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Chronique   

The Obsessed – Sacred


Les reformations de groupes cultes génèrent souvent un sentiment ambivalent chez les fans : joie d’entendre de vieux tubes voire tout un pan d’histoire ressuscités, mais aussi appréhension de voir un héritage massacré. À voir donc la sérénité et la confiance avec lesquels était attendu le nouvel album de The Obsessed, il est évident que le légendaire Scott « Wino » Weinrich est un personnage à part dans le monde du metal. Un peu d’histoire : The Obsessed est son premier groupe, fondé en 76, qu’il a ensuite quitté pour rejoindre celui qui lui apportera la notoriété que l’on sait, Saint Vitus. Le combo s’est ensuite réuni pour offrir trois albums inoubliables – The Obsessed, Lunar Womb et The Church Within – durant la première partie des années 90, puis s’est séparé à nouveau, pour se retrouver en 2012 sur la scène du Roadburn aux Pays-Bas. Cinq ans plus tard donc sort leur premier album depuis plus de vingt ans, Sacred. Si la genèse de l’album, liée au sort d’un autre projet de Wino, Spirit Caravan, des cendres desquels cette reformation a émergé (Spirit Caravan jouait ainsi live « Be The Night » qu’on retrouve maintenant sur Sacred), ainsi que la liste des musiciens impliqués (aucun en dehors du leader n’appartient au line-up original) sont complexes, Sacred au contraire est d’une immédiateté et d’une efficacité déconcertantes : dès la première écoute, il est clair que le groupe est non seulement toujours vivant, mais qu’il est bien décidé à aller de l’avant.

En choisissant de démarrer avec une nouvelle version du premier titre de The Obsessed, « Sodden Jackal », qui bénéficie d’une production digne de ce nom et d’une agressivité renouvelée pour l’occasion, le groupe revendique son héritage et inscrit Sacred dans la continuité des titres sortis quelques vingts ans, voire même trente, plus tôt. Ainsi, tout l’album est animé par une dialectique entre présent et passé : d’une part, il est truffé d’allusions multiples à ce moment historique où (proto)doom, punk et hard rock allaient main dans la main, comme la reprise pleine de mordant de « It’s Only Money » de Thin Lizzy, mais aussi le très NWOBHM « Punk Crusher » ou, à l’extrême inverse, le doom ancestral et mélancolique (évidemment) de « On So Long ». D’autre part, la production, de très grande qualité, au point que Wino considère Sacred comme l’album au son le meilleur de toute sa carrière, a été travaillée pour donner aux riffs et aux incantations de l’Américain le poids – la lourdeur ! – qu’ils méritent, et les libertés prises par les musiciens tout au long de l’album – le refrain accrocheur de « Razor Wire », la rythmique entêtante de « Stranger Things » – sont les preuves indubitables de l’ancrage du groupe dans le temps présent.

En effet, épaulé par un Dave Sherman dont la présence complice est un autre clin d’œil à sa carrière pléthorique, Weinrich montre avec Sacred que sa fidélité inébranlable à son passé n’est en rien nostalgique, et qu’il n’a aucune intention de donner dans le retro. Ses compositions sont celles d’un artisan qui a peaufiné ses armes durant des années et qui parvient, après des décennies d’une carrière aussi remarquable que chaotique, à une sorte d’expression essentielle de son art. En quatorze morceaux de rock de mauvais garçons, sale, énervé et irrésistible, The Obsessed montre que bien plus que son patrimoine de légende du doom, c’est l’essence du rock qui l’intéresse, on en veut pour preuve un morceau aussi atemporel que l’instrumental « Cold Blood », par exemple. Au-delà des échos des groupes précédents de son leader ou même de ses confrères de Pentagram, c’est surtout à Motörhead qu’on pense en écoutant Sacred. Impossible d’en douter : Wino semble bien décidé à continuer de porter le flambeau, et The Obsessed a bel et bien toujours le feu sacré.

L’album en écoute intégrale :

Clip vidéo de la chanson « Sacred » :

Album Sacred, sorti le 7 avril 2017 via Relapse Records. Disponible à l’achat ici



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