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Live Report   

The Smashing Pumpkins : nostalgie d’une autre époque mais laquelle ?


S’il y a un groupe de rock qui incarne parfaitement les années 90, c’est bien The Smashing Pumpkins. Ce groupe a composé au cours de cette décennie la bande son de milliers d’adolescents mal dans leurs pompes, qui découvraient avec incompréhension le monde, avec ses contradictions et parfois même ses horreurs. Un rock dépressif qui semblait dire : « Vous n’êtes pas seuls sous ce ciel gris » et offrait la possibilité de se rassembler autour.

Les adolescents ont finalement grandi, le groupe s’est séparé à l’issue de la décennie, puis s’est reformé il y a seulement six ans autour de son leader Billy Corgan, seul rescapé du groupe d’origine (enfin, d’une certaine manière la bassiste Nicolas Fiorentino serait aussi liée à l’histoire de la formation, puisqu’elle serait l’une des petites filles sur la pochette de Siamese Dream). Autant dire que le visage actuel du quatuor peut laisser une impression d’avoir affaire à un groupe que l’on ne reconnaît plus et les deux albums sortis depuis, Zeitgeist et Oceania, ne fédèrent pas avec la même force que ne l’avait fait un Mellon Collie And The Infinite Sadness, mais la nostalgie associée au nom, la silhouette chauve de Corgan et son grain de voix particulier jouent, quoi qu’il arrive, forcément en leur faveur. Il n’est donc pas étonnant de voir en cette soirée de juillet, dans un Théâtre Antique de Vienne seulement rempli, à vue de nez, à la moitié, une majorité de trentenaires venus revivre une partie de leur adolescence.

Artistes : The Smashing PumpkinsBeware Of Darkness
Date : 16 juillet 2013
Salle : Théâtre Antique
Ville : Vienne

Beware Of Darkness profite du soleil

Le patronyme du groupe d’ouverture, Beware Of Darkness, sonne aux premiers abords comme un avertissement. Mais en définitive il se révélera être plutôt mal à propos. Car c’est sous une fin d’après midi lumineuse que le trio foule les planches et ces petits jeunes à l’attitude joviale n’ont vraiment rien d’obscur ou de terrifiant. Un guitariste chanteur, foulard au cou et lunettes de soleil sur le nez, presque à l’allure de fashion-victim, et au timbre de voix aiguë, un bassiste cheveux mi-long qui lui tombe sur le visage et un batteur forcené qui ne se ménage pas, voilà une équipe qui a tout d’un agréable apéritif. Pas bien plus, car au bout du compte, de ce rock assez générique et à la mode, inspiré par le côté brut des années 70, il n’en sera pas forcément retenu grand chose à la fin du show. Juste un enchaînement de chansons qui font sur le moment taper du pied et un trio divertissant par son enthousiasme débordant. Une reprise des Beatles, un petit souci technique sur la basse vite réglé, quelques mots de gratitudes et voilà un show avec tout juste ce qu’il faut d’aspérités pour suffisamment accrocher et patienter le temps que le soleil se couche et que les Smashing Pumpkins se montrent. C’était l’objectif, il a été atteint.

Ambience scénique psychédélique sur le hit Bullet With Butterfly Wings

A croire qu’introduire son concert avec une reprise d’une chanson issue de la fin des années 60 et début des années 70 pourrait devenir une mode, puisqu’après Def Leppard qui ouvre ses derniers show sur le « Won’t Get Fooled Again » de The Who, The Smashing Pumpkins, eux, ont débarqué ce mardi soir sur le fameux « Space Oddity » de David Bowie. La bande à Billy Corgan inaugure ainsi un changement majeur dans l’ordonnancement de sa setlist (mais qui sera conservée dans les grandes lignes pour Carcassonne le lendemain) par rapport aux shows donnés précédemment à Paris mais aussi à Lille et Nantes qui, pourtant, se démarquaient déjà entre eux par quelques différences notables. L’amorce d’un concert reste un moment tout particulier et remplacer « Quasar », titre d’ouverture pêchu de son dernier album Oceania, au pied levé par une reprise aussi chargée en ambiance était un pari osé mais totalement réussi.

C’est donc avec un démarrage énigmatique et sous une atmosphère lourde que les Smashing Pumpkins font leur entrée dans le Théâtre Antique de Vienne, les musiciens affichant des visages graves. Visages qui se rouvrent néanmoins dès le second titre « Starz » et son final bien rock. Mais force est de constater que ce choix d’ouverture aura, tout compte fait, posé la base d’une partie du show. The Smashing Pumkins est un groupe connu pour ses tubes et ses quelques morceaux pêchus, mais c’est aussi et surtout un groupe qui aime jouer sur les atmosphères et des tempos modérés pour prendre le temps de développer ses textures sonores. Et, pour se faire, les années psychédéliques ont eu un rôle important dans l’éducation de la formation, plus encore depuis sa renaissance, comme en atteste son dernier album en date.

The Smashing Pumpkins : un line-up récent mais déjà soudé

Et c’est précisément ce que l’on retiendra de ce show : des chansons qui rendent en partie hommage à ces années réputées pour leur créativité, avec des musiciens qui dévoilent leurs talents et leur jeu, loin d’être rudimentaire. Mike Byrne est un jeune batteur généreux et technique et Jeff Schroeder mène avec beaucoup – peut-être trop – de concentration les mélodies de guitare, avec quelques savoureux moments d’embrasement. Même la ravissante Nicole Fiorentino, pour peu que l’on mette pendant un petit instant son indéniable charme de côté (ces petits sourires timides font un malheur…), assure un groove simple mais efficace, avec un son épais, parfois renforcé de distorsion. Et même si le jeu de Billy Corgan se montre plutôt épuré, il ne manquera pas quelques occasions de se mettre en avant, comme ce moment où il s’assoie sur un retour au plus proche du public, tête baissé sur sa guitare, dans le noir avec seule une lueur bleue projetée sur sa silhouette.

Corgan est indéniablement de ces chanteurs à la voix très particulière, que l’on déteste ou que l’on adore. Un timbre nasillard caractéristique qui aura accompagné nombre d’adolescents lorsque le combo était au sommet de son art. A voir Corgan se donner sur scène, plutôt contemplatif voire introverti malgré quelques gestuelles un peu molles (il n’a plus ses vingt ans), on en vient à s’étonner de ses quelques prises de paroles et de ses plaisanteries – par exemple pour se moquer de l’accent français. Moment fort lorsqu’il présente ses musiciens et arrive le tour de la belle bassiste : « Comment cela se fait-il qu’elle soit toujours plus acclamée ? Elle l’est plus que moi ! » « La basse est leur instrument préféré », lui répond Fiorentino. « Oh la basse… Tu veux jouer un solo de basse ? » lui propose-t-il, provoquant le délire de la foule. Devant l’air un peu gêné de Fiorentino, Corgan se rattrape : « Moi, je peux jouer un solo de basse… » Fiorentino lui tend la basse pour le défier et voyant le chanteur ne pas se dégonfler et venir vers elle, elle demande hésitante s’ils ont le temps pour ça. Mais Corgan empoigne la basse encore sur le dos de sa musicienne et se lance dans un slap funky, suivi par le batteur et le guitariste, acclamé par le public.

Funky Billy Corgan en action

La spontanéité, voilà bien quelque chose emprunté aux années pré-80 du rock. Il suffit de voir cette setlist en perpétuelle mutation d’un concert à l’autre, comme si elle était décidée au dernier moment (ce qui poussera le batteur à rejoindre le synthétiseur sur le devant de scène au mauvais moment, convié par Corgan d’un revers de main à retourner l’air penaud derrière ses fûts). Et même si les Smashing Pumpkins sont avant tout parmi les plus grands représentant du rock des années 90, on sent chez eux une volonté de ne pas se limiter à cette décennie et proposer avant tout un rock ouvert. Il peut au premier abord paraître étonnant que « Tonight, Tonight » et « Bullet With Butterfly Wings », les deux plus gros hits du groupe, soient joués si tôt dans le set (là où on les aurait attendu en clôture) et interprétés de manière plutôt terne, comme balancés pour dire : « Voilà on les à fait, on peut passer à autre chose ». Car, d’une part, le groupe semble avoir particulièrement envie de mettre en avant son nouvel album Oceania, pourtant accueilli de manière mitigée, et, d’autre part, les plaisirs des musiciens se trouvent de toute évidence être davantage dans le développement des ambiances et les tirades instrumentales parfois psychédéliques (d’où des synthétiseurs qui passent entre plusieurs mains au cours de la soirée). Et il n’est pas étonnant qu’une seconde reprise d’un vieux classique ait été intégrée au set. Là où « Space Oddity » collait au caractère ambiancé de la musique du groupe, le « Immigrant Song » de Led Zeppelin joué en début de rappel, elle, fait écho à sa face la plus rock, idéalement enchaîné au remuant « Cherub Rock ».

La belle Nicole Fiorentino qui aura attiré bien des regards…

Le tout se termine sur un autre hit « 1979 », annoncé comme étant un bonus spécialement pour Vienne. Peut-être était-ce une façon de rattraper une scène un peu moins étoffée que sur les autres dates : pas de triangle lumineux sur les côtés et l’écran pyramidal a été disposé à plat en fond de scène, perdant l’effet de relief, sans doute parce que la taille ou la disposition de la scène n’avait pas permis de faire autrement. Reste les visuels sur vidéo de Sean Evans – qui a travaillé avec Roger Waters sur sa dernière performance de The Wall – magnifiques et hypnotiques sur le fond de scène et un jeu de lumières travaillé. Ceci, avec la musique, a bien suffi à faire voyager le Théâtre Antique de Vienne, même si les fans des premières heures auront surement connu le groupe, fut un autre temps, faisant preuve d’un peu plus de nervosité.

Au bout du compte, le plus intriguant restera ce mélange des époques : un groupe incarnant les années 90, lorgnant dans le psychédélisme des 60’s et 70’s, avec un line-up tout frais des années 2000 et se produisant dans un théâtre romain vieux de vingt siècles. En y réfléchissant, le tableau à de quoi désarçonner.

Setlist :

Space Oddity (reprise de David Bowie)
Starz
Rocket
Quasar
Disarm
Tonight, Tonight
Bullet with Butterfly Wings
Pinwheels
Oceania
Thirty-Three
Ava Adore
Eye
One Diamond, One Heart
Pale Horse
Today
Zero
Stand Inside Your Love
United States

Rappels :
Immigrant Song (reprise de Led Zeppelin)
Cherub Rock
1979

Photos : Spaceman

Galerie photos du set de Beware Of Darkness
Galerie photos du concert de The Smashing Pumpkins



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