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Chronique   

The Night Flight Orchestra – Aeromantic II


The Night Flight Orchestra avait tout prévu à la sortie d’Aeromantic. Le side-project d’ampleur des membres de Soilwork, Arch Enemy ou Mean Streak leur vaut désormais une reconnaissance tout aussi importante, comme si la nostalgie de la pop rock des eighties était presque unanime. The Night Flight Orchestra avait tout juste embrayé sur une tournée qui ne faisait que confirmer l’importance croissante de la formation sur les scènes d’Europe avant que la pandémie ne s’en mêle, une triste ritournelle désormais bien connue. Les membres ont dû composer avec la maladie à des degrés divers avant de prendre conscience qu’elle allait s’inscrire dans le temps. De quoi inciter Björn Strid et consorts à remettre le pied à l’étrier et écrire la suite d’Aeromantic, sobrement intitulée Aeromantic II. Un retour à la cour de récréation en pratiquant les mêmes jeux, comme un enfant réfractaire à tout ce qui dévierait de son programme.

The Night Flight Orchestra reprend exactement où Aeromantic nous avait laissés : un fantasme du voyage et des rencontres, amours éphémères, romances de gare et regrets à la pelle. Le line-up accueille désormais le claviériste multi-fonctions John Lönnmyr, aussi à l’aise dans un répertoire progressif que dans la pop la plus commerciale qui soit. « Violent Indigo » en reprend d’ailleurs les poncifs avec ces claviers chers aux Europe, Bon Jovi et Whitesnake des années 80. The Night Flight Orchestra s’amuse toujours avec ces rythmiques binaires et ces accords de guitare grandeur nature qui laissent Björn Strid mener la danse. On commence à connaître toutes les ficelles par cœur, aussi agréables soient-elles. « Midnight Marvelous » se risque même à les expliciter davantage, une ode aux aventures nocturnes qui craignent l’aube comme le démon. Le culte du frivole sucré en somme. La formation a tout de même l’intelligence de présenter son nouveau claviériste sur un basse-batterie groovy via un solo aux sonorités devenues délicieusement obsolètes, ces vieux claviers qu’on a pu, fut un temps, conspuer par assimilation à l’ère du kitsch. Ce sont pourtant ces dernières qui font toute la musique de The Night Flight Orchestra : l’introduction du rock enlevé d’« How Long » donne envie de se permanenter tel David Hasselhoff et de transformer une vieille Ford en simulacre de Lamborghini Countach. Juste ce qu’il faut pour rouler fenêtres ouvertes et compter les palmiers qui défilent dans la nuit. The Night Flight Orchestra se charge même de nous fournir le tube de l’été via « Burn For Me » et ses rythmiques sautillantes. Aeromantic II peut se targuer de rendre ses hits plus identifiables que son prédécesseur. « Chardonnay Nights » développe exactement ce que son titre indique : une ligne de basse funky et des développements de claviers qui invitent à ouvrir les boutons de chemise. « Change » est quant à lui l’archétype de la musique fantasmée des eighties jusqu’à la moelle, un véritable exercice de style.

The Night Flight Orchestra peut toutefois être accusé de se répéter à outrance : si le songwriting oscille entre le bon et le sublime, rien n’entrave l’inertie. On se met à chercher la moindre preuve d’audace, celle dont ses musiciens sont pourtant aisément capables et dont ils ont déjà fait preuve. « Amber Through A Window » devient ainsi une sorte de messie, remémorant les ambitions d’Amber Galactic (2017). « Amber Through A Window » laisse transparaître quelques prises de liberté dans sa structure qui la rapproche du progressif des seventies, des plages que se charge de remplir John Lönnmyr en simulant des jeux de cordes. « You Belong To The Night » met en avant ses influences disco avant d’obéir aux mêmes progressions que les autres exercices de l’opus. « Zodiac » honore quant à lui le rock anglais inspiré de la dance comme le pratique aujourd’hui Royal Blood avec Typhoons (2021).

Aeromantic II est un paradoxe. Il est gorgé de hits et souffre pourtant d’une certaine monotonie : les chansons gagent parfois à être appréciées séparément. Comme si la formule de The Night Flight Orchestra s’épuisait sans perdre sa qualité. Lorsque le groupe embrasse davantage des structures labyrinthiques et délaisse ce credo du « hit » au profit de diatribes musicales, il retrouve sa superbe. Impossible de nier l’efficacité de The Night Flight Orchestra et la polyvalence sans cesse rappelée de ses musiciens. Il devient cependant lentement le remède à l’addiction qu’il provoquait. Peut-être qu’il faut accepter le groupe pour ce qu’il est vraiment : une capsule temporelle bloquée dans une époque et qui n’aspire finalement qu’à une certaine légèreté.

Chanson « Chardonnay Nights » :

Clip vidéo de la chanson « Burn For Me » :

Clip vidéo de la chanson « White Jeans » :

Album Aeromantic II, sortie le 3 septembre 2021 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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