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Interview   

Theraphosa tisse sa toile


Alors que la société actuelle encourage, voire impose de sprinter plutôt que de faire un marathon, bon nombre d’artistes résistent et ne se livrent pas à cette course au contenu. En choisissant pour nom celui d’une mygale connue pour sa patience, Theraphosa incarne, voire milite en ce sens.

Son parcours et sa démarche sont à l’image de cette volonté de patience. Le groupe s’accorde le luxe de prendre le temps et de soigner sa musique des années durant. Et il soigne son équipe également, chaque décision devant être discutée et prise à l’unanimité. Et, après avoir tissé sa toile, lorsque la mygale se décide à attaquer, elle frappe un grand coup avec non seulement un disque poli, mais un projet médiatiquement ambitieux, déjà soutenu par Season of Mist ainsi que par quelques représentants de la scène scandinave.

« La mygale est capable de rester des heures sans bouger en attendant une proie. Nous, c’est un peu notre cas, car nous sommes formés depuis 2007, ça fait douze ans que nous sommes ensemble, nous n’avons jamais lâché l’affaire, nous sommes restés déterminés jusqu’au bout. »

Radio Metal : Le nom du groupe est celui d’une mygale. Que représente cette araignée pour vous au point que vous ayez choisi d’en faire votre identité ?

Matthieu (basse) : Ça dépend des membres du groupe. Le guitariste était à la base passionné de mygales, il en avait plus d’une cinquantaine chez lui. Nous avons eu une theraphosa chez nous pendant une dizaine d’années, et il nous en reste une maintenant. Pour moi, la mygale représente l’élégance et la peur qu’elle suscite. A première vue, la mygale fait peur, et quand on la voit, qu’elle commence à se déplacer, qu’elle est dans son environnement, on se rend compte de son élégance. C’est ce que nous avons voulu faire transparaître dans notre musique. Quand on écoute Theraphosa au début, ça peut intimider, ça peut faire peur car nous avons souvent des intros assez brutales, et quand on arrive dans les refrains, les ponts, c’est un peu plus élaboré, plus mélodique. De manière générale, le metal est un style qui, à la première écoute, peut faire peur à beaucoup de gens, et il y a aussi ce côté agressif de la mygale, son aspect visuel, je trouve donc que la mygale est très adaptée à cette image. Pour ce qui est de l’élégance, c’est plus par rapport à l’esthétique du groupe. Nous nous appuyons énormément là-dessus. Et puis, il y a sa capacité d’adaptation, car le metal est un style qui est très varié, qui peut s’adapter à toutes les tendances, tous les genres. Ça reflète les inspirations multiples du groupe. On peut retrouver la mygale dans tous les éléments, aussi bien en haute montagne que dans l’eau, et c’est le but du groupe, en réalité. Nous voulons essayer de mettre un maximum de nos inspirations dans notre musique, que ce soit du metal ou du classique, en passant par le funk.

Dans la biographie fournie avec l’album, il y a une phrase qui dit que « Theraphosa voit en l’araignée et ses mythes un symbole de détermination, d’adaptation et de liberté ». Tu as en partie répondu à cela, mais peux-tu aller plus loin et nous parler de ces trois mots qui ont l’air importants dans votre histoire ?

Pour ce qui est de la détermination, c’est que la mygale est capable de rester des heures sans bouger en attendant une proie. Nous, c’est un peu notre cas, car nous sommes formés depuis 2007, ça fait douze ans que nous sommes ensemble, nous n’avons jamais lâché l’affaire, nous sommes restés déterminés jusqu’au bout. Pour ce qui est de la liberté, j’avoue que c’est plus mon frère qui voit en la mygale un aspect de liberté. En fait, nous nous référons beaucoup au mythe d’Arachné qui par son talent a réussi à égaler les dieux, et donc quelque part, s’est libérée des dogmes des dieux grecs. Personnellement, je vois dans le mythe d’Arachné cette tentative d’égaler les dieux par la maîtrise de son art, par le travail.

C’est vrai qu’une araignée tisse une toile. J’imagine qu’il y a aussi dans cette métaphore-là l’idée de représenter votre carrière, cette manière de tisser votre toile, de faire les choses doucement mais sûrement ?

Exactement. Nous sommes très patients, très prudents, nous réfléchissons beaucoup à ce que nous faisons, notamment dans nos compositions. Le fait que nous nous connaissions tous – je suis bassiste, mon frère est guitariste, et le batteur est un ami depuis dix-huit ans, donc presque depuis que je suis né –, ça fait que nous avançons avec prudence, mais aussi très vite parce que nous avons moins besoin de nous concerter, nous nous connaissons déjà très bien, et notre méthode de travail est acquise depuis presque le début, en réalité.

Tu viens justement d’en parler, vous jouez ensemble depuis votre plus jeune âge. Maintenant que vous avez grandi et que vous êtes adultes, avez-vous la sensation d’avoir évolué de la même manière ? Car la vie peut faire prendre des chemins très différents…

Quand nous avons commencé le groupe, celui qui avait le plus gros bagage musical était mon frère. Donc pendant un certain temps, nous nous sommes reposés sur lui en termes de composition. J’aime bien dire que c’est lui qui nous a permis de nous développer musicalement, et que ma première influence reste certainement mon frère, donc quelque part, nous avons hérité de toutes ses influences à lui. Ensuite, oui, au fur et à mesure que nous avons grandi, nous avons changé, nous avons chacun exploré de notre côté divers styles musicaux. Pour moi, ça a toujours plus été le funk, etc., pour le batteur c’est la musique électro, et ce genre de choses. Nous avons toujours gardé une ligne directrice avec le groupe, qui a fait qu’au final, nous sommes toujours restés très proches du metal, et sommes toujours revenus vers le metal. Au final, ça nous a permis, au batteur et moi, d’apporter des choses différentes au groupe sur la fin.

Cet EP éponyme est considéré comme le premier disque de Theraphosa. Cela étant dit, vous avez apparemment déjà une certaine expérience de la scène et du studio.

Avant ce disque, nous avions enregistré un ou deux EP, ça date un peu. Il y en avait un au studio de Saint-Ouen, lorsque nous avons commencé le groupe, et que nous n’avions pas encore trouvé ce style vraiment metal, nous étions plus vers le hard rock dans nos compositions. Nous avions donc enregistré dix titres au studio de Saint-Ouen. Ensuite nous avons évolué vers un metal beaucoup plus froid, beaucoup plus brutal, et nous avons enregistré un EP au studio Z Factory. Certains des titres de cet EP du studio Z Factory se retrouvent dans notre actuel EP, comme « Leeches » ou « The God Within ». Pour ce qui est de l’expérience de la scène, nous avons quasiment commencé à faire de la scène au moment où nous avons formé le groupe, car quelques mois après nous avons fait notre premier concert, aux Scènes de Musiques actuelles. Nous avions fait l’Emergenza à Paris.

« Nous aimons procéder par unanimité, donc s’il y en a un dans le groupe qui ne souhaite pas faire quelque chose, nous en discutons pour essayer de trouver une alternative, si nous pouvons en trouver une, nous le faisons, sinon nous ne le faisons pas. »

Comme tu l’as dit, vous jouez ensemble depuis presque toujours, donc penses-tu que de ce fait, vous ayez développé une sorte de manière très instinctive de faire de la musique ?

Oui. Notre méthode de travail, c’est que c’est en général le guitariste qui compose, et nous soumet ses compositions. Ensuite, nous décidons tous de celles que nous préférerions apprendre, celles que nous ne souhaitons pas apprendre, ou alors avec quelques modifications. Ensuite, nous retravaillons les parties si besoin en répétition, où le batteur réarrange ses parties et moi les miennes, à la basse. Ça peut aussi arriver que nous discutions tous ensemble de certaines parties de la musique, comme la ligne de chant, ou alors la structure de la musique. En général, nous aimons procéder par unanimité, donc s’il y en a un dans le groupe qui ne souhaite pas faire quelque chose, nous ne le faisons pas. Nous en discutons pour essayer de trouver une alternative, si nous pouvons en trouver une, nous le faisons, sinon nous ne le faisons pas. Pour ce qui est de la composition, c’est en général le guitariste qui nous amène le matériau brut, et ensuite nous retravaillons ça tous ensemble. Et oui, c’est instinctif, parce que comme je te disais, mon frère est notre première influence, ce qui fait que lorsque nous composons et travaillons ensemble, nous avons beaucoup plus de facilités à nous calquer sur le travail de mon frère, et à faire quelque chose qui aille dans son sens et colle à la musique. Je considère personnellement que lorsque nous composons tous les trois ensemble, notre musique est plus pertinente.

Est-ce que, par hasard, vous avez tenté la comparaison et essayé de jouer avec d’autres gens pour voir comment cela se passait ?

Mon frère et moi avons été en fac de musique pendant un certain temps, du coup ça nous est arrivé de jouer avec d’autres gens. Après, nous n’avons jamais eu d’autre projet aussi sérieux que Theraphosa en dehors. De mon côté, j’adore aussi énormément le funk, donc il m’arrive de temps en temps de jouer avec d’autres gens, de faire des séances d’improvisation, mais jamais d’autres groupes ou projets aussi sérieux que Theraphosa à côté.

Est-ce que tes influences funk interviennent dans Theraphosa d’une manière ou d’une autre, ou est-ce difficile à amener ? Il y a quand même une partie de la scène metal qui ne repose pas forcément sur le groove pur et dur, mais au contraire sur un truc très solide, très carré…

Oui, je pense que c’est quelque chose qui a sa place, mais ça peut effectivement être une difficulté, ça dépend de la manière dont c’est fait, dont c’est placé, etc. Je pense qu’il faut l’utiliser avec parcimonie, mais il y a un jeu funk qui peut être très intéressant à placer dans le metal, qui peut apporter un groove très intéressant, mais en y calquant le « son metal ». Il faut prendre la bonne partie du funk. C’est-à-dire que personnellement, si je devais amener du funk dans le metal, ça serait surtout la partie rythmique du funk, ce groove qu’amènent les rythmiques funk, en les calquant au metal. Parce qu’on peut faire cette comparaison entre le funk et le metal, avec beaucoup de groupes de metal qui ont des chansons qui groovent énormément par leur rythmique, comme avec le funk. Je pense que si on mélange les rythmiques funk avec ce son lourd et froid du metal, ça peut donner quelque chose de très intéressant. Après, ça dépend de la technique de jeu qui est employée. Donc personnellement, je verrais bien un jeu en slap pour incorporer le funk au metal.

Dans votre carrière, vous avez notamment croisé la route de Jan Rechberger, batteur d’Amorphis. Votre disque a été enregistré en Finlande, et Peter Tägtgren a notamment jeté une oreille dessus. Vous avez aussi travaillé avec Denis Goria, photographe français connu pour son travail avec beaucoup de groupes finlandais. On dirait vraiment que chez vous, il y a toute une relation avec la Finlande, et plus globalement cette région de l’Europe et le metal de là-bas…

Cette relation est surtout apportée par mon frère, qui a beaucoup d’influences black metal, death metal, etc., donc c’est un style qui est né et qui est dominant dans ces contrées-là. De plus, en général, en tant que metalleux, c’est un passage obligé. Mais personnellement, je n’ai pas vraiment de lien avec la Finlande, etc., je suis plus éclectique dans les musiques que j’écoute. J’ai été plus influencé par les États-Unis, en termes de metal, que par la Finlande ou la Norvège. Pour ce qui est de l’influence apportée lors de l’enregistrement en Finlande, nous avons pu bénéficier de l’expertise et de l’expérience de Jan, ainsi que de Denis, ce qui a été très intéressant. Nous avons vraiment pu découvrir un côté beaucoup plus professionnel de la musique, que nous n’avions pas jusque-là. Pour le côté influences metal de là-bas, j’aime bien dire que c’est mon frère qui est le patron de tout ça.

Comment définirais-tu la différence de sensibilité entre le metal américain et le metal scandinave ?

Pour les différences entre le metal finlandais et américain, je dirais que le metal américain est beaucoup plus chaud, il a plus d’impact, il joue plus sur les rythmiques, tandis que le metal finlandais, norvégien, est très froid, il retranscrit surtout une atmosphère, un état d’esprit.

Il y a cette relation de travail avec Jan, avec Denis, et il y a eu très rapidement pour la sortie de ce disque une signature en distribution avec Season Of Mist. Comment avez-vous développé ce réseau-là pour en venir à travailler avec ces gens et structures dès ce premier disque ?

C’est vraiment une question de chance, en réalité. Là, je vais revenir à l’enregistrement au studio Z Factory, où le gérant du studio connaissait Denis Goria. Il nous a donc donné son numéro, nous l’avons contacté, il a bien voulu nous rencontrer. Au début, nous avons travaillé avec Denis pour des photos, etc., et il nous a proposé d’aller enregistrer notre EP en Finlande, auprès de Jan. C’est là que tout a commencé, en réalité.

Interview réalisée par téléphone les 28 septembre 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Robin Collas.
Photos : Denis Goria.

Site officiel de Theraphosa : www.theraphosa.fr

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