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Interview   

The Ocean plonge en profondeur dans son art


L’océan est ce qu’il y a de plus vaste sur cette terre et on est encore loin d’en avoir fouillé tous les recoins. Finalement, c’est un peu comme l’art qui offre toujours quelque chose à découvrir pour celui qui veut bien partir en exploration. Pas étonnant alors que l’océan fascine tant et en particulier les artistes, des artistes tel que… The Ocean. Un groupe, originellement monté en collectif, qui se complaît à repousser les limites, qu’elles soient musicales ou conceptuelles.

Avec Pelagial, ce n’est pas l’étendue de l’océan qui a tant intéressé Robin Staps, maître à penser de la bande, et ses musiciens, mais sa profondeur et ses changements graduels d’ambiances, passant de la lumière à l’obscurité, du bruit au silence et le temps qui petit à petit ralentit. Une manière également de faire un parallèle avec la psychologie humaine dans la version chantée de l’œuvre. On ne peut pas dire que The Ocean a choisi la voie de la facilité. Pourtant comme nous le confie Staps, Pelagial est un album qui se veut facile et évident pour l’auditeur. « Tu ne gagnes rien à trop exiger de la part des gens » nous dit-il.

Voila pourquoi Pelagial est probablement l’œuvre à la fois la plus aboutie du groupe mais aussi la plus accessible. Nous avons donc pris le temps d’en discuter avec Robin Staps, qui nous dévoile les secrets de ce passionnant voyage dans les profondeurs et sa relation passionnelle avec l’environnement marin.

« L’océan est une passion qui m’accompagne tout au long de ma vie. C’est même sur mon bras, partout ! Je l’ai étudié, j’ai écrit une thèse à son propos et j’ai un groupe avec un nom évocateur. Ça transparaît dans différents aspects de ma vie. »

Radio Metal : En Septembre 2012, tu as déclaré que l’album n’aurait que très peu de chant, si tant est qu’il y en ait. Nous avons écouté l’album et tout compte fait ce n’est pas le cas. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Robin Staps (guitare) : Tu sauras que l’album sort en deux versions, une avec le chant et une autre sans chant. Nous sommes en quelques sortes restés fidèles au plan de départ en le gardant instrumental, mais nous avons aussi ajouté une version chantée. C’est une longue histoire. Originellement, lorsque nous avons eu l’idée de réaliser cet album, je n’arrivais pas vraiment à imaginer comment y inclure du chant. Ce devait représenter un voyage depuis la surface de l’océan jusqu’à ses profondeurs, à propos de quoi allions-nous donc chanter ? C’est un concept qui, dans un premier temps, n’appelait pas vraiment à y mettre des paroles. Je ne voulais pas avoir des textes au sujet de grands cachalots combattant des pieuvres géantes ou décrivant des créatures loufoques. J’ai donc pensé que ça pourrait marcher en tant qu’album instrumental. Nous avons déjà réalisé des albums instrumentaux par le passé, avec Fogdiver, et nous écoutons tous beaucoup de musique instrumentale. Nous nous sommes donc fixés le but de réaliser un album instrumental. Ce qui a également contribué à ce choix, c’est le fait que notre chanteur, Loïc, avait de sérieux problèmes de santé. Sa voix a vraiment souffert de notre intense rythme de tournée entre 2011 et 2012. Je ne savais pas s’il pouvait toujours jouer avec nous en concert, et il nous disait : « Je ne sais vraiment pas si je serai encore capable de tourner avec ce groupe de manière aussi intense qu’avant. » C’est quelque chose qui a aussi pesé sur notre décision de conserver l’album en instrumental. Mais ce qui s’est passé ensuite, c’est qu’on a fait une pause d’environ six mois en 2012, après notre tournée australienne. A ce moment-là, la voix de Loïc se rétablissait et retrouvait sa forme. A l’époque, j’ai réalisé que je voulais vraiment ajouter du chant à cet album. Nous avons décidé que Loïc resterait le chanteur de ce groupe et que nous voulions le voir continuer à faire partie de nos concerts. Nous avons donc commencé à enregistrer du chant, uniquement pour les deux derniers titres, et le résultat s’est avéré être vraiment bon. Nous avons donc décidé d’essayer encore quelques trucs par dessus les pistes instrumentales. A la fin d’une semaine à essayer de faire des ébauches, nous avions du chant pour presque tout l’album. C’est alors que nous avons décidé de proposer l’album en deux versions, car nous avons fini par devenir très attaché à la version chantée. Nous nous sommes dits que ce serait cool de présenter l’album en deux versions : instrumentale et chantée.

Tu as dis que, au départ, tu ne voyais pas quel genre de paroles vous pouviez mettre sur cet album, mais vous avez pourtant sorti Precambrian qui avait un thème géologique. Ce devait être tout aussi difficile d’imaginer du chant pour ce thème !

C’est vrai. Au final, pour Precambrian, nous n’avons pas chanté au sujet de pierres qui volent à travers les airs ou d’éruptions volcaniques qui auraient été typiques de l’ère précambrienne. C’était davantage sous un angle métaphorique. C’est ce que nous avons fait à nouveau avec Pelagial. Au départ, je ne savais pas comment envisager ça. C’était aussi une décision musicale : en raison de la manière dont l’album a été écrit, le tout paraissait déjà très chargé. Il y avait beaucoup de samples, beaucoup d’instruments classiques et des parties de piano, il n’y avait donc pas vraiment besoin d’inclure du chant. Pendant longtemps, lorsque nous l’écoutions, nous pensions : « Cet album est terminé tel qu’il est, il paraît bien tel quel; nous n’avons pas vraiment besoin d’ajouter du chant à ça. » Mais, comme je l’ai dit, ensuite nous avons changé d’avis. C’est ce qui arrive lorsqu’on travaille trop longtemps sur un album : tu commences à avoir des idées ! Je pense toujours que la version instrumentale fonctionne très bien, je l’aime telle qu’elle est. Mais, d’un autre coté, je pense aussi que le chant apporte vraiment une nouvelle dimension au tout. Loïc est un chanteur incroyable et il rajoute vraiment de la profondeur à l’album. Nous avons surmonté les difficultés concernant les paroles d’une telle manière que je trouve le résultat satisfaisant et cool. Je pense que c’est une bonne chose que nous ayons procédé ainsi.

Et comment écris-tu des paroles pour une telle thématique ?

L’album est un voyage depuis la surface jusqu’au fond de l’océan. Je l’approche donc en visualisant ce voyage, en commençant avec des sons très légers et des progressions d’accords dominés par le mode majeur. Ça reflète la surface où il y a beaucoup de lumière, une vie marine abondante, etc. Je termine avec des trucs lents, heavy et doom. C’est ce que la musique fait, ce que la production fait et c’est évidemment aussi ce que les paroles font. Mais je ne voulais pas qu’elles traitent littéralement d’un voyage à des niveaux de profondeurs marines différents ; cela aurait été ennuyeux. Nous avons approché les paroles comme un voyage depuis la surface jusqu’aux profondeurs de l’esprit humain, c’est donc un album très psychologique. C’est très personnel et très différent des albums Centrics (NDLR : Heliocentric et Anthropocentric) que nous avons sorti, qui étaient principalement une critique de la religion depuis différents angles philosophiques. Cet album est différent : c’est un album introspectif, personnel et psychologique. Mais c’est le même genre de voyage : un voyage depuis la surface de quelque chose jusqu’aux profondeurs de quelque chose. Dans le cas de la musique, c’est la mer, et dans le cas des paroles, c’est les différents étages et profondeurs de l’esprit humain.

Tu as commencé à travaillé avec Loïc en 2009. Penses-tu qu’il a ouvert des portes pour le groupe d’un point de vue musical, grâce à la variété de son registre vocal ?

Absolument. Lorsque Mike, notre précédent chanteur, a quitté le groupe, je n’était au départ pas sûr de vouloir faire appel à un autre chanteur. Mais ensuite j’ai décidé qu’il le fallait. Mais si nous devions faire appel à un autre chanteur, je voulais vraiment quelqu’un qui pourrait tout faire. Cela nous a pris des lustres à trouver cette personne, qui s’est finalement avéré être Loïc. Je voulais vraiment avoir la possibilité de faire tout ce que je veux musicalement et avoir un chanteur capable de suivre. C’est le cas avec Loïc : il peut vraiment faire n’importe quel style de chant. Ses cris sont très puissants mais je trouve que sa voix est capable de plus encore. Il a un registre très large mais il a aussi une voix très expressive. C’est quelque chose que nous avons immédiatement repéré dans ses démos, ses enregistrements de ses plus vieux groupes et ses essais sur certaines de nos chansons. Lorsque nous l’avons entendu, c’était presque immédiatement décidé : il était le gars que nous recherchions. Il est évident qu’en sachant que nous avons un mec comme ça dans le groupe, cela nous permet d’approcher la composition différemment. Je sais ce qui est possible, je sais ce que le chant peut faire sur certaines parties et je sais qu’il n’y a aucune restriction. Bien entendu, il y a toujours des limites liées à l’étendue en termes d’octaves : certaines choses sont trop hautes ou trop basses pour lui. Mais c’est le cas avec n’importe quel chanteur et il trouvera toujours un bon compromis. Mais, de manière générale, tout est possible, et ceci me permet d’être plus libre en composant. Je n’ai pas à réfléchir dans un domaine limité, où seulement le chant crié marcherait. Je peux écrire des chansons qui sont uniquement basés sur du piano si je le souhaite. La musique peut évoluer et passer à travers différentes étapes, sentiments et humeurs. C’est super et c’est clairement quelque chose que Loïc a offert au groupe.

« Je ne dénigre pas les gens qui achètent leurs trucs sur iTunes, c’est très bien. C’est simplement que quelque chose est perdu en route et qu’il faut en être conscient. »

L’album est supposé être une seule pièce musicale, pourtant il est divisé en pistes bien distinctes. Y a-t-il eu une pression de la maison de disques pour ne pas en faire une seule plage de 53 minutes ?

Non, c’était notre décision en fait. C’est une décision qui est arrivé très tard, le jour juste avant de débuter le mastering. Jusqu’à ce jour, nous n’avions pas vraiment divisé l’album. La manière dont les marqueurs de piste sont définis est pas mal arbitraire. Les premières quinze minutes de musique sur l’album sont divisées en quatre pistes mais, pour moi, c’est une seule chanson. Elle a été écrite en un morceau. Ce qui a conduit à établir ces séparations est principalement le fait que nous voulions rendre accessible certaines parties de l’album. Même si l’album est censé être consommé en une fois, et c’est ainsi que nous le jouerons en concert, il est toujours plus pratique de pouvoir facilement accéder à certaines parties lorsque tu veux écouter uniquement un passage ou le faire entendre à tes amis. Nous voulions aussi utiliser certaines des vidéos que Craig Murray a réalisé pour l’album et en faire des clips vidéo. Il a donc fallu que nous divisions la chanson en sections qui faisaient sens. Finalement, une autre décision qui a amené à cette décision, c’est le fait que tu reçois moins d’argent d’iTunes si l’album possède moins de onze pistes. Je ne veux pas qu’iTunes se fasse de l’argent sur ma musique, c’est donc aussi quelque chose qui a joué. C’est un système simplement stupide. Au bout du compte, ça ne change pas grand chose. Si tu n’aimes pas les marquages de pistes, tu as la version vinyle qui est comme une seule piste de toute façon. Si tu écoutes la version CD sur iTunes, il se peux que tu te retrouves avec de courts arrêts entre les chansons, mais si tu achètes le CD, tu ne les as pas. Ce n’est pas un compromis, c’est seulement plus pratique pour atteindre certains passages de l’album.

J’ai entendu dire que le packaging de l’album allait être très cool. Est-ce que vous faites de tels packagings pour combattre le système iTunes que tu viens tout juste de considérer comme stupide ?

Ce n’est pas pour le combattre, je n’y suis pas opposé. Je gère un label moi-même et nous vendons tous nos albums sur iTunes, car pour beaucoup de gens, c’est la seule façon d’acheter de la musique. S’ils l’achètent sur iTunes, c’est évidement mieux que s’ils le téléchargent gratuitement. Ce n’est pas un combat, ce n’est pas une question de quelque chose qui est bon ou mauvais. Je crois personnellement que, si tu veux toujours pousser les gens à acheter de la musique sur support physique, contrairement au téléchargement, tu dois leur donner une bonne raison. Les packagings sont les seules raisons qui marchent vraiment. Les gens ont vraiment envie d’avoir quelque chose de beau, ça en fait une pièce d’art dans son ensemble, contrairement à un boitier cristal merdique. Si tu mets beaucoup d’effort pour proposer un tel produit, les gens récompenseront cet effort. De ma propre expérience, il y a beaucoup de gens qui font ça. Peut-être est-ce une génération en particulier, je ne sais pas vraiment. Nous avons grandi en écoutant des albums achetés dans des magasins physiques et ce n’est pas le cas de la plupart des gosses qui récupèrent de la musique de nos jours. Mais dans le même temps, les ventes physiques augmentent, elles ne diminuent pas. Il y a un grand nombre de personnes qui aiment acheter de la musique en tant que produit physique, mais il faut leur offrir quelque chose. Voilà pourquoi nous proposons ces packagings spéciaux. Ce n’est pas pour tout le monde et ça ne me pose pas de problème si les gens achètent l’album sur iTunes, ça me va. Si c’est plus pratique pour eux et qu’ils ne voient pas d’intérêt dans le fait de posséder la musique sur support physique, ainsi soit-il. Au final, il est question de musique, pas du morceau de plastique ou du CD en tant que tel qu’on achète. C’est simplement que nous avons toujours considéré notre musique comme faisant partie d’un plus grand tout, qui inclut également le packaging, le design des produits dérivés ou les vidéos que nous diffusons en concert. Tout ceci fait grosso modo partie du même tout. Pour admirer tout le tableau et vraiment l’apprécier, je crois qu’il est nécessaire d’avoir tous les éléments. C’est une question de choix, chacun peut prendre ce qu’il veut. Je ne dénigre pas les gens qui achètent leurs trucs sur iTunes, c’est très bien. C’est simplement que quelque chose est perdu en route et qu’il faut en être conscient.

Et que peux-tu nous dire sur le packaging de l’album ?

Une fois de plus il est proposé dans un packaging élaboré. En gros, nous avons deux packs différents, un vinyle et un pour le CD, qui consistent dans des boites en plexiglas avec cinq couches en acrylique, en différentes teintes de bleu, une pour chaque zone de profondeur pélagique. Il y a six écrans imprimés à la main et, lorsqu’on les mets les uns au-dessus des autres, on obtient un effet visuel en 3D. Ils sont transparents, mais il y a un motif imprimé dessus. Suivant l’angle de la lumière, on obtient différents reflets. Ça aura l’air vraiment cool. Je ne l’ai pas vu moi-même, car c’est encore en train d’être fabriqué. Le vinyle et le CD sont positionnés, en fait, en dessous de ces couches de plexiglas, sur le sol de l’océan, pour ainsi dire. C’est un packaging très cher et difficile à fabriquer. On a dû régler pas mal de problèmes qui sont survenus dans le processus de conception. Ces boîtes sont très lourdes. La boîte pour le vinyle pèse cinq kilos ! Et si tu mets cinq kilos sur un disque vinyle, tu endommageras l’album. On a donc dû positionner le plexiglas d’une telle manière qu’il repose sur des rails, de façon à ce qu’il ne s’appuie pas sur le vinyle et que le vinyle repose entre les rails en acrylique. Tous ces problèmes ont dû être traités entre la société de manufacture chinoise et mon bureau européen. Les boîtes sont fabriquées en Chine, pas pour des questions d’argent, mais simplement parce que tu ne peux pas obtenir des couches en acrylique dans cinq nuances de bleu en Europe. Tu peux avoir du bleu, rouge, vert et jaune, mais pas cinq types de bleus différents. Ça fait quatre mois que je leurs écris régulièrement des e-mails et ils sont actuellement en train d’être envoyés au moment où je te parle. Ils arriveront en Europe dans à peu près deux ou trois semaines. Nous sommes très excités ! Je pense que ce sera un packaging d’album très différent, probablement différent de tout ce qu’on connaît. Les deux éditions box-set sont aussi accompagnées d’un DVD spécial réalisé par Craig Murray, qui contient le visuel live que nous aurons durant nos shows. Est inclus également un mix 5.1 Dolby Surround de l’album. Si tu veux vraiment plonger en profondeur dans cet album, il faut l’écouter sur un système 5.1 – ce que moi-même je ne possède pas, il faudra donc que j’aille chez un ami pour écouter ça ! Et voir le film. Le film est une part très importante de l’album pour moi. C’est quelque chose qui ne vient qu’avec cette édition box-set. Les vinyles sont déjà tous vendus mais il reste encore des CD disponibles sur pelagic-records.com.

« Je ne voulais pas écrire plus de cinquante minutes de musique d’un coup. J’ai un peu pris mes distances par rapport à ça, car le temps d’attention des gens est plutôt court de nos jours. Je pense que tu ne gagnes rien à trop exiger de la part des gens. »

Mi-2011, tu as annoncé que ce nouvel album pourrait bien être un double album. Au final, penses-tu que cela aurait été trop à digérer ?

Je ne voulais pas en faire un double album comme Precambrian, avec deux CD séparés. Je voulais seulement en faire un double album avec une version chantée et une version instrumentale. Je ne voulais pas écrire plus de cinquante minutes de musique d’un coup. J’ai un peu pris mes distances par rapport à ça, car le temps d’attention des gens est plutôt court de nos jours. Je pense que tu ne gagnes rien à trop exiger de la part des gens. Tout ce qui avait besoin d’être dit a été dit après 54 minutes de musique. Ce n’était pas planifié. Cela aurait pu être 70 minutes, tout comme 40 minutes. C’est un album qui a été écrit en un morceau, vraiment, du début à la fin. Lorsqu’il a été finalisé et écrit, je me disais : « OK, ça paraît bon comme ça. C’est l’album. Il n’y a pas à ajouter ou retirer quoi que ce soit. » Il se trouve qu’au final ça a donné 54 minutes de musique. Mais ce n’était pas un choix. Je ne me pose pas pour écrire un album en disant : « OK, ce sera de telle longueur. » Je ne réfléchis même pas au fait que ça doit tenir en un CD ou en deux. Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. J’écris la musique et ensuite, lorsque j’estime que l’album est terminé, c’est fini – peu importe la longueur.

Vous revenez avec un thème océanique. Considères-tu cet album comme un retour aux sources du groupe ?

Probablement, ouais. C’est l’album le plus océanique que nous ayons fait jusqu’alors. Je ne sais pas pourquoi nous n’avons pas eu l’idée de faire ça plus tôt. Bon, en quelque sorte, je sais pourquoi : j’ai eu cette idée dans la tête pendant longtemps, je voulais faire cet album depuis 2008 ou 2009. Mais je ne savais pas vraiment comment l’aborder, car il y avait tant de choses que je pouvais faire. C’est très, très difficile d’écrire 60 minutes de musique en un morceau par rapport à cinq minutes. Les défis sont totalement différents. Voilà pourquoi j’ai pendant longtemps remis ça à plus tard, car je ne savais pas comment faire. Au départ, je voulais que ce soit une progression linéaire, en commençant avec un tempo rapide en allant vers quelque chose de plus en plus lent, en commençant avec un accordage aigu pour petit à petit descendre en tonalité. Lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis rendu compte que ça ne fonctionnait pas vraiment. Je ne voulais pas en faire un album de drone avant-gardiste ennuyeux, il faut que ça bouge quand même. Ce qui est intéressant en musique, c’est généralement quand il y a des surprises et des choses inattendues. J’ai donc dû m’éloigner un peu de cette approche linéaire et ne pas faire en sorte d’avoir un tempo qui ralentit de manière continue du début à la fin de l’album. Il fallait qu’il y ait certains rebondissements : ça monte et ça descend, et il y a des moments inattendus. Ce n’est pas si linéaire et je trouve que c’est très important pour l’intensité globale de l’album. Et qui plus est ça ne compromet pas le concept.

Vos albums traitent généralement d’éléments, comme la géologie ou l’océan. Qu’est-ce qui te fascine tant là dedans ? Est-ce l’aspect incontrôlable qui les rend mystérieux qui t’intéresse ?

C’est une bonne question. Je crois que je ne prends même pas consciemment ces décisions. Pour Fluxion et Aeolian, c’était plus une question de titres d’albums. Les chansons sur ces deux albums étaient une collection de chansons diverses provenant de moments et d’époques différentes. Il n’y a pas de vraie cohérence conceptuelle derrière ça, simplement des titres qui font référence à la géologie. J’ai étudié la géologie, j’imagine donc que j’y trouve un intérêt. C’est de là que viennent des termes comme Fluxion, Aeolian et Precambrian. Mais Fluxion n’est pas à propos de fluxion et Aeolian n’est pas un album à propos du vent, tu vois ? C’est simplement des titres. C’est différent aujourd’hui. Pelagial est véritablement un album où tout est détaillé dans le concept : dans les paroles, dans la musique et dans la manière dont elle est écrite, dans le packaging… Tout a été traité avec beaucoup d’implication. C’est la première fois que nous avons procédé ainsi. Avant ça, c’était plus aléatoire et arbitraire. Mais ce qui me fascine à propos de la mer, je peux te le dire. J’ai passé certains des moments les plus intenses de ma vie en mer : j’ai failli me noyer deux fois. J’ai aussi passé des moments magnifiques dans la mer et près de la mer. Toutes ses facettes ont toujours été une énorme source d’inspiration pour moi : le beau côté, avec le soleil couchant et les cocotiers qui se balancent dans la brise du soir, autant que les tempêtes enragées en mer, avec ses immenses vagues. Ça a toujours eu un énorme impact sur moi. Lorsque j’écris de la musique, je suis généralement près de la mer. J’ai besoin d’être dans un lieu avec un vaste horizon. Je ne sais pas pourquoi ; il y a quelque chose de mystique, d’inexplicable. La mer, d’une certaine manière, attire toute mon attention.

En fait, un artiste comme Devin Townsend a également ce genre de fascination : il lui a consacré l’album Ocean Machine. Te sens-tu proche de sa vision de la musique ?

J’aime ce mec, il est génial. Nous avons tourné avec lui aux États-Unis l’année dernière et nous nous sommes pas mal rapprochés. C’était vraiment une super expérience. Je n’ai jamais vraiment été un grand fan de sa musique jusqu’à ce que cette tournée commence, où j’ai pu apprendre à le connaître en tant qu’individu et où j’ai été exposé à sa musique chaque soir. Mais maintenant, oui, je trouve ça super. C’est un visionnaire et un chanteur incroyable. J’aime le fait qu’il joue aussi avec des idées conceptuelles plus larges. Il y a souvent un contexte humoristique, ce qui manque complètement au reste du monde du metal. C’est génial. Et respect à Devin de faire ça. Je trouve ça très cool.

Tu as dis plus tôt que tu t’étais presque noyé à deux reprises. Peux-tu nous en dire plus ?

C’était des expériences que j’ai vécu dans mon enfance. Une fois, je me suis retrouvé à nager au beau milieu d’un banc de méduses et leurs piqûres m’ont fait perdre conscience. Mon père a dû me rechercher sous l’eau et me ramener à la surface. Il m’a sauvé la vie. Lorsque nous sommes remontés à la surface, il m’a giflé pour me faire reprendre conscience. (Rires) Ça a été très efficace. C’était une expérience très dérangeante, vraiment. J’étais toujours là en quelque sorte, mais sous la surface tout était calme et paisible et je ne savais pas ce qui se passait. Tout était dû à la douleur des piqûres de méduse, ce n’était pas une question peur ou quoi que ce soit. Heureusement que mon père était là, autrement j’étais à deux doigts de me noyer. La seconde fois était lorsque j’ai été presque emporté en dehors d’un bassin, sur un littoral abrupte en Espagne qui donnait dans la mer avec de très grosses vagues. Je m’accrochais aux roches, j’avais des éraflures et du sang partout sur le corps mais je n’ai pas été entraîné dans la mer. Si cela était arrivé, cela aurait été la fin, les vagues étaient tellement massives. La côte était abrupte et les vagues m’auraient projetées contre les rochers. Ce sont deux expérience où j’ai pu constater de près le pouvoir de la mer et ce qu’elle peut nous faire.

Est-ce que tu fais de la plongée sous-marine ?

J’en fais, à un niveau plus ou moins amateur, même si j’ai fait plus d’une centaine de plongées. J’aime faire ça. J’ai aussi rédigé ma thèse pour mon diplôme sur la surveillance du récif de corail à Belize, j’ai donc passé bien six semaines là-bas à faire de la plongée tous les jours pour contrôler le récif de corail. L’océan est une passion qui m’accompagne tout au long de ma vie. C’est même sur mon bras, partout ! Je l’ai étudié, j’ai écrit une thèse à son propos et j’ai un groupe avec un nom évocateur. Ça transparaît dans différents aspects de ma vie.

« [Les auditeurs] ont leur propre interprétation [des paroles] qui a une pertinence dans leur vie. Ensuite, lorsque tu commences à expliquer ce qu’elles signifient pour toi en tant que personne qui les a écrites, tu détruis ça, car tu leur donnes ton expérience et ne leur laisses pas faire leurs propres associations et interprétations. »

La musique de l’album traduit les changements d’une zone pélagique à l’autre. Est-ce important pour toi de faire en sorte que l’auditeur ressente ce que c’est et pas seulement offrir une idée conceptuelle détachée ?

Oui, absolument. C’est ce que je disais plus tôt, c’est pour ça que cet album est vraiment différent des précédents. Sur les précédents, il s’agissait plus ou moins d’idées conceptuelles détachées alors que désormais je pense qu’on peut vraiment les ressentir. Tu peux ressentir où tu es. Lorsque j’écrivais la musique, à tout moment je savais que tel riff était un riff pour la surface ou tel autre était un riff pour la profondeur. Je savais en quelque sorte où chaque partie musicale devait aller et je pense que tu peux vraiment le ressentir dans le résultat. Tu sens qu’il s’enfonce, tu sens qu’il ralentit et qu’il devient plus sombre. L’accordage devient plus bas et la pression s’accroît. Le côté claustrophobe augmente vers la fin, ce qui est aussi accentué par tous les sons sous-marins, les grincements et les sons de bulles dans le fond sonore. Je ne pense pas qu’il faille trop en savoir sur l’album d’un point de vue conceptuel, tu n’as pas à connaître les noms des zones pélagiques, ça n’a aucune pertinence. Tu ressens ce qui t’arrives : tu te sens emporté au fond, la pression qui monte et la lumière qui diminue. C’était vraiment important pour moi de faire ça avec cet album et c’est la première fois que j’approche et conçois la musique ainsi. La musique a été écrite avec le concept en tête. Nous n’avons fait ceci ni avec les Centrics, ni avec Precambrian. Le concept venait toujours après que la musique soit écrite. Cette fois-ci c’était différent : j’ai écrit la musique sachant à tout moment ce que je voulais en faire conceptuellement.

Et pourtant, c’est aussi ce qui peut être ressenti à l’écoute d’un album comme Precambrian : tu ressens vraiment ce qui arrive à la Terre en écoutant l’album…

Cool ! C’est génial ! Je ne devrais pas trop parler de ça, je suppose, car je ruine ton expérience. Ceci dit, on me dit ça souvent et je pense que c’est ce qui est beau dans le fait de recevoir de la musique. [Quelqu’un lui apporte une pizza] Hey, c’est l’heure de la pizza ! Merci mec ! [Il reprend son discours] Ce qui est vraiment intéressant à propos du fait de recevoir de la musique c’est le fait que, souvent, lorsque tu commences à expliquer les paroles, par exemple, tu gâches tout pour l’auditeur. Ils ont leur propre interprétation de celles-ci qui a une pertinence dans leur vie. Ensuite, lorsque tu commences à expliquer ce qu’elles signifient pour toi en tant que personne qui les a écrites, tu détruis ça, car tu leur donnes ton expérience et ne leur laisses pas faire leurs propres associations et interprétations. C’est pourquoi, généralement, je n’aime pas faire ça. Souvent des gens viennent me voir avec des interprétation franchement sympas des paroles ou de choses que j’ai faites, et je dois leur dire : « Ce n’est pas le cas, ce n’est pas ce que j’avais en tête, mais c’est génial ! Ça aurait pu être ainsi ! » C’est la beauté de la chose, je trouve : laisser l’éventail des associations aussi largement ouvert que possible, de manière à ce que tout le monde puisse trouver quelque chose qui leur parle en rapport avec leur vie. C’est bien plus intéressant qu’écrire une chanson où chaque mot est parfaitement clair et où tout le monde comprend ce que ça raconte du début à la fin. C’est pourquoi je préfère très largement des paroles abstraites, parce qu’elles préservent cette liberté d’interprétation. C’est aussi quelque chose qui m’a toujours intrigué lorsque j’écoutais de la musique. Des groupes comme Breach ou New Roses, ils avaient des paroles qui étaient très métaphoriques et très vagues. Mais elles permettaient d’y mettre notre propre contenu et de ressentir quelque chose qui nous parle, plutôt que de simplement écouter l’expérience d’une autre personne. C’est ce que j’ai toujours fait avec les paroles de ce groupe et les concepts qui se cachent derrière.

Tu viens de dire que c’était la première fois que tu as écrit la musique en te basant sur un concept. Penses-tu que ce sera la base de The Ocean dans le futur ?

Je ne sais vraiment pas. Je ne pense pas vraiment au futur là maintenant. Nous avons tout juste terminé l’enregistrement, le mixage et le mastering de l’album, et maintenant on est en train de changer ça en environnement de concert. C’est tout ce que j’ai en tête là tout de suite. Je ne sais pas si j’écrirai un autre album dans ma vie ; peut-être que je mourrais avant d’en avoir l’occasion ou peut-être vais-je me marier avec une femme indienne et que je déménagerais chez elle en abandonnant le business du rock’n’roll. Je ne peux pas le dire. J’essaie vraiment de vivre dans l’instant présent et de ne pas trop m’inquiéter du futur ou du passé. Je n’ai aucun plan pour les prochains albums. Ce pourra être un album avec absolument aucun socle conceptuel, mais j’ai toujours été fasciné par les albums qui avaient une sorte de cadre et qui offraient de quoi explorer. Il y a donc une forte probabilité que nous fassions quelque chose comme ça à nouveau, et alors nous l’approcherons sans doute ainsi à nouveau : penser à ce que l’on veut faire musicalement, en corrélation avec les paroles, avant de commencer à travailler dessus.

Apparemment, le producteur Jens Bogren a eu de mal avec le mixage de l’album. Peux-tu nous dire pourquoi ?

Eh bien, nous voulions qu’il soit mixé en un seul morceau, car nous voulions que le son suive le chemin que l’écriture avait déjà balisé. Nous voulions aussi que le son arrête d’être propre et sur-produit pour aller vers quelque chose de plus ambiant, de plus ouvert, pour mettre en valeur la partie profonde de l’album. Pour obtenir ça de manière graduelle, l’album devait être mixé d’une traite et ça, c’est une approche très inhabituelle. Normalement, tu mixes une chanson après l’autre, ou tu isoles de plus petits bouts de l’œuvre et ensuite les mixes individuellement. Jens était sceptique au départ mais au final il a décidé de le faire. Ça s’est traduit en un nombre ridiculement élevé de pistes audio – je crois qu’il y en avait 290 ou quelque chose comme ça ! Il a donc dû faire preuve d’énormement de rigueur et d’organisation pour garder une vision claire et faire en sorte que tout fonctionne. Mais il a relevé le défi. Il est toujours partant pour ce genre de chose et c’est pourquoi il était le choix parfait pour mixer l’album. Il n’aborde pas chaque album avec la même formule ; en fait, il écoute vraiment ce que tu veux faire en tant que groupe et essaie de se rapprocher autant que possible de ta vision, tout en apportant ses propres idées. Elles sont toujours très bonnes et poussent plus loin et plus haut l’ensemble, jusqu’à atteindre un autre niveau. Nous savions déjà ça avant, on nous a dit qu’il faisait ça et c’est pourquoi nous avons voulu travailler avec lui. Après avoir travaillé avec lui, je peux dire qu’il s’agit de la meilleure chose que nous pouvions faire. Il était vraiment ouvert à toutes les approches les plus inhabituelles. Même si au début il pensait que j’étais totalement fou, il a essayé et s’est rendu compte que ça pouvait marcher. C’était super de travailler avec lui.

As-tu essayé d’une certaine manière de faire en sorte que les longueurs des titres coïncident avec les profondeurs de leurs zones pélagiques respectives ?

C’est une autre chose que j’ai essayé de faire au départ, mais j’ai dû m’en éloigner un peu. Pour certaines parties ça fonctionne mais pas toujours entièrement. L’album est divisé en onze pistes et il y a par exemple Abyssopelagic I, II et III. Si tu combines ces trois parties, tu obtiens la correspondance en mètres. Mais au final, c’était difficile à faire. C’est quelque chose d’extrêmement intello dont la plupart des gens ne se rendront même pas compte. Au bout du compte, je me suis plus concentré à essayer de rendre la musique efficace plutôt que de faire en sorte que ces parties fonctionnent.

« Je pense que l’art et la musique ont besoin d’être prétentieux jusqu’à un certain degré, de manière à défier le conservatisme en musique. C’est nécessaire et c’est beau. »

Le sujet de l’album est difficile à appréhender, car il n’est pas possible de saisir l’immensité de l’océan. Il n’est pas possible d’en voir la totalité. Comment réussis-tu à représenter ce sujet dans ta musique ? Lis-tu des livres ou regardes-tu des documentaires ?

Pas vraiment. Cet album n’était pas aussi intellectuel que les Centrics. Comme je l’ai dit, c’est davantage un album personnel et introspectif. Ce n’est pas important d’en savoir beaucoup sur les zones de profondeur pélagiques ou les niveaux de pression. Je crois que l’idée de base de l’album devient assez rapidement évidente à travers la musique, sans en savoir plus que ça sur les termes scientifiques ou les différentes conditions physiques dans les différentes profondeurs. Ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est que c’est un voyage d’un point à un autre, d’un point de surface à un point de profondeur, et que la pression augmente et que la lumière diminue. C’est quelque chose que tu peux ressentir à travers la musique, il n’y a donc pas plus à savoir. Il se trouve que j’en connaissais beaucoup sur le sujet avant de commencer à écrire l’album, car j’ai cette fascination pour tout ce qui concerne l’océan. Évidemment, j’ai entendu parler de ce genre de choses. J’ai un label nommé Pelagic Records, qui est aussi lié au même sujet. Je suppose que dans mon cas c’est différent, mais pour l’auditeur, il n’y a pas de connaissance nécessaire pour vraiment comprendre de quoi traite cet album. Je crois qu’il est très intuitif.

Penses-tu malgré tout que cet album, ou même Precambrian, peut pousser l’auditeur à apprendre sur ces sujets ?

Oui, j’espère, bien sûr. Nous voulons ouvrir des portes. C’est à eux de décider s’ils veulent les traverser et entrer dans une nouvelle pièce. Certaines personnes viennent simplement aux concerts et ils s’en fichent des concepts ou des noms des chansons ou des paroles. Ils veulent seulement passer du bon temps et écouter de la musique et ça nous va très bien. Mais les gens qui aiment creuser un peu plus trouveront des références et de la matière qui auront du sens pour eux. On a beaucoup vu ça, tout particulièrement avec les Centrics : beaucoup de gens sont venu nous voir disant qu’ils ont adhéré à Nietzsche en lisant les paroles. Je trouve ça génial. Pour Precambrian, nous avons aussi reçu des retours intéressants de gens qui étaient en fait des professionnels du sujet. Un de mes anciens professeurs de géologie est devenu un grand fan du groupe depuis cet album, c’est donc plutôt cool aussi ! Avec un peu de chance, les gens trouveront un intérêt à ces sujets et essaieront d’en savoir plus, de découvrir des choses qu’ils ne connaissaient pas ou auxquelles ils ne s’étaient pas exposés avant. Mais ce n’est pas essentiel pour apprécier la musique, je pense. C’est une offre que nous faisons ; ensuite, c’est à l’auditeur de décider de l’accepter ou pas. Chacun doit prendre la décision par lui-même. A titre personnel, j’ai un intérêt pour les groupes qui font ce genre d’offres et qui donnent le sentiment de pouvoir découvrir quelque chose. Tu n’atteins pas le fond après avoir lu pendant deux minutes les paroles, pas plus que ça permet de tout connaître du groupe. Tu dois avoir toutes ces possibilités pour regarder plus en profondeur – mais ça, c’est simplement ma façon d’être. C’est aussi pourquoi j’adhère aux groupes qui sont vagues et ouverts, car ils laissent de l’espace pour l’exploration et la découverte. Mais des gens ne s’en préoccupent pas vraiment. S’ils aiment toujours notre musique, très bien, pas de souci. Parfois je vais à un concert sans savoir quoi que ce soit du groupe, je veux simplement m’éclater car j’aime la musique. C’est très bien aussi. Chacun doit pouvoir prendre ce qu’il veut.

N’as-tu pas peur que tous ces termes scientifiques fassent que vous donniez l’image d’un groupe intellectuel ?

Je suppose que c’est ce qu’on est ! Je ne m’inquiète pas trop de ce terme. Je suppose que ça implique généralement quelque chose de prétentieux. C’est le mot qui vient avec « intellectuel ». Beaucoup de gens tendent à penser : « Ces mecs on tous de grandes idées, pourquoi ne jouent-il pas simplement un putain de riff ? » J’espère qu’on peut jouer un riff en ayant ces idées ! (Rires) Mais ouais, on voit beaucoup ça. Des gens croient que c’est hyper prétentieux – qu’il en soit ainsi ! Honnêtement, je m’en fous. Je pense que l’art et la musique ont besoin d’être prétentieux jusqu’à un certain degré, de manière à défier le conservatisme en musique. C’est nécessaire et c’est beau. Et si ça signifie échouer, ou être perçu comme prétentieux, c’est le prix à payer. Mais c’est ainsi que de nouvelles choses sont constamment créées. Si tous les artistes ne faisaient que strictement respecter les règles telles qu’elles existent et les limites du genre, jamais aucune nouvelle musique n’apparaîtrait. Je pense qu’il est important de constamment défier les limites et y introduire des choses qui ne leur appartiennent pas. Des gens estiment que Precambrian n’appartient pas au metal. Très bien, il y a des argument en faveur de cette idée. Mais si tu ne fais pas ce genre de choses, l’art n’évoluerait pas et ne changerait pas pour aller dans des directions intéressantes. C’est pour ça que j’estime qu’il est très important de faire ça. Et si ça finit par paraître cérébral ou prétentieux, c’est le prix à payer. Je n’en ai rien à foutre. Comme je l’ai dit, on ne demande pas aux gens de s’en préoccuper. Si quelqu’un s’en fiche mais aime quand même la musique, c’est très bien pour nous. Nous ne faisons pas de discrimination envers ces gens, tout va bien. Nous faisons simplement des offres que les gens acceptent ou pas.

Tu as dis plus tôt que cet album était très différent des Centrics, mais en fait, le mot « Pelagial » est similaire à Pélagianisme, qui fait référence à la religion chrétienne…

Pélagianisme ? Je n’ai jamais entendu parlé de ça avant ! Je suis désolé, il n’y a aucun lien ! (Rires) Je n’ai jamais entendu ce mot, il va falloir que je cherche à en savoir plus immédiatement !

The Ocean est connu pour être un collectif, mais son organisation est très floue. Peux-tu nous expliquer comment vous travaillez ?

Nous avions l’habitude d’être organisé en collectif au début, ce qui signifiait que nous avions beaucoup de changements de membres et pas de line-up fixe comme maintenant. Nous avions un guitariste pour une tournée, et ensuite un autre gars. A un moment donné nous avions quatre ou cinq guitaristes différents dans le groupe. En général, en concert, nous ne jouions pas avec plus de deux d’entre eux. Nous partions en tournée en fonction de qui avait le temps et les ressources pour partir. Nous avions une réserve ouverte de membres, vingt ou vingt-deux personnes différentes à certains moments. Il y avait aussi beaucoup de musiciens classiques qui jouaient sur les album mais ne venaient généralement pas en tournée avec nous. Ceci a changé ces dernières années. Désormais nous avons un line-up fixe, nous n’avons plus de postes ouverts. The Ocean c’est Loïc, Jona, Luc, Louis, Chris – notre nouveau bassiste qui a remplacé Louis sur cet album – et moi-même. Mais on a toujours des restes du collectif dans les gens qui jouent avec nous sur les albums : les musiciens classiques et des gens comme Thomas Halbom, qui apparaît sur Pelagial et joue aussi sur Aeolian et Precambrian. Il y a donc toujours une réserve de musiciens associés au groupe, mais ce ne sont pas des membres à proprement parler. C’est en ça que le collectif est toujours là en quelque sorte, même si c’est principalement un terme que l’on utilisait à nos débuts, lorsque nous étions organisés de manière libre. Nous avions cette politique de la porte ouverte à l’égard des membres et du line-up fixe – ou plutôt du manque devrais-je dire.

Dernière question : peux-tu nous en dire plus à propos de la pizza que tu es en train de manger ?!

C’est une quatre fromage avec un peu de basilic et elle n’a pas une très bonne mine ! Mais c’est mon premier repas de la journée, donc c’est avec joie que je vais me jeter dessus tout de suite !

Ce n’est pas une pizza aux fruits de mer ?

Non, en fait je suis végétarien. J’ai des crevettes sur mon bras mais je ne les mange pas ! J’aime les regarder.

Interview réalisée par téléphone le 9 avril 2013
Retranscription : Saff’
Traduction : Spaceman

Site internet officiel de The Ocean : theoceancollective.com

Album Pelagial, sortie le 29 avril 2013 chez Metal Blade Records/ Pelagic Records



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