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Chronique   

The Night Flight Orchestra – Sometimes The World Ain’t Enough


Le récent succès de The Night Flight Orchestra ne devrait plus étonner personne. Le projet initialement porté par deux membres de Soilwork, Björn Strid et David Andersson, et rejoint entre autres par Sharlee d’Angelo d’Arch Enemy, n’était à l’origine qu’une occasion de se divertir en proposant un retour aux années 70-80. Pourtant, depuis la signature avec Nuclear Blast et l’album Amber Galactic (2017), le groupe a délaissé toute forme de confidentialité. The Night Flight Orchestra est aujourd’hui une machine logistique de huit personnes (dont les Airline Annas, deux choristes, ou encore le percussionniste-guitariste Sebastian Forslund) avec cette faculté de fédérer hors du commun. Comme si la fibre de la musique de la fin des seventies et du début des eighties parlait au plus grand nombre. The Night Flight Orchestra a bien conscience de la dynamique positive dans laquelle il se trouve : Sometimes The World Ain’t Enough, nouvel album des suédois, intervient à peine un an après son prédécesseur. Plus que d’innover ou d’étendre son registre, le dessein de The Night Flight Orchestra est surtout d’enfoncer le clou : une simple question de plaisir.

Sometimes The World Ain’t Enough est dans la droite lignée d’Amber Galactic, jusque dans le thème de l’espace et de ces commandants féminins. Pour ceux qui suivent le groupe depuis les débuts, il est possible que l’effet rafraichissant des premières heures en vienne à s’estomper. En revanche, ceux qui n’ont pas encore dévoré les précédents opus y trouveront leur compte. The Night Flight Orchestra est une sorte d’anachronisme sans pour autant être désuet. La production est un savant mélange entre la sophistication des années 80 et l’authenticité revendiquée des années 70, en résultent un dynamisme et une opulence inhérents à chaque composition. Les références sont nombreuses et vous sautent au visage, à l’image des notes de clavier à la Abba du début de « Sometimes The World Ain’t Enough » et sa rythmique disco, des petites touches de violons samplés et compressés sur le funky « Paralyzed », qui a tout pour vous faire cramer le dance-floor, ou encore de la réverb si caractéristique des productions eighties sur « Turn To Miami » et son intro synthwave qui scotche d’emblée, la bande originale parfaite pour longer la côte au volant de son coupé-sport favori. Le chant de Björn Strid entérine ce que tout le monde sait désormais : la variété des registres qu’il peut emprunter est déroutante, que ce soit lors de plages langoureuses sur « Lovers In The Rain » (et son refrain « I wont give up, I won’t give in » délicieusement kitsch qui sera inévitablement repris par les foules) ou à l’occasion de refrains scandés et enlevés tel que l’entrée en matière aux orchestrations pompeuses qu’est « This Time », qu’il lance d’un cri suraiguë pour mieux attraper l’auditeur par le cou.

Que ce soit par des refrains ciselés à la perfection, des arrangements aux allures presque progressifs, de la densité qu’apportent les voix des Airline Annas (notamment sur le ghostien « Moments Of Thunder », sorte d’hommage au Yes des années 80 avec sa science de l’arrangement), des gimmicks de guitare accrocheurs (« Paralyzed » ou « Pretty Things Closing In ») aux soli épiques disséminés sur l’entièreté de l’opus, à l’instar de ceux de « This Time » où clavier, guitare et basse s’en donnent à cœur joie, Sometimes The World Ain’t Enough persiste dans ce que The Night Flight Orchestra provoque de mieux : l’addiction. Il suffit de s’essayer à un exercice pour s’en apercevoir : essayer de ne pas bouger à l’écoute du début de « Barcelona », de son binaire marqué et de sa guitare rebondissante. C’est presque impossible, même pour ceux dont mouvoir son corps a toujours représenté l’obstacle ultime en société. The Night Flight Orchestra se paie même encore le luxe de livrer une composition progressive de neuf minutes, « The Last Of The Independent Romantics », qui s’ouvre sur quelques nappes de clavier avant de faire apprécier le travail à la guitare de David Andersson, que ce soit lors de riffs heavy tout en tension, de mélodies nuancées, de breaks incisifs, de soli blindés de cosmétiques et d’accords acoustiques pour conclure. Tout y est. Et tout se prend.

L’effet « découverte » de ce qui était perçu comme un « revival » d’une musique abandonnée depuis des années est passé. The Night Flight Orchestra ne mise plus sur un effet de nouveauté. Il n’en a de toute façon pas besoin. Sometimes The World Ain’t Enough est un Amber Galactic 2.0, seulement parfois, il est préférable de s’ancrer dans la continuité la plus évidente pour faciliter son ascension. Sometimes The World Ain’t Enough est une friandise sophistiquée, euphorique, que l’on reprend plusieurs fois et qui affadit toutes les autres tant que son goût persiste.

Clip vidéo de la chanson « Lovers In The Rain » :

Clip vidéo de la chanson « This Time » :

Album Sometimes The World Ain’t Enough, sortie le 29 juin 2018 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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