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Chronique   

The Old Dead Tree – The End


« Toutes les bonnes choses ont une fin ». Adage que The Old Dead Tree ne connaît que trop bien mais que son frontman Manuel Munoz semble avoir toujours eu du mal à accepter. Car The Old Dead Tree enchaîne les fins… à n’en plus finir ! A commencer par la fin tragique d’une vie, celle de leur batteur Frédéric Guillemot qui a mené au premier album, The Nameless Disease (2003). Puis la fin du groupe en 2009, après divers remaniements de line-up et un The Water Fields (2007) qui faisait déjà ses adieux avec « This Is Now Farewell ». C’était sans compter sur un retour inopiné de The Old Dead Tree en 2013, le temps d’une tournée anniversaire et d’un nouvel au revoir. Aujourd’hui, The Old Dead Tree est de nouveau dans l’actualité avec The End, un EP qui, en écho à The Blossom (1999), semble vouloir clore l’histoire pour de bon. The End, accompagné d’un documentaire relatant l’aventure humaine que fut le groupe, offre peut-être le dernier mot le plus éloquent à The Old Dead Tree : une présentation parfaitement adéquate de ce qui fait la force de la formation en magnifiant ses atouts. De quoi regretter la conclusion.

The Old Dead Tree a toujours su incorporer une sensibilité héritée de la pop alternative et du rock à des compositions metal sombres et parfois brutales, de quoi ravir les amateurs de mondes pourtant éloignés. En un sens, The Old Dead Tree a toujours incarné une vision du metal fédératrice tout en restant très personnelle et éminemment émotionnelle. The End et ses cinq titres – tous composés aux alentours de 2008-2009 en vue d’un quatrième album, sauf « The End… Again » datant de 1999 – profitent d’une production réfléchie pour véritablement s’appuyer sur les spécificités du groupe. Celui-ci délaisse les murs de guitares massifs et les accélérations black pour privilégier la pertinence des arrangements. Une petite prouesse lorsqu’on constate que le groupe n’a pas compromis sa puissance. La mélancolie des premiers accords de « Sorry » est vite supplantée par des rythmiques tendues qui laissent la place à de nouveaux élans mélodiques, tantôt suaves, tantôt déchirants : The Old Dead Tree a toujours entretenu une relation étroite avec des mélodies simples bien ornées et The End ne s’en détourne pas. Le timbre clair et les lignes de chant de Manuel Munoz sont sans doute les plus aboutis du groupe à ce jour, offrant un véritable contraste avec le growl écorché qui, avec les années et s’il est présenté avec parcimonie, a gagné en consistance et en épaisseur. La mélodie éthérée de « Someone Should Know (The Truth) », sublimée par ses ondulations et son refrain en forme de paroxysme, entérine ce constat : Manuel Munoz livre une prestation de haute volée, aux mouvements à la fois sophistiqués et limpides.

« Kids », et sa rythmique sautillante, emprunte des ingrédients à la pop anglaise des années 2000 et cette culture du refrain accrocheur, tandis que « Raise » se veut plus progressive, introduite par des notes de piano et des vagues de nappes saturées avant d’exploser et de se refréner. Manuel Munoz, qui surprend en jouant avec le grain de sa voix (notamment lors de cris particulièrement prenants), en vient aussi parfois à déclamer ses paroles plutôt que les chanter. Il y a un aller-retour constant entre différentes intensités avec pour ligne directrice une accroche mélodique et un sentiment de tristesse omniprésents. « The End… Again » est indéniablement le titre le plus chargé en émotions, renvoyant aux premières heures du groupe. Une mélodie feutrée incarne le titre, presque intimiste et aux accents scandinaves. On parvient à déceler l’ancienneté de la composition, de par ses liens plus prononcés avec le doom ; elle n’en compromet pour autant pas la cohérence de l’opus. Une conclusion à propos et humble, une sorte d’ode funèbre belle et paisible, clôturant la discographie d’un élément majeur de la scène française par une simple harmonique, comme un dernier souffle.

The End fera regretter The Old Dead Tree. C’est en soi la plus belle des manières de mettre un terme à un projet : proposer sa prestation la plus aboutie et la plus sensible. Arrêter au sommet de sa forme en somme. On ne peut que se réjouir de la volonté de The Old Dead Tree de terminer ainsi, d’avoir eu cette force de ne pas s’éteindre en silence. The Old Dead Tree est au final un arbre qui se prétend mort et qui ne le sera jamais vraiment.

Lyric vidéo de la chanson « The End…Again » :

Album The Old Dead Tree, sortie le 6 décembre 2019 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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