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Chronique   

The Offering – Home


Dans la masse des sorties, il est somme toute assez rare de tomber sur un authentique ovni, le gros de la flotte étant surtout constitué de petits planeurs un peu laborieux, de moyen-courriers ambitieux mais parfois maladroits et de quelques avions cargos pesants, fiables au vol prévisible et sécurisant. The Offering a délibérément choisi de s’écarter des couloirs aériens les plus fréquentés pour laisser libre cours à son ivresse du détour. Looping, piqué, nœud de Savoie ou immelmann, le groupe du Massachusetts méprise à l’évidence les lignes droites, quitte à donner le haut-le-cœur aux estomacs habitués aux mets simples et bien répertoriés. Et si à l’évidence, faire différemment des autres n’est pas toujours gage de qualité, chez The Offering, la bizarrerie sublime la folie furieuse des quatre extravagants, et qu’il s’agisse de leur premier EP ou de l’album Home, les Bostoniens n’ont de cesse de bousculer le protocole en mixant, avec une jubilation foutraque, une grosse once de heavy, un quintal de Djent, une belle louchette de power metal voire une pincée de progressif… c’est à vot’bon cœur messieurs, dames. Et ça marche.

Qu’est-ce qui fait donc la singularité de ce quatuor ? Tout d’abord, une maîtrise instrumentale ahurissante qui le rend à l’aise dans tous les registres. Ça speede, ça bûcheronne, ça syncope, ça blaste même parfois, ça hurle mais pas toujours et ça sait aussi distiller des gimmicks mélodiques qui font dresser les esgourdes des plus exigeantes. Sur une base rythmique qui sait alterner la grâce massive du pachyderme et l’agilité hyperactive d’une blatte sous amphétamines, Nishad George enchaîne les riffs qu’il sait foncièrement originaux, tout en restant capable de titiller la moelle épinière des hordes de headbangers en mal de minerve. Clairement, les gus maîtrisent à la perfection leur catéchisme démentiel, et si l’ensemble est compact à souhait, chacun se plaît à agrémenter le déluge sonore d’arabesques toujours intéressantes car jamais vaines. Ecoutez « Tales Of Hell » ou « The Well » tirés de leur premier EP éponyme et vous aurez un aperçu fidèle de cette science du riff, mais aussi de la volonté du groupe de balayer le moindre doute sur sa capacité à cultiver intelligemment sa singularité. Les plans s’enchaînent et recèlent chacun leur petit ornement, qui fera dire aux amateurs de bruits sophistiqués que nous restons tous : « On est vraiment pas mal ici… manquerait plus qu’un jus de papaye ! »

L’autre pièce maîtresse du combo demeure indiscutablement le chant d’Alex Richichi qui, s’il ne fera peut-être pas l’unanimité auprès des amateurs d’orthodoxie vocale, éclabousse de sa classe le labyrinthe instrumental élaboré par ses compères. Protéiformes, agressives, gutturales ou suraiguës, ses lignes de chant s’adaptent avec une facilité diabolique à la complexité des structures et, mieux, ajoutent encore à l’originalité par d’espiègles et lyriques vociférations. A ce titre, la piste cinq de l’album Home « Failure (S.O.S) » et son final dantesque illustre cette science du combat rapproché. Entre uppercuts vicieux, câlins virils et enlacements mortifères, le bonhomme entraîne l’auditeur dans une valse à trois contretemps susceptible d’ailleurs de le laisser un tantinet groggy. Souvent clair, ce chant, qui emprunte autant à M. Shadow qu’à King Diamond voire à Minoru Niihara de Loudness pour le vibrato (si, si, on vous assure !…), s’autorise néanmoins quelques growls velus en provenance de tréfonds nauséabonds et sordides peuplés de rats sarcastiques et philosophes. L’ensemble cultive ainsi un baroque parfois déstabilisant mais finalement très homogène. Les titres « Home » et « Lovesick » sont à cet égard symptomatiques de cette appétence pour le biscornu et le fantasque, le Djent s’accouple avec deux, trois sonorités progressives, tout en s’autorisant un petit refrain gentiment mainstream qu’on se surprendrait volontiers à fredonner sous une douche bien froide, emmitouflé dans une camisole en cachemire bien chaude.

Bref, chacun l’aura compris, il est question ici d’étrangeté, d’hétérodoxie et de grandiloquence brutale. Le cocktail peut paraître un peu corsé, mais les gosiers délicats disposent de Rennie menthe verte sans sucre pour réduire les symptômes les plus gênants du reflux gastro-œsophagien. Les autres se bâfreront sans vergogne – qu’ils soient goinfres ou gourmets – et auront l’intime conviction d’avoir découvert une mécanique monstrueuse tant dans la démesure du propos que dans la précision de l’exécution.

Chanson « Lovesick » en écoute :

Clip vidéo de la chanson « Ultraviolence » :

Lyric video de la chanson « Failure (S.O.S) » :

Album Home, sorti le 2 août 2019 via Century Media. Disponible à l’achat ici



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