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Chronique   

The Ruins Of Beverast – Exuvia


« Exuvia est un récipient empli de bactéries létales constipées, chargées d’un fluide atone ; une substance colorée venimeuse ; un marais florissant. C’est une forteresse élevée contre le siège d’organismes sans âmes, et, ultimement, un appel aux forces purifiantes de la nature » : voilà les mots par lesquels a été précédée la sortie du cinquième album de The Ruins Of Beverast, choisis par Alexander Von Meilenwald (la tête pensante du groupe) lui-même. De quoi annoncer la couleur en des termes pour le moins fleuris, et rassurer les fans du groupe, qui y retrouvent les grandes lignes de son esthétique : style foisonnant, fascination pour la pourriture, et prédilection certaine pour les fluides corporels. En effet, en une quinzaine d’années d’exercice et une poignée d’albums remarqués, ce projet d’un seul homme a su imposer une vision singulière et s’attirer les faveurs d’amateurs de metal extrême de plus en plus nombreux. Ayant évolué jusqu’au point de convergence entre doom, death et black metal après des débuts plus franchement noirs, se situant désormais pas très loin de Bölzer voire de Triptykon, The Ruins Of Beverast est passé maître dans l’élaboration de gigantesques fresques angoissées résonnants de voix caverneuses et d’élucubrations méthaphysico-mystiques tourmentées. Après un Blood Vaults – The Blazing Gospel Of Heinrich Kramer narrant les affres spirituels d’Heinrich Institoris (auteur du tristement célèbre Marteau des sorcières) tenant du concept album, le groupe revient avec Exuvia à un propos plus libre et à une forme (encore) plus désarticulée.

L’exuvie est l’enveloppe dont se débarrassent certains insectes lors de leur mue, processus indispensable à leur croissance qui s’accompagne parfois d’une véritable métamorphose. Point de métamorphose ici cependant : les caractéristiques de The Ruins Of Beverast sont toutes là, à commencer par les dimensions monumentales des titres, tant en durée (chacun des six morceaux fait une dizaine de minutes) qu’en complexité et en profondeur. Pour autant, passée cette impression de familiarité, l’auditeur se retrouve rapidement projeté en dehors de sa zone de confort, voire même malmené par un tourbillon de sonorités et de notions disparates et inquiétantes : percussions tribales, hululements de voix féminines à la Into The Pandemonium (« Exuvia »), violons glaçants évoquant ceux de la « Threnody For The Victims Of Hiroshima » de Penderecki (en ouverture de « Maere (On A Stillbirth’s Tomb) »), et tempêtes de riffs tantôt pachydermiques, tantôt acérés. Pour ne prendre que l’exemple de « The Pythia’s Pale Wolves », centre et apogée de l’album : l’auditeur y passe d’une ouverture aux sonorités industrielles à des mélopées féminines (celles de la Pythie, on suppose ?) sur fond de percussions hypnotiques après être passé par des riffs presque grunge, une interlude très martiale et même des envolées de cornemuse (!), le tout pour s’ouvrir, après un loup hurlant à la lune, sur l’un des passages les plus agressivement black de tout l’album. Rien de moins. S’il n’est pas toujours évident de ne pas perdre pied, la production, riche, claire et à toute épreuve, les échos aux albums précédents du groupes (notamment Rain Upon The Impure), ainsi que les multiples allusions au chamanisme nord-américain constituent les fils rouges qui donnent forme à ce qui se révèle peu à peu être un monument de psychédélisme.

Car en effet, c’est peut-être dans l’EP Takitum Tootem! sorti l’année dernière que se trouve la clé d’Exuvia : en plus du titre repris dans une version un peu moins tribale sur l’album, s’y trouvait une reprise très psychoactive de « Set The Controls For The Heart Of The Sun » de Pink Floyd. Tout comme Empty Space Meditation de ses comparses de label d’Urfaust, Exuvia tient du rituel chamanique, du voyage astral, de l’expérience initiatique – de la mue de l’insecte qui se débarrasse de sa carapace devenue trop étroite. Le bad trip n’est cependant jamais loin (étirement infini du temps, confusion, hyperstimulation des sens), et l’exigence imposée à l’auditeur frôle parfois la complaisance. Un album complexe, un peu indigeste et, comme le suggère peut-être son titre, pas débarrassé de toutes ses scories, mais qui mérite qu’on s’y perde – expérience qui, dès les dernières pulsations de l’hypnotique « Takitum Tootem », pourrait bien se montrer régénératrice, comme elle semble l’avoir été pour Meilenwald qui fait preuve avec cet opus d’une créativité tentaculaire et d’une liberté revigorante. Incontournable.

L’album en écoute intégrale :

Album Exuvia, sortie le 5 mai 2017 via Ván Records. Disponible à l’achat ici



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