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Chronique   

The Ocean – Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic


The Ocean achève son cycle. Il y a un an et demi, la formation progressive allemande sortait Phanerozoic I: Palaeozoic avec l’intention de proposer un diptyque. The Ocean voulait façonner le chaînon manquant entre Precambrian (2007) et Heliocentric (2010). Avec Phanerozoic II: Mesozoic – Cenozoic, toutes les périodes du développement de la Terre sont désormais couvertes, à l’exception peut-être de l’Édiacarien, la dernière ère du Précambrien. The Ocean a peut-être conservé le plus audacieux pour la fin, là où Phanerozoic I: Palaeozoic reprenait pour l’essentiel une formule déjà présente sur Pelagial (2013). The Ocean montre un visage versatile et propose une musique plus riche. De quoi laisser miroiter une transition élégante vers d’autres thèmes.

L’essentiel des parties de Phanerozoic II était déjà composé lors de la parution du premier volume. The Ocean n’avait plus qu’à réaliser l’enregistrement des parties de basse, certaines parties de guitare et le chant. Le rythme effréné de la tournée 2018-2019 l’a amené à enregistrer sur la route, notamment lors de son affiche partagée avec Leprous. Toutefois, si Robin Staps avait parfaitement décidé l’orientation musicale de Phanerozoic I au préalable, le deuxième volet l’a poussé à réviser ses méthodes de composition. Pour une fois, Robin Staps s’est laissé aller à l’expérimentation et à davantage de spontanéité. En résulte l’album le plus progressif de The Ocean au sens strict du terme, avec l’incorporation de nouvelles sonorités. Le premier titre révélé par le groupe, le massif « Jurassic – Cretaceous », et ses plus de treize minutes – qui accueillent à nouveau Jonas Renkse de Katatonia –, introduit cette approche de manière naturelle et sans timidité. Les cuivres amplifient à la fois le riffing et les mélodies, tandis que le spectre d’un certain Tool n’est jamais bien loin, comme en témoignent les rythmes/rythmiques aux allures tribales et ces arpèges avec effet de delay à la structure alambiquée, véritable marque de fabrique d’Adam Jones. Au-delà de la simple incorporation d’éléments quasi inédits dans la discographie de The Ocean, c’est surtout la diversité de l’écriture des chansons qui frappe. L’ouverture de l’opus « Triassic », qui profite d’une jolie mise en avant de la basse, et outre ses mélodies et percussions imprégnées de culture orientale, laisse apprécier le goût de The Ocean pour des passages inspirés du trip-hop, très ténus, parfois relevés de nappes électroniques, et contrastant radicalement avec les envolées plus franches que le groupe affectionne. Ce choix de construire autour d’un « beat » ou d’une mélodie cyclique se retrouve particulièrement sur l’instrumental « Oligocene » qui emprunte un lexique à la Massive Attack ou Nordic Giants avec ses phrasés répétitifs de piano et de synthé, ainsi que ses délicats arrangements de sons résonnants. Le chant de Loïc Rossetti bénéficie d’un travail accentué sur les passages en chant clair, à l’instar de « Pleistocene » qui lorgne du côté de Björk ou du travail de Julie Christmas.

La force de Phanerozoic II réside principalement dans l’adéquation constamment recherchée avec le thème. The Ocean parvient à créer une connexion entre sa musique et les périodes qu’il veut représenter. La conclusion de « Triassic » et le début de « Jurassic – Cretaceous » évoquent cette nature luxuriante, presque folle qui commence à prendre place sur la planète. La conclusion brutale de « Jurassic – Cretaceous » fait quant à elle écho à l’extinction des dinosaures en grande partie causée par une météorite. De la même manière, la période de réchauffement de « Paleocene » coïncide avec un riffing plus intense, aéré par un break aux phrasés de basse jazzy, plus chaleureux. La conclusion de « Pleistocene » voit The Ocean s’essayer au black metal – Loïc Rossetti y dévoile encore une nouvelle facette de son chant extrême – pour évoquer l’apparition de nouveaux cycles glaciaires. Au-delà de l’illustration des périodes, The Ocean cherche en outre à traiter de la nature cyclique du temps adjointe à celle linéaire présentée par « Miocene – Pliocene » et son refrain émotionnel. Il fait traverser des paroles et des mélodies similaires au sein des compositions pourtant hétérogènes de Phanerozoic II. « Holocene », seul titre chanté par le batteur Paul Seidel, reprend ainsi des paroles de « Triassic ». « Holocene » – un mélange d’ambiance pleine de tension chère à Trent Reznor (on pense notamment à certains passages de The Fragile), de violon oriental et d’une ligne de basse à la Justin Chancellor – conclut l’album là où Heliocentric doit débuter : The Ocean a terminé son œuvre.

Phanerozoic II: Mesozoic – Cenozoic doit être considéré comme la conclusion d’un chapitre pour The Ocean et la présentation de nouvelles perspectives. Le groupe donne énormément d’indices quant à ses possibilités de progression, quitte à décontenancer dans un premier temps. Phanerozoic II atteint son objectif, celui de proposer un véritable voyage auditif, et est tout simplement le potentiel d’évolution de The Ocean condensé en un album, à la fois excitant et déroutant. Il laissera indubitablement des traces pour la suite de la carrière du groupe, argument qui suffit pour s’y plonger et assister à une nouvelle leçon de « géologie musicale ».

Clip vidéo de la chanson « Oligocene » :

Chanson « Jurassic | Cretaceous » (feat. Jonas Renkse) :

Album Phanerozoic II: Mesozoic | Cenozoic, sortie le 25 septembre 2020 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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