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Chronique   

The Ruins Of Beverast – The Thule Grimoires


Pas question de se reposer sur ses lauriers pour le prolifique Alexander von Meilenwald : depuis la sortie du dernier album de son projet The Ruins Of Beverast en 2017, il a travaillé sur deux splits (avec les Irlandais de Mourning Beloveth et les Islandais d’Almyrkvi – deux premières incursions vers des îles du Nord, on va y revenir) sortis en 2020 et sur son sixième opus, The Thule Grimoires. Difficile de savoir à quoi s’attendre avec le multi-instrumentiste : si en plus de quinze ans de carrière, il a défini un style unique, reconnaissable à la première écoute, qui mêle l’agressivité et les atmosphères occultes du black metal, la bestialité du death et ce que le doom a de plus épique dans de longues chansons tentaculaires, il le pousse à chaque album dans des directions différentes. En effet, passé trois premiers albums plus franchement black – après tout, c’est dans Nagelfar que Meilenwald a fait ses classes –, Blood Vault (2013) plongeait l’auditeur dans l’esprit tourmenté des chasseurs de sorcières, et Exuvia (2017) dans un rituel sombre et chamanique. Avec un titre tel que The Thule Grimoires, on s’attend à des tonalités païennes et des paysages glacés, mais l’un des premiers extraits du disque, « Anchoress In Furs », prend complètement à rebours l’auditeur avec ses vocalises féminines orientalisantes…

C’est qu’une fois de plus, The Ruins Of Beverast nous mène dans les territoires du rêve, ou plutôt du cauchemar, et des visions hallucinées. Avec « Ropes Into Eden », l’album ouvre en grande pompe : une introduction nébuleuse mène à une explosion résolument black metal, puis des passages doom particulièrement majestueux. La production surprend un peu : claire, laissant la place aux atmosphères de prendre toute leur ampleur, elle est aussi remarquablement moins caverneuse et oppressante que sur les opus précédents, où la section rythmique prenait aux tripes. Alors qu’il semblait résolument chthonien, le son de The Ruins Of Beverast se fait aérien, et ce tout au long des 70 minutes de l’album. Chacun des sept titres qui le composent semble immense, comme un paysage qui se déploie à perte de vue, peuplé de présences pas vraiment humaines : la voix de Meilenwald montre toutes ses facettes, des grognements râpeux au chant clair, et elle est accompagnée de murmures et de samples (dans un allemand ténébreux à la fin d’« Anchoress In Furs », par exemple). Là où Exuvia, dont on retrouve parfois les percussions tribales et les méandres psychédéliques (on pense particulièrement à « Mammothpolis »), se faisait volontiers exigeant, presque hostile, The Thule Grimoires est truffé de passages qu’on aurait presque envie de qualifier d’accrocheurs : des mélodies en voix claire, des arpèges de guitare au parfum très années 90, presque grunge, parfois gothiques, bref, quelque chose de Type O Negative, notamment sur « Kromlec’h Knell », ou de My Dying Bride. Quoi qu’il en soit, la tonalité générale est résolument épique et glacée.

Et pour cause : Thulé, île plus ou moins imaginaire que d’aucuns imaginent la contrée des Hyperboréens et qu’on croise dans toutes sortes de mythologies pas toujours fréquentables (le pangermanisme de la société Thulé ou le néopaganisme d’une certaine ex-star du black metal reconvertie dans le survivalisme, par exemple), symbolise la limite septentrionale du monde. C’est bien ce genre d’imaginaire qui parcourt ces Grimoires, des titres et des paroles des chansons aux ambiances évoquées : vastes steppes enneigées, brumes, mammouths qui luttent contre les éléments, nuits qui n’en finissent pas, à peine éclairées par l’éclat magique et un peu psychédélique des aurores boréales et les flammes des cérémonies de chamans enveloppés de fourrures. Plus froid que ses prédécesseurs, donc, plus essoufflé aussi, The Thule Grimoires n’offre pas la puissance primitive et la transe sauvage qui ensorcelaient dans les albums précédents. Elles manqueront sans doute à pas mal d’aficionados du groupe, mais difficile de ne pas saluer l’ambition et la créativité débordantes d’un Alexander von Meilenwald passé maître dans l’art de retranscrire musicalement ses visions. Technique, méticuleux – chaque nouvelle écoute de l’album révèle de nouveaux détails soigneusement arrangés –, The Thule Grimoires donne aux extrémités les plus froides de la musique actuelle des dimensions mythiques.

Album en écoute :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Anchoress In Furs » :

Clip vidéo de la nouvelle chanson « Kromlec’h Knell » :

Album The Thule Grimoires, sortie le 5 février 2021 via Ván Records. Disponible à l’achat ici



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