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Interview   

The Prize : la juste récompense de Maggy


Récemment, Maggy Luyten et Christophe Godin se sont associés pour former un magnifique duo de reprises : Akoustic Thrill, avec pour moteur le plaisir, le fun, mais sans oublier une énorme qualité musicale. Cette association fonctionnant à merveille, ils se sont dit qu’il serait dommage de ne pas aller plus loin dans leur collaboration. C’est donc assez naturellement qu’ils ont créé le groupe The Prize, avec l’ajout des autres membres de Mörglbl – Ivan Rougny et Aurélien Ouzoulias. L’expérience et la créativité de ces musiciens faisaient saliver d’avance, mais on pouvait également se poser la question de l’adaptation des musiciens de Mörglbl pour passer de la fusion instrumentale à un format plus classique avec une chanteuse. Le premier album éponyme sorti récemment répond largement à cette question et est à la hauteur des espérances suscitées, proposant un metal moderne bien groovy.

Nous avons profité de l’échange qui suit avec Maggy pour parler de la naissance du groupe, de sa relation avec les autres membres, du processus de création, mais aussi de ce qui les anime dans ce nouveau projet. Elle nous explique d’ailleurs leur volonté commune de proposer une musique qui ne se veut pas démonstrative, mais au service des chansons. Enfin, cela a aussi été l’occasion de revenir sur sa riche carrière musicale.

« C’est le pied total avec ces trois-là ! Pour moi, j’ai vraiment tiré le jackpot ! »

Radio Metal : Comment est né The Prize, et l’idée de faire un projet avec les gens de Mörglbl ? J’imagine qu’Akoustik Thrill y est pour quelque chose…

Maggy Luyten (chant) : Complètement. En fait, Akoustik Thrill a été la genèse de The Prize, parce que c’est un projet acoustique tribute heavy et hard rock que nous avons décidé de lancer avec Christophe [Godin] suite à un concert solo que j’avais organisé et que j’avais appelé Maggy And Friends à Grenoble, en ouverture de Kip Winger. J’avais invité Christophe pour venir faire quelques solos. C’était en septembre 2018. A partir de là, il m’a dit : « Tiens, est-ce que ça te dirait de venir jouer quelques morceaux acoustiques ? » Ça ne s’appelait pas encore Akoustik Thrill, mais nous avons fait un petit concert totalement improvisé au Bouffon De La Taverne à Genève. Ça a super bien marché et nous nous sommes amusés comme des gamins. Nous nous sommes dit : « Ouah, il faut qu’on refasse ça ! » Il y a donc eu d’autres opportunités et nous nous sommes dit que ce serait sympa d’avoir un nom, de lancer un projet, de tourner, de s’amuser. Nous avons fait pas mal de concerts tous les deux, pour finalement échanger plein de choses et nous dire que nous avions des compos. Nous sommes quand même des musiciens qui aiment composer, nous avons fait ça toute notre vie, donc peut-être que nous pouvions faire quelque chose ensemble. Ivan [Rougny] et Aurel [Ouzoulias] étaient les premiers sur la liste, de façon totalement naturelle. Ce n’était même presque pas une question, c’était presque évident, parce qu’ils se connaissent depuis tellement longtemps, c’est déjà un trio qui fonctionne. La seule question que nous nous sommes posée, c’est : comment ça va se passer pour moi d’intégrer un trio qui fonctionne déjà aussi bien ? En fait, ça s’est passé sans souci. Nous avons eu quelques bonnes conversations. De temps en temps, j’ajustais un petit peu, eux aussi, parce que nous apprenions à nous connaître, par rapport à la façon de communiquer, mais là, vraiment, c’est le pied total avec ces trois-là ! Pour moi, j’ai vraiment tiré le jackpot ! C’est comme ça que je le vois.

Vu que tu as invité Christophe, ça veut dire que tu le connaissais déjà précédemment ?

Oui. Nous nous étions déjà rencontrés dix ans plus tôt et nous avons un album en commun qui s’appelle Epysode – un album concept sur lequel on retrouve aussi Kelly Sundown au chant, qui est maintenant mon chanteur de mari depuis plus de dix ans. C’est là que nous nous sommes rencontrés pour la première fois et il y avait toujours ce petit feeling, comme si c’était écrit qu’un jour nous ferions quelque chose ensemble.

Le temps d’avoir une ouverture…

Oui, le temps, en ce qui me concerne, de me prendre plein de claques, d’avoir plein de succès, de déceptions, de savoir ce que je ne voulais plus. Et c’est génial, car j’ai rencontré Christophe à ce moment-là.

Et concernant Ivan et Aurélien, tu les connaissais déjà un petit peu aussi, j’imagine ?

Je les ai rencontrés en même temps que Christophe, lors d’un concert de Mörglbl au Luxembourg. Pareil, le feeling était très bien passé. Nous avons d’ailleurs une photo souvenir de ça que nous avons postée récemment, c’était en novembre 2011 je crois. Donc dix ans plus tard, nous nous sommes retrouvés et nous avons fait un projet.

Est-ce qu’il y avait une ligne directrice, une envie, ou bien vous avez laissé venir naturellement ? Car vous partiez de rien, vous pouviez tout faire…

The Prize, si je devais lui coller un synonyme – hormis le mot « récompense », car c’est la traduction du nom et c’est vraiment ainsi que je le vois –, ce serait la liberté. C’est un groupe dans lequel nous nous sentons libres à tous les niveaux, que ce soit musicalement ou humainement, car nous allons dans le même sens, sans nous poser dix mille questions. Nous avons des influences communes et nous nous faisons plaisir. A partir du moment où ça plaît aux quatre, c’est le son de The Prize.

« Dans Nightmare, le groupe dans lequel j’étais avant, c’était génial, je me suis vraiment bien éclatée, mais j’avais l’impression de ne faire qu’une couleur et de temps en temps j’avais un peu de place pour une voix claire. Alors qu’ici, on peut vraiment partir dans tous les sens. Pour moi, The Prize, c’est toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et au-delà. »

Avec Akoustic Thrill, c’est des classiques plutôt hard rock au sens large – c’est assez varié – alors que The Prize sonne très moderne. Vous avez sûrement dû intégrer des éléments des reprises, mais ça fait quand même un groupe très actuel dans le son et les compos.

Déjà, je pense qu’on trouve la modernité dans le son de guitare de Christophe. Il a fait une vraie recherche dans son son pour qu’il y ait ce côté organique mais en même temps hyper tranchant dans ta tête [rires]. Le mix est très moderne aussi ; ça a été mixé par Chris Matthey au Royal Studios en Suisse. Nous nous sommes bien arraché les cheveux tous ensemble, c’était une belle aventure, et nous avons fini par nous mettre d’accord sur un son. Je pense que Chris Matthey nous a aussi apporté ce côté moderne dans la façon de mixer l’album. Et puis, il y a aussi que nous écoutons plein de choses. Nos racines sont différentes. Par exemple, les miennes c’est la chanson française avec papa quand j’étais petite et la new wave quand j’étais ado – U2, The Cure, OMD, The Mission, Siouxsie And The Banshees, tous ces groupes qui, d’ailleurs, rejoignent très fort les influences d’Ivan quand il était ado. Aurel, de son côté, a commencé la batterie avec les Guns N’ Roses. Nous sommes donc très éclectiques et nous nous rejoignons avec cette couleur qui nous rassemble, car c’est un son qui nous plaît. Si ça ne plaît pas à l’un d’entre nous, ça va se voir à notre tête et du coup, nous n’acceptons pas, nous allons plus loin, nous creusons jusqu’à ce que nous kiffions tous.

Mörglbl est un trio de musique instrumentale assez compliquée, pas forcément évidente à l’écoute au premier abord. Est-ce que ça a été facile d’aller plus vers un côté « chanson » ?

Je ne dirais pas que c’était difficile, dans le sens où ce sont des musiciens très talentueux et expérimentés. Je dirais plutôt que c’était un challenge, après toutes ces années à jouer avec le concept de Mörglbl, en donnant l’impression de faire tout et n’importe quoi – si je peux me permettre de le dire – mais jamais n’importe comment. Car quand on écoute les morceaux de Mörglbl, ils sont finalement très structurés, il y a une recherche derrière, mais ça donne un peu cette impression de partir dans tous les sens. Or ici, je dirais que le défi, c’est plus de donner la place à une chanson, sans pour autant se dire qu’on n’a pas le droit de partir dans un côté un peu fou-fou. Ils ont fait ça vraiment bien. J’ai l’impression d’être sur une autoroute ! Et ce qui est magnifique, c’est que j’aimerais parfois que les gens oublient que c’est moi qui parle pour être simple fan, car je suis vraiment fan de The Prize ! Mieux que ça, je suis fan déjà de tout ce qui est instrumental, donc même si on m’enlève, je trouve que la musique est vraiment géniale à écouter. Je prends mon pied à écouter ! Ils ont cette capacité de laisser respirer la musique, de ne pas mettre dix mille notes quand il n’y en a pas besoin, le fameux « less is more », c’est beau ! Ça demande de l’expérience et du talent de porter peu de notes et si en plus on ne joue pas vite, il faut porter tout ça. Eux sont capables de le faire.

Justement, comment t’es-tu intégrée là-dedans ? Est-ce qu’ils ont apporté des produits musicaux plus ou moins finis et tu interagis avec eux ou bien as-tu participé à la conception musicale ?

C’est l’un de mes grands bonheurs dans ce groupe, car c’est la première fois où, réellement, je peux amener une compo de A à Z, que j’aurais faite au piano et que je demande gentiment de traduire avec leurs oreilles en disant : « Non, ce ne sera pas une ballade. » C’est vraiment la première fois où je me retrouve avec un combo – principalement Christophe en première ligne, mais après ça s’est aussi passé avec Aurel et Ivan – qui a vraiment été capable de traduire ce que je voulais faire. J’arrive donc avec un texte, une mélodie, la musique, les accords que je veux, parfois même des petites idées d’arrangement, et là ça a pu se faire. Maintenant, j’ai gardé les démos du début, et quand on écoute ce que c’est devenu, c’est assez intéressant, car c’est tellement mieux, mais on reconnaît vraiment ma compo. Ils ne l’ont donc même pas aliénée. C’est ce que je trouve génial. Il y a donc toute une partie des compos que j’ai eu le bonheur de pouvoir amener, mais au même titre que Christophe a amené toute une partie des compos. Nous avons arrêté de compter, mais on va dire qu’on est à moitié-moitié sur cet album, mais il avait beaucoup de compos en stock. Il m’a amené tout ça, avec des lyrics qui étaient soit déjà tout finis, soit des bouts en disant « fais-en ce que tu veux ». Il a réussi à mettre son ego de côté en disant que si je voulais changer des petites choses pour que ce soit vraiment mes lyrics, que je me les approprie pour le chant avec mes tripes, je pouvais. Il y a donc vraiment eu ces deux apports et après, le travail de groupe a fait que nous avons tout finalisé et que c’est vraiment devenu la couleur The Prize, car les sons qu’amène Ivan à la basse… Ce n’est pas n’importe quel bassiste, il faut vraiment écouter ce qu’il fait, il amène vraiment une couleur. Ce qui nous permet aussi de ne pas avoir besoin de second guitariste, car il en prend la place quand nécessaire. Aurel, de son côté, a ce talent de structure et de dynamisme dans la batterie qui fait qu’on peut quasi reconnaître la chanson même si on enlève tous les autres instruments. Donc c’est vraiment un travail de groupe et c’est ce que nous voulions tous.

« Le chant est vraiment arrivé au bon moment où j’avais besoin de gueuler ma haine au monde entier. Je devais avoir dix-neuf ou vingt ans. Le fait de littéralement beugler dans un micro me faisait énormément de bien. Je me sentais tout à coup maître du monde et plus personne ne pouvait me faire chier. C’était incroyablement thérapeutique. »

Vu que tu es basée principalement en Belgique, vous avez fonctionné à distance ou par périodes où vous étiez ensemble ?

Un peu des deux. Nous avons fait quelques ping-pongs avec Christophe principalement, juste nous deux, et puis nous avons fait deux ou trois résidences de plusieurs jours tous ensemble. En fait, nous avons fait une préprod au studio chez Aurel. Notre album était donc préproduit et nous étions ensemble pour faire ça. Après, une fois que nous étions de retour chez nous, nous avons chacun peaufiné et enregistré ce qui manquait ou refait deux ou trois petites choses.

En termes de chant, tu joues énormément avec l’intention de ta voix qui prend des couleurs très variées. Est-ce quelque chose de naturel ou bien que tu recherches ?

Je te remercie car, pour moi, c’est un compliment. Ce que j’aime dans le chant, c’est justement de colorer la voix et de raconter des histoires. Or quand on raconte une histoire, si on reste monotone, les personnes vont s’endormir, elles vont s’ennuyer. Si on prend des voix différentes, c’est génial, car on vit beaucoup plus l’histoire, en tant que personne qui la raconte mais aussi en tant qu’auditeur, et le chant, c’est ça, c’est raconter des histoires. Donc oui, j’ai fait – et je fais encore – un gros travail de recherche de sons, de couleurs dans ma voix. C’est ça que je kiffe le plus. D’ailleurs, je dis souvent à mes élèves que, pour moi, la tessiture, c’est une chose si tu veux impressionner et si tu veux être libre et ne pas te sentir trop limitée par rapport à tes capacités vocales, mais surtout quand on apprend à colorer sa voix, même avec deux octaves, on peut donner l’impression de tout faire, et ça c’est vraiment génial. J’ai besoin de faire ça et c’est d’ailleurs dans ce groupe que j’arrive à en jouer. Par exemple, dans Nightmare, le groupe dans lequel j’étais avant, c’était génial, je me suis vraiment bien éclatée, mais j’avais l’impression de ne faire qu’une couleur et de temps en temps j’avais un peu de place pour une voix claire. Alors qu’ici, on peut vraiment partir dans tous les sens. Pour moi, The Prize, c’est toutes les couleurs de l’arc-en-ciel et au-delà.

Je trouve que par moments – pas sur toutes les chansons car tu varies beaucoup – tu as des intonations qui rappellent la chanteuse de Guano Apes…

Ça me parle beaucoup, Sandra Nasić, parce que je me souviens que j’avais eu un ou deux albums de Guano Apes, il y a quinze ans je pense, et j’avais vraiment bossé son répertoire. Ce que je trouvais génial chez elle, c’est cette capacité de saturer la voix et tout à coup de faire une voix de fausset, donc très douce. Je me retrouvais, en effet, dans le registre vocal. Nous avons un peu un timbre vocal similaire, c’est donc très justifié ce que tu dis ! Elle a été une influence très importante quand j’y pense. Merci de me le rappeler !

Je comprends que vous êtes au moins deux à faire les textes. Pour vous avoir croisés l’un et l’autre avec Christophe, vous semblez être des personnes très enjouées, or j’ai trouvé que les textes avaient l’air un peu plus durs ou tristes que ce que vous laissez transparaître dans vos personnalités…

Ça aussi c’est magnifique ce que tu dis. Est-ce que les plus grands comédiens de ce monde ne sont pas très sombres dans leur humour ? Je pense justement que l’humour est une échappatoire pour être au-delà de la survie, par rapport à tout ce qui peut nous rendre tristes ou nous faire souffrir. Ce n’est pas juste de la survie, c’est une façon de vivre les choses en se disant : « Hop, un peu de légèreté ici, on va bien rigoler, on va bien s’amuser, on va péter un coup. » Christophe et moi, nous sommes vraiment là-dedans, et d’ailleurs Aurel et Ivan aussi. Les textes, oui, c’est « la face cachée de la lune » : comme tout le monde, nous avons une facette très sombre, très noire, avec des choses qui doivent sortir et surtout, nous avons envie de partager. La musique est un moyen d’expression génial pour ça, on n’a pas besoin de faire un sketch pour dire les choses un peu plus sérieusement.

Parmi les thématiques, la plus évidente serait peut-être celle du premier morceau : « Funhouse Mirror ». J’imagine que ça parle de l’apparence que chacun veut se donner sur les réseaux sociaux. Mais y a-t-il d’autres thématiques qu’il te tenait à cœur de partager sur cet album ? Pas forcément dans les détails, car je sais bien que généralement on ne dévoile pas tout…

En même temps, je pense qu’on ne peut pas tout dévoiler à partir du moment où on n’a pas écouté, mais je dirais que les thématiques tournent principalement autour de choses qu’on vit tous, que ce soit les réseaux sociaux, des choses de la vie, la confrontation avec la mort, avec nos peurs, etc. Par exemple, « Scarier Than You » est un texte qu’on peut interpréter de façons différentes. Certaines personnes vont s’y retrouver parce qu’elles ont vécu quelque chose de très traumatisant, en se disant « maintenant, c’est bon, hein ! » [Rires]. « Garden Of Bones » parle de nos secrets, qu’ils soient très colorés et on n’a pas envie de les partager ou qu’ils soient très sombres et on n’a pas envie de les partager non plus, mais ça parle aussi du fait de devoir garder le secret de quelqu’un d’autre, ce qui n’est pas toujours évident. Il y a deux chansons qui sont très personnelles : les deux parties de « Where Rivers Flow ». J’ai écrit le texte de la première partie lors du décès de mon papa, et la seconde partie est arrivée après, où je me suis retrouvée dans la petite enfance, car j’ai retrouvé une cassette où je m’entendais chanter et j’entendais sa voix. « Cirkus », je pense qu’il suffit de lire le texte pour voir le cynisme qui se cache derrière tout ça. Il y a donc un peu de tout dans cet album. Nous nous amusons bien !

« On a tous cette capacité de décider, le temps d’un instant, d’être le meilleur ou la meilleure. C’est bien. C’est très sain. »

De ce que je comprends, au milieu de toutes ces choses qui vous tiennent à cœur et vous touchent, il y a une vraie volonté de vous amuser. D’ailleurs, pour vous avoir croisés, est-ce que vous n’êtes pas des fois plus en déconne qu’en travail musical ?

J’aime beaucoup tes questions, parce qu’avec The Prize, ce qui est extraordinaire, c’est que nous sommes tellement efficaces dans notre façon de travailler – je dirais surtout eux, et donc je profite de ça et je le deviens aussi – que nous sommes vraiment concentrés, donc nous bossons tellement bien que nous avons du temps pour, après, nous poser, boire un coup, rigoler, faire autre chose, aller visiter je ne sais quoi… Nous avons déjà fait pas mal de petites excursions, parce que justement nous prenons le temps, et on gagne du temps à prendre le temps – j’apprends ça aussi. Pendant que nous travaillons, nous rigolons aussi. Parfois nous nous prenons un peu la tête, mais jamais dans le mauvais sens du terme, genre : « Oh là là, il faut prendre sur soi. Je sens qu’il n’aime pas mon idée, pourtant je suis sûre que ça va être génial. » En fait, nous sommes tellement ouverts d’esprit que nous essayons toujours les idées de l’autre, jusqu’à dire : « Ah oui, tu avais raison, c’est bien », ou alors : « Tu as vu, hein, que ce n’était pas bien ! » C’est génial, nous essayons, nous sommes ouverts, et nous nous amusons vraiment beaucoup.

On a beaucoup parlé de plaisir, mais est-ce que vous vous êtes donné une ambition, une envie d’atteindre quelque chose avec The Prize ?

Nous ne sommes pas du genre à dire : « On verra bien. » Nous avons de l’ambition, mais sans nous mettre une pression inutile. Notre ambition est de jouer le plus possible, de faire le plus possible de concerts, parce que nous faisons de la musique principalement pour jouer sur scène. Notre leitmotiv, c’est vraiment d’être sur scène. Là, ça se passe plutôt pas mal, nous avons quand même des dates qui s’enchaînent. C’est donc notre ambition principale. Nous avons décidé de laisser le groupe grandir de façon organique, tout en jouant le jeu des réseaux sociaux, du visuel, etc. Je dirais que c’est moi qui me prends un peu plus le chou par rapport aux trois autres pour essayer de faire quelque chose sur Instagram, Facebook, YouTube, etc. J’ai été très au taquet ; là je commence à lâcher prise un petit peu parce que mon objectif principal était que nous existions visuellement, que quand on recherche The Prize sur Google, on tombe sur nos chaînes et nos réseaux. Maintenant, c’est le cas, donc nous allons pouvoir un peu lever le pied, parce que ça me saoule [rires], mais j’apprends à le faire de façon plus légère. A chaque fois que je poste quelque chose, c’est parce que j’en ai envie, sinon je ne le fais pas.

C’est la musique avant tout et ça, ce sont les à-côtés qu’on est obligé de faire…

Oui, mais je pense qu’on se laisse vite aspirer dans ce trou énergétique qui nous pompe notre temps et tout, en fait. On aurait vite tendance à penser qu’il faut construire une vie sur les réseaux sociaux, mais finalement, si on les voit comme quelque chose de sociable, pour rester en contact avec nos fans et faire en sorte qu’ils soient au courant de ce qu’on fait, je pense que c’est bien. Il n’y a donc pas besoin de poster tout, tout le temps, n’importe comment et n’importe quoi. On a juste besoin d’être régulier pour dire : « Eh les gars, on fait ça, on va jouer là-bas. » « On a fait des super trucs. Vous êtes sur les photos, tagguez vous, c’est trop bien ! On se retrouve ! » Et dès qu’on se voit dans la vraie vie, on se fait un coucou, on boit une bière, etc. Pour ça, les réseaux sociaux, c’est génial.

Il y a donc une vraie volonté de faire beaucoup de concerts pour se faire connaître par ce biais. Vous avez une ambition de tournée européenne ?

En tout cas, dans un premier temps, nous visons beaucoup le territoire français par défaut. Finalement, même si on n’est pas prophète dans son pays, en tout cas en tant que chanteuse belge, à chaque fois que je viens en France, je me sens vraiment bien accueillie, c’est royal. Là, nous avons déjà eu la chance de faire la Grèce, la Pologne, l’Allemagne. Nous allons remonter en Belgique, c’est obligé ! Je commence à avoir des tas d’insultes dans ma boîte aux lettres : « Tu nous oublies, tu ne viens pas jouer dans ton pays ! » Non, je plaisante, mais j’espère que ça se fera bientôt. C’est beaucoup Christophe qui s’occupe des dates et il y a des contacts satellites qui commencent à graviter autour de nous. Nous attendons pas mal de dates pour les confirmer, mais si tout ce passe bien, nous devrions être pas mal actifs l’année prochaine. Nous devrions avoir aussi quelques dates qui vont tomber cette année. Nous nous en sortons plutôt pas mal après toute cette période où tout a été annulé et reporté, nous sommes plutôt contents.

« Si le public ne réagit pas, je vais les chercher jusqu’à ce qu’ils réagissent. En général ça se passe bien, mais s’ils réagissent et que je vois qu’ils n’aiment pas, au moins ils ont réagi. C’est ce que je veux. J’ai besoin d’une réaction. »

Pour parler un peu de ta carrière, tu évoquais tout à l’heure l’enfance, donc j’imagine que tu chantes depuis toute petite. Il me semble que tu parlais de vocation…

C’est surtout la musique, plus que le chant. En fait, je n’ai jamais rêvé d’être chanteuse. Je voulais être enseignante quand j’étais petite parce que je voulais écrire à la craie au tableau quand je voulais. C’était mon métier : je voulais être prof. D’ailleurs, je le suis aujourd’hui en chant. J’allie rêve et passion. Mais la musique a toujours fait partie de ma vie depuis que je suis toute petite et c’est vrai que je ne m’en rendais pas compte, mais je chante depuis que je suis toute petite, mais de façon très timide, dans ma chambre, quand personne ne m’écoutait, j’attendais que tout le monde soit parti. Ça a été une grosse révélation quand j’ai commencé le chant en 98, parce que je cherchais une place au synthé et il avait déjà trouvé un claviériste. Il m’a dit : « Est-ce que tu chantes ? » J’ai fait : « Bah oui » J’ai chanté toute timide dans la voiture, il a dit : « Tu chantes bien, tu as une belle voix, donc si tu veux, c’est toi qui chantes. » J’ai commencé comme ça. J’ai acheté mon premier micro, j’ai commencé à beugler dedans, jusqu’aux premiers enregistrements où je me suis dit : « Aïe, aïe, aïe, il va falloir que je travaille un peu quand même. » J’ai toujours chanté juste, mais entre chanter juste et chanter dans un groupe avec micro et tout le bazar, il y a un monde.

Ce n’était pas un pas trop dur à franchir justement puisque tu disais que tu étais timide ?

Non, parce que c’est vraiment arrivé au bon moment où j’avais besoin de gueuler ma haine au monde entier. Je devais avoir dix-neuf ou vingt ans. Le fait de littéralement beugler dans un micro me faisait énormément de bien. Je me sentais tout à coup maître du monde et plus personne ne pouvait me faire chier. C’était incroyablement thérapeutique. Après, ce n’était pas vraiment de la timidité. Je dirais que c’était plus de l’introversion. Ça s’apprend.

Ça a été une révélation pour la suite ? Car on a vraiment l’impression que tu t’éclates sur scène, que c’est là que tu dois être…

En fait, ce que j’aime dans la scène, c’est le partage et puis jouer le jeu de : « Je suis la meilleure, juste le temps d’un instant, que tu m’aimes ou ne m’aime pas. » Ça me fait du bien, c’est trop génial, et du coup, il y a quelque chose de magique. On a tous cette capacité de décider, le temps d’un instant, d’être le meilleur ou la meilleure. C’est bien. C’est très sain. Et il y a le partage, le fait d’avoir un retour. Si le public ne réagit pas, je vais les chercher jusqu’à ce qu’ils réagissent. En général ça se passe bien, mais s’ils réagissent et que je vois qu’ils n’aiment pas, au moins ils ont réagi. C’est ce que je veux. J’ai besoin d’une réaction. C’est un échange.

Dans tes anciens groupes, il y a eu Nightmare, Virus IV, tu as fait des participations dans Ayreon… Que mettrais-tu en haut et en bas de ton parcours musical ? Qu’est-ce qui t’a le plus plu et quand as-tu eu des déceptions ?

Qu’est-ce que les hauts et les bas ? Car quand tu as une déception, tu apprends plein de choses. Probablement qu’une de mes plus grandes déceptions – parce que j’en ai eu vraiment beaucoup, mais c’est très bien – c’était Virus IV. C’était vraiment le groupe dans lequel je m’étais investie, où nous étions vraiment soudés comme des frères, c’était génial, et le fait qu’il se dissout, ça a été une grosse déception. En même temps, là où ça s’annule, c’est que ça a aussi été une de mes plus belles expériences en groupe. D’ailleurs, depuis Virus IV, je n’ai pas réussi à retrouver ça, sauf que maintenant j’ai The Prize. C’est un peu comme si j’avais fait plein de choses, j’ai nagé, mais The Prize c’est mon Virus IV en exponentiel.

L’expérience Ayreon a pu amener une certaine exposition. Est-ce que ça t’a apporté quelque chose par la suite ?

Oui, complètement. Le fait de participer à un projet comme Ayreon, pour faire une longue histoire très courte, je dirais que ça donne une crédibilité extraordinaire. Tu dis à quelqu’un que tu as participé à Ayreon, tout de suite, même s’il ne t’a pas entendu, il te respecte, parce qu’Arjen [Lucassen] ne va pas prendre de mauvais chanteurs. Rien qu’à ce niveau-là, c’est top. Du coup, c’est super, car tu peux dire que tu as été sur un album avec de grands noms. Etant fan de Jorn Lande, Russel Allen – que j’ai même remplacé sur certains titres, qui l’aurait cru ? – c’est génial de pouvoir dire ça et de pouvoir fièrement porter la participation dans un projet comme Ayreon. Je suis très fière !

« Je me suis toujours effacée pour le succès et le bien des autres. Je pourrais m’en vouloir mais finalement, non, parce que je pense que ça fait de moi quelqu’un de pas trop dégueulasse, et grâce à ça j’ai aussi beaucoup appris à m’aimer. Je trouve que c’est très important de s’aimer, parce que si on ne s’aime pas, c’est difficile d’aimer les autres de façon sincère. »

Tu fais plein de choses avec ta voix, y compris du growl. Avec la voix que tu as, tu aurais pu rencontrer un succès encore plus important. Arrives-tu à savoir pourquoi à un moment tu n’as pas réussi à rencontrer plus de succès ?

Oui. C’est plusieurs choses. Dans un premier temps, je n’ai jamais eu l’ambition d’être super célèbre, contrairement à beaucoup d’artistes qui sont tellement concentrés, ils ont vraiment le focus, parce qu’ils savent ce qu’ils veulent. Je n’ai jamais eu ce focus. J’ai toujours – ce qui explique – mis mon énergie dans le projet des autres pendant toutes ces années, y compris dans Virus IV. C’était censé être mon projet aussi, Epysode pareil, mais en fait, non. Je me suis toujours effacée pour le succès et le bien des autres. Je pourrais m’en vouloir mais finalement, non, parce que je pense que ça fait de moi quelqu’un de pas trop dégueulasse, et grâce à ça j’ai aussi beaucoup appris à m’aimer. Je trouve que c’est très important de s’aimer, parce que si on ne s’aime pas, c’est difficile d’aimer les autres de façon sincère. C’est donc vraiment dû à ça, et puis il y a aussi des actes manqués. J’ai fait certains choix, toujours en rapport à l’autre, qui m’ont fait zapper quelques opportunités – disons-le comme ça.

Tu donnes des cours de chant depuis quelque temps. Qu’est-ce qui t’a amenée à faire ça ?

Je m’en souviendrais toute ma vie : c’était après un concert de Spirittales, un de mes premiers groupes, où quelqu’un est venu dans les backstage en disant : « Tu chantes trop bien, est-ce que tu pourrais me donner des cours ? » J’ai fait : « Ok. » Ça devait être en 2000. J’ai commencé comme ça, de façon totalement amateure. La personne a ensuite parlé à une autre personne qui est venue aussi, qui a parlé, qui a parlé, et de bouche à oreille, j’ai continué à donner des cours et je me suis rendu compte que j’aimais beaucoup faire ça. Je n’ai jamais prétendu connaître quelque chose que je ne savais pas. Je partageais ce qui fonctionnait pour moi, les gens revenaient, donc c’est que ça fonctionnait, mais à un moment donné, je me suis sentie un petit peu limitée, donc j’ai commencé à me renseigner, j’ai pris un petit cours avec une prof de lyrique, j’ai rencontré Jaime Vendera qui est un coach aux Etats-Unis et ainsi de suite. Et à force de donner des cours, tu apprends plein de choses parce que tout le monde vient avec des voix différentes et des problèmes différents, et quand je dis « problème », ce n’est pas que vocal, ce sont aussi des blocages. Ça fait plus de vingt ans maintenant !

Comment fonctionnes-tu ? C’est sous forme de master class ou de sessions – tu es passée notamment à l’école Décibel près de Lyon – ou tu fais des cours récurrents chez toi en Belgique ?

Les cours individuels de façon récurrente, je n’en fais plus depuis quelques années. C’est vraiment ponctuel. Tu viens chez moi un peu comme si tu allais chez le médecin, parce que tu as une question, un doute, quelque chose à travailler, etc. C’est vraiment avec une demande spécifique ; les gens viennent avec cette demande et nous travaillons ça. Si ta demande n’est pas spécifique, je motive à aller d’abord faire un workshop, un stage, avec un thème. En général, on parle de la voix saturée, de la présence scénique, du belting, des gros sujets que tout le monde a envie d’aborder quand on chante. Ça dégrossit le terrain et après on vient avec des questions plus spécifiques, on perd moins de temps.

Prends-tu autant de plaisir à faire ça que tes groupes ? Tu fais un équilibre entre les deux ?

Sincèrement, oui. Et pendant la période Covid-19, j’ai eu un trop-plein, parce que n’ayant plus aucun concert, ou en tout cas très peu, j’ai eu énormément de coaching individuel, zéro stage parce qu’on n’avait plus le droit de faire du collectif, et à un moment, j’ai fait : « Oh là là, je n’ai plus envie ! » Ce n’est pas le fait que je n’aimais plus, c’est le fait que j’aime que les activités soient variées. Je me lasse assez vite. Mais oui, je prends autant de plaisir à voir briller les yeux de quelqu’un qui fait : « Ouah, c’est trop bien, c’est trop génial, merci Maggy ! » que de me retrouver sur scène à chanter.

Quels sont tes projets encore actifs ? Je sais que tu fais aussi des vidéos sur ta page YouTube…

Très peu. Je devrais en faire plus parce que c’est fun.

J’ai vu aussi un projet Maiden United…

Ça a été quelques fois il y a deux ou trois ans. Je les avais rejoints en invitée pour quelques dates, c’était vraiment génial comme expérience. Qui sait ? Peut-être un jour je referai une date, ce n’est pas exclu. Nous nous entendons super bien. C’est vraiment un side-project.

Donc aujourd’hui, tu as The Prize en principal…

Oui, The Prize. Akoustic Thrill pour s’amuser. Myriad Voice pour mon coaching. J’essaye de m’en tenir à ça pour l’instant, parce que ça remplit bien les journées déjà !

Interview réalisée par téléphone le 19 juillet 2022 par Sébastien Dupuis.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Photos : Lori Linstruth (1) & Mat Ninat Studio (3, 5, 6).

Site officiel de The Prize : www.theprizeband.com

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