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Chronique   

The Otolith – Folium Limina


Mai 2019. Une déflagration allait laisser un cratère béant dans le cœur de nombreux amateurs de doom. Après treize ans de bons et loyaux services, SubRosa, projet singulier aux racines folk et païennes porteuses de rameaux expérimentaux, déclarait entamer « une pause d’une durée indéterminée ». Officiellement un simple hiatus, mais difficile de ne pas y voir une disparition pure et dure. On pourrait parler d’éclatement, tant les projets parallèles fleurirent – projets qui comptaient d’ailleurs parmi les raisons de la mise en retrait de la formation. En rétrospective, le live acoustique sorti en fin de règne avait des allures de chant d’adieu. Parmi les rejetons de cette fragmentation, on trouve Teleprom, plus axé électronique, ou Insect Ark, qui avait absorbé le batteur Andy Patterson, créant un doom plus psychédélique et purement instrumental. The Otolith est le plus gros de ces fragments, fort de quatre membres de l’école SubRosa. Le communiqué de trêve avait, les concernant, teasé un album « plus lourd qu’un plein camion de briques de plomb ». Ce groupe a dorénavant un nom, l’album en question est devant nous, et il est temps de voir si la métaphore était méritée.

Un rapide « point line-up » s’impose : The Otolith peut compter sur le batteur et les deux violonistes-chanteuses de SubRosa, dont Sarah Pendleton qui passe de choriste à meneuse. Autre habitué : Levi Hanna, qui troque sa basse contre une guitare, laissant la place à Matt Brotherton (Visigoth). Ce dernier livre également des growls très présents, élaborant sur ce qui avait été tenté à demi-mots sur des titres de SubRosa. En effet, pas question, malgré ces visages familiers, de se contenter d’un rembobinage. The Otolith compte bien ériger de nouvelles (et si possible meilleures) bases. L’âme des musiciens se fera tout de même aisément entendre, faisant remonter des souvenirs dans son sillage.

« Sing No Coda » nous accueille au son de cloches annonçant la résurrection de l’« esprit SubRosa ». Très vite, la fibre expérimentale si chère aux membres se fait ressentir. Un chant ritualiste, à l’accompagnement initial plutôt léger, s’impose, et nous invite à prendre part à une véritable messe en l’honneur du doom, avec des intermèdes d’une lourdeur prononcée. Une entrée en matière efficace et représentative – ce qui ne veut pas dire que l’album sera monocorde. L’introduction d’« Ekpyrotic » nous ferait presque nous attendre à voir débouler des cris à la Amenra. Il ne faut d’ailleurs pas forcément se fier aux débuts de certains morceaux : tout peut cacher de grandes nappes de légèreté… comme son contraire. De l’entame presque death d’« Andromeda’s Wing » émergeront les violons, surplombés de lignes de chant imparables. À ce titre, les voix sont ici plus justes, moins sujettes à débat que celle de Rebecca Vernon, même si les imperfections de cette dernière seyaient plutôt bien aux inspirations dystopiques de SubRosa, appliquant à la narration une couche de fébrilité face à des forces tyranniques.

L’immuable paire de violons fait son petit effet. Entre les mains de Sarah Pendleton et Kim Cordray, cet instrument est un véritable couteau suisse, façonnant des décors célestes ou caverneux, brillants ou abyssaux. Des cordes adroitement pincées proposent des contre-mélodies bondissantes, tandis que, frottées, elles soufflent en avance de phase les thèmes mélodiques. Ces détails rendent les écoutes subséquentes d’autant plus jouissives. Folium Limina glisse avec fluidité de la rêverie (parmi les étiquettes lui étant attachées sur Bandcamp, on rencontre Emma Ruth Rundle et Godspeed You! Black Emperor) à la pesanteur. Les passages les plus apaisés permettent de mesurer l’étendue de la complicité qui lie ces musiciens aguerris, comme sur « Hubris », qui nous transporte l’espace d’un instant dans un univers post-rock, offrant à l’album un volet plus chatoyant. La dernière piste « Disprit », elle, tient les promesses inhérentes à son rang, et se révèle apocalyptique à souhait, carrément funéraire dans son ultime tiers.

Avant cela, « Bone Dust » se pare d’un long enregistrement de plaidoyer pour la liberté et l’autodétermination, calé avec une minutie qui lui permet de tenir sur la durée sans surcharger le propos. Il accompagne un crescendo de fougue, et insuffle un esprit plus explicitement engagé au projet. C’est là l’une des compositions les plus immédiates de l’album. Certains morceaux, à l’inverse, peuvent sembler confus lors des toutes premières écoutes – un phénomène accentué par le fait qu’aucune des six pistes ne descend sous les neuf minutes. L’avantage reste que Folium Limina nous en fait voir de toutes les couleurs malgré une abondance de motifs récurrents, évitant à ces longues durées de devenir assommantes.

À défaut d’être parfait (et peu d’albums le sont), Folium Limina est une aussi belle surprise que l’émergence de The Otolith. Ce premier disque arrondit certains angles de SubRosa, sans pour autant manquer de mordant. Grâce à ses riffs d’une gravité extrême et à ses growls plus assumés, il s’entourera de fans nouveaux comme anciens. Dans le monde vivant, les otolithes sont des constituants du corps contribuant à la conservation de l’équilibre. On peut voir là une allusion à l’équilibre mental, vital dans ce monde si complexe, mais aussi à ces cinq musiciens qui, ici rassemblés, nous offrent le fruit d’une stabilité retrouvée.

Clip vidéo de la chanson « Andromeda’s Wing » :

Chanson « Sing No Coda » :

Album Folium Limina, sorti le 21 octobre 2022 via Blues Funeral Recordings. Disponible à l’achat ici



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