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Live Report   

The Ocean : collectif sans artifices


« C’était très bizarre pour nous » conclut Robin Staps alors que lui et ses acolytes musiciens viennent de jouer en intégralité leur album de 2018 Phanerozoïc I au Club100 de Brème en streaming live. Malgré tous les efforts fournis par les artistes, les techniciens et les équipes de production, on ne peut s’empêcher d’acquiescer et de sentir que la matière musicale ne résonne pas comme elle le devrait. Ce qui est plutôt bon signe finalement. Cependant The Ocean persiste avec résilience et s’emploie à jouer son album en toute « sincérité ». Ici pas de décors, pas de visuel, pas de propos conceptuel notable. S’il peut sembler de prime abord ascète, ce choix artistique a le mérite de donner toute sa place au collectif et à son intention en ces temps troublés : jouer et partager sa musique, peu importe qu’il s’agisse d’un streaming.

Alors que les notes cycliques de piano de « The Cambrian Explosion » nous plongent dans l’atmosphère de Phanerozoïc I, la lumière se fait peu à peu sur les musiciens aux aguets. Un charleston qui frémit, un crissement de guitare qui s’échappe avant d’être étouffé. C’est alors qu’on plonge avec fracas dans « Cambrian II: Eternal Recurrence » avec une balance complètement ratée qui propulse le son de batterie devant tous les autres instruments, noyant guitare, basse, clavier et chant pendant la première moitié du titre. Le côté positif de cette déconvenue majeure est de pouvoir apprécier la technicité de Paul Seidel qui agrémente parfaitement bien les circonvolutions guitaristiques de Robin Staps et de David Ramis Åhfeldt. Heureusement l’équilibre est trouvé juste avant l’accomplissement de ce premier morceau et restera stable jusqu’à la fin du concert.

Côté mise en scène The Ocean adopte un procédé efficace : clavier – chant – batterie à l’arrière et les guitares à l’avant. En l’absence de public, cette organisation prend tout son sens et coupe court à tout prétexte de « faire comme si ». Si les membres du collectif sont avant tout centrés sur eux-mêmes et sur leur pratique, on reconnaîtra le mérite de Loïc Rossetti qui adresse des regards caméra, interpelle l’audience numérique à l’autre bout de la connexion et harangue ses comparses à vivre le moment comme il est, aussi imparfait soit-il.

« Ordovicium: Glaciation Of Gondwana » façonne un peu plus l’osmose qu’on commençait à déceler entre les protagonistes et assoit une masse sonore compacte et frontale. Le son d’ensemble est satisfaisant, même si les guitares semblent être en retrait par rapport au jeu de Paul Seidel et aux nappes distillées par Peter Voigtmann qui prennent beaucoup de place dans certaines interventions. Fidèle à sa philosophie, le vocaliste ressent et s’adapte au rythme effréné du morceau qui lui demande à quelques reprises de délaisser sa voix saturée au profit de sa voix claire si écorchée par moments pour souffler un peu. À la fois vociférante et sensible, la voix de Loïc Rossetti est à l’image du propos musical de ce soir ; authentique avant tout, sans artifice. Sincère.

C’est avec une transition sonore aquatique qui n’est pas sans rappeler le travail conceptuel du groupe sur Pelagial que nous arrivons au titre « Silurian: Age Of Sea Scorpions ». La masse instrumentale s’épaissit un peu plus alors que les artistes s’affranchissent progressivement de leur disposition en façade et s’accordent à se tourner les uns vers les autres à l’image du bassiste Mattias Hagerstrand. Les multiples caméras du Club100 sont mobiles, toujours fluides et proches de l’action mais il est dommage de constater que peu de plans d’ensemble viennent unifier le groupe. Le final frénétique du troisième morceau s’estompe alors que les premières notes de « Devonian: Nascent » résonnent avec subtilité dans le brouillard persistant. Loïc Rossetti apporte un soin tout particulier à faire écho au timbre si doux et mélancolique de Jonas Renkse, son homologue de Katatonia. Fidèle à leur parti pris, le morceau est épuré et plusieurs arrangements sont supprimés au profit d’une interprétation plus frontale, à l’image du pont proche, dans l’esthétique, de certaines rythmiques de Cult Of Luna.

Si l’intermède instrumental de « The Carboniferous Rainforest Collapse » n’est pas le plus réussi dans la discographie du collectif berlinois, il a le mérite d’offrir une respiration bienvenue avant de conclure sur la pièce maîtresse de « Permian: The Great Dying ». Les guitares initialement étranglées se muent rapidement en vagues mécaniques à mesure que le frontman fait parler toute sa sensibilité vocale. Oscillant entre déclarations funambules, confessions apaisées et hurlements insoumis, Loïc Rossetti est notre repère profondément humain et rassurant dans toute cette prestation qui nous échappe, qui nous semble bizarre à nous aussi.

Setlist :

The Cambrian Explosion
Cambrian II: Eternal Recurrence
Ordovicium: The Glaciation of Gondwana
Silurian: Age of Sea Scorpions
Devonian: Nascent
The Carboniferous Rainforest Collapse
Permian: The Great Dying



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