trop tôt – durant la réalisation de cet album ? As-tu même ressenti sa présence, d’une certaine façon ?

Je mentirais si je répondais par l’affirmative. Quand je fais quelque chose comme ça, je suis très concentré sur ce que je suis en train de faire, donc pas spécifiquement, mais de façon générale, oui, j’ai pensé à lui. Bien sûr, il était tout le temps avec nous, absolument.

L’album ne fait que trente-cinq minutes, il démarre et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, il est terminé ; on n’a pas le temps de s’ennuyer. C’était intentionnel ?

Non. Enfin, tout dépend de son point de référence. Je dirais que tous mes albums préférés tournent autour de trente-cinq minutes. C’était dans les années 90, après l’apparition du CD, que les albums ont commencé à devenir ridiculement longs ; avant, ils n’étaient jamais longs. Donc quand tu dis que c’est court, ça dépend avec quoi on compare. Prends n’importe quel album d’AC/DC, ils font rarement plus de quarante minutes. Deep Purple, Sex Pistols, n’importe quoi sorti dans les années 70… Il n’y a probablement aucun album datant des années 70, 60 et 50 qui font plus de quarante-cinq minutes, car au-delà il fallait faire un double album ou sinon on se retrouvait avec un son de merde. Donc je trouve que trente-cinq minutes, c’est parfait. Enfin, ça ne m’aurait pas non plus dérangé qu’il fasse trente-neuf minutes. D’un autre côté, encore une fois, compare avec Reign In Blood de Slayer, par exemple, il me semble qu’il fait dans les vingt-huit minutes, non ? En dessous de trente en tout cas. Donc notre album est plus long que ça et il est aussi plus long que Dressed To Kill de Kiss, qui est aussi court. Mais c’est ainsi que j’aime les albums. Si c’est trop long, je perds ma concentration, car c’est trop d’information. Surtout de nos jours, les gens sont incapables de se concentrer sur plus deux chansons. Je trouve que c’est la longueur parfaite et si j’écoute un album qui est court et que je l’aime, je le remets ! C’est idéal [rires].

Comme l’origine de cette reformation ce sont les vingt ans du premier album, comment comparerais-tu Eyes Of Oblivions et Supershitty To The Max ?

Ces deux albums sont assez différents, bien sûr. Ce qu’il est intéressant de savoir, c’est que les gens ont entendu The Hellacopters à partir de notre troisième répétition, car c’est là que nous avons enregistré le premier 45 tours. Donc sur cet album, nous sommes un groupe qui en est encore à apprendre à jouer de ses instruments. Je veux dire que je suis principalement un batteur. Je jouais de la guitare pour écrire des chansons, mais je ne jouais jamais vraiment de la guitare. Donc je commençais à apprendre et je n’avais jamais chanté avant non plus, donc là aussi j’étais en train d’apprendre. C’est pourquoi, évidemment, il y a forcément une très grosse différence entre le premier album et celui-ci. Je me souviens même que quand le second album est sorti, Payin’ The Dues, les gens disaient : « Cet album sonne trop propre et raffiné ! » Eh bien, j’imagine que c’est l’impression qu’il donne si on le compare au premier album, mais pour moi, personnellement, je vois très bien que c’est une évolution naturelle d’un groupe qui était en train d’apprendre à jouer de ses instruments. Après, les gens ont leurs préférences, peut-être que certains préfèrent le son du premier album, pas de problème. Ceci étant dit, nous ne pourrions jamais recréer ça aujourd’hui parce que nous ne sommes pas les mêmes personnes qu’à l’époque. Si nous essayions de faire Supershitty To The Max volume deux, je pense que ça sonnerait bizarre et forcé. Donc oui, il y a des différences, mais il y a aussi des similarités : les mêmes musiciens jouent dessus. Ça fait partie de ces choses : quand tu le sais, tu l’entends, mais oui, ils sont très différents.

« Ce que je trouve effrayant, c’est que parmi les nouveautés que j’entends, je n’entends rien qui soit aussi bon que lors de l’âge d’or du rock n’ roll. C’est un petit peu triste. J’attends que de jeunes groupes m’épatent autant que The Hives m’a épaté la première fois que je les ai entendus. »

Malgré tout, est-ce que ces concerts anniversaires et le fait de revisiter ces vieux morceaux vous ont replongés dans les vieux souvenirs de l’époque et peut-être donné envie d’essayer de vous reconnecter à l’essence de ce groupe et à ses racines ?

Non, pas vraiment. Comme je l’ai dit, j’ai ressenti un peu de pression au début, mais encore une fois, je ne peux rien forcer quand il s’agit de composer, il faut que ça vienne naturellement. Je ne peux pas me poser et dire : « Maintenant, je vais écrire une chanson qui aurait pu être sur le premier album de The Hellacopters. » Autre chose en ressortirait. Comme je l’ai dit, je suis très intuitif. Je fais avec ce qui me vient. Ça dépend probablement de ce que j’écoute le jour même. Même une chanson merdique qui passe à la radio quand je suis en train de conduire peut m’inspirer à composer quelque chose. Je ne pense pas que j’essayais vraiment de faire le lien avec les vieux morceaux, parce que je sais que ça ne fonctionnera pas avec moi. Je n’y songerais même pas. Je veux juste écrire une chanson que j’aime.

D’un autre côté, il y a un peu de tout dans cet album : vois-tu Eyes Of Oblivion comme une sorte de résumé de carrière pour ouvrir ce nouveau chapitre avec le groupe ?

Non. Enfin, quand tu composes des chansons pour un album, tu ne peux qu’espérer que ça sonnera d’une certaine façon, mais ça ne sonne jamais vraiment comme la vision que tu as, et c’est généralement une bonne chose. Tu vises un objectif, et je ne sais même pas quel était l’objectif cette fois, car comme je l’ai dit, je pense généralement une chanson à la fois. L’album se fait tout seul et normalement, je ne sais comment, tout se marie bien ensemble, sûrement parce que c’est le même groupe qui joue. Bien sûr, les albums qu’on adore de la part de nos héros sont en général bons parce qu’ils sont un peu variés. Nous aimons donner une chance aux morceaux pouvant apporter un peu de variété à l’album tout en restant dans le cadre de The Hellacopters. Comme la chanson « So Sorry I Could Die » : elle était un petit peu différente de ce que nous avions essayé avant, sans être cependant trop différente, je trouvais que ça sonnait toujours comme nous. Il a quand même fallu l’essayer avant et si elle n’avait pas sonné suffisamment bien, nous ne l’aurions pas incluse dans l’album.

D’ailleurs, cette chanson, « So Sorry I Could Die », a un côté blues et soul old school ; on peut même y entendre du Led Zeppelin. Te sens-tu comme un héritier direct des premiers rockeurs ? As-tu consciemment l’impression de faire partie de cette très vieille lignée ?

Non, je ne mettrais rien de ce que nous faisons au même niveau que ça, ce n’est pas à moi de le faire, mais j’aime beaucoup ces groupes. Je sais juste ce que j’aime et, bien sûr, quand on aime quelque chose, ça donne envie de faire quelque chose de similaire, mais à sa façon. Il y a tellement de bonnes musiques qui sont sorties, et ce que je trouve effrayant, c’est que parmi les nouveautés que j’entends, je n’entends rien qui soit aussi bon qu’à l’époque, lors de l’âge d’or du rock n’ roll. C’est un petit peu triste. J’attends que de jeunes groupes m’épatent autant que The Hives m’a épaté la première fois que je les ai entendus. Nous portons le flambeau, peut-être, mais nous sommes juste des fans de musique qui jouent ce qu’ils ont envie d’entendre.

Il y a une énergie live qui transparaît à l’écoute de l’album et une chanson comme « Eyes Of Oblivion » a même un côté stadium rock. N’y a-t-il pas un côté presque anachronique à sortir un tel album pendant une période où les concerts se font rares ? Ou penses-tu justement qu’il faut raviver le goût des gens pour les salles de concerts, la chaleur humaine, la sueur, etc. avec de tels albums ?

Oui, mais il n’y a rien là-dedans qui a été réfléchi. Il se trouve juste qu’il y a eu une pandémie et que certaines de ces chansons ont été écrites à peu près au même moment. De même, les paroles de « Eyes Of Oblivion », la chanson, va assez bien avec la pandémie, parce que ça parle de mettre les « yeux de l’oubli », c’est-à-dire des lunettes pour s’évader de la réalité pendant une heure ou deux, que ce soit en écoutant un album ou en allant à un concert – ce qui n’a pas été possible ces derniers temps, mais au moins on peut faire semble d’être à un concert. Sans pour autant oublier ou ignorer les problèmes du monde, tout le monde a besoin de s’évader de la réalité. Mais il faut que ça se termine à un moment donné pour que l’on puisse recommencer à tourner. Nous avons fait deux concerts en décembre – nous allions en faire six, mais quatre ont été annulés à cause de la montée des cas. J’ai trouvé que non seulement nous étions un petit peu rouillés, mais que le public aussi l’était. Ça fait tellement longtemps que les gens ne savent plus vraiment comment se comporter [rires]. J’ai tellement hâte que ça se normalise un peu, car c’est étrange. J’ai trouvé ça vraiment bizarre d’être sur scène à nouveau. Je me demandais presque : « Comment on fait ça ? Comment je dois me tenir quand je joue de la guitare ? »

« J’ai trouvé que non seulement nous étions un petit peu rouillés, mais que le public aussi l’était. Ça fait tellement longtemps que les gens ne savent plus vraiment comment se comporter [rires]. »

Ça n’était pas bizarre même de vous retrouver en salle de répétition ou en studio ensemble à faire du rock insouciant dans ce contexte, comme si rien ne s’était passé, ou était-ce justement votre évasion ?

Tout dépend comment on voit ça et quel est son point de référence. Je ne qualifierais pas cet album d’insouciant. Les paroles contiennent des sujets assez sérieux et la musique utilise souvent le mode mineur. Donc tout dépend à quoi on compare – si on compare au black metal norvégien, peut-être que ça sonne insouciant. Mais je ne le vois pas vraiment ainsi. Il y a quelques chansons qui sont même assez tristes et sombres. Et puis jouer du rock très énergique ne veut pas forcément dire que c’est joyeux. C’est de l’énergie et ça dépend dans quelle direction tu veux envoyer l’énergie, je suppose. Donc ça ne m’a jamais traversé l’esprit, mais à bien des égards, c’est totalement de l’évasion, car quand je joue de la musique, je suis à fond dedans et c’est tout ce qui compte à cet instant. J’adore ça, parce que la musique est ma raison de vivre et de respirer. D’un autre côté, comme ça fait partie de ma vie, peut-être que ce n’est pas tant une évasion que ça, tout dépend où on va avec, j’imagine.

Quels sont certains des sujets sérieux que vous avez abordés dans cet album ?

Ce n’est peut-être pas notable pour l’auditeur, mais j’essaye toujours de mettre un peu d’humour – mon humour. Je trouve que certains textes, même s’ils sont sérieux, sont aussi drôles, car je m’amuse avec les mots. Certains sujets parlent de la fin du monde, du fait que nous bousillons la planète, et de différents points de vue là-dessus. Enfin, c’est bizarre de parler des textes, car quand je les écris, j’essaye de le faire de façon à ce qu’on puisse les interpréter comme on veut. Je ne veux pas qu’ils soient super évidents, car je sais que moi-même, en tant que fan de musique, il m’arrive d’écouter un morceau dont les paroles et la musique m’évoquent des émotions que je trouve parfaites, et ensuite je lis une interview où ils disent : « Ça parle de ci et de ça » et je me dis : « Merde, ce n’est pas l’idée que je m’en suis faite. » Donc je déteste trop analyser les choses parce que ce n’est simplement pas ma manière de faire. Mais certains sujets parlent de la société moderne, de toute la pression qu’on a sur nos épaules – c’est la chanson « The Pressure’s On ». On vit dans un monde étrange. Il y a une chanson qui s’intitule « Tin Foil Soldier », qui parle des antivax, des gens qui croient aux théories du complot, des gens qui ont pris d’assaut le Capitol et des gens qui portent des chapeaux en aluminium. Je trouve ça fascinant, drôle et effrayant à la fois, rien que la façon dont la pandémie a tellement divisé les gens. Ce sont des sujets très sérieux ; j’essaye de m’en moquer pour m’amuser, mais c’est quand même là. Evidemment, tout le monde a le droit d’avoir sa propre opinion, mais moi aussi [rires]. Je fais ça pour moi. Je ne cherche pas des coupables ou quoi. Si tu prends cette chanson, par exemple, et si tu oublies le titre, qui est un peu un indice flagrant, on pourrait en fait… Je veux dire qu’une personne qui a pris le Capitol d’assaut pourrait aimer la chanson, parce qu’elle se dirait : « Oh, ça parle de nous ! » Je ne sais pas. J’ai envie de laisser les gens interpréter, mais si on me pose la question, évidemment, je peux expliquer ce que ça veut dire pour moi, mais ça n’empêche pas que ça peut vouloir dire autre chose pour quelqu’un d’autre.

Depuis votre dernier album, Head Off, avec The Hellacopters en 2008, le rock n’ roll old school est pas mal monté en puissance – tu en es même en partie responsable avec Lucifer. Quel est ton regard sur ce regain d’intérêt pour ce type de rock authentique qui est apparu durant les années où The Hellacopters était absent de la scène ?

Je suis désolé de le dire, mais je ne suis pas tellement au courant. Je ne creuse ou fouille pas internet à la recherche de nouvelles musiques autant que je le devrais. Donc généralement, je fais confiance aux gens qui m’entourent pour me donner des pistes, du genre : « Ecoute ce groupe ! » et dans ce cas, je le fais. Je ne sais pas si j’ai vraiment vu ce regain d’intérêt dont tu parles, mais si tu le dis, c’est qu’il existe. A la fois, j’ai rejoint Lucifer parce que j’ai trouvé que c’était un bon groupe et que c’était un style de musique que j’ai toujours aimé. J’accueille toujours à bras ouverts quiconque essaye d’enregistrer une batterie qui sonne comme une batterie et pas comme une machine à écrire. Je suis à fond pour ça. J’aurais aimé qu’il y en ait plus, parce que quand je mets une radio rock aujourd’hui en Suède, tout est nul. Ça craint vraiment. Peut-être que vous avez de meilleures stations rock, mais ce qu’on classe dans le rock aujourd’hui… Je ne sais pas ce qui… Est-ce que Volbeat c’est du rock ? Je n’en ai aucune idée, mais ça ne me plaît pas. La plupart du temps ça ne sonne pas intemporel. On dirait aussi que plein de groupes cherchent à avoir un son hair metal typé années 80 et que c’est assez populaire. Je n’ai aucune idée pourquoi, car c’était mauvais à l’époque et ça l’est toujours aujourd’hui, mais ce ne sont que mes goûts. Si quelqu’un dit : « Voilà un groupe qui sonne comme Uriah Heep » ou « Voilà un groupe qui ressemble à MC5 », je vais aller écouter.

« On dirait que plein de groupes cherchent à avoir un son hair metal typé années 80 et que c’est assez populaire. Je n’ai aucune idée pourquoi, car c’était mauvais à l’époque et ça l’est toujours aujourd’hui. »

Je pensais à des groupes comme Rival Sons ou Greta Van Fleet. Même de plus grosses pointures comme Slash ou Scorpions ont dernièrement cherché à enregistrer leurs albums respectifs à l’ancienne, façon soi-disant rétro…

Oui. J’ai entendu quelques chansons de Scorpions. Il y en a une, « Peacemaker », que j’ai trouvée correcte pour du Scorpions, mais pour moi, ce n’est toujours pas assez bon. C’est juste que c’est mieux que quand ils n’étaient pas très bons. Mais si c’est une tendance, tant mieux. Je trouve toujours que ça sonne beaucoup trop moderne. Ça sonne comme aujourd’hui, ça ne sonne pas assez intemporel pour moi. Comme j’ai un studio, je peux même entendre quels samples de caisse claire tous ces groupes utilisent, parce qu’elles sonnent toutes pareil – tout le monde utilise les mêmes trucs et je déteste ça. Et puis je n’aime vraiment pas le mot rétro. Tout dépend du point de vue, j’imagine. Je veux dire que je n’ai jamais vu ce que je fais comme étant rétro. Pour moi, ce n’est qu’une préférence de son. Car une bonne chanson sera toujours une bonne chanson ; il s’agit juste de la manière dont on la présente. J’aimerais que ma musique et ce que j’aime sonnent aussi bien dans trente ans que dans deux ans. Dans trente ans, pour un grand nombre de ces groupes, on pourra dire : « Oh, ça sonne très 2015 parce que c’était la tendance en studio à l’époque. » C’est ce que j’ai envie d’éviter parce que ça ne sonne pas aussi bien. Mais ça n’engage que moi !

En 2005, vous aviez sorti un album qui s’appelait Rock & Roll Is Dead. Dirais-tu que le rock n’ roll est revenu d’entre les morts… ou pas, finalement ?

Non, pas du tout. Pour moi, ça me paraît encore pire aujourd’hui. Enfin, il y a des groupes corrects, surtout dans l’underground. Il y en aura toujours, mais quand on écoute la radio mainstream aujourd’hui, il n’y a pas de guitare électrique. Tu as mentionné Greta Van Fleet, ça ne passe pas sur les radios mainstream. Je ne pense même pas que Foo Fighters y passe. Aujourd’hui, il n’y a que de la musique faite par ordinateur qui passe sur les radios mainstream, il n’y a rien d’autre. Le plus gros vendeur en musique aujourd’hui, ce n’est pas Foo Fighters, même s’ils vendent bien. Les plus gros vendeurs, c’est de la musique faite par ordinateur qui n’est pas jouée par de vrais êtres humains. Je pense avoir raison, mais vous pouvez aller vérifier : si vous demandez quel est le plus gros vendeur, vous verrez que Greta Van Fleet en est très loin. Je trouve ça super qu’il existe un groupe comme ça, mais il devrait être encore plus gros, et nous devrions êtres plus gros aussi [rires]. Enfin, ce n’est pas la raison pour laquelle nous jouons, mais je parle de façon générale. Si on remonte aux années 70, en 73 en l’occurrence, quel était le plus gros vendeur ? Deep Purple. Comparé à cette époque, c’est assez triste. J’ai peut-être l’air d’être un vieux schnoque, mais c’est la vérité. En ce sens, le rock est d’autant plus mort aujourd’hui, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas le ressusciter. Tout fonctionne par cycles, je suppose.

En 2008, vous aviez fini le groupe avec Head Off, un album de reprises, et maintenant, Eyes Of Oblivion contient quatre reprises sur l’édition limitée. Est-ce que ça prouve que vous êtes avant tout des fans de musique ? Est-ce important pour vous de ne pas perdre ce regard de fan ou perdre de vue d’où vous venez ?

Nous sommes des fans de musique – ou en tout cas, je le suis, mais je pense pouvoir parler pour tout le monde dans le groupe. Je ne sais pas si ça se voit, mais c’est amusant de jouer les chansons d’autres gens. Pour nous, c’est aussi simple que : « Oh, c’est une super chanson. On devrait la reprendre. » « Ok, on le fait. » Et parfois, quand tu trouves… Il y a parmi ces reprises bonus une chanson qui vient d’un groupe dont je n’avais jamais entendu parler avant septembre dernier, avant que nous l’enregistrions. C’est le morceau « Circus » du groupe String Driven Thing. Je n’avais jamais entendu parler d’eux. Je les ai découverts par accident. Quand j’ai entendu ça, je me suis dit : « Ça sonne comme un morceau de The Hellacopters. Il faut qu’on la fasse. » Parfois, on enregistre une chanson et ensuite, quelqu’un qui achète l’album avec les titres bonus se dit : « Oh, il faut que j’aille écouter ça. » Une chose mène à une autre, j’aime bien ce côté-là. C’est aussi comme ça que je m’y prends avec la musique. Tu parles avec quelqu’un autour d’une bière, puis tu dis : « J’aime beaucoup ce groupe. » « Oh, tu aimes ça, alors tu devrais écouter ça. » C’est un super puits sans fond.

Les reprises, c’est généralement ce que les jeunes groupes font : penses-tu que ce soit la meilleure école pour le rock ?

C’est un autre truc auquel je n’avais jamais réfléchi avant, mais c’est peut-être parce que quand j’ai commencé à jouer de la musique, je ne faisais pas de reprises, car je voulais vraiment composer mes propres chansons. Mais je pense que le fait de commencer à jouer les chansons d’autres gens est un excellent outil d’apprentissage. Même si on ne connaît pas tous les accords, ça nous apprend à les constituer ou nous fait découvrir des choses qu’on peut utiliser dans la composition. Je suis quelqu’un qui apprend très lentement. Tous les deux ou trois ans, j’apprends un nouvel accord que je peux utiliser, mais c’est super, parce qu’alors je connais cet accord et ça me fera composer trois nouvelles chansons autour de cet accord. C’est pourquoi c’est toujours bien de jouer des chansons des Beatles, parce qu’ils ont utilisé plein d’accords étranges. Je trouve ça super. N’importe quel groupe devrait jouer plein de reprises et j’aurais aimé en avoir joué plus quand j’ai commencé. Peut-être que ça explique pourquoi j’en fais tout le temps maintenant.

Interview réalisée par téléphone le 16 février 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Micke Sandström.

Facebook officiel de The Hellacopters : www.facebook.com/thehellacopters

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