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Chronique   

The Pretty Reckless – Death By Rock And Roll


The Pretty Reckless aurait pu tout arrêter s’il ne vivait pas pleinement selon sa philosophie : le rock’n’roll, jusqu’à la mort. La bande emmenée par la frontwoman Taylor Momsen a connu un succès retentissant, avec Going To Hell (2014) suivi de Who You Selling For (2016). De quoi arpenter les plus grandes scènes aux côtés de Soundgarden, jusqu’au drame de 2017, le décès de Chris Cornell. Une disparition qui marque profondément le groupe en raison de leur proximité, malheureusement suivie de la mort de leur ami et producteur de longue date Kato Khandwala. The Pretty Reckless s’est trouvé brutalement interrompu en pleine ascension, car bouleversé et en proie à une dépression conjuguée à la toxicomanie, obligé de faire preuve de résilience, de cure par l’écriture pour reprendre le dessus. Death By Rock N’Roll illustre ce désir intangible de vivre selon ses propres termes et d’y mettre fin comme on l’entend. Une intransigeance qui permet de tenir bon sans ployer.

Death By Rock And Roll est enregistré avec le producteur et ami Jonathan Wyman, coécrit par Taylor Momsen et le guitariste Ben Phillips. « Death By Rock And Roll » est le premier single à voir le jour, introduit par un enregistrement symbolique des pas de Kato Khandwala. « Death By Rock And Roll » est à la fois un hommage et une affirmation : The Pretty Reckless est l’archétype du groupe de rock US taillé pour envahir les ondes – même s’il a une personnalité bien à lui et a su par le passé se démarquer par quelques originalités dans ses structures et arrangements –, multipliant les accroches et les refrains entêtants portés par la puissance du timbre de Taylor Momsen. « Death By Rock And Roll » remplit le cahier des charges, alternant riffing enlevé et plages retenues suivi du traditionnel solo aussi bienvenu qu’anecdotique. L’atmosphère brumeuse d’« Only Love Can Save Me Now » et sa parenté évidente avec le grunge d’un Alice In Chains ou d’un Soundgarden (pas étonnant qu’on y retrouve Kim Thayil et Matt Cameron en invité) bénéficient davantage de ce contraste entre progressions nuancées et sommets d’intensité. Le chant de Taylor Momsen gagne en sensualité, jusqu’à s’affirmer pleinement lors du refrain. Il y a toujours cette volonté d’accorder une place essentielle au riffing et d’éviter un monolithisme sonore qui épuiserait à la longue. « And So I Went » – et son refrain repris à la fin par des chœurs d’enfants révoltés, scandant « le monde ne vous appartient pas […], il m’appartient » – profite ainsi grandement de la participation de Tom Morello qui amène ce grain mordant aux élans de six cordes. The Pretty Reckless accroît son agressivité et n’hésite pas à bousculer ses gimmicks, quitte à laisser carte blanche aux dissonances de Tom Morello sur le solo.

Death By Rock And Roll veut présenter la polyvalence d’un genre envisagé comme un art de vivre. L’album n’a pas l’approche frontale d’un opus d’Airbourne ou l’énergie de comptoir d’un Black Stone Cherry. Il puise davantage dans ses territoires les plus sombres, à l’instar de la pseudo-ballade orchestrale « 25 », très élégante et poignante, rappelant l’esthétique de certaines musiques des films de James Bond (quelque part entre le « Skyfall » d’Adele et « You Know My Name » de Chris Cornell), à l’exception d’un break guilleret façon Beatles aussi soudain que bref. La construction pop « Got So High » ressemble furieusement au « Save Me » de Rémy Zero lorsque Taylor Momsen s’élance sur le refrain, tandis que la country-folk d’« Harley Darling » sent bon l’Amérique profonde. Il y a une mélancolie omniprésente sur Death By Rock And Roll, comme si la vision de l’existence de The Pretty Reckless contenait une part de désenchantement. Parfois le groupe appuie très fortement sur cette corde proche de la sensiblerie, à l’instar de la ballade grandiloquente « Standing At The Wall » et ses arrangements de cordes presque outranciers dans le côté larmoyant. The Pretty Reckless vise juste lorsqu’il privilégie des gradations à partir d’un simple groove et de la voix charmeuse de Taylor : « Turning Gold » démontre les nuances dont est capable le groupe lorsqu’il ne perd pas de vue ses racines rock old-school.

Parfois générique et cotonneux, parfois efficace, parfois touchant : Death By Rock And Roll est bel et bien une ode au rock. Pas son versant le plus sauvage, celui plus sensible, marqué par les épreuves et facteur d’endurance. The Pretty Reckless peut ainsi se laisser aller à quelques facilités aux ficelles plus proches de la corde nautique en jute. Il s’en dégage néanmoins une certaine douceur appréciable, aux dépens d’une énergie parfois trop contenue. Une vie rock and roll certes, mais loin d’être débridée ou inconséquente et jamais loin du feu de cheminée.

Chanson « And So It Went » (avec Tom Morello de Rage Against The Machine) :

Lyric vidéo de la chanson « Death By Rock And Roll » :

Clip vidéo de la chanson « 25 » :

Clip vidéo de la chanson « Broomsticks » :

Album Death By Rock And Roll, sortie le 12 février 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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