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Interview   

The Winery Dogs : Richie Kotzen l’instinctif


The Winery Dogs - Richie KotzenIls ne sont que trois dans The Winery Dogs – le chanteur-guitariste Richie Kotzen, le bassiste Billy Sheehan et le batteur Mike Portnoy -, et pourtant il s’en passe des choses dans leur musique, en dépit de ses côtés « faciles » et accrocheurs ! The Winery Dogs est, en soi, un genre de paradoxe. Et sans doute est-ce ainsi parce qu’en grattant un peu sous la surface, les trois compères ont eux-mêmes leurs oppositions de personnalités. On se rend compte, par exemple, que Kotzen se fiche bien de chercher cet équilibre entre virtuosité et accroche auquel Sheehan – à en croire ses propos lors de notre dernière rencontre – semble, lui, donner une certaine importance. Kotzen est avant tout un intuitif en matière de composition, refusant la sur-analyse, à l’inverse de la réputation qui a pu précéder Portnoy dans son ancien groupe, Dream Theater. Portnoy, qui collectionne les projets en tout genre ; Kotzen qui avoue au contraire les éviter…

Bref, à l’occasion de la sortie du second album de The Winery Dogs, Hot Streak, nous avons voulu en savoir un peu plus sur le moins célèbre mais non moins talentueux et pilier créatif de la bande. Celui qui a, avant ça, surtout été connu pour ses passages chez Poison (à qui il a offert l’excellent Native Tongue) et Mr. Big – deux gouttes d’eau dans un océan en comparaison de sa vingtaine d’albums solo. De quoi mieux cerner qui est cette voix chaude, parfois soul ; un artiste accompli et polyvalent qui mérite qu’on s’intéresse à son œuvre.

The Winery Dogs 2015

« Lorsque tu commences à rentrer dans des analyses, ce n’est plus de l’art, ce n’est pas de la créativité, ce sont des maths ! Ce n’est pas censé être des maths ! Nous ne sommes pas en train de résoudre une équation. »

Radio Metal : Hot Streak est le second album de The Winery Dogs. Comment la collaboration a-t-elle évolué depuis le premier album ? Je sais notamment que pour le premier, tu avais écrit la majorité de la musique et des paroles…

Richie Kotzen (chant, guitare & clavier) : C’était grosso modo pareil cette fois-ci. La seule vraie différence est que sur le premier album, nous avions un tas de chansons que j’avais composées auparavant et que j’ai ramenées. Cette fois, nous n’avons pas fait ça, tout a été fait de zéro, pour ainsi dire. Nous nous sommes retrouvés dans une pièce et avons jammé sur des idées. Voici en gros le processus : nous nous posons dans une pièce, nous trouvons des idées musicales, je les récupère, j’écris les mélodies, j’en fais des chansons et ensuite nous enregistrons l’album. C’est donc assez simple. C’est une formule qui a fonctionné la première fois et c’est encore ce que nous avons fait cette fois.

Tu as déclaré te sentir « davantage connecté aux paroles et à la musique de cet album que pour le précédent. » Comment l’expliques-tu ?

Eh bien, tu vois, je dis ça à chaque fois que je fais un album ! Le truc c’est que, généralement, lorsque tu fais un album, tu es surexcité, c’est tout nouveau… Tu sais, tu n’entends jamais quelqu’un dire : « Hey, écoute mon nouvel album, je ne l’aime pas. » Les gens ne disent pas ça, ils ne parlent pas comme ça. Je ne sortirais pas un album avec un groupe ou en solo si je n’avais pas le sentiment d’avoir fait quelque chose qui vaut le coup d’être partagé avec les gens. Et je crois que ce que j’essaie d’exprimer dans cette citation, c’est que nous avons ouvert notre palette musicale sur cet album. Nous avons toujours des chansons comme « Oblivion », « Devil You Know » et quelques autres qui prennent racine dans ce que nous avons créé avec le premier album, mais sur cet album nous avons été un peu plus loin : « Ghost Town », « Spiral », « Fire ». Ces chansons ont un parfum plus mature et, à mon avis, donnent de la profondeur au groupe. J’ai donc le sentiment que l’album Hot Streak, de façon générale, est une expérience musicale meilleure et plus profonde. Je trouve le premier album super, il était très cool, il nous a établis en tant que groupe, et je pense que maintenant, après avoir joué une centaine de concerts et avoir appris à bien se connaître, nous avons fait un album qui est encore plus évolué musicalement.

L’album s’appelant Hot Streak (NDT : « en veine »), est-ce que ça veut dire que vous avez le sentiment d‘être en veine avec The Winery Dogs ?

Ce n’est pas parce que je croyais ça que j’ai baptisé l’album ainsi. Je pense que nous voulions collectivement trouver un titre qui représentait notre second album. Lorsque tu vois les titres d’albums, à moins que je fasse un album conceptuel, souvent, ce sont des chansons clés sur l’album qui englobent la déclaration que tu fais passer avec la musique, au-delà du fait de sortir un album. Donc lorsqu’on considère ceci, la chanson « Hot Streak » en soi est très intéressante. Elle ne ressemble à rien que nous ayons fait, et pourtant elle paraît très familière. Et donc, en raison de ça, nous avons pensé que c’était une chanson remarquable et une chanson qui était une super introduction au reste de l’album. Pour nous, c’est une chanson essentielle et nous l’avons choisie parce que nous trouvions que le titre liait parfaitement l’ensemble.

The Winery Dogs a une combinaison très particulière de virtuosité musicale et de mélodies accrocheuses. Est-ce important d’avoir cet équilibre pour que la musique soit amusante à jouer pour les incroyables musiciens que vous êtes et, à la fois, à écouter pour l’auditeur ?

Tu sais, je ne réfléchis pas aussi loin lorsque je compose de la musique. Je n’analyse ou planifie rien de ce genre… C’est un processus créatif et ça se fait de plein de façons différentes. Ça peut démarrer avec une mélodie, des paroles, un riff… Nous n’avons vraiment fait qu’écrire des chansons ! Ce n’était rien de plus que ça. C’était très simple : nous nous retrouvons, nous jammons, nous le documentons, nous en faisons un compte rendu, on me laisse faire mon truc et nous voyons si nous pouvons en faire quelque chose. Lorsque tu commences à rentrer dans des analyses, ce n’est plus de l’art, ce n’est pas de la créativité, ce sont des maths ! Ce n’est pas censé être des maths ! Nous ne sommes pas en train de résoudre une équation. Nous ne faisons qu’écrire quelques chansons. C’est fait pour être apprécié. Et la chose en particulier que je dis toujours, c’est : tant que nous faisons de la musique en laquelle nous croyons tous les trois et, lorsque nous partons donner des concerts, tant que nous nous amusons et que des gens veulent partager ces moments avec nous, nous continuerons à le faire ! A l’instant où ça devient insistant ou pénible à un quelconque niveau, alors tu sais que c’est le moment d’arrêter. Jusqu’ici, ça a été super. Les gens ont été réactifs. L’album parle aux gens. Donc nous partons en tournée et nous continuerons aussi longtemps que possible.

Quand bien même, est-ce important d’avoir cette accroche, de ne pas oublier cet aspect et ne pas laisser la technicité supplanter ça ?

Je ne sais pas ! Je ne sais simplement pas. Je ne pense pas en ces termes. Je me contente de composer ce que je compose. Et tu sais, si je compose quelque chose et qu’il se trouve que ça accroche l’oreille de quelqu’un, alors ainsi soit-il. Si ce n’est pas le cas, tant pis. Tu ne peux pas le contrôler. Je ne sais pas comment le contrôler. C’est ce que c’est. Il se trouve juste que c’est ce qu’il se passe lorsque je compose. Ça atterrit dans la catégorie des choses que quelqu’un peut retenir ou peut-être chanter par-dessus, mais c’est juste dans la nature de ce que je fais. Une roue est ronde pour pouvoir rouler. Tu vois, ce que j’essaie de dire, c’est « telle est l’architecture de ce que je fais ». D’un autre côté, lorsqu’on réfléchit à l’aspect technique que tu mentionnes, qui est un truc directement musical, je pense que cet élément est là parce que c’est ce que ces musiciens mettent sur la table. De par la façon dont Billy joue naturellement de la basse, tu auras ces possibilités, tu auras ces riffs que tu pourras brancher. De par la façon dont je joue naturellement de la guitare, c’est pareil. Idem avec Mike Portnoy et la batterie. Donc étant donnée la nature de notre manière de jouer, c’est le genre de choses que nous mettons sur la table. Encore une fois, c’est quelque chose de naturel. Il n’y a vraiment aucun plan. Lorsque « Oblivion » a été composé, Billy avait cette partie de dingue qui ouvre la chanson et qui n’était qu’un exercice, et nous avons décidé de l’incorporer à une chanson. Et ensuite j’ai apporté mes parties, Mike est lui aussi arrivé avec ses parties et nous avons fait une chanson ensemble. C’est collaboratif. The Winery Dogs sonne comme The Winery Dogs parce que c’est The Winery Dogs.

The Winery Dogs - Hot Streak

« Je ne sais pas toujours d’où ces idées me viennent, et parfois j’ai l’impression que si j’en parle trop, je pourrais arrêter d’avoir des idées, et je ne veux pas en arriver là ! »

Est-ce que “Captain Love” pourrait être votre tentative à faire une chanson d’AC/DC, dans la mesure où ça y ressemble beaucoup ?

Bon Dieu ! [Il réfléchit] Non… Je ne sais pas. Je veux dire que, genre, tu as un rythme de batterie et un accord de guitare… Je joue cet accord basique de Mi… Nous étions chez moi et nous jammions dans mon studio, j’ai été aux toilettes et j’ai eu cette pensée : « Et si on avait une chanson faite de gros power-chords, sans partie technique de dingue qui encombre la chanson, et avec plein espace ? » Je suis donc sorti des toilettes, j’ai pris ma guitare et j’ai envoyé cet accord de Mi. J’ai dit à Mike : « Contente-toi de jouer un vrai putain de rythme direct à la Led Zeppelin/John Bohnam. » Il est donc parti sur [il chante le rythme] et j’ai commencé à jouer des accords, littéralement, et à chanter. Voilà comment cette chanson a été écrite. Ça s’est fait en à peine quelques minutes. Ça n’a pas du tout été réfléchi !

D’ailleurs, est-ce difficile parfois de trouver ton espace en tant que chanteur avec les deux autres gars avec qui tu joues ?

Ouais, c’est sûr ! Car par la nature de leur jeu, c’est différent de moi. Tout ce que je fais, chaque choix que je fais sur l’instrument doit être en accord avec la chanson, je crois, parce que je chante et joue de la guitare en même temps. Je ne peux pas me battre contre moi-même, c’est impossible pour moi d’exagérer mon jeu en tant que guitariste parce que je chante. Tu vois ce que je veux dire ? J’ai presque l’impression qu’autrement je tomberais en dépression nerveuse. Il faudrait que je sois pété de la tête pour pouvoir faire ça ! Mais, d’un autre côté, l’approche de Billy est très différente de la mienne. C’est aussi presque comme s’il approchait la basse comme une guitare, ce qui est unique ! Personne ne joue de la basse comme lui. C’est un son complètement différent. Et Mike a son propre truc également. Tu sais, Mike est un animal très intéressant parce qu’il peut plus ou moins jouer n’importe quoi. Il peut jouer les trucs heavy metal, il peut faire les trucs progressifs et, sur cet album, si tu écoutes « Spiral », je ne peux même pas croire que c’est Mike Portnoy ! Ça sonne comme Charley Drayton ou je ne sais qui… Je veux dire qu’il peut faire tellement de choses et c’est très impressionnant ! Et Billy est aussi très polyvalent. Si tu le vois avec Dennis Chambers, il fait ce truc jazz fusion. Ces gars ont donc beaucoup à offrir, il y a plein de choses qu’ils sont capables de faire avec leurs instruments et ça aide à élever la musique. Mais aussi, tu dois avoir un peu de retenue parce que c’est facile de partir en vrille et trop en faire. L’équilibre est donc dans le fait de savoir quand jouer et quand ne pas jouer, c’est très important, mais je crois que ça vient avec l’expérience.

Tu sembles utiliser davantage de claviers sur cet album – comme l’orgue Hammond sur « How Long », le Fender Rhodes sur « Think It Over », le piano sur « Fire ». N’as-tu pas parfois le sentiment qu’il pourrait manquer un musicien dans The Winery Dogs ?

Non, je n’ai jamais ce sentiment. Je ne le pense pas parce que ce qu’il se passe, c’est que lorsque tu fais un album en studio, tu fais des choix sur la base des compositions. Donc si tu écoutes les compositions sur l’album, « Think It Over » par exemple, l’instrument lead est un piano électrique, et lorsque tu viens voir le groupe en concert, devine quoi ? Je joue le piano électrique. Donc le truc pour moi, c’est qu’une chanson, lorsqu’elle est enregistrée, devrait être traitée comme une toile vierge, de manière à avoir la liberté créative et la flexibilité de faire tout ce que tu dois faire pour donner vie à cette chanson en tant qu’enregistrement audio. Pour mieux expliquer : une chanson comme « Oblivion » ou « Captain Love » n’a pas besoin de grand-chose. Tu as une guitare, une basse, de la batterie et du chant, pas besoin de bien plus. « Oblivion » est une chanson très rapide, il s’y passe beaucoup de choses. Il n’y a pas de place pour des overdubs, ça ne fonctionnerait pas. D’un autre côté, dans une chanson comme « Fire », tout est une question de couleur et de texture. Je peux m’asseoir et jouer « Fire » sur une guitare acoustique et juste ma voix, et cette chanson pourra avoir un impact grâce au contenu des paroles. En revanche, lorsque tu l’enregistres avec le groupe, tu as la possibilité de la penser avec plein de pinceaux différents. Donc lorsque tu écoutes « Fire », tu entends la guitare acoustique, tu remarques les cordes en nylon, tu entends le piano qui complémente le chant, tu peux entendre arriver des cordes qui sortent d’un synthé, et toutes ces choses donnent une nouvelle dimension et vie à cet enregistrement. Et cet enregistrement ne changera jamais, il sera toujours le même. Chaque fois que tu joueras l’album, ce sera pareil. Lorsque tu viens à un concert pour voir un groupe, personnellement, je ne veux pas voir le groupe en live et les entendre jouer exactement comme sur l’album, car si je voulais ça, je pourrais aussi bien rester à la maison, écouter l’album et regarder des images du groupe. Lorsque je vais à un concert, je veux une nouvelle expérience. Je veux ressentir une émotion différente. Je veux être élevé à un autre niveau, plus haut que lorsque j’ai entendu les enregistrements. C’est donc pour ça que ces chansons se retranscrivent si bien. « Ghost Town », il y a plein d’overdubs sur l’album qui confèrent un certain feeling à cette chanson, des choses que tu remarques lorsque tu mets des écouteurs. Lorsque tu viens nous voir et que tu nous entends jouer « Ghost Town » en concert, il n’y a que nous trois et c’est une toute autre expérience. C’est toujours la même chanson, les mêmes paroles, la même mélodie, mais il y a une atmosphère et un sentiment différent, et pour moi, c’est ce que je veux retranscrire soir après soir. Je veux que ce soit une nouvelle expérience, même si nous jouons la même musique.

Dans le making of du clip, tu as expliqué que la chanson « Oblivion » était grosso modo à propos « de ce qui se passe dans [ta] tête la plupart du temps, à savoir une confusion totale. » Comment expliquer cette confusion ?

[Petits rires] Eh bien, je ne sais pas… Je veux dire que les paroles sont intéressantes. Il y a des paroles que j’ai écrites qui me sont très chères. Je pense vraiment que sur cet album, certaines chansons ont des paroles très spéciales. Les paroles de la chanson « Ghost Town » sont très spéciales. La chanson « Fire » a une super histoire. Et puis certaines paroles sont écrites juste parce qu’elles collent très bien à la chanson. Je veux dire que si tu considères « Captain Love », c’est une chanson vraiment amusante à jouer et les paroles sont un peu comiques, elles sont un peu idiotes mais je les aime bien parce que ça se chante bien et c’est marrant à chanter ! Avec « Oblivion », c’est un peu pareil, je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit de lourd ou profond dans ces paroles mais ça colle super bien à la chanson. Ça parle d’un genre d’évasion. Le seul truc pour moi, c’est qu’il faut que je puisse à peu près savoir à propos de quoi je chante ; il faut que ça ait du sens parce que les paroles que j’aime écrire sont plus conversationnelles. Je n’écris pas forcément des paroles abstraites qui n’ont aucun sens. Mais les paroles de certaines chansons sont plus profondes que d’autres. C’est juste comme ça. C’est difficile pour moi de décortiquer ça parce que ça vient de… Je ne sais pas toujours d’où ces idées me viennent, et parfois j’ai l’impression que si j’en parle trop, je pourrais arrêter d’avoir des idées, et je ne veux pas en arriver là !

The Winery Dogs 2015

« [The Winery Dogs] m’a ouvert plein de nouvelles portes, car les gens qui […] me voient comme un membre de Poison et Mr. Big, tout d’un coup, se rendent compte de ce que j’ai fait ces vingt dernières années. »

Avant de former The Winery Dogs, et en dehors de ta carrière solo, tu as été surtout connu auprès des gens pour tes passages chez Mr. Big et Poison, et dans les deux tu es intervenu en remplacement de guitaristes originels, à savoir respectivement Paul Gilbert et C.C. Deville. Du coup, qu’est-ce que ça te fait de construire ton propre groupe de zéro, d’être là depuis le départ, sans avoir d’histoire derrière toi à laquelle tu n’as pas pris part ?

C’est intéressant parce que lorsque je réfléchis à mon sujet, Richie Kotzen, à propos de ma vie, je pense à mes réussites et je pense à la façon dont j’ai survécu. Mr. Big et Poison n’entrent pas en ligne de compte dans mon esprit. Tu sais, j’ai fait Poison, j’avais vingt ans, j’ai été dans le groupe pendant deux ans et demi, j’ai fait un album fantastique avec eux, j’étais un membre à part égale, j’ai composé l’album dans son intégralité… Lorsque j’écoute cet album, j’ai l’impression que c’est mon album ! Je n’ai donc jamais eu le sentiment d’intervenir dans autre chose, avant de partir en tournée, car là ça m’a effectivement donné cette impression. Mr. Big était presque sans conséquence, car nous n’avons rien fait en dehors du Japon. A l’époque où j’ai rejoint Mr. Big, nous étions uniquement pertinents au Japon et donc j’ai fait deux albums avec eux qui sont seulement sortis au Japon, nous avons tourné uniquement au Japon, même si nous avons fait quelques concerts d’échauffement à Los Angeles… Ce n’était pas vraiment pertinent pour moi. Ce qui est pertinent, ce sont les vingt-deux albums solo que j’ai sortis depuis 1989, car c’est ce qui m’a offert la possibilité de tourner à travers le monde en tant qu’interprète et jouer dans des endroits tel que le Brésil, le Chili, la Chine, les Etats-Unis et partout en Europe. Donc je me vois plus comme l’artiste solo que je suis parce que c’est ce que j’ai fait la plupart du temps et c’est en faisant ça que j’ai survécu, c’est ce qui m’a maintenu en vie, c’est ce qui m’a mis de la nourriture sur ma table et m’a payé mon électricité. Maintenant, avec The Winery Dogs, c’est un groupe, et ça m’a ouvert plein de nouvelles portes, car les gens qui ne se rendaient pas compte que j’ai eu cette immense carrière solo et me voient comme un membre de Poison et Mr. Big, tout d’un coup, se rendent compte de ce que j’ai fait ces vingt dernières années. Et puis, j’ai des gens qui viennent me dire : « Hey, je ne savais même pas que tu chantais ! » J’en tombe à la renverse, car je chante depuis que je suis adolescent ! De ce point de vue, c’est assez intéressant. Dans The Winery Dogs, ce que je fais est quasi identique à ce que je fais lorsque je fais un album solo : je chante, je compose, j’enregistre moi-même… Je ne fais pas grand-chose de vraiment différent de ce que j’ai pu faire ces vingt dernières années. C’est juste que je le fais avec deux musiciens extrêmement talentueux qui ont leur propre style et leur propre histoire qui a beaucoup de valeur et est très impressionnante. Nous avons une situation particulièrement unique avec The Winery Dogs, dans le sens où nous avons tous notre histoire, nos réussites et notre personnalité, et nous nous unissons pour faire quelque chose de vraiment unique. Et aucun de nous ne faisons quoi que ce soit de radicalement différent de ce que nous avons fait par le passé. Lorsque Billy Sheehan débarque et fait ses pistes de basse sur un album de The Winery Dogs, il ne fait rien qu’il n’ait jamais fait auparavant. Lorsque j’arrive et chante mes paroles et mélodies et que je fais mes parties de guitare, je ne fais rien que je n’ai fait auparavant. En revanche, ce que nous faisons collectivement, en tant que groupe, produit un effet intéressant. C’est un son intéressant, et heureusement, ça parle aux gens.

Soit dit en passant, comment perçois-tu ton passage dans Poison et l’album Native Tongue ? Je veux dire que le groupe était connu pour cette image de groupe de glam/hair metal stéréotypée qui n’était pas exactement la tienne…

Non, en effet, ce n’était pas l’image que je renvoyais. C’était intéressant. Lorsque j’ai rejoint Poison, on m’a signé sur un contrat avec une major, Interscope Records, et ils avaient des problèmes avec moi : je voulais vraiment faire un album plus dans la veine de ce que je fais avec mes albums solo, c’est-à-dire un truc un peu soul, et ils voulaient que je fasse un album de heavy rock, ce que je ne voulais pas faire. J’étais donc sur le point de quitter le label et j’ai été approché par Bret Michaels pour rejoindre Poison, et au départ, j’étais un peu hésitant. Toutefois, lorsque je l’ai rencontré, je me suis rendu compte qu’ils recherchaient non seulement un guitariste mais aussi un membre qui allait emmener le groupe dans une nouvelle direction, faire quelque chose qu’ils n’avaient pas fait avant. Ils avaient besoin de quelqu’un qui pouvait composer des chansons, et ils aimaient ce que je faisais. J’ai donc collaboré et je pense que nous avons fait un album génial. C’était une opportunité en or pour moi. Je ne changerais rien. J’adore l’album que nous avons fait. Et j’étais très jeune, et à vingt, vingt-et-un, vingt-deux ans, pouvoir se retrouver dans un groupe qui a vendu quinze à vingt millions d’albums à l’époque, c’était une expérience riche en enseignements ! C’est ça le truc, à propos du fait d’être un artiste : tu te nourris de tes expériences, tu grandis grâce à elles, tu évolues et tu partages avec d’autres gens, et c’est vraiment chouette. C’est ça la musique pour moi.

Ces dernières années, tu as arrêté d’utiliser des médiators et tu as commencé à ne jouer qu’avec tes doigts. Peux-tu nous en dire plus sur ce choix ?

Ouais, ce choix est venu lorsque j’étais sur la route. Je donnais quelques concerts au Brésil, je n’étais pas content de la façon dont je jouais. Je n’aimais pas mon phrasé et plein de choses me frustraient. Et sur le concert suivant, j’ai décidé d’essayer quelque chose de différent et j’ai abandonné le médiator. Et c’est quelque chose qui a suscité pas mal d’intérêt en tant que sujet de conversation. Pour une raison ou une autre, les gens s’intéressent au pourquoi j’ai fait ça. Mais tu sais, j’ai toujours utilisé le jeu aux doigts, c’est juste que je ne l’avais jamais utilisé pour tout un concert. Sur les enregistrements, je fais les deux. J’utilise le médiator et les doigts. C’est juste un autre pinceau qu’on peut utiliser pour peindre. Il n’y a donc rien de si extraordinaire mais c’est quelque chose que j’ai fait pour changer ma perspective et me ré-inspirer sur l’instrument.

Richie Kotzen

« Je ne suis pas un de ces gars qui veut juste jouer pour jouer. C’est pour ça que tu ne me vois pas dans beaucoup de projets différents. »

Sur certains de tes albums solo, tu t’es chargé de tous les instruments. Comment es-tu parvenu à avoir la maîtrise de tous ces instruments, tout du moins, assez pour enregistrer en studio ?

Bon, je n’en maîtrise aucun. Tu sais, je ne suis vraiment bon dans aucun d’entre eux, en revanche, ce que j’ai, c’est un talent pour avoir une vision d’ensemble. Donc lorsque je compose une chanson, je sais vraiment ce que je veux entendre dans l’enregistrement, et je fais ça depuis assez longtemps pour que ce soit assez facile pour moi de m’asseoir derrière une batterie et trouver un groove que je sais fonctionnera avec le chant. Et tant que j’ai l’adresse suffisante pour le jouer, je l’enregistrerais. Souvent, j’entends des idées que je ne peux pas jouer et donc je fais appel à des gens pour jouer mes parties. C’est juste un processus. J’ai grandi assez isolé dans un environnement isolé dans une petite ville, il a donc fallu que j’apprenne comment faire les choses. Il a fallu que j’apprenne à faire des trucs pour pouvoir faire ce que je voulais faire ; personne d’autre n’allait les faire pour moi. Donc tu y passes du temps, tu t’entraînes, tu développes un éventail de compétences pour pouvoir atteindre les buts que tu cherches à atteindre. Et ça vaut au-delà de la musique ; ça vaut pour n’importe quoi. Ça implique donc une certaine quantité de travail et ensuite, une fois que tu as acquis la compétence, tu peux être créatif et c’est grosso modo ce que j’ai fait.

Il y a une bonne part de soul dans ta voix et ta musique, ce que l’on peut notamment entendre sur une chanson comme « The Lamb » sur l’album de The Winery Dogs. Donc, plus généralement, quel a été ton rapport à la musique soul ?

J’ai grandi à la périphérie de Philadelphie et les radios que j’écoutais étaient pour une bonne part des radios soul. Sans compter le fait que dans la collection de mes parents, il y avait beaucoup d’albums de soul. J’avais de nombreux albums de Stevie Wonder, The Spinners, The O’Jays, The Four Tops… Tout ça, c’est le genre de chanteurs que j’ai écouté en grandissant. D’un autre côté, en tant que guitariste, j’écoutais beaucoup de rock – The Who, Led Zeppelin, Bad Company… Je navigue donc quelque part entre le R&B et la soul de la vieille école et le classic rock. Je pense que ce sont mes influences premières et c’est probablement pourquoi je chante et je joue comme je le fais.

Au début de ta carrière tu semblais hésiter entre être juste un guitariste, puisque tu avais deux albums instrumentaux et que tu jouais uniquement de la guitare dans Poison, et t’assumer en tant que chanteur. A quel moment est-ce que tu as eu le sentiment que chanter était aussi important pour toi que de jouer de la guitare ?

Quand j’ai rejoint Poison, j’étais dans cette position parce que j’avais quitté Shrapnel Records, on m’avait signé en tant qu’interprète – même si j’avais fait des albums instrumentaux, mon second album était un album chanté et c’est pour ça qu’ils m’ont signé. A un moment en 1990, ou probablement en 91, une de mes chansons est sortie sur la BO de Bill & Ted’s Bogus Journey et c’est là où j’ai signé avec une major, et à cette époque, il était clair pour moi qui j’étais, ce qui me définissait. Décortiquer ça, faire la séparation, à ce stade du jeu, c’était impossible. C’est ce que je fais : je chante et je joue. Je ne suis pas juste un guitariste, je ne suis pas juste un chanteur, je suis un gars qui chante et joue de la guitare, et j’interprète des chansons que j’ai écrites. C’est ce que je fais, c’est ce que j’aime dans la musique : le processus créatif. Je ne suis pas un de ces gars qui veut juste jouer pour jouer. C’est pour ça que tu ne me vois pas dans beaucoup de projets différents. Ecoute, je ne fais pas vraiment de projets. J’ai fait des tonnes d’albums et mon nom se retrouve sur d’autres choses mais ça reste mes albums. Tu vois, j’ai fait ce truc qui s’appelle Wilson Hawk mais c’est quand même moi, je l’ai juste appelé autrement parce que le style était très différent. J’ai fait quelque chose qui s’appelle Forty Deuce où j’ai collaboré avec des mecs vraiment supers mais j’étais toujours Richie Kotzen ; je l’ai appelé autrement parce que c’était un album de heavy metal. Mais je ne fais pas vraiment de projets. Tu ne me verras pas dans trois groupes différents, à jouer des chansons que je n’ai pas écrites. Si je fais quelque chose, alors c’est que je suis impliqué d’un point de vue créatif. Ce qui ne veut pas dire que je n’aime pas collaborer ! Je collabore tout le temps, j’ai écrit des chansons avec des gens, ce qui est super et très gratifiant mais je ne suis pas très porté sur les projets et je ne dissèque pas [à outrance ce que je fais]. J’utilise ma voix et ma guitare pour exprimer mes idées musicales et c’est tout.

Interview réalisée par téléphone le 12 octobre 2015 par Nicolas Gricourt.
Retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Jamel Toppin (1, 2, 4) & Travis Shinn (5).

Site officiel de The Winery Dogs : www.thewinerydogs.com.



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  • « Native Tongue » était vraiment excellent, tout sauf un album « typique » de Poison!!
    Quand au 2e effort des Winery Dogs, même constat que le premier, excellent mais aussi frustrant, avec de trop nombreuses compos qui ne se détachent pas du lot.
    Heureusement qu’il reste 5 ou 6 titres qui tuent.

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