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Interview   

The Old Dead Tree referme le livre


Manuel Munoz nous l’avait dit : la fin de The Old Dead Tree a été un traumatisme pour lui. Ce qui explique sûrement pourquoi depuis dix ans on a l’impression que The Old Dead Tree n’est jamais complètement parti, le groupe s’étant reformé en 2013, le temps d’une tournée anniversaire célébrant le premier album The Nameless Disease. Mais il se pourrait bien qu’avec l’EP The End, The Old Dead Tree et son leader Manuel Munoz se soient enfin résolus à mettre un point final à dix ans d’adieux.

Le titre de l’EP en question ne laisse, en effet, que peu de perspectives pour l’avenir – pour ne pas dire aucune. C’est aussi un disque qui, en finalisant les dernières compositions qui leur restaient dans les tiroirs, complète la discographie du groupe. Plus que la compléter, elle la boucle, même, en répondant à The Blossom (1999) et en nous laissant avec « The End… Again », titre datant des premières années de The Old Dead Tree, comme un dernier regard sur la carrière du combo et un hommage à leur batteur des débuts Frédéric Guillemot. C’est aussi l’occasion de découvrir un peu plus l’intimité de The Old Dead Tree durant ses années d’activité, puisque l’EP est pour l’occasion accompagné d’un documentaire, The Final Curtain, des plus passionnants.

Une intimité que nous avons également explorée avec Manuel Munoz dans le riche entretien qui suit. Ce dernier non seulement nous parle de la genèse de cet ultime EP, mais il revient également, avec une extrême franchise, sur les liens humains et la dimension psychologique sous-jacente à l’histoire de The Old Dead Tree. Une histoire qui devrait parler à tous les musiciens semi-professionnels et ouvrir les yeux de nombreux fans.

« Fred continue à vivre, mais dans nos souvenirs, et dans le fait que ça m’arrive encore de chialer en y pensant, parce qu’il est encore là, c’était un ami, que nous avons partagé des choses très fortes, et que son décès a peut-être marqué pour moi le passage à l’âge adulte. Le fait de prendre cette douleur fulgurante dans la vie, ça fait passer un cap. »

Radio Metal : The Old Dead Tree sort bientôt The End, un ultime EP qui, apparemment, était déjà composé en 1999. C’est assez inespéré de voir paraître un nouveau disque de The Old Dead Tree dix ans après sa séparation. Comment es-tu retombé sur ces morceaux et as-tu eu l’idée de les enregistrer pour les sortir maintenant ?

Manuel Munoz (chant & guitare) : Je vais corriger un petit peu : il s’avère qu’il y a eu un petit problème dans la communication, c’est-à-dire que tout l’EP ne date pas de 1999. Il n’y a que le dernier titre, « The End… Again », qui date de 1999, qui est le dernier titre que nous ayons travaillé avant le décès de Frédéric Guillemot, notre batteur. Les autres titres datent de 2008-2009 et étaient censés faire partie de notre quatrième album, que nous avions commencé à travailler. Comme rien n’est jamais simple, l’histoire de cet EP est très particulière, puisque si tu t’en souviens, en 2013, nous nous sommes reformés pour une tournée anniversaire pour les dix ans de notre premier album. Cette tournée s’était très bien passée, nous étions heureux de nous retrouver et de rejouer de la musique ensemble. Nous avons rapidement fait le constat que c’était vraiment dommage d’avoir encore quelques titres quasiment terminés et de ne pas les enregistrer, de ne pas leur donner une vie propre, parce que ça nous aurait fait plaisir de le faire, et que ça aurait fait plaisir aux gens qui étaient venus nous voir en concert. La tournée s’est donc terminée en octobre 2013, et au mois de mai 2014, nous étions en studio, et nous avons enregistré les titres que tu as écoutés là. Ils ont tous été enregistrés et mixés en 2014-2015.

Donc la question, c’est : pourquoi sortent-ils maintenant ? [Rires] C’est parce qu’à l’époque, en 2014, les titres sont tout prêts, je les ai envoyés à Season Of Mist depuis peu, qui m’ont dit : « Banco, on les sort ! » Et là, il y a Julien Metternich, qui est le vidéaste du groupe, qui nous a suivis depuis nos débuts, qui a réalisé tous nos clips et qui aujourd’hui réalise les clips d’Ultra Vomit, de Mass Hysteria à l’Olympia, d’Alice Cooper, etc., il vient me voir – c’est un ami, un membre du staff, il fait partie de la famille – et il me dit : « J’ai des dizaines et des dizaines d’heures de The Old Dead Tree, j’ai The Old Dead Tree dans un camion, The Old Dead Tree dans un bus, The Old Dead Tree dans une salle de concert, dans une salle de répète, dans des backstages… Je vous ai partout et je voudrais utiliser tous ces rushes, je voudrais raconter une histoire, et utiliser la vôtre pour raconter la vie d’un groupe semi-professionnel. Pour que les gens comprennent cette vie-là, celle d’un groupe qui est déficitaire, d’un groupe dont les musiciens ont un travail à plein temps, des familles, et qui va devoir partager la scène avec des groupes professionnels qui, eux, n’ont pas tous ces aléas, sans avoir l’air ridicule, et se hisser à leur hauteur. » J’étais évidemment d’accord, et il m’a dit que ça durerait trente, quarante minutes. Et là, je me suis dit que jamais la moindre maison de disques n’accepterait de sortir un DVD de trente ou quarante minutes. Je lui ai dit : « Moi, j’ai mes cinq titres, Season Of Mist me les a validés. On retourne voir Season Of Mist pour le sortir en même temps. » Donc il m’a dit oui, et ça a duré cinq ans. [Rires]

C’était compliqué, il a fallu réunir tout le monde, lui l’a fait quand il avait le temps, parce qu’il l’a fait bénévolement. Ça a pris cinq ans pour terminer, finaliser ce DVD, créer les sous-titres, et c’est un DVD dans lequel nous ne sommes pas intervenus. Je n’étais absolument pas présent lors des interviews de membres du groupe, du staff, etc., ce qui a fait que tout le monde a pu se livrer, parce que nous étions en confiance, avec quelqu’un que nous connaissions, et parce que ça ne venait pas du groupe. C’est le regard de quelqu’un de pas complètement extérieur, ce n’est pas un documentaire promotionnel qui est là pour dire que ce groupe est le meilleur groupe du monde, qui n’a que des qualités, ou ce genre de choses.

Julien devait être constamment avec vous, à l’époque, parce qu’il y a des images de répétitions, de tournées… La quantité d’images est quand même incroyable dans ce documentaire !

Peut-être pas constamment, mais il nous suivait assez régulièrement, quand il avait le temps, et partant du principe que The Old Dead Tree a toujours été avant tout une bande d’amis qui partageaient plein de choses, et quand nous partions en tournée ensemble, nous ne faisions pas tous la tronche, dans le bus ! [Rires] Il m’est arrivé de croiser des groupes où strictement personne ne se parlait, je me disais que c’était horrible ! Donc oui, il nous a beaucoup accompagnés. Il y a eu une petite période où il était moins là, parce qu’il est parti aux États-Unis pour faire des études de vidéo, justement, à Los Angeles, ce qui explique aussi là où il en est aujourd’hui. Mais sinon, oui, Julien a toujours été là.

Pourquoi ne pas avoir enregistré « The End… Again » depuis 1999 ?

Ce morceau a une histoire vraiment particulière. Déjà, c’est le seul morceau de l’histoire de The Old Dead Tree dont les riffs principaux aient été composés par Vincent [Danhier], notre bassiste, qui sinon ne composait jamais, à part la basse ou certains arrangements. Il n’arrivait jamais avec des idées, des mélodies, etc. qui seraient devenues des morceaux. Il n’y a que ce morceau-là qui a été créé comme ça. Et quand il l’a amené en 1999, nous avions déjà travaillé une petite répète dessus, puis le samedi suivant, nous nous étions revus, nous avions une répétition de trois heures, et nous avons tellement avancé sur ce morceau, nous l’avons tellement trouvé génial, nous nous sommes tellement éclatés à le faire, que je suis remonté voir le propriétaire du studio pour lui demander si nous pouvions rester plus longtemps et rajouter une heure à la séance, je lui ai acheté une cassette – parce qu’à l’époque, nous nous enregistrions sur cassette – pour avoir une trace de ce que nous trouvions comme idées, et nous avons vraiment fait une répète formidable ce jour-là. Nous nous sommes éclatés, nous étions fiers de nous, nous étions heureux, et nous nous sommes séparés en nous disant que nous tenions vraiment un super truc.

« Quelque part, la souffrance, c’est de la spiritualité. La souffrance, c’est un sentiment. Quand on souffre du décès de quelqu’un, si on pouvait avoir un robinet à douleur et dire stop, ça serait merveilleux ! Mais ça ferait de nous des robots, non plus des êtres humains. […] Je suis très conscient du fait que quand tu perds quelqu’un, la souffrance est indispensable. »

Ça, c’était le samedi. Et le lundi, Fred s’est tué. Il nous a laissé un mot, et ce samedi-là, il savait déjà ce qu’il allait faire. Ça faisait longtemps qu’il mûrissait sa décision, et ce morceau a tout de suite pris une autre couleur. C’était devenu un moment où, quelque part, Fred était en train de brûler ses derniers feux avec nous, parce qu’il y avait cette amitié-là et que nous partagions énormément de choses tous ensemble. C’était aussi une manière pour lui de nous laisser le meilleur souvenir de lui possible quand il a tout donné lors de la répétition. Évidemment, le morceau a été mis de côté, avec une espèce de blocage, une chape de plomb dessus, où on se demande : « Est-ce qu’on peut y retoucher ? » C’était quand même très compliqué. Ce n’est qu’en 2013, quand nous avons évoqué les fameux titres de 2009, que j’ai apporté ça à nos idées, en disant : « Il y a aussi ce titre-là, est-ce qu’on ne pourrait pas le reprendre, lui donner une vie, et par ce biais-là, aussi rendre hommage à Fred une dernière fois ? » C’est comme ça que le morceau est revenu. Il y avait moins de blocage. C’était en 2013, c’était déjà quatorze ans après la mort de Frédéric.

Tu disais que ce morceau avait été composé par Vincent Danhier à l’origine. Pourtant, il ne participe pas du tout à cet EP. N’avez-vous pas essayé de faire appel à lui, ne serait-ce que pour ce morceau, par exemple ?

Eh bien, si ! [Rires] J’ai la chance d’avoir deux bassistes dans The Old Dead Tree. J’ai Vincent Danhier, le bassiste originel, et Gilles Moinet, qui était guitariste entre 2006 et 2008 et qui s’est mis à la basse pour la tournée de 2013. Donc normalement, je suis pourvu de tout ce qu’il faut pour jouer la basse. Il s’est avéré – et c’est de toute façon toujours le problème dans The Old Dead Tree d’aujourd’hui, il y a toujours des problèmes de logistique, de capacité d’investissement, de temps, etc. – qu’aucun des deux n’a été en mesure de venir participer à la finalisation de cet EP et à l’enregistrement. Donc je me suis retrouvé un peu coincé, et j’ai dû intégralement écrire les lignes de basse, les reprendre, les recréer pour les faire coller à la batterie, parce que dans The Old Dead Tree, il y a toujours un travail particulier sur le basse-batterie. J’ai dû tout réécrire et confier l’interprétation de ces lignes à un bassiste professionnel, à savoir Brice Guillon de Melted Space, que j’ai rencontré dans le cadre de ce projet-là, et qui les a très bien jouées, ce n’est pas le souci. Mais en effet, de mon côté, il y a eu un peu de frustration de ne pas avoir l’un de mes amis bassistes avec nous.

En revanche, à la batterie, c’est Raphaël Antheaume, et il se trouve que c’est son premier disque avec The Old Dead Tree. Est-ce que c’était l’occasion de l’intégrer à l’histoire discographique de The Old Dead Tree ?

Lui vient du rock. Contrairement à la plupart des musiciens qui composent ou ont composé le groupe, il a un cursus très… Il a fait le Conservatoire, donc il a une vision de la batterie qui est très différente de tous les batteurs qui se sont succédé dans The Old Dead Tree. Il a tout de suite apporté quelque chose, et a apporté aussi une variation dans le jeu de batterie dès la tournée The Water Fields. Donc forcément, en étant sur un CD, il rentre un peu plus dans l’histoire de The Old Dead Tree, mais pour nous, à partir du moment où il est entré dans le groupe, et que nous avons pris cette décision-là, pour nous, il faisait partie de l’histoire du groupe, quoi qu’il arrive.

J’imagine qu’il y a quand même un petit symbole quant au fait que son empreinte soit gravée dans un disque…

Oui, c’est vrai. En plus, il a créé quelque chose, il n’a pas simplement réinterprété des parties de batterie préexistantes, il a amené quelque chose. Il a fait le choix, et je l’ai laissé faire, de faire une batterie beaucoup plus dépouillée que ce que j’avais demandé aux autres batteurs de faire sur les précédents albums de The Old Dead Tree. Globalement, de toute façon, cet EP respire plus que les productions précédentes de The Old Dead Tree. Même dans la manière dont nous l’avons enregistré, j’ai pris le parti qu’il fallait changer les choses, et que nous n’étions pas obligés de nous enfermer dans un carcan metal pur où les guitares sont triplées, quadruplées, quintuplées pour avoir un mur de son monstrueux, et où la batterie est triggée de partout pour avoir un son qui claque, et tout. Moi, je veux une batterie qui sonne comme une batterie. Quand je répète, j’entends une batterie, ça ne sonne pas comme quand j’écoute un disque d’Arch Enemy, par exemple, à aucun moment. Il n’y a même pas un point commun. Donc j’ai dit que je voulais une batterie naturelle, des guitares qui respirent, et Raph, effectivement, dans son jeu, a mis beaucoup de respiration.

Pour « The End… Again », n’a-t-il pas ressenti une responsabilité un peu lourde de devoir assumer ce qu’aurait dû jouer Frédéric, quelque part ?

Non, je ne pense pas. Raph n’est pas quelqu’un qui montre facilement ses sentiments, mais je ne pense pas qu’il se soit posé la question comme ça. Il faut aussi dire que l’éloignement géographique, le fait que ce soit moi qui me sois occupé… Ce n’est pas un travail de groupe, en fait, cet EP, malheureusement. J’aurais aimé que ça le soit, mais l’éloignement géographique a fait que ce n’était pas possible que nous nous voyions deux fois par semaine, comme avant, pour recréer cette dynamique, recréer ce lien-là. Donc c’est un travail que j’ai avant tout dû mener moi, de mon côté, et que j’ai proposé quasiment terminé aux autres, ce qui fait que l’investissement personnel de chacun des musiciens qui ont participé est un peu moindre. Forcément, il y a une distance qui s’est créée par rapport aux albums précédents, où nous étions tous les uns sur les autres, tout le temps, et où il y avait cette nécessité de s’investir, de s’immerger dans la musique pour pouvoir la créer.

« The Old Dead Tree, c’est plus que la somme des musiciens qui le composent, c’est comme un bouquin, c’est une œuvre, c’est une histoire que l’on va raconter, et il y avait cette recherche littéraire. Le nom du groupe même est un titre, et chacun des albums va être un chapitre différent. »

À quel stade en étaient les chansons avant de vous remettre dessus ?

Pour les quatre premiers titres, au niveau de la composition pure, c’est-à-dire la structure du morceau, les mélodies, les riffs, nous devions en être à quatre-vingt-dix pour cent. C’était surtout les arrangements qui manquaient. Ce n’était pas dégrossi. Nous n’avions pas une basse, une batterie qui allaient ensemble, qui laissaient la place aux guitares à des endroits, etc. Une fois que la mélodie est posée, il faut commencer à enlever des choses, ou à rajouter de tout petits détails par-ci, par-là, qui vont faire que l’écoute sera intéressante et que ce n’est pas un morceau brut. C’est ce que j’ai fait tout seul. C’est pour ça que c’était important pour moi. Je n’ai pas trop touché à la composition, sauf sur « The End… Again », qui en était beaucoup plus à l’état d’ébauche, qui comportait un riff supplémentaire que j’ai enlevé complètement, parce que nous avions vingt et un ans quand nous avions composé ce morceau, et nous n’avions pas du tout la maturité que nous avons pu avoir par la suite en tant que compositeurs. Donc ce riff-là ne collait pas trop avec l’ensemble du morceau, il cassait un peu sa dynamique. J’ai aussi recomposé un solo complètement et réarrangé le deuxième. Mais je n’ai par exemple pas touché à l’arpège de basse, qui était la base que Vincent avait apportée, ni au riff principal, qui est resté pratiquement identique.

Bien que les morceaux soient anciens, cet EP ne fait aucun doute sur la maturité du groupe qui a fait cet EP. Même par rapport à The Water Fields, il y a encore un pas qui est franchi en termes de maturité, d’interprétation…

Pour l’interprétation, je pense que c’est surtout dû à ces choix de production dont je te parlais. Par exemple, la manière dont sonnent la basse et la batterie, j’ai demandé à ce que nous puissions enregistrer la batterie et la basse en live, pour que le batteur et le bassiste se voient et groovent ensemble, et ne fassent pas que jouer avec un métronome qui leur fasse « tic-tac-tic-tac » tout le temps. L’idée, c’était que ça vive, et que quelque part, enfin, on s’éloigne des codes du metal, où tu es tout le temps en train d’être sur click, toujours hyper carré… Là, l’idée est de se rapprocher beaucoup plus du rock, et de faire groover la musique. Ça, ça amène beaucoup de choses, c’est quelque chose qui va être ressenti par les gens, mais pas forcément de manière consciente. Après, concernant la direction musicale que ça prend, c’est la direction musicale que j’aurais donnée si nous avions réussi à terminer notre quatrième album – et ça n’a pas été le cas [rires] –, sur laquelle il y avait justement des dissensions qui s’étaient créées, entre, d’un côté, Gilles et Vincent, et de l’autre, moi, Raph restant neutre, sur la direction à prendre pour ce quatrième album, pour savoir s’il fallait faire une sorte The Perpetual Fields, où nous aurions gardé une espèce de recette, ou bien essayer d’exprimer ce que nous avons à exprimer de manière un peu différente, et c’est ce que je voulais faire.

Comment analyses-tu cette direction, aujourd’hui ?

Pour moi, ce qui marque la différence, en dehors du fait qu’il y a beaucoup moins ce mur de guitares qu’il pouvait y avoir avant, c’est qu’avant, il y avait non pas de l’esbroufe, mais de l’artifice. C’est-à-dire que j’avais mis tous les curseurs au maximum. Par exemple, j’avais fait mettre beaucoup de double grosse caisse à pas mal d’endroits pour soulever vraiment les choses ; j’avais imposé le choix d’Andy Classen comme producteur de nos trois albums parce que je voulais un son très puissant, très massif et ainsi de suite. Je pense qu’en « vieillissant », en prenant de la bouteille, on arrive à se dire : « Je n’ai plus besoin de prouver aux gens que la musique que nous faisons est puissante. » Par exemple, je suis allé voir Muse en concert, et j’ai vu qu’ils n’avaient pas du tout un Mesa Boogie de metalleux pour faire du son, qu’ils n’avaient qu’une seule guitare et une basse pour faire ça, et ils ont un mur de son incroyable, parce que ça va se jouer à d’autres choses. La puissance, elle ne vient pas que du mur de son. C’est ce que j’ai recherché dans cet EP-là, ce que je recherchais déjà en 2008. En 2008, nous discutions déjà avec Francois-Maxime Boutault, qui s’est occupé du mixage du EP en 2014, de ces possibilités-là, de savoir comment obtenir ce résultat-là, comment aller vers ça. Nous avons toujours été authentiques dans notre manière de nous produire sur scène, sans artifice, sans pseudonyme, sans maquillage, sans masque, sans costume, nous avons toujours cherché à être sincères. Là, il y avait une manière de dire qu’en plus, la musique que nous faisons, sans la changer radicalement, nous essayons de la présenter de la manière la plus sincère qui soit, et d’enlever un maximum de choses qui venaient parfois, non pas polluer… L’idée était de laisser plus de vie, plus d’air dans la musique, plus d’espace, et c’est ce que nous avons cherché à faire avec l’EP. Pour moi, la différence est là. Ce n’est pas dans le propos. Nous restons un groupe de metal triste, on ne va pas se mentir, mais nous le faisons sans esbroufe. Il y a peut-être un peu moins de notes, mais les notes sont mieux choisies.

As-tu essayé de rester fidèle à cette vision que tu avais à l’époque pour le quatrième album, ou as-tu quand même intégré des envies que tu avais à ce moment-là, avec l’évolution personnelle que tu as eue après la fin de The Old Dead Tree ?

L’évolution personnelle a un peu joué, mais pas tant que ça. L’idée n’était pas de recréer les morceaux. Quand nous nous mettons d’accord avec les autres membres du groupe, c’est sur la base de ce qui existe déjà, que les autres connaissent déjà aussi. Donc le principe de départ est de ne pas tout changer. Il n’a par exemple jamais été question que je compose un morceau ou que je prenne une de mes compos qui est à côté et que j’en fasse un morceau de The Old Dead Tree sans les autres. Ça n’a jamais été l’idée dans The Old Dead Tree, c’est avant tout un groupe. Donc j’ai pris le travail collectif initial. Je pense que ça s’est fait par honnêteté vis-à-vis de l’histoire du groupe, et du fait que nous ayons toujours tout partagé. Il me semblait impératif de ne pas dénaturer les choses, de ne pas trahir l’esprit du morceau d’origine.

« [L’amitié] a été la grande force de The Old Dead Tree, et ça a été sa grande faiblesse. […] C’est un groupe qui a évolué et grandi grâce à l’amitié. C’est aussi un groupe qui s’est arrêté à cause de l’amitié. »

C’est aussi ce que tu as essayé de faire avec « The End… Again » ?

Absolument. Du coup, c’était plus difficile, parce que là, les choix que j’ai dû faire étaient plus drastiques. Mais oui, l’idée était que c’était en 1999, nous étions purs et naïfs, nous ne nous rendions pas compte, nous n’avions pas du tout composé les morceaux que nous avons composés après, et nous n’avions même pas l’idée de comment nous pourrions faire des choses pareilles. Mais en même temps, il ne faut pas que ça sonne comme un morceau de groupe débutant qui vient de sortir sa première démo, parce que c’était ça ! [Petits rires] Donc il a fallu effectivement chercher à ne pas dénaturer, tout en remettant ce morceau-là au niveau d’un groupe comme l’est devenu The Old Dead Tree par la suite.

Ça n’a pas été difficile de s’identifier à ces morceaux, en particulier à ce dernier ?

Non. Parce que même si avec le temps, nous avons tous changé, moi le premier, le split du groupe a été pour moi une claque au niveau humain qui m’a vraiment fait remettre beaucoup de choses en question à titre personnel, je ne pense pas que ma sensibilité de musicien ait radicalement changé. Je me suis ouvert à plus de choses. C’est rigolo, parce que cet été, nous avons commémoré les vingt ans de la mort de Fred, et avec Nico et Vincent, nous nous sommes vus, et nous avons réécouté les disques que nous écoutions en 1999, et même si c’est des choses que nous n’écoutons plus trop aujourd’hui… Car ce n’est pas trop dans mes réflexes d’aller chercher le premier Soilwork, un vieux Dark Tranquillity – Projector –, ou des choses comme ça ! Là, nous nous les sommes réécoutés, avec de vieux Paradise Lost, et ça me touche toujours. Donc quelque part, oui, je me suis ouvert à d’autres choses, je suis un musicien plus riche d’expériences, plus riche d’influences, mais pour autant, je n’ai pas renié qui j’étais, je n’ai pas fait demi-tour.

Est-ce que quand vous avez enregistré ce morceau, tu as pensé à Frédéric ? Penses-tu qu’il était avec vous, quelque part ? Y avait-il quelque chose de spirituel là-dedans ?

Moi, je suis très terre à terre. J’ai tendance à être extrêmement cartésien, et je pense que ça m’aide aussi à mieux vivre certains épisodes de la vie. Après, chacun se débrouille comme il peut. C’était presque le thème de The Water Fields, c’est-à-dire que face à la douleur, on a tous les refuges que l’on peut se trouver, donc il n’y a pas de jugement de mon côté là-dessus. Mais je suis très cartésien, donc je ne pense pas. Pour moi, Fred continue à vivre, mais dans nos souvenirs, et dans le fait que ça m’arrive encore de chialer en y pensant, parce qu’il est encore là, c’était un ami, que nous avons partagé des choses très fortes, et que son décès a peut-être marqué pour moi le passage à l’âge adulte. Le fait de prendre cette douleur fulgurante dans la vie, ça fait passer un cap. Il est toujours vivant en moi, mais je ne pense malheureusement pas qu’il nous écoute quelque part. Ça serait bien, j’espère me tromper…

Tu disais que le thème de The Water Fields, c’est les refuges que l’on peut se trouver. Quel est ton refuge ?

C’est le côté cartésien, le fait de tout remettre à plat. Il y a quelques années, je me suis fait agresser par quelqu’un qui avait très visiblement un problème psychologique. J’en ai parlé avec des amis, et nous parlions de comment chacun réagirait. Pour moi, c’est le fait de toujours remettre à plat, essayer de prendre le maximum de distance avec ce que j’ai ressenti, et de l’analyser, à plat, comme si ça n’était pas arrivé à moi. Je me dis : « Si ça n’était pas arrivé à moi, comment analyserais-je ce truc-là ? » Et ça m’aide à passer le cap. Je me dis : « Oui, je suis une victime, mais je n’ai pas eu de chance. Je n’y suis pour rien, ce n’est pas grave, c’est tombé sur moi, et lui, tant pis, ce n’est pas de sa faute, il est fou, c’est comme ça, il est traité. » Et quelque part, moi, ça m’aide à prendre de la distance. Mais après, une fois de plus, chacun voit midi à sa porte, et chacun fait surtout ce qu’il peut avec ce qu’il a. On peut être extrêmement exigeant vis-à-vis de soi-même, vis-à-vis des autres, se dire qu’on a mal réagi, qu’on a fait n’importe quoi, qu’on s’est énervé pour rien, mais il faut quand même garder en tête qu’on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et surtout au moment où ça nous arrive.

Souvent, la spiritualité est un peu un refuge pour échapper aux angoisses existentielles, aux souffrances de la réalité, parfois même pour échapper à la réalité elle-même. J’ai l’impression que toi, au contraire, tu trouves ton refuge dans la réalité de la manière la plus brute, en étant plus détaché…

Quelque part, la souffrance, c’est de la spiritualité. La souffrance, c’est un sentiment. Quand on souffre du décès de quelqu’un, si on pouvait avoir un robinet à douleur et dire stop, ça serait merveilleux ! Mais ça ferait de nous des robots, non plus des êtres humains. Quand on sent cette souffrance-là, tout baser sur les sentiments, quelque part c’est s’y ouvrir encore plus. Je sais que de mon côté, des fois j’aimerais bien avoir ce robinet-là, et j’ai presque le sentiment de pouvoir parfois y toucher. Et en même temps, je suis très conscient du fait que quand tu perds quelqu’un, notamment, parce que ça m’est arrivé à plusieurs reprises, la souffrance est indispensable. C’est un processus émotionnel indispensable pour pouvoir faire le deuil, l’accepter, passer à la suite. C’est un réflexe de défense que j’ai mis en place. C’est con, ce que je vais te dire, mais c’est presque un tableur Excel statistique : je suis au fond du trou, j’ai extrêmement mal, donc j’analyse, et c’est normal que j’aie mal, ça va durer, et ça va s’arrêter, ensuite il y aura une phase où ça va aller mieux, et puis ensuite ça va revenir, et je suis prêt à ce que ça revienne parce que je sais que ça va se passer comme ça, et puis petit à petit, dans un an, ça va aller mieux. Le fait de poser les choses comme ça, de prendre cette distance-là, en tout cas, moi, ça m’aide.

« J’ai eu un côté machine, Terminator de la musique, en mode : ‘On dort pas, mais c’est pas grave ! L’important, c’est qu’on continue !’ [Petits rires] »

Ça ne sera sûrement pas adapté à plein de gens, qui vont au contraire avoir besoin de tout lâcher, de pleurer toutes les larmes de leur corps sans se poser de questions, et laisser libre cours à des excès, des hurlements, des choses qu’ils n’auraient jamais faites dans d’autres circonstances. Chacun vit sa douleur et ses difficultés comme il le peut. Pour moi, c’est hyper important de garder ça en tête. C’est aussi encore une manière de rationaliser, mais quand on rencontre quelqu’un qui a un comportement catastrophique, ça ne veut pas dire que c’est le dernier des connards, ça veut peut-être dire qu’on est tombé à un moment où la personne était pas bien, et que ce n’est pas vraiment elle. Je pense qu’on devrait avoir un peu plus de recul les uns vis-à-vis des autres et arrêter de s’insulter en disant : « J’ai encore croisé un con au supermarché », ou bien « Y a un mec qui m’a fait une queue de poisson, vraiment les gens sont cons ! » En fait, il y a une espèce d’émulation où on ne se concentre que sur ce qui ne va pas, ça pousse à voir le monde de manière catastrophique et ça devient vraiment noir. Alors, je sais que venant d’un musicien qui fait une musique triste, ça peut paraître assez étrange de dire ces choses-là [rires], mais je pense qu’on a besoin de prendre du recul, de respirer un peu. Faisons ce qu’on peut, et acceptons que les autres le fassent aussi.

Sur The End, ta voix claire est plus émotionnelle que jamais, ton growl est plus puissant. Ces dernières années, même si tu es depuis 2016 dans Arkan et que tu as participé au projet Melted Space en live, tu sembles avoir été quand même beaucoup moins actif qu’à l’époque où The Old Dead Tree était en activité. Est-ce que tu penses que ça t’a fait du bien, vocalement parlant, ou bien ce sont juste les années qui apportent une expression vocale plus mûre et profonde ?

Je pense que les années ont beaucoup joué. Il y a des choses qui se sont débloquées, notamment je vais beaucoup plus haut qu’avant. J’ai trouvé une manière de faire qui me permet de monter beaucoup plus haut qu’avant. Si j’ai trouvé cette manière de faire, c’est aussi dû au fait que dans Melted Space, on m’a demandé de remplacer Guillaume Bideau sur une tournée ! [Rires] Cet enfoiré est un excellent chanteur, qui chante très haut ! Je me suis toujours considéré comme un bon chanteur, on me l’a dit plein de fois, donc je me suis dit : « Bien sûr, je peux chanter n’importe quoi, tout va bien se passer ! » Et puis quand je me suis retrouvé devant un micro en répète, je me suis dit : « C’est chaud en fait, je ne vais pas y arriver ! » Et là, il a fallu effectivement travailler pour arriver à faire ça. Donc au début c’était un peu maladroit, ça a mis un peu de temps avant de se mettre en place, et puis là, je le maîtrise de mieux en mieux. Comme tu l’as dit, je suis entré dans Arkan en 2016, avec ce début de technique qui arrivait. Et tu penses bien que quand les gars m’ont vu arriver, ils m’ont dit : « Attends, c’est super, continue, fais-en plus ! » Donc il a fallu travailler encore plus pour réussir à le faire. Mais sinon, oui, je suis content de voir que ma voix évolue.

Quelque part, je suis content et pas content, parce que je déteste l’idée de perdre quelque chose que j’avais, et quand je réécoute The Nameless Disease, je ne reconnais pas ma voix d’aujourd’hui. D’ailleurs, ma voix a changé, car je suis plus vieux. Mais je suis content de pouvoir faire de nouvelles choses vraiment bien. Et puis il ne faut pas non plus minimiser le fait que le preneur de son, François-Maxime Boutault qui est quelqu’un qui a vraiment un bagage très important – et pas que dans le metal, c’est-à-dire qu’il a enregistré Behemoth, mais qu’il a aussi enregistré Julien Doré à côté, il a vraiment touché à tout, dans la variété française, le rock, la pop, il a enregistré Manu Dibango –, il m’a poussé dans mes derniers retranchements, chaque phrase que tu entends, il me l’a fait refaire pratiquement dix fois. Il m’a poussé, poussé, poussé, ce que ne faisait pas forcément Andy Classen, pour qui c’était l’inverse. Pour lui, la meilleure, c’était la deuxième voire la troisième prise, et c’était moi qui poussais généralement pour en faire une quatrième. Donc il n’y a pas la même recherche non plus. Je suis très heureux d’avoir bossé avec l’un et avec l’autre, parce que je ne sais pas s’il y a une bonne manière de faire, mais c’était très intéressant de voir les deux. Sur cet EP, c’est une manière où on m’a fait beaucoup travailler, j’ai pris du temps pour ce chant, que je n’avais jamais pris par le passé.

Tu n’as presque pas fait de growl depuis la fin de The Old Dead Tree, à part sur la tournée de 2013… Comment as-tu travaillé ça ?

Pour le coup, je ne l’ai pas travaillé ! [Rires] Quand je me suis posé devant le micro pour l’enregistrer, je pense que je n’avais pas fait de growl depuis la tournée, donc ça devait faire presque un an. Nous avons enregistré les instruments en mai 2014, je crois que j’ai fait les voix vers septembre-octobre 2014, donc à peu près un an après la tournée. Donc non, je n’avais pas chanté entre les deux. Je me suis mis devant le micro, c’est sorti comme ça.

Une tradition d’appeler vos disques en « The », ce qui se vérifie avec The End. Est-ce qu’il y a un sens particulier là-derrière, une symbolique ?

C’est une idée qui est née au tout début du groupe, quand nous nous sommes appelés The Old Dead Tree et non pas Old Dead Tree. Je trouvais qu’il y avait quelque chose de littéraire, comme si c’était un titre de livre, et qu’on racontait une histoire. Quelque part, The Old Dead Tree, c’est plus que la somme des musiciens qui le composent, c’est comme un bouquin, c’est une œuvre, c’est une histoire que l’on va raconter, et il y avait cette recherche littéraire. Le nom du groupe même est un titre, et chacun des albums va être un chapitre différent. Nous écrivons des albums comme si nous écrivions un bouquin.

« Il y a un mois et demi de ça, Julien Metternich m’a donné tous les rushs, toutes les vidéos qu’il a utilisées pour le DVD […]. J’ai revu des passages en backstage, et je ne me suis pas aimé. Je n’ai vraiment pas aimé la personne que j’ai vue et que j’étais à l’époque. »

J’imagine que sur toutes ces chansons, il n’y avait pas de textes. Comment as-tu abordé cela ? De quoi traitent les chansons ?

Je t’avoue que généralement, je n’aime pas du tout la phase d’écriture des paroles, parce que c’est compliqué, parce que c’est dans une langue étrangère, et que même si j’ai développé un bon niveau d’anglais pour tenir des conversations, c’est une chose de parler de tout et de rien avec quelqu’un, mais c’est complètement autre chose de vouloir créer quelque chose d’un peu poétique, imagé, et de créer des choses qui vont sonner quand on a beaucoup moins de vocabulaire qu’en français. Donc c’est quelque chose que j’ai abordé avec un peu d’anxiété. C’est surtout l’écriture de « The End… Again » qui a été difficile, parce que la logique du morceau avant même que j’en écrive les paroles, c’est que c’était le morceau qui devait fermer l’histoire. C’était le morceau le plus vieux qu’on ait enregistré, quasiment, et c’était celui-là même qui devait fermer le chapitre et le livre. Quand j’en ai écrit les paroles, il y avait un enjeu supplémentaire, du fait de se dire : « Ça va être les derniers mots. » Et puis c’est aussi le titre de Fred. Donc c’était difficile, c’était douloureux d’écrire ces paroles-là, mais j’en suis vraiment très heureux. Pour moi, ce sont peut-être les plus belles que j’ai écrites. Comme je te disais, en 1999, quand nous composions ce morceau, nous étions purs et naïfs. L’idée, c’était de retrouver ça, d’être purs et naïfs, de prendre des mots simples. Pas faire quelque chose de trivial, mais avoir des mots simples pour des émotions brutes.

Votre discographie a commencé avec la démo The Blossom, soit l’acte de germer, une vie qui démarre, et vous la terminez aujourd’hui avec la fin, The End, comme une trame narrative. Ça rejoint l’analogie du livre dont tu parlais. Est-ce que tu penses que cette discographie, globalement, raconte une histoire ? Quelle histoire raconte-t-elle ?

Je ne pense pas que ça aille jusque-là. J’aurais adoré ! Franchement, j’adore les trucs comme ça, à tiroirs, mais je pense que même avec mon côté psychorigide, capable de compter cinq coups en avance et de préparer des plans sur des années, je n’aurais pas pu faire ça ! [Rires] En fait, l’histoire que racontent ces albums… Pour le coup, les paroles, ça n’a jamais été quelque chose de collectif, dans The Old Dead Tree, c’est vraiment que moi. Finalement, chaque album, c’est qui était Manuel Munoz à ce moment-là, qu’est-ce que je ressentais, qu’est-ce que j’ai pu constater ou voir chez d’autres gens autour de moi, et j’ai voulu le retranscrire, l’écrire ou m’en inspirer. Donc c’est assez égocentré, en l’occurrence. Par contre, il y a autre chose, effectivement. Quand nous choisissons le titre The End, c’est évidemment en rapport avec The Blossom. J’ai failli l’appeler The Fall, parce que The Blossom c’est la floraison, donc c’est aussi le printemps, et The Fall, c’est l’automne, mais c’est aussi la chute, mais je trouvais ça un peu dur, un peu trop abrupt pour le coup. Donc j’ai choisi The End. Et l’autre chose particulière, tu parlais du « The » qui précède chaque titre, c’est que pour les EP, à savoir The Blossom et The End, il n’y a qu’un seul mot après « The », alors que pour tous les autres albums, il y en a deux. C’était aussi un choix de faire un titre plus court, parce que le disque est plus court.

Le documentaire The Final Curtain s’attache surtout à dépeindre les liens humains : un groupe comme The Old Dead Tree, c’est avant tout une aventure humaine avant d’être une aventure musicale ?

Bien sûr ! Ça a été la grande force de The Old Dead Tree, et ça a été sa grande faiblesse. Parce que The Old Dead Tree va naître d’une amitié… Enfin, Nico et moi, nous nous connaissions avant, nous étions amis, mais quand Fred rentre dans le groupe, ce n’est pas un ami de longue date. Il entre dans le groupe, et Vincent c’est pareil, par petite annonce. L’amitié va se créer petit à petit. Ce n’est pas un groupe qui s’est créé sur l’amitié, mais c’est un groupe qui a évolué et grandi grâce à l’amitié. C’est aussi un groupe qui s’est arrêté à cause de l’amitié, parce que quand nous nous arrêtons en 2008, nous nous arrêtons parce que Vincent, le bassiste, et Gilles, le guitariste, me disent qu’ils veulent faire un break, et du coup, moi je leur dis : « Si on fait un break, j’arrête. » Et eux me disent : « Non mais vire-nous, mets d’autres personnes à nos places, ce n’est pas grave ! » Mais pour moi, ça n’était pas possible, je ne pouvais pas recréer des amitiés à la demande, comme ça, reprendre un guitariste et un bassiste qui deviendraient des gens que j’inviterais à manger à la maison et avec qui je partirais passer des week-ends en famille. Ça n’existe pas, ça. On peut avoir de la chance, mais c’est long à construire, ça ne peut pas être artificiel comme ça, et pour moi, c’était inenvisageable d’essayer de recommencer à rebâtir une amitié, parce que pour moi, c’était indispensable dans The Old Dead Tree qu’il y ait ce lien.

Surtout qu’à ce stade-là, le groupe avait déjà connu pas mal de changements de line-up, peu de temps avant, Nicolas Chevrollier était déjà parti, je pense que c’était déjà lourd pour toi. Donc j’imagine qu’il y a une grosse lassitude à un moment donné…

Bien sûr. Quand cela arrive, nous sommes tous au bout du rouleau. Sauf peut-être Raphaël, parce qu’il est rentré dans le groupe beaucoup plus récemment, donc il n’y a pas encore cette usure. Mais pour Gilles qui a participé à la composition de l’album et qui lui aussi découvre le « haut niveau » parce qu’il avait toujours évolué dans des groupes beaucoup plus petits, et qui se rend compte de tout le travail qu’il y a à faire, pour Vincent et moi qui le faisons depuis des années, qui mettons de l’argent dans ce groupe tous les mois depuis des années pour en assurer l’image, la qualité, le même taux de répétitions, et ainsi de suite, c’est une usure énorme. Mais nous ne la vivons pas de la même façon. C’est-à-dire que pour Gilles et Vincent, il faut souffler, il faut se poser. C’est là que Gilles arrive avec son idée de break de six mois, et Vincent derrière qui dit : « Oui, ou un an. » Alors ça commence à devenir n’importe quoi, et si tu prends un peu de recul, tu sais que c’est fini. Moi, de mon côté, je n’en pouvais plus, et je me disais : « Allez, un dernier sprint ! On fait un quatrième album, et cette fois-ci, on change un peu notre fusil d’épaule, on va vers quelque chose d’encore plus original, quelque chose de moins formaté metal », qui est ce que nous avons fait sur cet EP. Tu vois à peu près ce qu’aurait rendu ce quatrième album. Ça n’aurait peut-être pas marché, mais ça aurait été un sprint final pour tout donner : « On y va, on prend des risques, on n’en a rien à faire, on fait le truc, et il n’y aura pas de regret. » Mais au final, il n’y a pas eu d’énergie de l’autre côté, ce n’était plus possible. Et quand ils m’ont dit stop, ça a terminé de me casser les pattes, et c’était fini.

« J’ai passé mon temps à faire semblant d’être plus important que je ne l’étais en vrai, et je cachais même le fait que j’avais un travail à côté, parce que je ne voulais pas démystifier, et en même temps, quelque part, c’est très bête, mais je continue à penser que c’est ce qu’il fallait faire, particulièrement en France, où nul n’est prophète en son pays. »

Nicolas est celui avec qui tu as fondé The Old Dead Tree et qui est resté le plus longtemps à tes côtés ; il était revenu pour la tournée de 2013, il est là sur The End. Il est qui pour toi ?

C’est un ami, c’est un frère. Nous avons repassé une semaine de vacances ensemble, cet été, en famille. Nous comptons énormément l’un pour l’autre. Musicalement, il y a un lien très fort qui nous unit, une espèce de côté miroir, d’âme sœur, d’influence en commun qui est énorme, et humainement parlant, c’est un ami. C’est plus qu’un ami, c’est un très, très grand ami.

Est-ce que tu penses que ça a changé la donne, le jour où il est parti ? Notamment quand tu as fait The Water Fields, vu qu’il n’était plus là…

Oui et non. Ça a forcément changé la donne, parce que ça a changé un équilibre dans le groupe. Ça a changé la donne sur plein de points, il y a un équilibre musical qui a changé, parce que nous partagions quand même la composition, même si Nicolas était quelqu’un qui apportait des idées de riffs, de mélodies, mais pas de morceaux entiers, donc c’était toujours moi qui fabriquais les morceaux. En fait, il apportait les ingrédients avec lesquels je fabriquais des recettes, mais c’était composé à cinquante-cinquante sur The Perpetual Motion. Sur The Water Fields, quand Nico s’en va, nous avons quand même déjà commencé à composer, il y a peut-être quatre morceaux où Nicolas est à la composition. Mais quand il s’en va, il y a un trou qui se fait, il y a un déséquilibre au niveau de la compo, parce que Gilles entre en n’ayant pas la même capacité à s’imposer, peut-être pas la même légitimité à s’imposer dans un groupe qui existe déjà, qui a déjà fait trois albums, donc c’était compliqué pour lui.

Et humainement parlant, ce changement était aussi un soulagement, quelque part, parce que quand Nico s’en va, il s’en va à la suite d’une tension qui monte petit à petit, qui est lancinante, parce qu’il n’en peut plus. Cette usure-là, elle l’a gagné avant nous. Nico est crevé, il arrive en répète avec les yeux au niveau du menton, il n’en peut plus, il a de moins en moins la force, parce qu’il a aussi de moins en moins l’envie de tenir le truc, et il vient d’apprendre qu’il va être papa. Et là, il se dit : « C’est impossible, je ne vais jamais tenir. » Et moi, je suis toujours là, derrière, en train de dire : « Allez, go go go, il faut bouger, moi j’ai deux gamins, on continue quoi qu’il arrive ! » Je pense que j’ai eu un côté machine, Terminator de la musique, en mode : « On dort pas, mais c’est pas grave ! L’important, c’est qu’on continue ! » [Petits rires] À l’époque, je pensais bêtement, et je l’ai réalisé après, qu’en donnant toujours cinq fois plus que les autres, je leur donnais un exemple. Et au final, en ayant ce comportement-là, qui est un comportement qu’on peut qualifier d’anormal, je les ai au contraire détachés de ma dynamique, puisqu’ils se sont dit : « Mais en fait, il est fou ! Le gars est fou, ça ne va pas du tout, on ne peut pas faire ça ! » [Rires] Alors que si j’en avais donné un peu moins, je les aurais peut-être amenés à donner un peu plus. Mais bon, c’est en vieillissant qu’on découvre les choses, qu’on comprend mieux les gens, et qu’on se comprend mieux soi-même.

Dans le documentaire, Franck Métayer dit que tu étais un dictateur : est-ce que, depuis, tu t’es remis en question à ce niveau-là ?

En deux temps ! Parce que le départ de Franck intervient en 2004, et le split du groupe en 2008. Il s’est écoulé quatre ans, il s’est passé plein de choses, donc j’ai mis de l’eau dans mon vin déjà à cette période-là. Quand le groupe s’arrête, c’est pour moi un échec personnel énorme. Parce qu’il faut aussi comprendre que pour devenir dictateur comme il le dit, ou en tout cas, quelqu’un qui impose des décisions, ça s’est passé comme ça. C’est-à-dire que quand le groupe se crée, à aucun moment je ne dis : « Je vais créer un groupe et tu seras mon batteur, toi tu seras mon bassiste… », ça ne s’est jamais créé comme ça. Le groupe se crée, moi je commence à amener des idées de plus en plus souvent, de plus en plus vite, que les autres n’ont pas forcément, et quand arrivent des moments charnières où il faut faire des choix, parce que j’ai peut-être un peu plus de caractère que les autres, je vais imposer mon choix. Et il s’avère que c’est le bon. C’est-à-dire que la décision que j’ai imposée débouche directement sur un résultat. Et la fois d’après, je ré-impose une décision : résultat ! Et quand ça t’arrive trois, quatre fois, qu’est-ce qu’il se passe ? Tu te sens tout-puissant ! Du coup, tu vas encore moins écouter les autres et faire attention à leurs propres sentiments par rapport à ça. C’est comme ça que cette situation s’est créée, j’avais le sentiment d’avoir raison contre tout le monde.

Avec The Water Fields, après le départ de Nico, j’avais la volonté de rassurer les fans sur le fait que The Old Dead Tree allait rester The Old Dead Tree. J’ai un peu forcé ma composition. J’ai voulu rassurer Vincent et Foued [Moukid] aussi, qui n’arrêtaient pas de me dire que nous étions en train de composer un album de pop. Donc résultat : j’ai mis le curseur metal plus fort. Je me suis laissé influencer par des éléments extérieurs – que je n’aurais pas dû laisser passer, en l’occurrence – en ayant le sentiment d’avoir raison, que c’était bon… Eh ben ce n’était pas bon. L’album me plaît finalement un petit peu moins que le précédent, et en plus, pas de bol, il y a des choix professionnels qui ont été faits et qui n’ont pas été les bons, et qui n’ont pas permis à l’album de connaître le succès public qui correspondait à son succès critique. Et à la fin, en plus, on splitte. Et pour moi, toutes les décisions que j’avais prises jusqu’ici étaient bonnes, et d’un coup, il y a une spirale infernale qui fait que ces décisions-là sont de moins en moins bonnes, jusqu’à arriver à l’échec total, c’est-à-dire : le groupe s’arrête. Pour moi, c’est la grande remise en question, c’est : « Qu’est-ce que j’aurais dû faire ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Quel être humain ai-je été ? Pourquoi ? » C’était une vraie remise en question, donc j’ai mis beaucoup d’eau dans mon vin, et j’ai beaucoup plus pris en compte les choses.

« Les gens ne se rendent pas compte que quand ils vont voir un groupe en première partie d’Opeth, le groupe qui est là, dont ils ont raté la moitié du truc parce qu’ils sont arrivés en retard, et qu’après ils sont allés boire une bière et qu’ils ont discuté avec quelqu’un, ce groupe-là, il a sué sang et eau pour en arriver là. »

Cela étant dit, il y a un mois et demi de ça, Julien Metternich m’a donné tous les rushs, toutes les vidéos qu’il a utilisées pour le DVD, car je ne les avais pas. Il y en a des heures et des heures. J’ai revu des passages en backstage, et je ne me suis pas aimé. Je n’ai vraiment pas aimé la personne que j’ai vue et que j’étais à l’époque. La seule chose qui me rassure, c’est que malgré tout ça, et malgré le fait que je me sois à mon avis souvent comporté comme un con, nous soyons restés amis. Donc je me dis que je ne devais pas être que ça ! [Rires] Même à l’époque, ils me considéraient comme un ami, donc je me rassure avec ça. Mais c’est vrai que les extraits que j’ai vus là, désincarnés, sortis de derrière une caméra, d’un point de vue extérieur, je ne me suis pas aimé.

Dans le documentaire, vous vous êtes attachés à montrer les galères que peut connaître un groupe tel que le vôtre. C’est important aujourd’hui de démystifier non seulement ce qu’a été la vie de The Old Dead Tree mais aussi ce qu’est la vie d’un groupe en général, notamment le fait que la musique finalement n’est qu’une petite part du travail ? Montrer que les gens ont tendance à se faire des idées fausses ?

Oui. Nous ne sommes pas intervenus dans le documentaire. C’est le propos de Julien, c’est lui qui a choisi de tout montrer, sachant qu’il avait carte blanche dès le départ, et nous, ensuite, nous avons validé. Mais je pense que c’est important que les gens comprennent. Parce qu’effectivement, nous, en tant que groupe semi-pro, et moi en particulier, j’ai passé mon temps à faire semblant d’être plus important que je ne l’étais en vrai, et je cachais même le fait que j’avais un travail à côté, parce que je ne voulais pas démystifier, et en même temps, quelque part, c’est très bête, mais je continue à penser que c’est ce qu’il fallait faire, particulièrement en France, où nul n’est prophète en son pays. Tu ne peux pas t’imaginer que le mec qui est en train de chanter cette chanson devant toi que tu trouves géniale, ça pourrait être ton voisin, ou ton boucher, ou ton boulanger, ce n’est pas possible. Tu ne peux pas te dire ça, c’est impossible. Donc quelque part, c’était un mal nécessaire.

Il faut bien comprendre, les gens ne se rendent pas compte que quand ils vont voir un groupe en première partie d’Opeth, le groupe qui est là, dont ils ont raté la moitié du truc parce qu’ils sont arrivés en retard, et qu’après ils sont allés boire une bière et qu’ils ont discuté avec quelqu’un, ce groupe-là, il a sué sang et eau pour en arriver là, il s’est battu avec dix autres groupes pour pouvoir avoir cette place, il a payé le management d’Opeth pour pouvoir avoir le droit de jouer là, on lui a dit : « Tu vois, il y a cent lumières, mais tu n’as droit qu’à cinquante. Tu n’as pas droit au blanc, tu n’as pas droit au vert, tu n’as pas droit au rouge. Il te reste le jaune et le bleu, débrouille-toi avec ça. Et tu vois, la console, elle fait soixante-quatre tranches, et tu as droit à douze tranches. Débrouille-toi avec ça. Parce que je n’ai pas envie de refaire tous mes réglages à la fin, et parce que je ne veux pas que tu aies un meilleur son que moi, et parce que je ne veux pas que tu aies de meilleures lumières que moi. » A aucun moment la première partie ne doit faire de l’ombre à la tête d’affiche. Quand tu sais ça, que tu arrives dans la salle de concert, que tu sais que les mecs devant toi sont en train de jouer dans des conditions déplorables, qu’ils n’ont peut-être pas eu de balances, et qu’ils ont payé pour être là pour que tu puisses les entendre, mais qu’en fait, t’es en train de boire une bière avec un pote… C’est compliqué ! [Petits rires] Il faut le savoir, il faut s’en rendre compte.

C’est de plus en plus dur. Pour les grands groupes, c’est difficile, parce qu’ils ne vendent plus de disques, et du coup ils augmentent le prix de ce qu’on appelle les buy-ons, c’est-à-dire l’argent que payent les premières parties pour être là, parce qu’eux aussi doivent vivre, mais pour les premières parties, c’est devenu pire que tout. Pour émerger, c’est de plus en plus difficile, et c’est aussi pour ça que l’on manque de renouvellement sur les groupes. C’est-à-dire que si tu regardes les affiches du Hellfest, cherche quel groupe existe depuis moins de dix ans et est présent dans les grandes stages après 19h. Il n’y a plus personne. La relève de Metallica, je ne sais pas qui ça sera. On va perdre AC/DC et Iron Maiden dans les cinq, dix ans qui arrivent, Metallica ont dépassé les cinquante-cinq ans… À un moment donné, ça va s’arrêter, les mastodontes vont disparaître, et il n’y a pas de relève. Et c’est un vrai souci.

Il y a peut-être une réponse à cette interrogation : Ghost.

Oui, il y a une exception. Mais à une époque, c’étaient des générations d’exceptions. Tu prends la génération de Metallica, dans la même ville, tu as Metallica, Slayer, Testament, Megadeth, qui vont régner sur le metal pendant dix ans. Aujourd’hui, il en reste moins, évidemment, ils ne sont plus aussi gros qu’avant, et c’est logique aussi, mais ils n’ont pas forcément été remplacés par des jeunes groupes qui remplissent des Zéniths aujourd’hui en France. Il y a une évolution du paysage musical, qui fait que la France est moins rock qu’avant – même si ça n’a jamais été un pays très rock – mais au niveau international, sur les festivals, il y a beaucoup plus de groupes vieux que de groupes jeunes qui arrivent à des niveaux, d’un point de vue « commercial », intéressants, et qui sont devenus des gros groupes.

Dans le documentaire, tu dis qu’aux débuts du groupe, vous étiez d’accord pour créer quelque chose de triste, de fort et de varié. Pourquoi la tristesse ? D’où venait cette tristesse à cet âge-là quand vous aviez à peine vingt ans ?

Je ne saurais pas te dire. Je suis fan de Paradise Lost qui fait aussi de la musique triste depuis toujours. C’est une musique qui m’a toujours plus touché. Je peux prendre beaucoup de plaisir à ajouter de la funk, de la soul, des choses beaucoup plus enlevées, je ne vais pas aller jusqu’à joyeuses, bien que ça soit possible, mais ça ne me touche pas aussi profondément que la tristesse. Après, c’est du ressenti personnel. Mais quand je prends ma guitare sèche, je compose rarement du flamenco [rires]. Je vais composer une mélodie plutôt en mineur, et la voix que je vais poser dessus va amener une ambiance, quelque chose de souvent mélancolique. C’est souvent le cas. Nous avons toujours un peu été entre rage et tristesse, dans The Old Dead Tree.

« Les gens pensent que je suis un super chanteur, un super compositeur, et en fait, j’ai parfois l’impression que je ne fais que du bric et du broc, avec une guitare dont je sais à peine gratter trois notes, mais ça marche. Et je me dis qu’un jour, les gens vont s’apercevoir que ça n’était quand même pas grand-chose ! [Rires] »

L’EP s’ouvre sur la chanson « Sorry ». De quoi serais-tu désolé au sujet de The Old Dead Tree ?

Souvent, les paroles que j’écris sont des espèces d’amalgames de situations, de personnes, qui peuvent être des situations différentes. Il y a souvent une partie de moi dedans, mais pas forcément toujours. Dans tous les cas, dans « Sorry », c’est beaucoup issu de mon incapacité à reprendre la musique à ce moment-là. C’est-à-dire que quand The Old Dead Tree s’arrête, tout le monde me dit : « Tu fais quoi là ? Tu ne peux pas arrêter, ce n’est pas possible ! Tu dois continuer ! Tu dois refaire un projet ! Tu dois refaire quelque chose ! Tu as des gens qui t’attendent, en plus ! Tu as juste à sortir un truc, tu trouveras sûrement un label ! Fais quelque chose ! » Et quelque part, c’était encore pire ! Parce que cette pression-là, elle venait de gens qui s’inquiétaient pour moi, des gens qui ne me voulaient que du bien, et qui me disaient : « Vas-y ! T’es tombé du cheval, tu t’es cassé la gueule, t’es encore dans le plâtre de partout, mais il faut que tu remontes sur le cheval ! » Pour moi, c’était impossible. C’est ce que je dis dans ce titre-là. J’aimerais pouvoir être à la hauteur des attentes des gens, et je vois que je n’y suis pas, parce que je ne suis absolument pas en état. Les paroles disent : « Je sais que vous attendez que je me relève, que je prenne mon bâton et que je reprenne la marche. » Mais pour moi, c’était trop difficile. C’est ce dont parle ce morceau.

Ensuite, il y a la chanson « Someone Should Know (The Truth) ». Quelle vérité devrait-on connaître concernant The Old Dead Tree ?

[Rires] Le morceau en lui-même n’est pas en rapport avec The Old Dead Tree. Pour le coup, c’était un des rares morceaux qui étaient venus de nulle part. C’est venu de la fin. Le morceau se termine par des lignes de guitare acoustique seules avec la voix, et cette voix qui dit [il chante] : « Someone, someone should know the truth. » Ça sonne un peu comme du Katatonia, je trouve, dans la thématique. J’ai trouvé cette idée que quelqu’un devrait connaître la vérité, et j’ai bâti une histoire là-dessus, mais sans jamais révéler ce qu’est cette vérité, puisqu’il n’y en a pas vraiment. C’est un sentiment de culpabilité, une culpabilité partagée. Ça peut être des amants, ça peut être un meurtre qui a été commis par deux personnes ensemble, qui n’en ont jamais parlé à personne, et qui vont finir par lâcher le morceau, puisque c’est ça, l’idée. Pour le coup, ce n’est pas une chanson basée sur du vécu, ou sur du vécu par procuration.

Mais pour répondre à ta question… [Réfléchit] Je ne sais pas. Je vais parler pour moi parce que je pense que nous avons tous un rapport différent à The Old Dead Tree, mais je pense qu’il ne peut pas être aussi personnel qu’il ne l’est pour moi, parce que j’ai vraiment été la colonne vertébrale de ce truc-là pendant toutes ces années. L’idée a toujours été d’être sincère, d’être authentique, de ne pas faire semblant et ainsi de suite. D’un côté, nous faisions la musique la plus sincère possible, et de l’autre côté, nous faisions semblant d’être un groupe pro alors que nous ne l’étions pas. Peut-être que le secret, c’est qu’au fond, j’ai toujours eu le sentiment d’être un imposteur, de ne pas être vraiment à ma place. Quand j’ai signé un contrat avec la marque de guitares Gibson pour un endorsement et qu’ils se sont mis à me filer des grattes, j’avais l’impression d’être un salopard qui volait la place d’un vrai guitariste, parce que je ne suis pas un très bon guitariste ! [Petits rires] C’est ce sentiment de ne pas être aussi bon que les gens en ont l’impression, et du coup, de devoir travailler beaucoup pour que l’illusion dure ! C’est un peu particulier.

Je parle de ce sentiment-là à un moment dans le DVD, je dis que j’avais l’impression que nous étions le meilleur groupe du monde, mais en même temps, j’étais bien conscient que nous n’étions pas des musiciens exceptionnels. Donc c’était complètement antinomique. Et pourtant, sans être un secret, j’ai toujours cherché à cacher cela. J’aime beaucoup le morceau « The Great Pretender » de Freddie Mercury pour ça, parce que pour moi, c’est ça. Les gens pensent que je suis un super chanteur, un super compositeur, et en fait, j’ai parfois l’impression que je ne fais que du bric et du broc, avec une guitare dont je sais à peine gratter trois notes, mais ça marche. Et je me dis qu’un jour, les gens vont s’apercevoir que ça n’était quand même pas grand-chose ! [Rires]

Dans le mot « Kids » qui sert de titre à la troisième chanson, il y a cette idée d’héritage, de succession. Quel est l’héritage de The Old Dead Tree aujourd’hui ? Quelle est sa descendance, pour ainsi dire ?

Je n’en ai aucune idée. Je sais qu’il y a des musiciens de Think Of A New Kind (T.A.N.K.) qui nous écoutent depuis très longtemps, mais je ne suis pas sûr qu’il y ait un héritage The Old Dead Tree. C’est-à-dire que je ne sais pas si tu peux sentir une influence The Old Dead Tree dans la musique de T.A.N.K. Je ne sais pas s’il y a un héritage The Old Dead Tree qui va rester. Mais en tout cas, je suis agréablement surpris de voir qu’à l’annonce de la sortie de cinq nouveaux titres, les gens sont tout fous sur Internet, parce qu’on est quand même dix ans après la fin du groupe, six après le dernier concert, et nous sommes là, et les gens nous attendent. Donc l’héritage est peut-être plus au niveau du public que de l’aspect musical.

Après, dans cette chanson, pour le coup, je parle de mes enfants, et du fait qu’avoir des mômes, c’est encore un sentiment d’une grande ambivalence – c’est comme ça que je le vis, chacun le vit différemment – parce que pour moi, c’est une source d’inquiétude énorme par rapport à leur avenir dans ce monde qui est quand même très bizarre, et en même temps, une source de joie, une source de fatigue… C’est tout ce mélange-là… C’est une foule de sentiments complètement ambivalents que d’avoir des enfants et de les voir grandir. Aujourd’hui, j’ai deux fils et mon grand est au lycée. C’est juste dingue ! J’ai mon autre fils qui porte des T-shirts de The Old Dead Tree et d’Arkan tout le temps, au collège ! [Rires] Il est hyper fier de son papa qui chante ! C’est génial, et en même temps, des fois, tu dis : « Lâchez-moi ! Laissez-moi deux jours tranquille ! » [Rires].

« S’il y a un besoin de créer quelque chose, il faut y aller. Il ne faut pas se forcer. J’ai vu des musiciens qui étaient devenus musiciens parce qu’ils voulaient rentrer dans l’image qu’ils se faisaient du musicien. Ça ne crée rien, ça crée de la musique vide. »

Les encouragerais-tu à faire de la musique, s’ils le voulaient ?

Bien sûr. De toute façon, je pense qu’en tant que parent, il faut encourager ses enfants là où ils ont envie de faire quelque chose. Si c’est de la création, il faut y aller. Parce que la création, c’est : tu as quelque chose en toi, il faut que ça sorte. Donc il ne faut pas le brimer. Après, je suis bien placé pour savoir que si j’en ai un qui veut devenir peintre, ça va être dur, donc je lui dirais : « Ne mise pas tout là-dessus, quand même ! Passe ton permis de conduire, passe ton bac, fais un peu d’études ! » [Petits rires]. Mais quoi qu’il arrive, s’il y a un besoin de créer quelque chose, il faut y aller. Il ne faut pas se forcer. J’ai vu des musiciens qui étaient devenus musiciens parce qu’ils voulaient rentrer dans l’image qu’ils se faisaient du musicien. Ça ne crée rien, ça crée de la musique vide. Si tu n’as rien à dire, ne le dis pas. Moi, je pense qu’il y aurait peut-être un peu moins de vidéos sur YouTube, il y aurait peut-être un peu moins de comptes Instagram, mais il y a beaucoup de gens qui sont obligés de dire des choses qui, en fait, ne sont pas intéressantes, qui n’apportent rien au monde. Et pourquoi rendre public quelque chose qui n’apporte rien au monde ? Moi, je trouve ça complètement fou – c’est mon côté vieux – de voir des gens qui vont donner un avis mal fagoté sur tout et n’importe quoi, n’importe comment : donc, tu penses avoir une légitimité pour dire que ta voix, ton opinion est suffisamment importante pour la livrer au monde ? C’est-à-dire que tu ne la livres pas juste à tes potes. Ça, c’est complètement normal, de parler du dernier film, du dernier album de tel groupe, c’est naturel. Montrer des photos de tes enfants à ta famille, c’est plus que naturel. Raconter ce qu’on a mangé la veille au soir à ses collègues du lendemain, pourquoi pas. Mais de le livrer au monde ? Je pense qu’il y a des gens qui ont des choses à dire, et des gens qui n’ont pas de choses à dire, et il faut savoir ne rien dire, ce n’est pas grave. Ce n’est pas parce qu’on ne dit rien qu’on n’existe pas !

L’avant-dernière chanson s’appelle « Raise ». Je ne sais pas dans quel sens exactement tu utilises ce terme, car cela peut vouloir dire « éduquer », ou alors « se relever »…

C’est dans le sens de s’élever, en fait. De devenir plus grand que soi. De réussir à sortir de l’endroit où l’on est pour grandir. « To raise », c’est élever quelqu’un, faire pousser des choses, et c’est aussi s’élever. C’est ça, l’idée. C’est une injonction, en fait. « Raise », c’est « Élève-toi ».

Je sais qu’au moment du split de The Old Dead Tree c’était très difficile moralement pour toi. En 2013, tu disais même que « le mot traumatisme n’est pas trop fort ». Du coup, pour rebondir sur le mot « raise », comment as-tu relevé la tête après ça pour te remettre à faire de la musique dans ce milieu ?

En fait, on est venu me chercher, à chaque fois. Quand j’enregistre un titre avec Melted Space, mon premier retour en studio, c’est presque trois ans après le split, et c’est parce qu’on m’a appelé et qu’on m’a dit : « Est-ce que ça te dirait de faire un morceau ? Il est déjà fait, les paroles sont écrites, c’est un truc clé en main. » J’ai dit oui. Et après : « On va faire un petit concert, est-ce que tu veux venir chanter un ou deux morceaux ? » C’est pareil, tout est écrit, je n’organise rien, donc je dis oui aussi. Et petit à petit je remets le pied à l’étrier. Je peux remercier Pierre Le Pape – qui en plus joue des claviers sur l’EP – pour ça, parce qu’effectivement, il est venu me chercher, un peu comme ça, au débotté au départ, et puis petit à petit, il m’a emmené un peu plus loin, jusqu’à m’emmener complètement en tournée, où il a fallu remplacer Guillaume Bideau pendant douze dates en Angleterre, en première partie de Symphony X sur une vraie tournée. C’étaient des conditions très difficiles, mais le fait de repartir sur la route a aussi été une expérience qui m’a redonné envie de recommencer. Et derrière, il y a Foued, du groupe Arkan, qui était batteur de The Old Dead Tree entre 2004 et 2007, et que je connais très bien, qui me dit : « Manu, je n’ai plus de chanteuse, est-ce que tu veux être ma chanteuse ? » [Rires]. Au début, j’ai dit : « Oui, OK, pour un titre, mais pas plus. » Et puis Foued étant quelqu’un d’extrêmement convaincant, il a fini par m’embringuer, et puis me voilà chanteur d’Arkan. Donc c’est comme ça que c’est revenu, quelque part.

Et quand nous faisons cet EP, qui date de 2014, je le fais en sachant que ça m’engage que pour un temps limité. Ce n’est pas un CDI, ce n’est pas un truc où je dis : « J’ai signé, et on verra bien jusqu’où ça me mène. » Et là, aujourd’hui, je suis revenu dans la musique « pleinement », grâce à ces gens qui sont venus me chercher. Par exemple, pour cet EP, nous allons faire un concert. C’est sûr. Nous allons faire une date à Paris. Nous allons faire un concert de deux heures, ça sera le 11 avril 2020 au Petit Bain, et nous allons travailler d’arrache-pied pour ça. Nous aimerions bien l’idée de repartir en tournée, mais nous voyons aussi que concrètement, avec les emplois du temps des uns et des autres, ça va être assez compliqué. C’est vraiment quelque chose de pas certain du tout. Avec les vies que nous avons, ce n’est pas évident. Mais aujourd’hui, je vis dans la musique. Pas au même niveau qu’avant, j’ai plus de recul, je ne me livre plus autant que j’ai pu le faire avant, pour ne pas me reprendre ce coup de couteau que ça a pu être d’arrêter mon projet. Dans Arkan, par exemple, je ne suis pas leader, je ne suis pas moteur. Je suis un des musiciens, j’apporte des idées, elles sont retenues ou pas, mais ce n’est pas moi qui décide si elles sont retenues. Donc ce n’est pas un investissement aussi fort que dans The Old Dead Tree. Et puis j’ai aussi un autre projet qui n’a rien à voir avec le metal, qui s’appelle Nuit Carmin. C’est un projet en français qui va sortir un premier EP l’année prochaine. Ça aussi, ça permet de voir d’autres choses.

La dernière chanson s’intitule donc « The End… Again ». Et pour cause, The Old Dead Tree a eu plusieurs fins : en 2009 après The Water Fields, qui d’ailleurs se terminait sur la chanson « This Is Now Farewell », en 2013 à la fin de la tournée des dix ans du premier album, et enfin aujourd’hui avec cet EP. Tu as du mal à dire au revoir à The Old Dead Tree ?

Ben oui, évidemment ! [Rires] Et d’ailleurs, c’est plutôt bon signe. Ce n’est pas bon signe, psychologiquement, pour moi, parce que ça veut dire que j’ai du mal à fermer les portes, à passer à autre chose, à tourner des pages. Mais aussi si c’est difficile, c’est parce que c’était bien, et que ça l’est toujours, et que quand nous nous voyons, nous nous éclatons, nous nous marrons bien, nous nous aimons en tant qu’amis, nous passons des vacances ensemble, nous nous voyons le week-end, mon fils est sorti avec la fille de Gilles [Moinet]… C’est presque consanguin ! Mais il y a un truc humain qui fait que ce ciment est toujours là, que musicalement, nous avons toujours plein de points communs. Mais pas plus d’une fois de temps en temps ! Il faut savoir ne pas relancer un couple, parce que peut-être que si nous repartions dans The Old Dead Tree, nous pourrions reproduire les erreurs que nous avons pu faire avant, recréer des tensions qui viendraient mettre à mal nos amitiés, et ce serait dommage.

« Il y a des gens qui ont des choses à dire, et des gens qui n’ont pas de choses à dire, et il faut savoir ne rien dire, ce n’est pas grave. Ce n’est pas parce qu’on ne dit rien qu’on n’existe pas ! »

Donc là, pour l’instant, nous avons fait des choses qui étaient simples, c’est-à-dire organiser des tournées, ce n’est pas du one shot mais c’est limité dans le temps, c’est un projet qui est clair. Quand j’ai proposé d’enregistrer cinq titres derrière, c’était pareil, nous savions exactement où nous allions, pour combien de temps nous en aurions et ce que nous en ferions. Nous ne pensions pas que ça sortirait cinq ans plus tard, et là, le fait de le sortir, d’en faire la promotion et ainsi de suite, nous savons où ça va. Enfin, surtout moi, parce que je suis vraiment tout seul. Je ne sais pas si tu as noté, mais sur les photos de groupe, je suis tout seul, ce qui en soi est déjà paradoxal ! [Rires] Mais c’est parce qu’ils sont tous loin et qu’ils n’ont pas pu venir ! Il fallait que nous sortions des photos rapidement, et donc j’y suis tout seul ! C’est une situation qui pour moi est aussi très compliquée à gérer ! Tu vois, là, je fais ma journée promo, tu es la onzième interview que je fais dans la journée, et je n’ai personne pour me relayer !

Quand on regarde la pochette de l’EP, on dirait justement que le vieil arbre retient ce pied de partir, de s’en éloigner… Est-ce que c’est ça, la symbolique ?

C’est amusant, parce que le journaliste que j’ai eu avant toi me disait : « On voit un pied qui piétine un arbre. » Je ne l’avais jamais envisagé comme ça, mais on peut le voir comme ça. Et je ne l’avais pas non plus envisagé comme l’arbre qui retient le pied. Pour moi, c’est le pied qui va s’en détacher. C’est le pied qui s’en va. Mais par contre, la cover, je ne vais pas dire que j’y suis pour rien, mais ce n’est pas du tout une idée de ma part. Nous avons confié ça à Henri Lejeune, qui est le graphiste qui a travaillé avec Arkan sur leurs trois premiers albums, c’est justement par ce biais-là que je l’ai rencontré. Il sait faire plein de choses très différentes et il est très apprécié dans sa manière de créer des designs. Je lui ai dit : « Écoute, je ne te donne pas de ligne directrice, je te donne juste un sentiment, voilà le documentaire – il n’était pas tout à fait terminé mais il y avait déjà l’essentiel dedans –, voilà la musique, voilà les paroles. Comprends que c’est une histoire d’amitié, une histoire humaine, c’est une histoire de fin, et c’était un déchirement. » Il est donc venu avec cette idée, et nous n’en avons même pas discuté. Il me l’a proposée, j’ai dit banco. Et moi, je le vois comme ce pied qui se relève pour partir, et qui va se détacher de la racine.

Du coup, c’est vraiment la fin de The Old Dead Tree, cette fois ?

Je ne veux plus dire « jamais », parce que je suis très cartésien. Peut-être que nous nous réunirons dans dix ans, je n’en sais rien, pour faire un concert, ou pas. Je ne sais pas. Ce n’est pas du tout prévu. Là, je constate d’autant plus la difficulté de l’exercice de remonter un groupe alors que je suis tout seul à un endroit, que mes copains sont tous à perpette, ultra occupés, qu’ils ont des capacités de concentration et de travail sur le long terme qui sont plus compliquées, qu’ils ont des situations de vie familiale aussi peut-être plus compliquées, parce qu’il y en a un qui est divorcé et qui a ses enfants un coup sur deux… C’est aussi des histoires de travail, car Vincent Dahnier a un boulot où il bosse je ne sais pas combien d’heures par jour. Je suis obligé d’être le point central pour tout le monde, que ce soit les partenaires pro, même au niveau musical, au niveau de tout ce que tu veux, et si je ne veux pas exploser, je pense que je ne vais pas réitérer l’expérience de sitôt ! Donc il n’y a rien de prévu sur le long terme.

Il n’y a plus aucun morceau dans les tiroirs ?

Non. Rien d’exploitable. Il y a plein de débuts, de bouts de trucs, de riffs par-ci, par-là, mais rien qui n’ait été suffisamment poussé ou considéré comme suffisamment bon pour faire naître un morceau. Et puis si jamais ça devait se faire, comme nous n’avons plus la possibilité de nous voir, de composer ensemble, de nous enfermer ensemble pendant une semaine pour créer quelque chose, ça voudrait dire que là encore, je devrais être seul à la barre, composer tout… Je peux le faire, j’ai déjà fait des morceaux tout seul, en partie, mais à la fin, c’était toujours proposé au groupe, et ça repassait dans la moulinette du groupe, et chacun amenait sa patte, chacun donnait son avis, et ça faisait quelque chose d’un peu différent. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Et si je devais faire un album entier comme ça, ça serait un album solo, et non plus un album de The Old Dead Tree, et ça serait complètement trahir la philosophie du groupe qui est basée sur le lien humain et sur l’amitié.

Plus qu’une fin, est-ce que c’est aussi une manière de boucler la boucle ? Car avec « The End… Again », c’est celui que tu es devenu grâce à The Old Dead Tree qui termine ce que celui que tu étais au départ avait commencé…

Écoute, c’est vachement bien, ce que tu viens de dire ! Je vais la garder pour les prochaines interviews [rires]. C’est une très bonne analyse, effectivement ! Oui, il y a un peu ça, bien sûr. Il y a un côté où c’est l’adulte qui regarde le gamin qui a composé ça il y a très longtemps et qui vient fermer le bouquin. Il y a de ça, absolument.

Pour finir, peux-tu nous donner des nouvelles d’Arkan ? L’album Kelem date d’il y a déjà trois ans…

L’album Kelem commence en effet à avoir quelques années au compteur ! Nous avons enregistré son successeur chez Fredrik Nordström, en Suède. Je peux te dire qu’il est vraiment super, je suis très content. Je n’étais que moyennement satisfait de mes performances vocales sur Kelem, car j’étais un peu malade pendant l’enregistrement et moi, j’entends des défauts. Il s’avère que sur celui-ci, je suis vraiment pleinement satisfait du son, du chant, des compos. Je le trouve encore meilleur que Kelem. Il devrait sortir l’année prochaine, mais je ne sais pas quand et je ne sais pas chez qui. Comme je te disais, je ne suis qu’un passager dans le véhicule Arkan, je ne suis pas du tout à la manette. Et tant mieux ! [Rires] Ça me soulage beaucoup !

Interview réalisée par téléphone le 8 novembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Florent Wallon.

Facebook officiel de The Old Dead Tree : www.facebook.com/TheOldDeadTree.Official.

Acheter l’EP The End.



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