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Interview   

The Magpie Salute : Rich Robinson reprend son envol avec les pies


Exit les corbeaux, Rich Robinson trouve aujourd’hui son salut auprès des pies. Le guitariste a définitivement tourné la page de The Black Crowes, trop empreint de négativité, faute à une relation houleuse avec son frère Chris – avec qui il n’est pas tendre, comme vous pourrez le constater ci-après. Mais tourner la page ne signifie pas oublier : la formation de The Magpie Salute a été l’occasion pour lui de faire converger les différentes formations qui ont marqué sa carrière et célébrer le passé… pour mieux aller de l’avant. Surtout, ça lui a permis de redécouvrir l’alchimie musicale qu’il entretenait avec le guitariste Marc Ford, ainsi que le claviériste Eddie Harsch malheureusement décédé avant que le groupe ne prenne vraiment son envol. Peut-être plus important encore : l’amitié semble le maître mot de cette collaboration, las des drames qui émaillaient The Black Crowes.

Nous avons rencontré Rich Robinson qui revient sur la création de ce nouveau groupe et son cheminement entre un premier concert lors du festival Woodstock en 2016, à dix membres, jusqu’à ce noyau dur de six membres et le double album High Water, dont le premier volet s’apprête à sortir. Un album de rock traditionnel, sudiste, folk, profondément authentique, à dix-mille lieux des « produits » artificiels que veulent nous faire avaler certains businessmen, qu’il n’hésite pas à fustiger dès la première chanson.

« The Black Crowes a toujours été très négatif. […] Mon frère était assez tyrannique, et ça ne faisait que déprimer tout le monde. Donc lorsqu’il a fait venir Marc dans l’équipe, sa simple présence nous maintenait un peu en opposition. Donc pour la première fois, quand j’ai demandé à Marc de venir à Woodstock, nous pouvions être dans une pièce ensemble sans subir cette influence, et nous pouvions parler et nous voir l’un et l’autre comme des amis. »

Radio Metal : L’année dernière, vous avez sorti votre premier album en tant que The Magpie Salute. Il s’agissait d’un album de reprises « honorant le passé ». Ce groupe étant considéré comme la suite de l’histoire que vous aviez initiée au sein de The Black Crowes avec Marc Ford et Sven Pipien, est-ce que le fait de regarder dans le rétroviseur était une façon pour vous de vous remettre en piste ?

Rich Robinson (guitare) : Non, je n’ai jamais eu l’impression d’être hors-piste. Je faisais simplement mon propre truc, je faisais mes propres albums, ce qui était cool. Je compose toujours ce que j’aime. Je n’ « essaye » pas d’écrire quoi que ce soit. Si The Black Crowes sonne comme il sonne, c’est parce que j’ai écrit toute cette musique, toutes ces chansons sont les miennes. C’était ainsi. Je trouve toujours, encore aujourd’hui, des manières d’aller un peu plus loin, d’apporter différents éléments, mais c’est une évolution naturelle de la composition et non une évolution forcée. Mais pendant que je tournais et jouais en solo, c’était super, mais une opportunité s’est offerte à nous pour aller jouer à Woodstock. Je l’avais fait en 2014 et là c’était en 2016 pendant que je tournais en soutien de mon dernier album Flux. A mesure que je voyageais, que je vieillissais et jouais, j’ai réalisé à quel point le fait de pouvoir jouer avec des gens avec lesquels j’ai une connexion musicale – c’est-à-dire quand l’autre comprend ce que tu fais – était une bénédiction. On peut créer sur-le-champ et eux sautent dans le train en marche. J’ai toujours eu ça avec Joe [Magistro], mon batteur, je l’ai toujours eu aussi avec Sven, mais je l’avais profondément avec Marc Ford et Eddie Harsch. Avec les Crowes, dès que je composais quelque chose, Ed débarquait, jouait des accords et il comprenait instantanément où j’allais, ou Marc Ford débarquait, jouait ce truc et c’était parfait. Il y avait une forte alchimie entre nous.

Donc au final, lorsque cette opportunité est arrivée de faire ce concert, j’étais là : « J’ai envie de faire autre chose, et j’ai envie d’inviter ces gars pour voir où ça mène. » Je me disais que quand on vit dans un bus avec quelqu’un, c’est quelque chose d’assez intime… En gros, j’ai vécu jour après jour avec Marc et Ed pendant des années, et c’est étrange de se dire que nous avons d’un coup arrêté de nous voir ! Jouer de la musique ensemble, ça aussi c’est quelque chose d’assez intime, car il y a un monde subconscient, venu d’ailleurs dans lequel tout le monde plonge ; ça ne vient pas du monde conscient. Quand tu fais de la musique, il n’y a rien de littéral là-dedans, c’est très éthéré. Donc compte-tenu de ces éléments, j’y pensais de plus en plus, je me disais « merde ! Invitons Marc et Ed et voyons ce que ça donne. » C’est donc ce qui s’est passé, c’était un weekend ou trois jours, j’avais prévu de faire seulement mes trucs et des reprises, et puis Marc et Ed sont arrivés, je me suis alors dit « jouons des chansons des Crowes ! » J’ai choisi environ quinze ou vingt chansons, je les leur ai envoyé disant « faisons ces chansons. » Nous avons intégré des chansons des Crowes et quelques reprises que nous avions tous joué en commun, quelques trucs que nous n’avions jamais joué ensemble, essayant de mélanger un peu tout ça. Deux secondes après que ces gars se soient montrés, c’était là. Nous avons repris les choses où nous nous étions arrêtés. Il n’y a pas eu de courbe ou eu de période de réapprentissage. Toutes les raisons pour lesquelles c’était génial de jouer avec eux étaient là juste devant moi, à nouveau, en étant simplement présents dans la pièce.

A l’origine, c’était censé être seulement ce concert, un weekend, et c’est tout, et ensuite j’allais poursuivre ma tournée, mais nous avons tous réalisé qu’il y avait quelque chose de spécial. Même le public se disait « c’est génial ! » Et ça n’a rien à voir avec The Black Crowes, ça a à voir avec nous en tant qu’individus jouant ensemble. Nous avons donc pris ça étape par épare, genre « et si nous en faisions plus ? » « Et si nous mettions des concerts en vente pour voir ce qu’il se passe ? » C’est ce que nous avons fait et ils étaient complets en un clin d’œil, quatre concerts à New York. « Comment on va appeler ça ? De quoi ça aura l’air ? » Et j’ai regardé d’autres groupes ; je connais par exemple Tom Morello qui a monté Prophets Of Rage. Nous avons tourné avec les Grateful Dead après la mort de Jerry Garcia et ils ont appelé ça Furthur, comme le Furthur Festival ; ils ont fait des concerts et ont joué leurs propres trucs, et ensuite ils se réunissaient pour jouer la musique de Grateful Dead. Je me disais : « A quoi ressemblerait notre set ? » Et ensuite ça s’est transformé en ce truc avec lequel nous avons fait ces concerts à Woodstock, je les ai invités dans mon groupe, et j’aime cette inclusion. Je ne voulais pas mettre qui que ce soit sur la touche, je voulais que les gars de mon groupe solo soient là. Ensuite j’ai invité des chanteurs.

Donc l’année dernière s’est avéré être une célébration de toute la musique que nous avons créé et avec laquelle nous avons été en contact dans nos vies, jouant des chansons de groupes avec lesquels nous avons tourné, comme Neil Young, The Rolling Stones, Jimmy Page, Zeppelin… toutes les reprises que nous voulions tous faire, des chansons solo, des chansons de The Black Crowes… C’était ça l’idée, toute l’année, et aussi apprendre et se mettre en jambe. Lorsqu’on est dans un groupe et qu’on joue des sets différents tous les soirs – nous avons joué plus de deux-cent chansons -, on apprend à être réactifs, il faut être une entité qui bouge, qui change et joue une chanson de Big Star et une de Humble Pie dans le même concert. C’est un peu comme ça que nous avons fait. Durant l’année, pendant que ce truc prenait de l’ampleur et que nous voyions où ça allait et que nous savions que nous voulions être dans ce groupe, le centre d’attention était que, à la fin de cette tournée, nous allions faire un double album de musique originale. C’est ce que nous avons fait. En janvier nous avons commencé à composer cet album. Nous avions vingt-huit chansons que nous avons enregistré, sélectionnées parmi une quarantaine, et il y a deux albums : High Water I et II, le second sort en mars.

« La prise de contrôle des entreprises sur le monde amène, grosso-modo, à une marginalisation de tout. Tout devient une industrie du service. Une expression créative est désormais un service industriel ; il faut servir le consommateur. Le paradoxe est qu’en fait, on ne sert jamais le consommateur. »

Comme tu l’as précisé, durant la tournée l’année dernière, vous avez varié les setlists tous les soirs, piochant dans un répertoire de plus de deux-cent chansons. Comment le fait de tourner avec ces énormes setlistes d’anciennes chansons vous a aidé à aller de l’avant, consolider le groupe et, finalement, réaliser High Water ?

Ça n’avait rien à voir avec la réalisation de l’album en tant que telle, ça nous a amené à devenir le groupe que nous avions besoin d’être, mais la composition allait quoi qu’il arrive être ce qu’elle est. John [Hogg], Marc et moi avons écrit les chansons. John et moi en avons écrit certaines, Marc et John en ont écrit certaines, Marc, John et moi en avons écrit certaines chacun de notre côté ; c’était une fusion de nous trois. Par exemple, Marc et John ont pris l’avion pour venir à Nashville me rejoindre afin de commencer à écrire l’album. Marc et John n’avaient jamais passé du temps ensemble avant. Alors que je connaissais John depuis longtemps ; son groupe avait ouvert pour les Crowes. Marc avait cette chanson qui s’appelle « Sister Moon » qu’il jouait à la guitare ; John en a fait une chanson au piano. Donc John et Marc ont écrit cette chanson en particulier ensemble. L’année dernière nous a appris à être un groupe et à devenir cette entité flexible, qui avance, mais le fait de faire ces soixante-six ou quatre-vingt concerts – je ne sais plus combien c’était -, d’apporter cette capacité en studio a permis au groupe de passer au palier suivant, car à ce moment-là nous savions parfaitement être un groupe ensemble.

Mais c’était aussi une simple célébration de toutes ces choses l’année dernière, et c’est pourquoi nous étions dix, c’est pourquoi nous avions trois chanteurs, que nous avions un guitariste supplémentaire, simplement pour pouvoir faire ces choses. Je veux dire que ça n’était pas prévu que ce soit un groupe à dix membres éternellement. Nous avions ces membres parce que ça reflétait ce que nous avions fait à Woodstock. Nous avions tous ces gens parce qu’à Woodstock, j’avais invité les chanteurs, Marc et Ed dans le groupe ; je pensais « c’est cool, faisons ça pendant un petit moment. » Mais c’était temporaire, comme une revue ou un truc dans le genre. Mais à la fin de cette tournée, nous avons décidé qu’il fallait un noyau dur, il fallait que ce soit un groupe, parce que désormais, nous prenions forme pour devenir ce que nous devions être ; il fallait que ce soit un sextet et telle est notre trajectoire à venir. Avant, il s’agissait de célébrer ce que nous avons été et maintenant, il s’agit d’aller de l’avant. Donc tous ces éléments, je pense, ont créé un centre d’attention pour savoir quel genre d’album nous allions faire, et en le faisant avec une compréhension totale qu’à partir de maintenant nous serions six à faire ça.

Avez-vous fait cette musique comme une extension créative de l’environnement live ? Comment ça s’est passé ?

Cet album a été enregistré avec moi et Joe, et souvent également Sven et Marc, jouant ensemble live. Mais, selon moi, toute musique est créée pour être jouée live, c’est la graine. Une fois que la chanson est finie, elle a besoin de se développer, car elle changera au fil des années. Plus on la joue, plus elle change subtilement et fait des choses. C’est vraiment une super façon de la voir devenir ce qu’elle doit devenir. Mais pour ce qui est du processus de création de ces chansons, on va juste en studio, parfois ça fonctionne et parfois pas. Il y a environ deux ou trois chansons que nous avons enregistré d’une certaine façon et, pour moi, ça ne fonctionnait pas, donc j’ai réécrit les couplets, je les ai changées, j’ai retiré des parties, déplacé des parties, nous les avons réenregistrées et là ça fonctionnait. Il y a des chansons qui ont nécessité beaucoup de travail pour arriver au résultat de l’album. Et puis il y a des chansons qui ont tout de suite fonctionné sans beaucoup d’effort. Chaque chanson est différente au niveau de la composition. Ca a toujours été comme ça. Dans The Black Crowes, parfois j’écrivais une chanson et ça sortait tout seul, et parfois… Il y a une chanson qui s’appelle « Nonfiction » qui m’a pris deux ans à écrire ! Je n’arrivais tout simplement pas à trouver un refrain qui convenait. J’avais ce couplet et ça n’allait tout simplement pas mais tout a fini par se mettre en place au bout d’un moment, j’étais là : « Oh, ok, super, voilà ! » Il y a certaines choses qui se passent, et aucune d’entre elles n’est meilleure que l’autre ; je ne crois pas qu’une chanson qu’on compose en un clin d’œil est forcément meilleure qu’une qui a pris du temps. Le processus est ce qui m’intéresse.

« Une chanson est quelque chose qui vit et respire que quelqu’un a créé, c’est une forme d’expression, cette expression a besoin de sortir et de parler de ce qui est le plus important, c’est-à-dire l’humanité, c’est-à-dire l’amour et la perte, c’est-à-dire comment les êtres humains affrontent la vie, nous donnant même parfois les outils pour affronter la vie. »

C’est ton premier album de chansons originales réalisé avec Marc Ford depuis Three Snakes And One Charm en 1996. A l’époque, Marc avait déclaré que l’atmosphère durant l’enregistrement de cet album a nourri sa relation musicale avec toi. Mais au final, il a été viré du groupe un an plus tard à cause de sa consommation excessive de drogue. Du coup, as-tu redécouvert cette alchimie avec Marc qui a été avortée il y a plus de vingt ans ? Avez-vous repris les choses où vous les aviez laissées en 96 ?

Marc est brièvement revenu dans le groupe en 2005. Il est revenu et c’était cool, nous avons joué. Je veux dire que le truc, c’est que le souci n’a jamais été dans notre manière à Marc et moi de jouer ensemble, ça a toujours été super, il y a toujours eu cette alchimie, mais au final, The Black Crowes a toujours été très négatif. Ca a toujours été une entité négative au sein de laquelle travailler. Il y avait cette dynamique entre frères, et mon frère était assez tyrannique, et ça ne faisait que déprimer tout le monde. Donc lorsqu’il a fait venir Marc dans l’équipe, sa simple présence nous maintenait un peu en opposition. Donc pour la première fois, quand j’ai demandé à Marc de venir à Woodstock, nous pouvions être dans une pièce ensemble sans subir cette influence, et nous pouvions parler et nous voir l’un et l’autre comme des amis, disant « hey, nous avons fait ces trucs ensemble et nous n’en n’avions jamais parlé ! » Nous avons voyagé partout dans le monde et nous avons fait ces albums, et ci, ci et ça, mais nous ne nous sommes jamais posé pour parler en tant qu’humains [petits rires]. C’était toujours un peu inondé dans le drame en provenance d’autres forces. Donc, pour moi, c’était un vrai don de pouvoir apprendre à connaître Marc pour la première fois. Et aussi, là où nous en sommes dans nos vies, et comment nous voyons le monde est très différent d’avant. Nous ne sommes plus jeunes et arrogants, à se chier dessus en essayant de comprendre les choses. Aujourd’hui, nous sommes deux adultes ayant ce truc communs quand nous jouons, et c’est à peu près tout. Donc notre alchimie n’en est que plus grande.

Comment en êtes-vous venus à faire High Water en deux parties, dont la seconde est prévue pour mars 2019, comme tu l’as précisé ?

J’avais le sentiment que nous avions beaucoup de musique, beaucoup de chansons sur lesquelles travailler, car nous composions pendant que nous étions en tournée. Je savais que nous allions avoir des tonnes de choses, et je pensais que la meilleure façon pour que ce groupe assume ce qu’il est était de mettre ça sur la table et voir ce qu’il se passe. « Sortons vingt-huit chansons. » Mais parfois, ça peut être trop, vingt-huit chansons, un double album, huit vinyles, peu importe ce que ça représente. Je trouvais que c’était une manière de faire assez sympa parce que ça serait échelonné. Le premier disque sortira et il invitera les gens à découvrir notre musique, genre « voilà ce que nous sommes. » Et ensuite, le disque suivant sortira et ce sera genre « oh d’accord, génial ! Vous allez un peu plus loin avec ça. » C’était l’idée de Mascot d’échelonner la sortie des albums et je trouve que c’était une super idée pour attirer les gens. Et on peut aussi prendre les deux albums comme un duo et suivre le cheminement musical qui a mené à ce que nous sommes aujourd’hui. Donc si tu veux t’intéresser au groupe, tu écoutes ces albums, et tu vas là-dedans et puis tu vas par-ci et tu découvres ça… Et je pense que ça élargira la compréhension des gens de ce que nous sommes.

Tu as déclaré que The Magpie Salute était « la convergence de trois mondes et ères différents » pour toi. Qu’est-ce que ça te fait d’avoir ces mondes et ères rassemblés en une entité ?

C’était un peu l’expérience. On ne sait jamais comment ce sera avant d’être dans une pièce à jouer ensemble. Je connaissais mon groupe solo, je connaissais The Black Crowes et je connaissais Hookah Brown, mais le fait d’essayer de tout rassembler dans une entité, je ne savais pas si ça marcherait… mais je me doutais bien que ça marcherait, quand même. Car je sais que Joe est un formidable batteur, je sais que Sven est capable de tout, je sais de quoi John est capable et évidemment de quoi Marc et Ed étaient capables. Je savais que ce serait génial. Et puis, lorsque nous nous sommes retrouvés dans une pièce, ça l’était ! On pouvait tout de suite le voir.

La chanson « Mary The Gypsy » est une « charge pour se débarrasser de cette mentalité corporate faussement positive avec laquelle on regarde les créateurs de manière cynique. » Est-ce que ça a été une grande source d’agacement voire de frustration dans ta carrière ?

J’aime l’image de ce… La prise de contrôle des entreprises sur le monde amène, grosso-modo, à une marginalisation de tout. Tout devient une industrie du service. Une expression créative est désormais un service industriel ; il faut servir le consommateur. Le paradoxe est qu’en fait, on ne sert jamais le consommateur. C’est juste que ces énormes entreprises monolithiques créent ces trucs et la seule façon pour que ça rapporte est de faire en sorte que ton produit soit de plus en plus merdique et qu’il soit de moins en moins cher à produire, de façon à pouvoir en faire plus et à ce que les gens en achètent plus. L’idée derrière « Mary The Gypsy », et la raison pour laquelle j’ai commencé avec la charge et les gens qui crient, c’est pour dire que c’est des conneries. Le caractère, la complexité de l’humanité, de ces villes, des cultures est ce qui rend l’humanité géniale. Si tout était un Walmart – c’est à dire un énorme centre commercial qu’on trouve aux Etats-Unis qui nivelle tout -, le plus petit commun dénominateur, alors nous vivrions dans un étrange trou noir qui détruit tout en guise de mentalité culturelle. Les films en sont réduits à… Les seuls films qui sortent au cinéma aujourd’hui sont ces énormes putains de films de super héros. Il n’y a aucune écriture ! Pense au Parrain, même à There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, à certains de ces films incroyablement bien écrits qui parlent de la condition humaine, ces trucs disparaissent au profit de gens qui volent dans des vaisseaux spatiaux avec des explosions et ce genre de trucs.

« Tout son truc [à Chris] a toujours été de minimiser mon apport dans The Black Crowes. Il a besoin d’attention ! Il lui faut toute l’attention. Et lorsque tu obtiens toute l’attention, ton esprit commence à délirer. »

C’est pareil pour la musique. Les banquiers ont commencé à s’emparer des labels. En gros, un gars qui va à l’université et obtient un diplôme en business peut travailler aussi bien pour IBM que pour Sony Music, et il n’y a aucune différence dans ce qu’ils font, et ils voient un haut-parleur de la même manière qu’ils voient une chanson. Or ce n’est pas pareil : une chanson est quelque chose qui vit et respire que quelqu’un a créé, c’est une forme d’expression, cette expression a besoin de sortir et de parler de ce qui est le plus important, c’est-à-dire l’humanité, c’est-à-dire l’amour et la perte, c’est-à-dire comment les êtres humains affrontent la vie, nous donnant même parfois les outils pour affronter la vie, nous apportant parfois du réconfort quand on traverse des moments difficiles, nous montrant parfois un autre point de vue sur le monde, ce qui ouvre alors notre esprit afin d’être davantage compatissants les uns envers les autres, et pouvoir être plus tolérant et généreux. Et si les chansons changeaient ça ? Ce qu’elles ont fait ! Si tu regardes dans le passé, on parle de frontières raciales et toutes ces choses, or la musique a toujours été inclusive. Si on regarde les publics dans les années soixante, soixante-dix, quatre-vingt et quatre-vingt-dix, c’était un mélange de gens, les vieux et les jeunes, les hommes et les femmes, différentes cultures, et tous ces gens allaient voir cette même chose sur laquelle ils s’accordaient, ayant le sentiment de vouloir y être explosé. Et si ça peut leur permettre d’affronter la vie avec des outils et une perspective, alors c’est ça l’idée.

Au final, c’est de ça que parle « Mary The Gypsy ». John me parlait de ce gars qui roule avec son vélo, et il est un peu dingue, et j’aimais bien cette idée. J’ai pensé que ce serait cool de s’imaginer être quelqu’un qui peut créer un changement dans ce truc et aller au cœur de cet élément malade, et en ressortir triomphant, bannissant tous ces trous du cul qui étaient fermement décidés à embrouiller les gens et cloisonner. Je ne sais pas. Je trouvais que c’était intéressant, mais ça aborde effectivement ça thématiquement, c’est le thème englobant de l’album.

Quel genre de public vient à un concert de The Magpie Salute ? Est-ce que tu vois toujours le genre de diversité que tu viens de mentionner ?

La majorité des gens qui viennent nous voir sont des fans des Crowes parce que nous ne nous en sommes pas encore émancipé. Et ce qui est intéressant est que les Crowes avaient vraiment un vaste panel de gens qui venaient nous voir. Aujourd’hui, ils amènent leurs enfants pour venir nous voir, ce qui est intéressant, car il y a toute une vague de jeunes gens qui viennent aussi nous découvrir. Mais ouais, il est clair que c’est très varié mais évidemment, j’adorerais que ça devienne de plus en plus varié et que ça se développe.

Comment perçois-tu le fait que, de son côté, ton frère se remette à jouer des chansons de The Black Crowes avec son nouveau groupe As The Crow Flies ?

Il a passé l’an dernier à… Tout son truc a toujours été de minimiser mon apport dans The Black Crowes. Il a besoin d’attention ! Il lui faut toute l’attention. Et lorsque tu obtiens toute l’attention, ton esprit commence à délirer en pensant « je suis le seul qui ait fait quoi que ce soit ! » Donc pendant des années, la façon dont il a de toute évidence essayé de déprécier ma contribution au groupe, alors que j’ai écrit toute cette musique… Il n’a fait qu’écrire les textes. La façon dont je vois une chanson est qu’il y a les textes, et ils sont très importants, mais la musique et tout le truc est un cercle qui a du sens. Il a donc passé toute l’année passée à dire des choses comme : « Rich est dans un groupe de reprises. » Ce sont mes chansons ! Je ne suis pas dans un groupe de reprises. Je joue mes chansons. Et je joue mes chansons avec les gens qui ont joué sur ces albums. Et ce qui marrant est que, au terme de tout ce déballage, le fait de littéralement monter un groupe de reprise avec des gens qui n’ont jamais joué sur des albums de The Black Crowes… Je veux dire, Audley [Freed] a joué un solo sur un album ; Andy Hess, le bassiste, a été dans le groupe pendant environ cinq jours ; le batteur que Chris a utilisé est pathétique ; Adam [McDougall] a joué sur des albums dont tout le monde se fout, et ce grand guitariste n’était même pas capable d’apprendre les chansons ! C’était littéralement… [Rires] « Hey, si c’est ce que tu veux faire, tu as chanté ces chansons, vas-y et joue-les ! Mais arrête de raconter n’importe quoi ! Si tu l’avais fermé, alors tu aurais pu partir avec ton groupe sans avoir l’air de Donald Trump ou un putain de gros hypocrite. » C’est ça mon problème. Vas-y et assure. Oui, c’est un super frontman, c’est un super chanteur, il a écrit ces textes, il a été un super parolier avant de commencer à écrire au sujet de gnomes et de fées, mais qu’il ne rabaisse pas ce que j’ai fait. Car en sortant et jouant avec un groupe médiocre, ça montre qu’il n’est pas vraiment capable.

Interview réalisée en face à face le 11 juin 2018 par Matthis Van Der Meulen.
Transcription, traduction, introduction et fiche de questions : Nicolas Gricourt.
Photos : David McClister.

Site officiel de The Magpie Salute : themagpiesalute.com

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