ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

The Offspring – Let The Bad Times Roll


Non, même la cinquantaine passée, les membres de The Offspring ne comptent pas s’arrêter. Pourtant, les neuf années qui nous séparent de Days Go By (2012) auraient pu nous faire douter, une peur accrue par le contexte instauré par la pandémie. En réalité, The Offspring n’a pas vraiment chômé. Son frontman Dexter Holland a profité de ces années de pause pour reprendre ses études et terminer son doctorat en biologie moléculaire en 2017. Le groupe a ressenti le besoin de revenir sur le devant de la scène pour dénoncer l’attitude démissionnaire des personnalités politiques, ainsi que l’envie irrépressible d’un retour au charbon. Pour The Offspring, il s’agirait de véritablement se retrousser les manches plutôt que de baisser les bras en soupirant un « merde » lourd de sens… Let The Bad Times Roll est un appel à l’optimisme : quitte à traverser une époque pourrie, autant le faire avec la meilleure humeur possible. L’éternel adolescent The Offspring, trente-deux ans et toutes ses dents.

Let The Bad Times Roll apportera la dose nécessaire de punk californien à ceux qui comptaient sur les dates estivales prévues et annulées cette année. The Offspring n’a évidemment pas révolutionné son approche de la musique en sollicitant à nouveau le célèbre producteur Bob Rock. « This Is Not Utopia » emploie tous les arguments qui nous ont fait chausser les Vans de l’époque : un refrain accrocheur à l’ironie mordante porté par le timbre unique de Dexter Holland et cette énergie de vétéran-skater. Une entrée en matière extrêmement classique qui nous fait renouer avec le goût bien connu du groupe pour les facéties. « Let The Bad Times Roll » illustre justement ce qui a fait le cachet de The Offspring tout au long de ces années : un recours à l’instrumentation folk sortie de nulle part ainsi que des arrangements dansants habilement mêlés avec les élancées pop-punk plus traditionnelles. « Let The Bad Times Roll » remplit parfaitement son rôle, il sonne comme une résignation : accepter la crasse avec le sourire. Un concentré d’énergie positive en dépit des circonstances. « Behind Your Walls » s’ouvre par ces lignes de guitare mutées propres au genre, ingénieusement accompagnées par quelques articulations rock bien senties. Dexter Holland navigue entre les registres, transitant du punk scandé à des lignes plus mélodiques sans sourciller. Quitte à évoquer ses prouesses les plus célèbres, à l’instar de quelques phrasés du sautillant « Army Of One » évoquant « The Kids Aren’t Alright ».

Tout est familier sur ce Let The Bad Times Roll. Dans ce cas présent, c’est une véritable force. The Offspring nous revient dans un état de forme plus que convaincant. Comme si sa musique était effectivement une cure de jouvence. L’opus bénéficie de toute la polyvalence du groupe, capable d’embrasser un punk très direct via « Breaking These Bones », l’interlude déluré qui reprend le « In The Hall Of The Mountain King » d’Edvard Grieg ou un « Hassan Chop » frénétique, des chansons de fêtard aux accents pop à l’image du clinquant « Coming For You » ou cette fusion typiquement californienne à travers « Behind Your Walls ». Tout en se permettant quelques écarts caractéristiques – les cuivres d’un « We Never Have Sex Anymore » qui swingue ou la reprise version ballade-requiem surjouée de son « Gone Away » –, The Offspring offre une collection de singles en puissance sans se soucier le moins du monde de son obsolescence. Comme s’il n’en avait que faire : tout ce qui importe est de continuer à conserver un second degré et une approche résolument positive de l’existence. Et si cela doit passer par un baggy mal taillé approchant la soixantaine, ainsi soit-il. The Offspring nous fait décrocher le skate du garage, cracher sur la tondeuse flambant neuve et soupirer de dépit devant le monospace. Au moins un instant.

Let The Bad Times Roll s’apprécie immédiatement et sur la durée. Un rappel du statut de The Offspring qui n’a pas acquis sa renommée sans raison. C’est une énième rencontre avec un ami que l’on n’a jamais vraiment perdu de vue. The Offspring fait partie de ces patchs qui ne quitteront pas notre vieux sac à dos. La bande-son d’une jeunesse qui ressurgit de temps à autre, une réminiscence nécessaire pour ne pas se perdre dans son rôle d’adulte. The Offspring ne doit pas changer et Let The Bad Times Roll lui donne entièrement raison. Il est encore temps de rentrer ce Ollie avant la calvitie.

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Let The Bad Times Roll » :

Album Let The Bad Times Roll, sortie le 16 avril 2021 via Concord Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3