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Chronique   

The Lion’s Daughter – Skin Show


Véritable phénomène, la synth wave s’est largement invitée depuis les années 2010 dans de nombreuses niches de la scène musicale. L’électro, évidemment, mais aussi plus curieusement le metal, avec les poids lourds français de Perturbator et Carpenter Brut. Peut-être pas si étonnant, à bien y réfléchir, puisque la mouvance a des allures de la bande-son de toute une époque et toute une culture, or la nostalgie est un sentiment partagé chez les amateurs de musiques extrêmes, au point même que Teloch de Mayhem, par exemple, a lancé son propre projet synth wave Bergeton l’année dernière. Plus audacieuse encore est la démarche de confronter et fusionner les genres. C’est justement celle de The Lion’s Daughter qui avait opéré un virage stylistique avec Future Cult (2018) en incorporant les éléments synthétiques typés eighties à sa sauce extrême déjà bien compliquée. Trois ans plus tard, les Américains assument pleinement cette évolution avec Skin Show.

Pour saisir les expérimentations du groupe, revenons quelques années en arrière avec Shame On Us All (2012) et Existence Is Horror (2016) où The Lion’s Daughter délivrait une mixture blackened sludge. Ce son opaque, sombre et caverneux, le groupe ne l’a pas délaissé, même s’il l’a rafraîchi en amenant le clavier au premier plan. Dès le début de Skin Show, avec ce synthé angoissant et au parfum rétro, « Become The Night » plonge l’auditeur dans une nuit pleine d’évènements plus glauques les uns que les autres. Au-delà du simple aspect synth, c’est l’accroche rock, voire pop rock, que le groupe soigne, à l’instar de « Snakeface » et son immédiateté qui en ferait presque un tube radiophonique. Mais c’est « Neon Teeth » qui décroche le titre du hit de l’album : entre ombre et lumière, par ses atours gothiques dansants, presque hallucinés, elle nous plonge dans l’ambiance d’une boîte de nuit viciée. « Curtains » va jusqu’à s’aventurer sur un terrain plus martial et industriel, offrant un mélange où le côté punk de Combichrist rencontre la froideur du Blut Aus Nord de The Desanctification (2001) et les élans mélodico-épiques d’Amon Amarth – tout un programme.

L’âme urbaine de The Lion’s Daughter fait écho à ces néons éblouissants sur la pochette. Ils cachent pourtant une réalité obscure avec ce riffing angoissant qui parsème l’œuvre. La formule associant synthétiseurs, accroches rock et chant saturé typé black metal rappelle la sordidité d’un Nachtmystium (on pense notamment aux deux Black Meddle) en jouant avec les paradoxes musicaux. L’ambiance instaurée amène une vision d’ensemble qui se rapproche de certaines bandes originales – le groupe revendique d’ailleurs l’influence des films de Hitchcock et De Palma. La tension est omniprésente et met l’auditeur sur ses gardes, à l’instar d’un « Dead In Dreams » pesant. « Werewolf Hospital » en prend le contre-pied, avec ses dissonances et son blast en continu, et ne laisse que peu de respirations au milieu d’une ambiance stroboscopique psychotique. Plus subtil, « Sex Trap » joue sur un motif répété pendant que Scott Fogelbach répète les paroles « always the same ». Le titre joue sur la frustration avec ses changements brutaux et son fade out final qui donnerait presque un sentiment d’inachevé. L’apport de la synth wave est plus explicite sur le morceau éponyme : on est directement plongé dans l’atmosphère des BO des années 80, poussant le synthétique jusqu’au chant robotisé (Kavinsky et son célèbre « Nightcall » n’est pas loin). Mais comme certains des films que le groupe honore par sa nostalgie, l’histoire de Skin Show se termine mal. Le macabre « The Chemist » écarte toute fin heureuse pour ceux qui se vautrent dans la luxure.

The Lion’s Daughter réussit sa transition et affirme sa nouvelle identité. Pour autant, il ne trahit pas sa nature extrême. La proposition du groupe a beau être plus accessible, son noyau musical reste le même. Telles ces boîtes de nuit malfamées, sous les lumières attrayantes des enseignes lumineuses, Skin Show est trompeur, malsain voire carrément pervers. Celui qui souhaite s’y risquer est désormais averti.

Clip vidéo de la chanson « Curtains » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Sex Trap » :

Chanson « Neon Teeth » :

Album Skin Show, sortie le 9 avril 2021 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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