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Chronique Focus   

The Ocean – Holocene


Le collectif berlinois The Ocean, fort de vingt ans d’expérience, a su se stabiliser à un tel niveau que ses fans lui accordent une confiance quasi inébranlable, mais qui peut aussi être source d’attentes. Peu après la sortie du très apprécié Pelagial, plus de la moitié du line-up a été renouvelée, ne préservant qu’un noyau formé du vocaliste Loïc Rossetti et du guitariste Robin Staps, principal compositeur. Ceci n’a pas manqué de bousculer les codes de la formation, qui jette de plus en plus son dévolu sur l’électronique, tout en s’efforçant de conserver du lest. Holocene gardera une saveur particulière, en tant que clôture de la série d’albums inspirés des périodes géologiques de la Terre, entamée il y a plus de dix ans. Cette aventure n’a cessé de dresser des parallèles pour pourfendre l’étroitesse d’esprit et l’ignorance. Le concept rattrapant l’ère présente, ce volet promet un degré d’intimité inédit pour le groupe.

Holocene a commencé par bouleverser l’expérience de composition : chaque titre est basé sur une idée musicale avancée par le claviériste Peter Voigtmann. Un chemin inhabituel chez The Ocean, qui a débouché sur une destination nouvelle. Il n’y a qu’à voir le communiqué officiel, recommandant l’œuvre aux fans de Massive Attack, Archive ou The Pineapple Thief (sans parler de la mention de Radiohead), pour comprendre que l’on va vivre une expérience singulière. L’exigence était au rendez-vous pour parfaire cette vision : plusieurs personnes se sont essayées au mixage de cet opus, avant que le groupe ne jette son dévolu sur Karl Daniel Lidén. Côté thématique, contemporanéité oblige, on sera ici confrontés à la prolifération de théories complotistes, à l’obsession pour la jeunesse éternelle ou aux mises en garde exprimées par Guy Debord dans La Société Du Spectacle (1967).

De la même manière que Phanerozoic ouvrait sur une mélodie empruntée à Precambrian, Phanerozoic II préparait le terrain pour Holocene avec un titre final partageant son nom. Et comme sur l’album précédent, des mantras vocaux sont martelés en guise d’ouverture : des passages de chant à la monotonie assumée où la rythmique fait presque tout. Cette récitation se poursuit sur « Boreal », agrémentée d’arpèges délicats. Si « Sea Of Reeds » nous enveloppe de claviers rêveurs, le tableau reste imprégné de désolation. Des demi-murmures à la Trent Reznor y déambulent, avant que la batterie ne fende la glace. Le chant saturé, relégué dans cette première moitié d’album au rang de lointains chœurs ou de points finaux, se fait attendre. « Atlantic » joue la carte du trip-hop dans une ambiance de profondeur océanique proche de « The Great Below » de Nine Inch Nails, mais, comme ailleurs sur le disque, des influences progressives se tiennent toujours prêtes à intervenir. Chaque membre se réserve le droit de prendre ses distances avec la voie principale, élaborant ses propres péripéties en parallèle. De même, la technologie dernier cri côtoie volontiers d’antiques vibraphones et sons de cuivres. Les teintes sont plutôt froides, malgré la douceur apparente. On s’attend parfois à de grands élans – pas forcément de violence, mais au moins d’énergie. Si les éruptions à l’image de celles auxquelles le catalogue du groupe nous a habitués se raréfient, il n’en existe pas moins des passages forts en intensité et cette retenue relative se révèle propice au travail des mélodies.

La ligne de séparation des eaux d’Holocene réside en la fin d’« Atlantic » et ce riffing massif qui vient tout chambouler. Les gros accords comme tombés du ciel sur « Subboreal » ouvrent la voie au chant crié et au jeu de double pédale. La polarisation de l’album trouve son incarnation ultime dans « Unconformities », où la chanteuse Karin Park offre une prestation millimétrée. Tantôt avec gravité, tantôt avec une certaine innocence, elle nous envoûte, tandis que des rythmiques typiques de The Ocean agrémentent son intervention. Celle-ci tranche avec la débauche du morceau précédent, mais aussi avec la violence qui se déchaîne à la fin même du titre, où Loïc Rossetti remet sur la table les influences black metal remarquées en 2020 sur « Pleistocene ». « Parabiosis » apaise avec une approche plus épique, avant un titre épilogue teinté d’une sorte de nonchalance. Le groupe se jette alors dans une conclusion en forme de cyclone où il tisse des motifs d’une étrange beauté. Nos repères reviennent progressivement pour conclure sur une sortie étouffée rappelant l’entame de l’œuvre.

Holocene est un album plus délicat qu’on aurait pu croire après le diptyque Phanerozoic et compte tenu des thèmes abordés. Certes, en majorité plus « easy-listening », il n’en est pas moins complexe dans ses compositions. La qualité de la production se fait d’autant plus sentir : tout est hissé à son juste niveau, que ce soit les passages épurés en voix claire ou les quelques cataclysmes qui jalonnent le disque. De quoi contenter les audiophiles comme les curieux, à condition d’adhérer à l’esthétique électronique optée par la formation.

Clip vidéo de la chanson « Subatlantic » :

Clip vidéo de la chanson « Sea Of Reeds » :

Clip vidéo de la chanson « Parabiosis » :

Clip vidéo de la chanson « Probereal » :

Album Holocene, sortie le 19 mai 2023 via Pelagic Records. Disponible à l’achat ici



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