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Interview   

The Pineapple Thief : la beauté de l’instant fuyant


Comme certains de ses aînés, Pineapple Thief est un groupe de rock progressif qui, avec son nouvel opus Magnolia, a décidé de réduire les longueurs de ses titres. Pour le chanteur-guitariste du combo Bruce Soord – qui s’est également illustré récemment avec Wisdom Of Crowds en compagnie de Jonas Renkse (Katatonia) -, cette réduction n’est pas tant un changement de style qu’une remise en question générale de la musique du groupe. Des chansons plus courtes, donc, mais pas moins fournies, pour un album pas moins progressif dans son ensemble. Soord va jusqu’à reconnaître que certaines anciennes compositions dans la carrière du combo se perdaient en longueurs et auraient mérité plus de concision. Ainsi, Pineapple Thief met le doigt sur ce qui pourrait bien être un signe autant de sagesse et de maturité que d’habileté dans un genre réputé pour étirer les compositions.

Le débat soulevé ici n’est pas éloigné de celui dans lequel s’impliquait Danko Jones dans notre interview de la semaine dernière, à savoir que la facilité n’est pas toujours là où on le croit. A ce titre, faire un titre long est-il un gage d’aboutissement et de recherche artistique ? Pour Bruce, ce nouvel album est, jusque dans son titre, Magnolia, une réponse à ce questionnement. On en parle plus en détails ci-après, parmi d’autres sujets.

« Même si cet album ne dure que 47 minutes, je crois que je n’ai jamais investi autant d’effort dans la composition que pour celui-ci. »

Radio Metal : Dans le dossier de presse fourni avec votre nouvel album, il est dit que « le groupe a commencé très tôt en tant qu’expérience et [tu] avais une philosophie du genre ‘tout peut arriver !’ » Après quinze ans de carrière et dix albums, penses-tu encore avec cette philosophie ?

Bruce Soord (chant/guitare) : Ouais, c’est dur à croire que ça fait quinze ans… Je veux dire qu’au début, c’était un projet très bricolé, ça a commencé à un très bas niveau et ça nous a pris du temps de ne serait-ce qu’avoir un album qui sonnait correctement. Donc ouais, avec chaque nouvel album que nous faisons, j’ai effectivement l’impression de devenir plus… J’ai plus d’énergie en allant de l’avant avec chaque album, particulièrement après quinze ans avec celui-ci. J’ai encore tant à apprendre, et surtout nous avions plus d’argent cette fois-ci, ce qui nous a permis de travailler avec des ensembles de cordes, et le fait d’apprendre toutes ces nouvelles choses, c’est juste… Et j’ai toujours beaucoup d’énergie. Je pense qu’il y a encore quelques albums à venir…

Ce qui est frappant avec ce nouvel album, c’est le fait que les chansons sont plus courtes. Vouliez-vous vous concentrer sur le fait d’écrire de bonnes chansons accrocheuses ?

Ouais, mais même s’il a des chansons plus courtes, je crois que le nouvel album est toujours très progressif parce qu’il traverse de nombreuses humeurs, il a des passages acoustiques ou avec des cordes et aussi quelques parties bien heavy. Mais je ne me suis pas imposé d’écrire des chansons plus courtes, c’est juste que j’ai trouvé que les chansons pouvaient avancer un peu plus vites. Je voulais mettre plus dans une fenêtre de temps plus courte et je pense que ça en fait un album plus immédiat. Je pense que les gens peuvent rentrer dedans plus rapidement, mais en même temps, j’aime à penser qu’il se dévoile aussi après plusieurs écoutes, ce qui est pour moi le signe d’un bon album.

As-tu dû te retenir d’écrire des chansons plus longues ou bien est-ce que ce format de chanson t’es venu naturellement ?

Ouais, je peux dire en toute franchise que je ne me suis pas forcé à le faire, je ne me suis pas imposé de faire des chansons courtes. Je ne me suis pas dit : « Oh, si ça dépasse cinq minutes, alors il va falloir que je raccourcisse ! » Dans l’ancien temps j’ai fait quelques chansons qui contenaient une section très différente au milieu et enchaînaient sur une assez longue outro avec des solos et ce genre de choses. Je me suis juste lassé de ça. J’ai fait tout ça. Je crois que la chanson la plus proche de ce vieux format, c’est la dernière, « Bond », qui dure à peu près quatre minutes, je crois, mais elle a quand même un refrain, un pont avec une trompette et un genre d’outro qui vagabonde. Et cette outro s’arrête bien plus tôt que je ne l’aurais arrêté il y a quelques années et pourtant, elle possède le même type d’impact. Elle te donne envie de la rejouer, c’est ça l’idée.

Est-ce plus difficile d’écrire une longue chanson épique et progressive ou bien d’écrire une bonne chanson de quatre minutes bien accrocheuse et qui reste dans la tête des gens ?

C’est plus difficile d’écrire des chansons qui soient courtes et intéressantes. J’aurais pu écrire un album de 60 minutes avec six pistes, ça aurait été bien plus facile. Si tu trouves quelque chose dont tu es vraiment fier, comme un riff ou un motif vocal, alors tu peux la faire tourner aussi longtemps que tu veux, mais ce que je voulais pour cet album, c’est trouver bien plus de ce genre de moments, avec des chansons qui dévoilent plus de mélodies, d’accroches et de passages intéressants dans un temps plus court. Donc ouais, même si cet album ne dure que 47 minutes, je crois que je n’ai jamais investi autant d’effort dans la composition que pour celui-ci.

J’imagine que c’est la raison pour laquelle tu ouvres l’album avec la chanson « As Simple As That » (NDT : « aussi simple que ça », en français), qui est aussi le single. Est-ce pour dire : voici ce qu’est cet album ?

Je suppose, ouais, même si c’est très difficile. Je veux dire que lorsque le label dit : « Ok, sortons un single. » Je dis : « Qu’est-ce que vous essayez de faire en sortant un single ? » Essayer de dire « voici le genre de son que vous entendrez » est impossible parce qu’évidemment, l’album traverse énormément de sons différents. Peut-être que ce qu’ils veulent c’est juste d’essayer de sortir une chanson qui accrochera rapidement les gens et, avec un peu de chance, ceux qui n’ont jamais entendu Pineapple Thief l’entendront et diront : « Oh, c’est intéressant ! », sans avoir à se coltiner une chanson épique de sept ou dix minutes ; ils peuvent écouter une chanson de trois minutes trente et grosso-modo comprendre de quoi il s’agit.

« Je voulais qu’il soit une célébration de la beauté et de la joie et, à la fois, essayer de comprendre la tragédie dans laquelle nous sommes pendant un temps très court. »

Tu as déclaré : « C’est juste qu’avec le temps, j’ai découvert que je pouvais dire tout ce que j’avais à dire dans une période de temps plus courte. » Comment vois-tu donc aujourd’hui les longues chansons que tu as écrites dans le passé ? Penses-tu qu’elles sont trop longues et que tu aurais pu dire tout ce que tu avais à dire de manière plus courte ?

Ouais, tu sais quoi ? Lorsque nous tournions cette année, nous sommes revenus sur notre ancien catalogue pour jouer quelques chansons que nous n’avions pas joué auparavant et, particulièrement avec nos quatre ou cinq premiers album, je me disais : « Pourquoi cette chanson continue-t-elle ? Pourquoi cette outro est-elle encore… » Je peux comprendre ce que j’avais en tête à l’époque, je pensais que tu pouvais t’immerger dedans, que tu pouvais te perdre dans un long passage, mais aujourd’hui, je ne sais pas si ma capacité de concentration s’est évaporée ou a changée mais [je me suis un peu ennuyé]. Donc, tu as raison, je trouve que certaines de mes plus anciennes chansons auraient clairement pu être raccourcies.

Est-ce ainsi que l’on sait qu’un groupe progressif a atteint une certaine forme de sagesse : lorsqu’il finit par écrire des chansons plus concises ?

Ouais, parce que beaucoup de groupes progressifs ont fait ça. Les groupes que je suivais comme Camel, Rush, Supertramp, même Yes dans une certaine mesure, ils ont tous abandonné les longues chansons et ont fait des chansons plus courtes. Certains, comme Camel, sont revenus à des longs formats de chansons aussi… Mais je ne sais pas ce que c’est ! Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Nous avons fait les longues chansons épiques façon années 70 et maintenant nous voulions travailler sur des chansons plus courtes. Mais ouais, ça me donne vraiment l’impression d’un tournant et, personnellement, je pense que c’est une approche de la composition plus mature. Je ne dis pas que je n’écrirais plus jamais de longues chansons, mais je pense que si c’est long, ce serait long de manière différente, ce sera des longueurs intéressantes plutôt que de prendre un thème et l’étirer et le répéter, ce qui est ce que nous avions tendance à faire par le passé.

L’album s’appelle Magnolia. Les magnolias sont l’une des fleurs les plus belles et paisibles. Voulais-tu que vos chansons soient l’illustration musicale de cette fleur ?

Ouais, j’ai vraiment cherché à faire un bel album, même s’il contient des sections heavy qui cognent. Lorsque tu écoutes les éléments acoustiques et l’ensemble de cordes, j’en suis très fier. Et je trouve que le magnolia sur la pochette complète exactement ce que j’ai essayé de faire, c’est-à-dire un album fait d’ombre et de lumière, et de beauté également, ouais. Du moins, je l’espère.

La spécificité de cette fleur est qu’elle pousse pendant très longtemps, mais reste sur son arbre que pendant quelques jours avant de mourir. Il est souvent dit que « la beauté du moment est qu’il est fugace. » Es-tu d’accord avec ceci, et est-ce la raison pour laquelle tu as choisi la métaphore du magnolia ?

Ouais et je suppose que c’est aussi une métaphore pour la vie, tu sais, à quel point le temps que nous avons sur cette planète est à la fois beau et bref. Je pense que ça résume l’album. Je voulais qu’il soit une célébration de la beauté et de la joie et, à la fois, essayer de comprendre la tragédie dans laquelle nous sommes pendant un temps très court. J’essaie de donner du sens à ça. C’est généralement de quoi parle beaucoup de mes chansons : les choses que je n’arrive pas à comprendre. Et j’espère que ça transparaît dans la musique.

Le mix de l’album a été fait par Adam Noble qui a auparavant travaillé avec des artistes comme Placebo, Guillemots, Paul McCartney, Robbie Williams ou dEUS. Recherchais-tu un côté plus populaire et rock alternatif pour les chansons ?

Il est certain que je voulais un mix qui cognait plus, qui sonnait mieux. Evidemment, pendant la production des chansons, celles-ci étaient déjà écrites, il n’y avait donc aucun danger pour qu’elles deviennent des chansons à la Robbie Williams. D’un point de vue sonore, Robbie Williams fait des albums qui sonnent super bien, et je savais lorsque j’ai rencontré Adam pour la première fois que nous pourrions emmener le son de Pineapple Thief au niveau supérieur. Pour autant, je pense que le son d’un album a énormément à voir avec la manière dont tu t’y relie. [Quel genre d’impact] ont les passages heavy ? Est-ce que les sections délicates sonnent aussi paisibles qu’elles le devraient ? Tout ça c’est dans le mix. J’étais très, très content de ce qu’Adam a fait sur les chansons, c’était super.

Le son de l’album et les chansons plus courtes lui offre un grand potentiel commercial. Est-ce quelque chose que tu ressens à propos de cet album ?

Beaucoup de gens disent ça, le fait que ça s’adresse à un plus grand public et que c’est plus accessible, mais je peux sincèrement dire que ça ne m’a pas traversé l’esprit. Lorsque j’écrivais, je ne pensais pas : « Mec, faut que tu fasses quelque chose de grand public, ça va nous sortir de ce petit monde underground dans lequel nous sommes ! » Mais je suppose que si j’ai plus de retours et si plus de personnes qui n’accrochaient pas à notre musique auparavant accrochent aujourd’hui, c’est un bon signe. Tu peux toujours dire que tu écris de la musique uniquement pour toi-même, cependant ça n’a aucun intérêt. En faisant de la musique, je peux partager ce que je dis à d’autres gens. Il est donc évident que plus de gens l’entendront, le mieux c’est pour moi. Et ça permettrait de facilité la vie que l’on mène à entretenir un groupe parce qu’à notre époque, avec le téléchargement et tout, ce n’est pas facile de rendre un groupe financièrement viable. On croise les doigts.

« Tu peux toujours dire que tu écris de la musique uniquement pour toi-même, cependant ça n’a aucun intérêt. »

Le 8 février 2014, le groupe a annoncé que Dan Osborne avait remplacé Keith Harrison derrière la batterie. Peux-tu nous dire ce qu’il s’est passé ?

Ouais, je ne peux pas en dire trop parce que Keith n’est pas là pour donner son versant de l’histoire mais se séparer de lui dans le groupe n’était pas une très bonne expérience. Nous jouions ensemble depuis dix ans… Mais malheureusement, des choses se sont passées et nous pensions qu’il n’y avait aucun moyen pour que Keith puisse s’engager à faire de la musique et un album, et je pense que nous n’avions aucun autre choix que de trouver un autre batteur, purement parce qu’il n’avait pas les moyens de s’investir dans l’enregistrement de l’album. Tu dois être là pendant toute la confection de l’album, c’est très difficile. C’est à la même période l’année dernière que le changement s’est produit et nous ne l’avons pas annoncé avant bien plus tard. C’était un moment traumatisant pour le groupe. Donc lorsque Daniel est arrivé, ça a redonné vie au groupe et ça a ramené de l’énergie et des idées qui manquaient un peu. Donc, ouais, c’était une période difficile.

Etais-ce difficile pour le groupe de se remettre de ça, étant donné qu’il s’agit du premier changement de line-up en presque dix ans ?

Ouais ! Nous avons donné quelques concerts et joué dans des festivals depuis et c’est très, très étrange, tu sais, d’être là sans Keith, mais en même temps, c’est très excitant d’avoir Dan. Il apporte son nouveau style et une nouvelle énergie au groupe. Ce sont donc des sentiments très partagés. Ce n’était pas joli mais je ne regrette pas ce qui s’est passé. Je suppose que c’est quelque chose qui devait se produire pour que The Pineapple Thief soit là où il est aujourd’hui.

Tu as dit à propos du nouveau batteur Dan Osborne que « contrairement à la plupart des batteurs, il a une super oreille musicale ! » As-tu eu de mauvaises expériences avec des batteurs qui préféraient montrer leur habilité plutôt que d’écouter les chansons ?

Ouais, mon expérience avec les batteurs est qu’ils étaient contents juste en s’installant et jouant de la batterie. La seule contribution qu’ils avaient était : « Eh bien, je veux jouer ce truc. » Dan est un batteur qui est très stimulé par l’écoute des chansons et me dire ce qu’il pense fonctionne ou pas. Il me poussait à trouver de meilleures parties, il poussait ma voix et me poussait à jouer bien davantage de ma guitare. C’est donc très, très bon d’avoir un nouveau regard sur moi. La meilleure chose que Dan ait faite était de me donner un gros coup de pied dans le cul et me pousser à davantage utiliser ma guitare et développer ma voix. Donc ouais, c’est rafraîchissant d’avoir un tel batteur.

Tu as enregistré un album avec Jonas Renkse de Katatonia sous le nom Wisdon Of Crowds. Peux-tu nous en dire plus sur la manière dont ce projet a démarré et sur l’expérience de cette collaboration ?

Ouais, je parlais de comment j’avais bien plus découvert ma voix et ceci a aussi beaucoup à voir avec le fait de rencontrer Jonas. Lorsqu’il est venu, l’album de Wisdom Of Crowds était plus ou moins fini mais nous n’avions pas le chant. Ca trainait depuis quatre ans, mais j’ai réussi à faire venir Jonas à mon studio. Je ne l’avais jamais rencontré avant mais j’ai passé un merveilleux moment à travailler avec lui chantant sur l’album. Nous nous sommes très bien entendus et sommes devenus bons amis depuis. Ensuite j’ai joué avec Katatonia sur leur tournée acoustique qui était très amusante. Nous avons aussi fait une courte tournée il y a un an. Nous avons joué au Batofar à Paris sur cette tournée. Je sais que Katatonia est sur le point d’enregistrer un autre album et il vient juste de finir l’album de Bloodbath. Je sais qu’entre toutes ces choses, le plan est de faire un autre album de Wisdom Of Crowds. Commercialement, on est très loin de nos propres groupes, mais nous aimerions clairement en faire un autre, et je crois que Jonas est très motivé pour prendre un rôle plus créatif et du coup on peut s’attendre à un prochain album de Wisdom Of Crowds qui sonnera différemment. Je pense qu’on peut s’attendre à un autre album et peut-être une autre tournée si on arrive à faire marcher les finances.

Etant donné l’emploi du temps bien chargé de The Pineapple Thief et Katatonia, comment avez-vous réussi à faire fonctionner ce projet ?

Je sais ! Ca ne devrait pas marcher, n’est-ce pas ? C’est juste… Tout s’est mis en place, nous n’avons pas eu à le faire fonctionner, ça s’est juste fait. Jonas à une telle… Même s’il chante dans un groupe de metal, il chante comme aucun chanteur de metal que je connais. Il a une voix très, très douce, délicate et en même temps très puissante qui, d’une certaine manière, fonctionne par-dessus un mur massif de guitares avec Katatonia. Et je sais que Jonas a des goûts musicaux très larges, ce qui a rendu [la collaboration très facile].

Tu as rejoint Katatonia pour leur tournée Européenne acoustique Dethroned & Uncrowned, quelle relation entretiens-tu avec eux ?

Je ne les connaissais pas avant ça mais je crois qu’ils ont eu des changements de line-up ; le batteur et le guitariste sont partis. Ils ont dû annuler quelques concerts mais ils ne voulaient pas annuler leur tournée acoustique, donc ils m’ont demandé si je voulais les épauler sur cette tournée. J’ai pris l’avions pour Stockholm pour répéter avec eux et ce sont des mecs très gentils et drôles, nous avons passé d’excellents moments. Ils sont hilarants. J’étais assez intimidé au début parce que je suis un grand fan de Jonas et Katatonia et voilà que je me retrouvais à jouer de la guitare avec eux. La tournée était très amusante parce que, pour une fois, je n’avais pas à être le frontman, donc je me contentais d’être assis dans le bus, de sortir ma guitare, de monter sur scène, de faire mon truc et ensuite retourner dans le tour bus. C’était une merveilleuse expérience.

Interview réalisée par téléphone le 12 septembre 2014 par Chloé Perrin.
Retranscription : Chloé Perrin.
Fiche de questions et introduction : Philippe Sliwa.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Tom Barnes.

Site officiel de The Pineappel Thief : pineapplethief.com.



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