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Interview   

The Melvins : l’humeur au beau fixe


Il y a les artistes maudits, ceux qui créent dans l’angoisse, qui doutent, ou dont les groupes se déchirent, et puis il y a Buzz Osborne. Tout semble en effet sourire au leader iconique des Melvins. En pas loin de quarante années de carrière, les Américains ont imposé leur style avec panache, influençant des générations entières de musiciens au passage, de Nirvana à Boris en passant par Faith No More, Sleep, Neurosis, Tool et bien d’autres. Aussi légendaire que sa coupe de cheveux, la productivité de Buzz, qui lui a valu de sortir pas loin de quarante albums avec les seuls Melvins – il a aussi travaillé en solo et avec d’autres projets comme Fantômas – n’a pas été inhibée par la pandémie qui a ébranlé le monde entier ces dernières années, bien au contraire. Bad Mood Rising, sorti il y a quelques mois, fait en effet suite à Working With God ainsi que le double album (quadruple en vinyle) acoustique Five Legged Dog sorti tous les deux en 2021.

Autant dire qu’il y a matière à conversation, mais ce qui se dégage de cette discussion avec le musicien, c’est son enthousiasme et son énergie débordants. Confiant dans le futur du groupe et le talent de ses camarades, fier du chemin accompli et volontiers fantasque, il évoque ces derniers disques, certes, mais surtout sa plus grande fierté – son mariage –, ou encore… Napoléon. De quoi revisiter une longue carrière unique, et rassurer les fans : la source ne semble pas près de se tarir.

« Les temps changent, les humeurs changent, les gens deviennent plus intelligents. »

Radio Metal : Tu es en tournée en ce moment, c’est ça ?

Buzz Osborne (chant & guitare) : Oui, je suis en tournée à Tulsa, en Oklahoma. Ça se passe bien. Nous avons encore six concerts, puis cinq de plus, et nous en aurons terminé avec cette tournée de cent huit dates. Nous y sommes presque !

Est-ce que ce sont des chansons de votre album acoustique, Five Legged Dog, que vous jouez en ce moment ?

Non, nous jouons des chansons de notre nouvel album, Bad Mood Rising. Nous faisons un set normal, électrique. Mais c’est vrai que nous avons sorti un album acoustique pendant la pandémie, que nous avons enregistré pendant la pandémie aussi, et qui est composé de quatre disques. Deux heures et demie de musique. Ça rend bien ! Peut-être qu’un jour, nous tournerons avec cet album, j’aimerais bien que ça puisse se faire.

Il y a quelques mois, vous étiez en tournée avec Ministry et Corrosion Of Conformity. C’était comment d’être de retour sur scène après cette longue pause forcée ?

C’est vrai, nous avons commencé cette tournée début mars. C’était bien d’être de retour. Tout le monde portait des masques où que nous allions, mais maintenant, pendant cette tournée, plus personne ne le fait [rires], ça a complètement changé. Mais ça fait du bien après deux ans de pause. Je ne peux pas dire que ça m’a plu parce que j’aurais préféré pouvoir travailler, mais au moins, j’ai pu passer beaucoup de temps avec ma femme et à jouer au golf.

Tu as tourné avec plein de groupes très divers tout au long de ta carrière, et les Melvins peuvent être à leur place dans plein d’endroits et de styles différents. Comment approches-tu ces contextes et ces publics différents ? Tu disais vouloir jouer vos chansons acoustiques : comment tu l’envisages ?

J’ai fait deux albums solos en acoustique, donc à un moment, je ferai sûrement une tournée comme ça à nouveau. En ce qui concerne les publics différents, de nos jours, nous n’avons plus vraiment de problème avec ça, mais il y a trente ans, lorsque nous essayions de tourner, beaucoup de gens n’aimaient pas ce que nous faisions, et ça nous a causé beaucoup de problèmes. Mais nous avons continué de faire ce que nous faisions, et au bout d’un moment, ça a changé. La plupart du temps, tu vois assez rapidement comment ça va se passer avec le public. Ça fait un moment que je n’ai pas eu à gérer un public qui nous détestait, je ne sais pas ce que je ferais, maintenant, si une foule déchaînée nous balançait des bières ou d’autres trucs. Je crois que je laisserais tomber.

Mais le public a fini par vous suivre.

Oui, je crois que les temps changent, les humeurs changent, les gens deviennent plus intelligents.

Les Melvins ont toujours été un groupe productif, mais ces dernières années, vous vous êtes surpassés : trois albums dont un quadruple, deux EP, trois live stream, plus de cinquante chansons au total. Est-ce que les restrictions imposées par le Covid-19 ont été bonnes pour votre créativité ?

Oui, peut-être, mais c’était bizarre. Nous avons toujours tourné, nous avons fait sans doute pas loin de trois mille concerts dans notre carrière, donc ne plus pouvoir le faire a été un peu étrange. J’aime les deux, j’aime enregistrer et j’aime aussi tourner. C’était bizarre quand tout ça est arrivé, je n’ai pas trouvé que c’était une expérience positive du tout, cette pandémie. Ça m’a beaucoup plu de pouvoir passer du temps avec ma femme et nos chiens, c’était bien, mais tu sais, il y a aussi autre chose dans la vie.

« J’adore les chiens, je trouve que les chiens sont des géants, spirituellement. Ils savent vivre dans l’instant. »

Avec Five Legged Dog, vous avez revisité toute votre carrière, mais en acoustique. Qu’est-ce qui vous a poussés à approcher votre propre musique de cette manière ?

Nous étions en pleine pandémie, nous ne savions pas si nous pourrions tourner à nouveau, et nous ne savions pas dans quelles circonstances ça pourrait potentiellement se faire. Donc nous nous sommes dit que si les circonstances restaient bizarres et que nous ne pouvions pas tourner dans des salles normales, peut-être que nous pourrions faire des concerts acoustiques. Et nous nous sommes dit que si c’était le cas, il fallait que nous ayons de quoi le faire. Nous nous y sommes mis, et nous nous sommes retrouvés avec deux heures et demie de musique acoustique, soit quatre albums. Donc ça a été un gros projet. Je pense que nous aurions pu sans problème faire une version acoustique de chacune de nos chansons. Les mecs avec qui je joue, Steven [McDonald, basse] et Dale [Crover, batterie], sont très doués, ils s’adaptent très vite à ce genre de chose. Ça s’est très bien passé et j’espère que nous pourrons jouer ça en live, au moins en partie.

Ce qui est frappant, c’est que beaucoup de ces chansons sont toujours aussi heavy en version acoustique. Comment vous y êtes-vous pris pour parvenir à ce résultat ?

Je pense que c’est dû à la nature même des riffs. Tu sais, je les ai joués à peu près comme je les joue de manière électrique en acoustique pour que le ressenti ne soit pas si différent. Tu te débrouilles pour que ça le fasse. J’ai fait deux albums acoustiques en solo avec déjà ces idées à l’esprit, et ça a toujours bien fonctionné, donc je me doutais que ça fonctionnerait bien, mais pas que nous allions en faire quatre albums. Nous nous sommes simplement dit : « Essayons quelque chose », et puis ça a grandi et grandi. Je trouve vraiment que c’est super. Ça me plaît beaucoup, j’ai hâte de pouvoir le faire à nouveau. Peut-être que nous ferons un nouvel album de chansons acoustiques avec cette fois seulement des morceaux inédits, de nouveaux morceaux. Ce serait super, j’adorerais faire ça.

Est-ce que ça a influencé Bad Mood Rising, à la fois le fait de travailler en acoustique et de revisiter votre passé ? Apparemment, pour Five Legged Dog, vous avez particulièrement travaillé les voix, par exemple…

Oui, nous savions que les voix allaient être importantes pour Five Legged Dog, que ça allait être un argument de vente important pour l’album puisqu’il n’y a pas vraiment d’autres options, musicalement. Ça a pu être une influence sur Bad Mood Rising dans la mesure où nous avons peut-être voulu faire quelque chose qui était l’exact opposé de ces chansons acoustiques, quelque chose d’assez heavy avec des chansons plus longues, bizarres. Mais nous avons en effet adapté la façon de faire les voix de Five Legged Dog pour l’appliquer à celles de Bad Mood Rising. J’espère que nous ferons ça à nouveau à l’avenir.

Tu dis que Bad Mood Rising est l’opposé de l’album précédent. Est-ce que tu travailles souvent comme ça, contre toi-même, d’une certaine manière ?

Peut-être. Sans même t’en rendre compte, c’est quelque chose que tu fais. Ce n’est pas compliqué pour moi de rester concentré sur ce que je fais. Une fois que j’ai une idée en tête, je dis : « Faisons tout un album de chansons acoustiques », et puis je m’y mets, et ça se fait assez rapidement. C’est comme quand je veux écrire une chanson : une fois que j’ai décidé de m’y mettre, ça peut se faire. Pareil pour la photo, ou quoi que ce soit d’autre : je suis déterminé, et puis au bout d’un moment, je commence à le faire plutôt bien, et c’est super. Ça ne marche pas toujours, mais généralement, ça ne me pose pas trop de problème. Trouver de bonnes idées, par contre… Ce n’est pas si compliqué de trouver des idées qui me semblent bien, mais ensuite, c’est à chacun de décider si ces idées sont vraiment bonnes ou pas [rires].

Vous avez Dylan Carlson d’Earth en invité sur la première chanson de l’album. Comment ça s’est fait ? Je crois que vous vous connaissez depuis un moment…

Oui, nous connaissons Dylan depuis un moment, je le connais depuis le début des années 1980, je crois. Et un jour, j’ai tout simplement décidé que j’allais l’appeler pour voir si ça l’intéresserait de venir jouer de la guitare sur quelque chose, et je l’ai fait venir. Nous avions cette chanson que nous étions en train d’enregistrer, et nous l’avons laissé improviser dessus. C’est ce que nous avons utilisé pour l’album. Il est sur la première chanson, « Mister Dog Is Totally Right ». Après la première partie de la chanson, il y a un long break de guitare et c’est là qu’il se trouve, un peu vers la fin.

« Je suis content que les choses aient changé parce que j’ai toujours pensé que ce que nous faisions méritait une plus grande place dans la musique, et ça a fini par être le cas, mais ça a pris longtemps. »

Entre ce titre et celui de l’album précédent, ça fait beaucoup de chiens…

Oh, oui. J’adore les chiens, je trouve que les chiens sont des géants, spirituellement. Ils savent vivre dans l’instant. Ça fait un moment maintenant que je vis et m’occupe de chiens.

Ça faisait vingt ans que vous n’aviez pas sorti de LP chez Amphetamine Reptile. Le dernier ne sort que sur ce label, cette fois-ci. Comment cela se fait-il ?

Oh, nous avons travaillé avec Amphetamine Reptile pendant tout ce temps, mais pas pour des albums. Nous avions l’intention de le faire plus tôt, ça aurait dû sortir entre Five Legged Dog et le précédent, mais ça n’a pas pu se faire comme ça. Nous avons enregistré les deux à peu près en même temps, nous pensions que les deux sortiraient à la suite, mais les choses ont pris du retard à cause de la pandémie et l’emploi du temps s’en est retrouvé mélangé, voilà pourquoi ça s’est passé comme ça.

Une édition limitée de Bad Mood Rising est sortie avec une pochette de Tom Hazelmyer alias Haze XXL et Chris Mars. Tu es très intéressé par les arts visuels : peux-tu expliquer ce choix ?

En effet, je suis très intéressé par les arts visuels. J’ai fait un livre de photographies sorti récemment qui s’appelle Rats. C’est une édition limitée, mais j’espère qu’il sortira de manière plus large à un moment. Chris Mars était le batteur de The Replacements et maintenant, il est peintre et ce qu’il fait est vraiment cool, ça me plaît beaucoup. Lorsqu’ils ont fait une collaboration [avec Haze XXL], nous avons sorti une édition limitée de l’album avec sa pochette, qui rend très bien, je trouve. Puis nous avons sorti toute une série de versions vinyle différentes de l’album : nous en avons vendu certaines en tournée, d’autres sur internet, d’autres, en magasin. J’aime bien tous ces trucs-là. J’aime que tout puisse être collectionné, que ce soit si bizarre, que ça parte dans ces directions-là. À mes yeux, acheter ce genre de choses, c’est un peu une porte d’entrée dans le fait d’acheter des œuvres d’art.

À propos de ce livre de photos : à quel point c’est différent pour toi de travailler sur ce genre de projet par rapport à la musique ?

C’est différent. Ça fait un moment que je fais de la photo, mais je ne l’avais jamais montré à qui que ce soit. Il y a quelques années, j’ai ouvert un compte Instagram, RealKingBuzzo, où je ne poste que des photos que je prends. Pas des photos de moi, pas des photos de ce que je mange, mais seulement des photos que je prends et que je trouve cool. J’en ai fait un livre pendant la pandémie – comme ma femme est graphiste, elle a pu faire le livre pour moi. Ils sont quasiment sold-out, là, donc c’est très bien.

En tant que guitariste, tu es autodidacte, et tu dis aussi que tu as commencé relativement tard (à la fin de ton adolescence). Est-ce que tu penses que ça a été un avantage, en fin de compte, et que ça t’a permis de te concentrer sur ton propre style et tes propres objectifs plutôt que sur certaines qualités techniques ?

Je ne sais pas. Les musiciens avec qui je joue sont très bons et ils ont tous commencé quand ils étaient petits, donc je ne sais pas. Je pense que ça aurait sans doute été une bonne chose pour moi que je commence plus jeune, ça aurait été plus simple, mais je ne suis pas sûr. Ça a bien marché comme ça, donc je ne suis pas déçu, mais il me semble que le plus tôt est probablement le mieux pour ce genre de choses.

« À l’origine, je trouvais qu’il y avait un vide énorme dans la musique […] Il y avait cette lourdeur immense qu’il fallait faire rentrer dans le crâne des gens. »

Ça fait quarante ans que tu es musicien. Tu as sorti des albums très régulièrement et suivi ta propre route, mais le monde de la musique a complètement changé pendant ce temps-là. Qu’est-ce que tu en penses ?

Je suis content que les choses aient changé parce que j’ai toujours pensé que ce que nous faisions méritait une plus grande place dans la musique, et ça a fini par être le cas, mais ça a pris longtemps. C’est difficile de changer la manière de penser des gens, surtout quand tu fais quelque chose d’aussi radicalement différent que ce que nous faisions. À l’origine, je trouvais qu’il y avait un vide énorme dans la musique, il y avait beaucoup qui manquait. Il y avait quelque chose qui aurait dû être là, une combinaison de riffs lourds et… Quelque chose comme du punk rock, mais en lent. C’est ce que je pensais à l’époque : lent, lent, lent. Plus c’est lent, mieux c’est. Mais même si nous jouions des chansons rapides, c’était ce qui me semblait manquer. Il y avait cette lourdeur immense qu’il fallait faire rentrer dans le crâne des gens, à mon avis. Je suis content que ça ait fonctionné. J’adore que ce soit mon job d’être musicien, c’est génial, et je ne le tiens pas pour acquis. Comme je suis en capacité de le faire, je le fais. Je ne vais pas faire l’idiot et ne pas le faire.

Comment expliques-tu ta productivité spectaculaire ?

Je ne sais pas. Je suppose que je suis accro au travail. Je n’ai pas l’impression de l’être, mais je crois que c’est ce que je suis. Ce que je veux dire, c’est que je fais beaucoup de trucs de manière obsessionnelle. Je ne sais pas, je ne peux pas vraiment l’expliquer.

Est-ce que tu es parfois en panne d’inspiration ?

Non, pas vraiment. Enfin, tu travailles dur jusqu’à ce que tu t’en sortes d’une façon ou d’une autre. En tournée, nous installons notre équipement puis je reste sur scène avant le concert et je joue de la guitare sur mon ampli très doucement. Ce que je fais, c’est que je me lance des défis : « Voyons si j’arrive à écrire une chanson. Voyons si j’arrive à le faire. » Et la plupart des jours, j’arrive à trouver quelque chose qui me plaît vraiment et je l’enregistre rapidement sur mon iPhone pour conserver le riff. Si je le veux vraiment, je peux le faire. Je ne sais pas pourquoi. Ça semble être un puits sans fond.

The Melvins, c’est toi et Dale Crover depuis des décennies. Comment votre relation artistique a-t-elle évolué au fil des années ?

Nous nous entendons très bien en ce qui concerne la musique. Il comprend ma vision des choses et ce que je veux faire, et il est d’accord. Il est très bon pour interpréter le genre de musique bizarre que je veux écrire, donc il a un rôle très important dans ce que nous faisons. Si je ne l’avais pas, ce serait beaucoup plus compliqué de faire comprendre ce que je veux faire, ou je devrais écrire de la musique différente, que la plupart des gens peuvent jouer. Ce que nous jouons, c’est assez compliqué, étrange et pas évident à jouer. J’ai donc de la chance de pouvoir jouer dans un groupe avec des gens qui sont tous en mesure de le faire.

En revanche vous avez joué avec beaucoup de bassistes différents au cours de votre carrière. Comment ça se passe avec Steven McDonald ?

Ça se passe très bien. Nous jouons avec lui depuis 2016, ça fait six ans, et je pense que ce n’est pas près de s’arrêter, ce qui est une bonne chose. J’ai vraiment de la chance de pouvoir jouer avec ces types, c’est super. Ce sont de bons musiciens, je les aime beaucoup, j’aime leur compagnie et nous jouons bien ensemble. Nous passons de bons moments ensemble et nous créons de la musique vraiment fantastique. J’ai hâte que nous nous y remettions. Ce n’est jamais compliqué, nous ne nous prenons jamais la tête à propos de quoi que ce soit, vraiment.

Qu’est-ce que ces différentes collaborations ont apporté à ta propre manière de jouer ?

Je ne suis pas vraiment sûr. Peut-être que quand je regarde la manière dont les gens fonctionnent et travaillent, ça déteint un peu sur toi, je ne sais pas. Nous avons beaucoup de choses à terminer qui ne sont pas encore sorties. Je suis content de chaque collaboration que j’ai faite, donc je suis très heureux de tout ça.

« Ce n’est pas toujours simple de se renouveler, mais ça devrait toujours être ton objectif, que ça fonctionne ou pas. »

Qu’est-ce qui te motivait quand tu as commencé à jouer de la musique ? Est-ce que tu penses que tu es toujours animé par les mêmes choses ?

Je pense être plus motivé maintenant que je ne l’ai jamais été. À l’époque, je pensais juste que ce serait un truc marrant à faire. Je n’avais pas d’idée derrière la tête. Je ne songeais même pas à faire un album, donc encore moins quarante, ou je ne sais pas combien exactement nous en avons fait. Ça ne me serait pas venu à l’esprit. Donc je suis content que ça ait fonctionné aussi bien que ça l’a fait, que nous ayons pu continuer, que jouer de la musique et faire toutes ces choses devienne notre carrière. Ce qui me motivait à l’origine était seulement que ce serait un truc amusant à faire, et c’est allé bien au-delà de ça, donc je me sens très chanceux.

Un peu plus tôt, tu disais vouloir jouer des choses que tu n’entendais pas. De nos jours, on a accès à bien plus de musique, et il est peut-être plus compliqué de voir ce qui manque, d’une certaine façon. Est-ce que ça change quelque chose pour toi, ou est-ce que tu fonctionnes toujours de la même manière qu’à tes débuts ?

Avec le temps, les gens peuvent écouter des choses de plus en plus variées, ce qui est une bonne chose. Mais qu’est-ce qui manque ? Il y a toujours quelque chose. Ce n’est pas toujours simple de se renouveler, mais ça devrait toujours être ton objectif, que ça fonctionne ou pas.

À ton avis, que penserait ton toi de dix-neuf / vingt ans de ce que tu as accompli ?

Je pense qu’il serait surpris que ça ait aussi bien fonctionné. Mais l’accomplissement dont je suis le plus fier… Certes musicalement j’ai fait beaucoup de choses, mais il n’est pas musical : c’est mes quasiment trente ans de mariage avec ma femme. C’est assez incroyable, à mes yeux. C’est mon plus grand accomplissement, et nous avons une vie vraiment super ensemble, mais c’est aussi une conséquence de la musique. Si je n’avais pas joué de la musique, je ne l’aurais pas rencontrée. C’est incroyable et terrifiant de se dire que dans une réalité parallèle, je n’aurais pas été marié avec elle pour plus de la moitié de ma vie. La musique, c’est génial et tout ça, mais un partenariat qui dure toute une vie et sur lequel tu peux toujours compter, ce n’est pas quelque chose qu’on peut prendre à la légère. Et je ne le fais pas ! J’en suis très heureux.

Et avoir à la fois la carrière et le mariage…

C’est génial. Et puis elle est graphiste, donc nous avons travaillé ensemble à plusieurs reprises sur des choses pour les Melvins. En plus, nous avons l’occasion de travailler ensemble. C’est super.

Et quel genre de conseil tu donnerais à ton toi de cette époque ?

Je lui dirais d’arrêter de boire plus tôt que je l’ai fait [rires]. Ça l’aiderait !

Qu’est-ce qui vous attend pour les mois qui viennent ? L’idée d’un album avec de nouvelles chansons acoustiques est quelque chose qui va se faire bientôt, ou c’est juste un projet ?

Nous travaillons sur un nouvel album en ce moment. Nous avons fait une tournée avec Ministry, et nous avons fait quelques enregistrements pour la batterie à ce moment-là, avec deux batteurs, donc, le nôtre et celui de Ministry, Roy [Mayorga]. Nous en sommes à un peu moins de la moitié de ce projet. Donc nous allons d’abord le terminer, puis ensuite un album acoustique serait peut-être un truc cool à faire.

En ce qui concerne les concerts, est-ce que vous avez prévu des dates en Europe ?

Oui, nous viendrons en Europe au printemps-été de l’année prochaine, et nous jouerons Bad Mood Rising. Tu viens de France, c’est ça ? Je suis venu en Europe pas loin de quatre-vingt-dix fois, mais il y a une chose que j’ai vraiment envie de faire, c’est de voir le sarcophage de Napoléon. J’ai déjà à peu près tout fait, mais pas ça, et je voudrais vraiment le voir. Ces derniers temps, je me suis beaucoup intéressé à l’histoire napoléonienne, je suis très fan de tout ça : j’ai étudié ses stratégies de combat, Austerlitz, ce genre de choses, la façon dont la France s’est emparée de quasiment toute l’Europe… C’est fantastique, tout ça, je trouve. C’était un personnage fascinant !

Interview réalisée par téléphone le 21 octobre 2022 par Chloé Perrin.
Retranscription & traduction : Chloé Perrin.
Photos : Chris Casella (1, 2, 3, 5).

Site officiel de The Melvins : www.themelvins.net

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