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Interview   

Therion à contre-courant


Christofer Johnsson le constate volontiers : le style de musique de Therion n’est plus à la mode. Un constat qui ne lui procure aucune amertume, mais qui au contraire excite son sens du défi, à tel point qu’on se demanderait presque s’il ne préfère être ce genre de situation à celle confortable d’un groupe qui n’a plus rien à prouver.

Therion reste une figure importante du metal symphonique, crédible et respectée, mais cela ne leur suffit pas. Johnsson veut que Therion reste sur toutes les lèvres. Et pour ce faire, plutôt que de lutter en inondant le web de contenu, il veut, au contraire, prendre son temps pour faire des choses encore plus folles. Il ne s’agît pas ici de simplement faire le buzz, mais plutôt d’utiliser à bon escient la propagation de l’exagération des réactions des internautes, dont nous aimons nous-mêmes bien rire chaque lundi sur notre site. Taquin, Johnsson semble d’ailleurs s’amuser à provoquer les internautes.

Au programme, remettre au goût du jour des chansons d’une variété française dont nous autres français avons eu le temps de nous lasser malgré leur qualité, ainsi qu’un opéra rock des plus ambitieux, visant notamment à toucher un public devant lequel Therion, tout grand qu’il est, n’existe pas : le public mainstream.

Johnsson met notamment au clair le choix de sortir ledit album de reprises sans l’aide de son label, un choix n’entachant en rien la relation du groupe avec celui-ci, insiste-t-il. Au cours de cette interview-fleuve de plus de 45 minutes, il évoque avec gravité la question de l’alcool, qu’il proscrit sauf à de rares exceptions en tournée, souhaitant respecter au maximum la chance qu’il a de faire le « métier de ses rêves ».

« Vous êtes Français, vous ne pouvez pas comprendre, parce que pour vous, c’est la vie de tout le jour, c’est la normalité. Mais pour le reste du monde, la France est un endroit exotique, culturellement parlant. »

Radio Metal : À l’occasion du 25e anniversaire de Therion, vous avez choisi d’enregistrer un album de reprises de vieilles chansons françaises. Réaliser cet album pour l’anniversaire du groupe semble indiquer que la culture française a joué un rôle crucial dans la carrière de Therion. Quel est ton rapport à la culture française ?

Christofer Johnsson (guitare) : C’est plus un rapport à cette époque spécifique, pas à la culture française en général. J’ai toujours aimé le son pop français de 1965 au début des années 70. Quand on sait où chercher, on peut entendre certaines influences de cette période dans les chansons de Therion. Plus généralement, j’aime les films français, comme Delicatessen ou La Cité Des Enfants Perdus. Au niveau international, les films français sont considérés comme étranges, bizarres, mais je suis très attiré par ces choses-là. Musicalement, cette époque est très intéressante. La musique populaire française, cette « pop chewing-gum » qui est à l’origine des yéyés, a fait son arrivée en France. À l’origine, il s’agissait de chansons américaines dont les paroles étaient traduites en français. Les choses ont commencé à devenir intéressantes quand des compositions françaises ont fait leur apparition et que les compositeurs y ont ajouté l’art de la chanson française. La musique est devenue plus sombre, plus tragique, même si elle était toujours douce et pop en apparence. Après les années yéyés, on a vu éclore la période la plus intéressante : la pop baroque française, le style de la plupart des reprises sur cet album. Ce style est apparu autour de 1967 et a duré pendant quelques années. Victoire Scott, Léonie et même France Gall se sont dirigées vers la pop baroque pendant un moment. La pop baroque comportant beaucoup d’éléments classiques, le style m’a beaucoup attiré.

Parles-tu français ?

Non. C’est le gros avantage de la pop : pas besoin d’écouter les paroles !

Comment vos fans non-français ont-ils réagi à cet album ?

Oh, la plupart des gens apprécient. Au début, quand on leur joue cette musique, ils se disent : « Oh, c’est en français… » Mais la majorité des gens à qui nous avons joué cette musique ont commencé à aimer. Ça va des amateurs de black metal en Grèce aux adeptes de Dragon Rouge en Suède. L’intérêt pour ce type de musique est underground. Victoire Scott est la plus appréciée, la plus célèbre. Croyez le ou non, on peut comparer ça au circuit d’échange de cassettes au début du metal. Aujourd’hui, c’est plus de l’échange de MP3, mais les gens continuent à échanger de la musique difficile à trouver. Prenez Victoire Scott : elle n’a jamais enregistré de CD, elle n’a fait que des 45 tours avec trois ou quatre chansons. Rien n’est sorti sur CD. Si vous voulez écouter cette musique, il faut aller la chercher sur eBay. Quand quelqu’un trouve son bonheur, il en fait des MP3 de bonne qualité et les partage. Vous êtes Français, vous ne pouvez pas comprendre parce que, pour vous, c’est la vie de tous les jours, c’est la normalité. Mais pour le reste du monde, la France est un endroit exotique, culturellement parlant. Tout le monde pense que les films sont sombres, étranges, difficiles à comprendre. La musique française a aussi une réputation de décadence, de dramatique, de mélancolie. Vous, vous considérez ces chansons comme de simples vieilleries. Pour le reste du public, elles sont curieuses, mais intéressantes.

Sur votre site Internet et pendant certains concerts, tu as expliqué aux fans que votre maison de disques ne voulait pas sortir cet album. Sur le site, tu as déclaré que cela était dû au fait qu’il était « un peu trop spectaculaire ». C’est une raison curieuse et peu claire. Que t’a réellement dit le label ?

Il y avait beaucoup de raisons, on a résumé. On ne voulait pas détailler les problèmes et compliquer les choses pour le public. Pour commencer, le label n’aimait pas le disque. Ce n’est pas un gros problème en soi, il n’est pas nécessaire d’aimer chaque disque. Ils n’aimaient pas Theli quand on le leur a proposé et l’album a eu pas mal de succès. Ce n’était pas le plus important mais, bien sûr, ça aurait aidé s’ils avaient aimé. Le souci, quand on veut faire un album de reprises, c’est qu’il y a beaucoup de complications. On doit demander des autorisations de façon individuelle parce qu’on modifie les compositions. C’est beaucoup de travail, surtout quand certains compositeurs obscurs ont 90 ans et ne parlent pas un mot d’anglais. D’autres sont morts et leurs enfants n’ont pas hérité des droits. Quand on les contacte pour leur demander d’utiliser la chanson de leur papa, ils prennent peur : « C’est quoi, cette histoire ? Il peut y avoir beaucoup d’argent à la clé ! » Et soudain, il y a tout un tas d’avocats et de soucis, juste pour qu’on puisse obtenir la permission et leur donner de l’argent pour jouer leur chanson. L’une des solutions, c’est de sortir l’album uniquement aux États-Unis et de l’importer en Europe. C’est ce qu’on a fait : officiellement, l’album n’est pas sorti en France, c’est un import. Là-bas, les règles sont différentes : on donne l’argent à celui qui a écrit la chanson et on n’en parle plus. Plus de charabia. Mais il faut importer le disque en Europe, ça coûte cher, et il y a de la paperasse. Ce n’est pas un mode de fonctionnement normal. Les maisons de disques veulent de la normalité, pas des problèmes et des histoires bizarres. Elles veulent presser un album et le vendre. Si notre label avait aimé le disque et y avaient cru, ils auraient sans doute pensé que ça en valait la peine. Mais ils n’y croyaient pas. Ils se sont dit : « Personne ne va acheter ça, c’est trop bizarre ! » Il se trouve qu’ils avaient tort parce que l’album se vend bien et que les gens l’apprécient. Il y a de la controverse, tout le monde n’aime pas. Mais de façon générale, c’est un succès, et je ne regrette pas les soucis que j’ai connus pour y arriver. Le label trouvait ça trop compliqué. C’est moi qui leur ai suggéré de racheter la maquette parce que je ne voulais pas que notre relation en pâtisse. Nous avons toujours eu d’excellentes relations, j’ai toujours pu faire tout ce que je voulais. J’avais peur de devoir faire des compromis. Ils voulaient proposer un best-of avec le disque et je n’étais pas d’accord. Puisqu’ils n’aimaient pas, n’y croyaient pas, voulaient y adjoindre un best-of et ne voyaient que des inconvénients dans tout le travail supplémentaire, pourquoi ne pas racheter la maquette ? Si je faisais ça, je pouvais faire toutes les folies que je voulais et ils n’avaient plus le disque sur leur bureau. En fait, dans notre contrat, une clause précise que nous devons écrire les chansons nous-mêmes. Si ce n’est pas le cas, comme pour un album d reprises, ils ne sont pas obligés de le sortir. Voilà où en est la situation légale. On peut négocier, mais ils n’ont aucune obligation. J’ai pris le risque de le faire moi-même. J’aime montrer que j’avais raison, et l’album se vend très bien. Telles que les choses se présentent, l’album va mieux se vendre que le précédent, malgré l’absence de label. C’est plutôt bien.

« J’ai pris le risque de le faire moi-même. J’aime montrer que j’avais raison, et l’album se vend très bien. […] Au final, financièrement, le résultat sera le même, voire un peu meilleur, que si j’étais passé par la maison de disques. »

Bien que tu affirmes avoir de bonnes relations avec le label, dans ton discours en concert, tu semblais très critique envers eux, du moins indirectement. À Lyon, tu as demandé au public : qui devait prendre les décisions relatives à la direction musicale d’un groupe : le groupe lui-même, le label ou la mode. Pour toi, le fait que la maison de disques ne voulait pas sortir l’album est-il une source de frustration ?

Non, c’était plus une généralité. Je connais beaucoup de groupes pour qui le label interfère beaucoup, en leur disant ce qu’ils doivent faire : « Essayez d’écrire des chansons dans cette veine-ci », ou « Pourquoi avez-vous mis cette chanson sur l’album ? ». C’était une remarque générale, une question rhétorique : selon vous, est-ce que j’ai fait le bon choix ? Je pense que sortir l’album moi-même est devenu un aspect intéressant du projet. Au final, comme l’album marche bien, je pense en tirer également des avantages financiers. Je n’ai aucune raison d’être déçu. Cela aurait été sympa si le label avait sorti l’album. Je pense qu’ils auraient pu toucher beaucoup de gens. Mais ils n’ont aucun regret de ce côté-là. Ils sont ravis que l’album marche bien parce que nous sommes un groupe Nuclear Blast et qu’ils sortiront nos disques suivants. Évidemment, c’est bien pour eux si l’album marche. Mais comme je l’ai dit, c’était une question rhétorique. Je connais énormément de groupes malheureux parce que leur maison de disques n’arrête pas d’interférer. Je viens de me souvenir de quelque chose concernant cette histoire de mode. Dans les années 90, un journaliste musical demandait à Steve Harris, d’Iron Maiden, s’il pensait que la musique du groupe avait un avenir. C’était assez brutal ! Dans les années 90, ils avaient deux ou trois mille personnes à leurs concerts, au lieu de dix ou quinze mille. C’est un peu lié au fait que le metal symphonique est une mode. Qu’est-ce qu’on peut y faire ? Voir dans quelle direction souffle le vent ou faire simplement la musique qu’on aime ? C’était vraiment une remarque générale.

Tu as contracté un prêt de 75 000 € pour réaliser cet album et le sortir toi-même. Ça fait beaucoup d’argent ! Considérant le risque financier, penses-tu toujours qu’il s’agissait d’une décision raisonnable ?

Tout à fait. En fait, si on vend le disque directement aux fans, c’est un rapport de 1 pour 10 par rapport à une vente réalisée via le label. Si je vends un album à un fan pendant un concert, je suis le magasin de disques, le distributeur, la maison de disques et l’artiste. Normalement, l’argent part dans tous les sens. Beaucoup de gens et d’entreprises ont droit à une part. Quand on fait le travail seul, on met tous ses œufs dans le même panier. Concrètement, si je vends 4 000 copies directement aux fans, cela revient à vendre 40 000 albums avec un contrat. En temps normal, il faut vendre 50 000 copies en Europe pour récupérer notre mise. Dans ce cas, il nous faut vendre un plus petit nombre de disques. Évidemment, j’ai aussi dépensé plus d’argent en cours de route. J’ai mis de l’argent dans trois vidéos, j’ai payé des gens pour faire de la promotion… Ça augmente tout le temps. Mais le risque de ne pas rentrer dans mes fonds est quasiment nul. Par la suite, je veux investir de l’argent dans des vinyles. Au final, financièrement, le résultat sera le même, voire un peu meilleur, que si j’étais passé par la maison de disques. Ça dépend : si l’album marche encore mieux, ce sera comme gagner au loto ! Mais s’il continue sur cette voie, ce sera l’équivalent d’une sortie normale.

Tu as parlé de l’album Theli. Celui-ci a soulevé pas mal de questions, à l’époque, car il proposait une nouvelle façon de faire de la musique metal. C’était un album spécial, mais la maison de disques l’a malgré tout sorti. Penses-tu que les labels deviennent trop frileux en termes de sorties ? Voire trop paresseux, dans la mesure où ils ne semblent vouloir sortir que des albums faciles à promouvoir ?

Comme je l’ai dit, il y a une grosse différence, parce qu’il s’agit d’un album de reprises, et que le contrat stipule que nous devons écrire les chansons nous-mêmes. Ils ne sont pas obligés de sortir un album de reprises. Si c’est un album normal, soit ils le sortent, soit ils chassent carrément le groupe du label. De façon générale, je ne pense pas que les maisons de disques soient paresseuses. L’industrie du disque dans son ensemble est en train de s’effondrer et elles font de gros efforts pour maintenir les ventes. Il n’y a pas de place pour les paresseux. Ils travaillent très dur, ce serait injuste de les taxer de paresse.

« Si j’ai appris quelque chose au fil des années, c’est que ceux qui ont une opinion négative sont toujours les premiers à l’exprimer. Ils exagèrent toujours et ne font que se plaindre. […] Peu importe le nombre d’encarts qu’on achète dans les magazines metal, rien n’égale la promotion créée par le fait que les gens parlent de vous. »

Au final, si un groupe comme Therion peut se passer d’un label pour sortir les albums qu’il veut sortir, tout en rencontrant le succès, cela signifie-t-il que les maisons de disques sont devenues inutiles ?

Nous sommes un cas unique, avec une vraie marque de fabrique bâtie au fil des années. Nous n’aurions pas pu faire ça si nous n’avions eu que quelques disques derrières nous. C’est la première chose. La deuxième, c’est que nous avons peut-être des fans plus fidèles que d’autres groupes de metal. Nous sommes un groupe bizarre, qui a énormément changé de style d’un album à l’autre. Nos fans sont peut-être plus ouverts d’esprit que la moyenne. Pour la plupart des groupes, changer radicalement de style, c’est un gros risque. Pour les fans de Therion, c’est la routine : « Super ! C’est un groupe dingue qui fait toujours un truc différent ! » Ça nous donne un avantage par rapport à de nombreux autres groupes. Bien sûr, beaucoup de groupes ont des fans fidèles. Mais si on considère que beaucoup de gens ont suivi tout notre carrière, depuis nos débuts en tant que groupe de death metal jusqu’à aujourd’hui… S’ils ont déjà quatorze albums de Therion, pourquoi ne pas acheter le quinzième ? Il faudrait qu’il soit vraiment à chier pour qu’ils ne l’achètent pas ! De mon point de vue, le plus important était de rendre l’album écoutable et disponible. Ce n’est pas comme si nous avions besoin d’imposer un album de Therion aux gens : soit ils le veulent, soit ils n’en veulent pas. Il suffit de les y exposer. Comme je n’avais plus d’argent pour faire de la promotion, je me suis beaucoup appuyé sur Internet. Ma stratégie a consisté à ne laisser passer aucune fuite. Personne n’a eu l’album avant la sortie, il n’y a pas eu de publicité, personne ne savait rien. Il y avait des rumeurs d’album, mais personne ne connaissait le titre ou la date de sortie avec certitude. Et puis, quelques jours avant la tournée, nous avons annoncé que le disque serait vendu directement aux fans. Personne n’y a eu accès avant le premier concert. Quand le public est venu au premier concert, certains ont acheté l’album et l’ont mis sur Internet. Si j’ai appris quelque chose au fil des années, c’est que ceux qui ont une opinion négative sont toujours les premiers à l’exprimer. Ils exagèrent toujours et ne font que se plaindre : « Le ciel nous tombe sur la tête, le groupe est foutu ! C’est de la merde, les membres sont devenus fous ! » Ça m’a fait penser à la façon dont j’ai réagi à Lulu, de Metallica, que je trouve vraiment nul. Je me suis dit : « C’est Lou Reed avec Metallica, ça ne peut pas être bon ! Et ça s’appelle Lulu, bon dieu, ça va être affreux ! » J’ai lu tous ces commentaires qui disaient que le chant était atroce, et ça a aiguisé ma curiosité : « Hein, quoi ? Il faut que j’écoute ça tout de suite ! » Je me suis dit que si Therion faisait un album de reprises de vieilles chansons françaises, les gens l’achèteraient, ne serait-ce qu’en se disant : « C’est quoi ce délire ? Il faut que j’écoute ça ! » Grâce à tous ceux qui clament : « Ils ont craqué, c’est affreux ! C’est le pire machin que j’aie jamais entendu, pire que Lulu », tous les individus possédant une connexion Internet sur la planète et potentiellement intéressés par un album de Therion se diraient sans doute : « Merde, il faut que j’écoute ça ! » Nous avons donc utilisé ce tambour de la brousse qu’est Internet pour toucher les gens rapidement : « Hey, on a un disque disponible ! » Ça a très bien marché. Les ventes sont bonnes : c’est de la folie au niveau des ventes par correspondance et ça part très bien pendant les concerts. Ça ne marcherait pas aussi bien pour un album classique, un album à propos duquel les gens ne menaceraient pas de se suicider. L’effet ne serait pas le même. C’était une façon d’exploiter toutes ces personnes amères et négatives qui peuplent Internet. Les mauvaises critiques et les commentaires négatifs des débuts nous ont offert une belle promotion. Bien sûr, à plus long terme, on recherche les commentaires positifs, on veut que les gens aiment le disque. Mais quand le public lit sur Internet que le disque est une catastrophe intersidérale, ils veulent se faire leur propre idée. Je me suis arrangé pour que nos trois vidéos sortent le même jour, pour qu’il y ait beaucoup à voir. Les gens ont davantage tendance à regarder des images qu’à écouter un fichier audio. Je me suis aussi assuré que les vidéos soient un peu spectaculaires, pour faire parler. C’était une méthode très sûre de faire de la promotion gratuite. Je ne sais pas combien ça nous aurait coûté s’il s’était agi d’une campagne de promo. Faire parler les gens, c’est quelque chose qu’on ne peut pas acheter. Peu importe le nombre d’encarts qu’on achète dans les magazines metal, rien n’égale la promotion créée par le fait que les gens parlent de vous. C’est comme ça qu’un groupe underground se fait connaître : en étant sur toutes les lèvres. C’est également le cas pour un groupe comme Therion, qui commence à prendre de l’âge. Notre style musical tend à passer de mode, donc c’est très bien si on peut faire parler de nous. Le pire qui peut arriver, c’est de finir comme Status Quo. Tout le monde les apprécie et on est content de voir un nouvel album sortir, mais personne ne parle d’eux. On ne veut pas vendre des disques uniquement aux fans les plus fidèles, on peut proposer constamment des défis à l’auditeur. Que les gens aiment ou pas, ils y trouvent un intérêt.

« Le pire qui peut arriver, c’est de finir comme Status Quo. Tout le monde les apprécie, et on est content de voir un nouvel album sortir, mais personne ne parle d’eux. On ne veut pas vendre des disques uniquement aux fans les plus fidèles, on peut proposer constamment des défis à l’auditeur. Que les gens aiment ou pas, ils y trouvent un intérêt. »

Comment expliques-tu que les gens aient besoin d’exprimer leur opinion de façon si exagérée sur Internet ?

Je ne sais pas. En règle générale, les gens sont beaucoup plus grossiers sur Internet. Ils disent des choses qu’ils ne se permettraient jamais de dire dans la vraie vie. Beaucoup de ceux qui se comportent mal sur Internet se feraient taper dessus au quotidien s’ils agissaient comme ça en face-à-face. Essayez donc d’aller dans un bar, de vous montrer odieux envers les gens et voyez ce qui se passe ! Je pense que c’est dû à l’anonymat. Tout le monde peut prétendre être un expert sur n’importe quel sujet. Dans ce cas, nous en avons tiré avantage. Si on a une poignée de bouse de vache, on peut la considérer comme de la merde, ou comme de l’engrais, qui permettra de faire pousser quelque chose d’utile. Nous avons exploité le négatif et en avons fait quelque chose de positif, pour une fois.

Je vous ai vus au concert de Lyon il y a quelques semaines et j’ai été surpris par votre décor de scène très simple, très dépouillé, contrairement à ce à quoi Therion nous avait habitués. Était-ce à dessein ou pour des raisons économiques ?

L’un des objectifs de ce projet était de tester la marque du groupe. Que vaut cette marque ? J’ai demandé à notre agent de booker une tournée de Therion sans savoir ce qu’il bookait. « Vous avez un nouvel album, alors ? » « Oui, plus ou moins… » « Comment ça : plus ou moins ? » « Eh bien, on a un album, mais c’est un peu spécial. » « C’est-à-dire ? » « Je ne te dirai pas… » « OK… Donc tu veux que j’appelle des promoteurs pour leur vendre des concerts sans savoir ce que je vends ? » « Voilà ! Fais confiance à la marque Therion, vois ce que ça vaut ! » Ça a dû être un véritable sketch à la John Cleese (ndlr : des Monty Python) d’appeler et de dire : « C’est un concert de Therion, ils ont plus ou moins un album, mais je ne suis pas sûr. Vous les voulez ou pas ? » C’est beaucoup plus difficile de booker une tournée quand les promoteurs ne savent pas ce qui les attend. Les cachets sont plus faibles. L’aspect économique de la tournée était donc un peu tendu. Il a fallu faire plus attention aux coûts. Par conséquent, nous n’avons pas voulu prendre de risques et dépenser trop en décor de scène. Nous avons préféré nous concentrer sur la musique et offrir un set avec beaucoup de titres intéressants que nous n’avions encore jamais joués. Nous voulions proposer une expérience musicale inoubliable. Il faut savoir s’adapter à certaines réalités.

Dans ces conditions, penses-tu que se concentrer uniquement sur la performance du groupe et demander aux membres de faire des efforts était un défi ?

Oui, je trouve que ça a très bien marché. J’ai entendu des gens remarquer qu’il y avait moins d’éléments sur scène, mais personne ne s’en est plaint. Nous faisons des sets plus longs que la plupart des groupes et nous nous sommes assurés d’offrir de la variété. Nous nous concentrons sur la maîtrise musicale. En ce qui me concerne, j’ai bu trois bières sur toute la tournée. Combien d’artistes peuvent dire qu’ils avaient un accès illimité à l’alcool et qu’ils sont restés sobres pendant toute la tournée ? Nous prenons les choses très au sérieux. Chacune de nos performances a été bonne, nous n’avons jamais eu de mauvaise soirée. Nous avons toujours réussi à insuffler une grande énergie aux deux heures de show. Je pense que le public s’en rend compte. Il n’y a pas de musicien à moitié bourré sur scène, personne ne fatigue au bout d’une heure. Je trouve ça bien plus important que d’avoir un immense décor de scène.

Y a-t-il déjà eu des musiciens bourrés chez Therion ?

Bien sûr, c’est arrivé. Il y a eu des alcooliques dans le groupe. Quand la basse était assurée par Lars Rosenberg, à l’époque de Theli, il était complètement fait tous les soirs. Et il faisait de la merde. À l’époque, d’autres musiciens étaient aussi totalement ivres. Même moi, en 1995, pour Lepaca Kliffoth, j’étais toujours ivre sur scène. Pendant la tournée pour Theli, nous avons enregistré un concert. Je pensais que ça ferait un bon album live. Nous n’étions pas si bourrés que ça, nous n’avions pas trop bu avant le concert, mais en écoutant l’enregistrement, j’ai eu un sacré choc : « OK, voilà comment on joue… » Je pensais que nous avions donné un bon concert et le résultat était totalement merdique. De ce jour-là, je n’ai plus jamais bu avant un concert. On dirait toujours des fêtes après, mais même si on n’a pas la gueule de bois le lendemain, on est ralenti, on ne fonctionne pas bien. Si ça se poursuit pendant toute la tournée, on ne fonctionne qu’à 75 % de ses capacités. À un moment, j’ai compris que je ne pouvais pas me permettre de boire. C’est le boulot de mes rêves, c’est trop important pour boire, bon dieu. Si on a une journée de repos, parfois, je m’autorise une bière. Mais je ne suis plus bourré, même quand on est de repos le lendemain. Je considère comme un formidable privilège, même au bout de 25 ans, de pouvoir faire ce que je rêvais de faire quand j’étais gamin. Je veux le faire à 100 %. Je ne veux pas me contenter de 99,9 % à cause d’une foutue bière. Nous devons être concentrés ; et nous avons un line-up qui l’a compris : tout le monde est là pour jouer, tout le monde veut faire du bon boulot. Personne n’est intéressé par une vie de rock star. Nous voulons seulement créer des spectacles fantastiques ; et si en plus les gens nous paient pour venir nous voir, nous sommes aux anges. Là, on prend notre pied, bien plus qu’avec des substances ou de l’alcool. Notre énergie actuelle nous donne l’impression qu’on pourrait continuer pendant encore 25 ans.

« En ce qui me concerne, j’ai bu trois bières sur toute la tournée. Combien d’artistes peuvent dire qu’ils avaient un accès illimité à l’alcool et qu’ils sont restés sobres pendant toute la tournée ? »

La fille de Thomas Vikström a rejoint le groupe, c’est ça ?

Oui, et elle fait un super boulot. Elle n’a que 19 ans. Il faut de sacrées couilles pour monter sur scène et chanter aux côtés d’artistes qui ont de la bouteille, comme Lori ou son père. Elle m’impressionne beaucoup.

Le fait que le père tourne avec la fille apporte-t-il une cohésion au groupe ?

Au début, on trouvait ça un peu étrange. Quand on entend quelqu’un dans le groupe dire : « Papa, tu peux venir voir une seconde ? », on se dit : « Hein ?! » Mais on s’habitue. Ce n’est pas un papa ordinaire, je crois qu’elle en a vu de belles. C’est plutôt cool.

Tu as annoncé qu’il n’y aurait ni tournée ni album classique pendant quelques années dans la mesure où tu travailles sur un opéra metal. Dans ce monde où tout va si vite, n’as-tu pas peur que le public finisse par oublier Therion ?

Au contraire, je dirais. Notre style musical est en train de passer de mode. Alors, plutôt que d’inonder le marché de disques qui n’intéresseront que les fans hardcore, d’un point de vue commercial, il est plus intelligent de se concentrer sur un gros projet qui créera beaucoup de buzz. Je préfère mener peu de projets qui attirent l’attention. Au final, les nostalgiques reviennent toujours. Brusquement, on récupère des cachets double et on est en tête d’affiche de tous les festivals ! (rires) Tout fonctionne par cycles. C’était déjà le cas avec le heavy metal : dans les années 80, c’était de la merde, et tout d’un coup, tout le monde voulait à nouveau entendre du heavy metal. On a vu émerger une nouvelle génération de groupes, comme Hammerfall, et tous ceux qui étaient connus avant les années 80 ont rempli des stades encore plus grands. Quand une nouvelle mode apparaît, tout le reste devient ringard. Les gens qui continuent à écouter votre musique vieillissent, fondent une famille, travaillent à la banque, perdent leurs cheveux… Ils ne lisent peut-être plus tous les magazines metal, ne vont plus à tous les concerts ou n’achètent plus les disques le jour de la sortie. Mais on a un public qui a du capital et c’est une bonne chose. Ils n’ont pas à s’inquiéter de ne pas pouvoir acheter le nouvel album. Quand on donne un concert, on vend le même volume de merchandising, même si on attire moitié moins de gens. Mais comme la pyramide ne se remplit plus par le bas, c’est-à-dire avec des jeunes, on est un peu déconnecté de la scène. C’est le côté contrariant.

Que pensent les membres de Therion du fait qu’ils n’auront pas d’activité avec le groupe pendant quelques années, sans même savoir exactement combien de temps ?

On fera des festivals pendant l’été. On donnera peut-être aussi des concerts acoustiques, quelque chose comme ça. Ce que nous avons dit, c’est que nous ne ferons pas d’album ou de tournée classique. Mais nous aurons tout de même des activités : nous allons travailler sur la création du chant. Ça représente beaucoup de travail et c’est un vrai défi. C’est tout à fait dans ma philosophie de dire : « OK, notre style est en train de passer de mode, donc on va nager encore plus à contre-courant et faire quelque chose d’encore plus symphonique et ambitieux ». C’est un bras d’honneur à tous ceux qui disent que nous ne sommes plus à la mode. C’est un vrai défi, ça me donne encore plus d’énergie. J’ai besoin de défis, sinon je m’ennuie ! J’aime qu’on me dise : « Tu ne peux pas faire ça, ça ne marchera jamais ! », parce que je n’ai plus qu’à prouver que ça peut marcher. C’est comme tous ces gens qui m’ont plus ou moins traité d’idiot quand j’ai contracté un prêt de 75 000 €. Ils ne disent plus rien maintenant ! J’aime avoir des idées irréalistes mais pas impossibles, pour ensuite faire en sorte qu’elles fonctionnent. C’est ce que j’ai fait toute ma carrière. Les gens pensent que j’ai une vision irréaliste des choses, ou que j’ai des idées bizarres. Mais l’histoire a toujours prouvé que j’avais raison – jusqu’ici ! Il ne faut jamais rien considérer comme acquis. J’ai réussi tellement de choses en vingt-cinq ans que je suis assez optimiste concernant les vingt-cinq prochaines années.

Quelles sont les répercussions économiques d’un tel projet ?

Nous aurons toujours des fans hardcore. Mais les fans qui nous suivent en dilettante, ceux qui ne se sentent pas obligés d’acheter les albums d’un certain groupe ou d’aller à tous les concerts, ceux-là suivront sans doute la prochaine tendance. Nous avons donc un noyau dur de fans, mais ce n’est pas suffisant pour financer ce genre de projet. Je prévois d’utiliser le public mainstream pour ça. Il existe un certain public mainstream qui va voir des comédies musicales : Cats, Jesus Christ Superstar, des choses comme ça. Ce serait génial si on pouvait puiser dans ce public. Nous allons écrire l’opéra rock pour nos fans et pour nous-mêmes, mais nous allons utiliser le public mainstream pour le financer. Nous avons d’excellents contacts en Espagne, parce qu’une bonne moitié des membres de Therion a participé à la comédie musicale sur Queen qui tourne là-bas. Je crois qu’ils en sont à la quatrième saison. Ils sont devenus de vraies stars de la comédie musicale, là-bas. Nous avons pas mal de contacts à faire jouer. Et si quelqu’un gagne de l’argent grâce à nous en Espagne, d’autres personnes, dans d’autres pays, finiront par se dire qu’elles veulent faire la même chose. Nous avons également de très bons contacts en Suède. Que les temps soient difficiles ou non, il y aura toujours un public mainstream, issu des classes moyennes supérieures, qui cherchera à se divertir. Si ce public nous donne de l’argent, on pourra faire de bons spectacles pour ceux qui s’y intéressent vraiment. Il y a toujours une solution à tous les problèmes ! Espérons que ça marche. On se reparle dans cinq ans pour voir comment ça se sera passé !

« Notre style musical est en train de passer de mode. Alors, plutôt que d’inonder le marché de disques qui n’intéresseront que les fans hardcore, d’un point de vue commercial, il est plus intelligent de se concentrer sur un gros projet qui créera beaucoup de buzz. Je préfère mener peu de projets qui attirent l’attention. »

Apparemment, il s’agît d’un projet que tu as lancé il y a dix ans. Comment se fait-il que tu n’aies jamais réussi à le terminer ?

Je crois que j’ai été bousillé par la musique rock. J’ai écrit toutes les parties principales d’un opéra classique, mais ce que je n’arrive pas à écrire, c’est… On peut appeler ça les « parties chiantes » : le lien entre la partie A et la partie B, la musique qui relie les parties importantes entre elles. Parfois, il faut que les dialogues soient accompagnés par de la musique barbante. Si la musique est trop intéressante, on ne fait plus attention à ce qui se passe sur scène. Il arrive que le plus important soit le dialogue entre les personnages. La musique doit manquer de caractère, si on peut dire. Et ça, je n’y arrive pas ! Ça ne marche pas avec moi. Je n’ai pas écrit une note de l’opéra en trois ans. Au bout d’un moment, j’ai fini par me dire : « Pourquoi est-il si important que j’écrive un opéra classique ? C’est un problème d’ego ? Pas vraiment, alors pourquoi ai-je besoin de faire ça ? Si je suis coincé, pourquoi ne pas prendre la musique et la therioniser ? Fais de la musique pour Therion avec ça, fais ce pour quoi tu es bon ! » J’ai déjà emprunté des idées de l’opéra. À la fin de « Blood Of Kingu », par exemple, il y a un thème tiré de l’opéra et arrangé pour Therion. Ça a très bien fonctionné. J’ai environ 40 minutes de musique classique que je vais devoir therioniser. Il ne reste plus qu’à écrire plus de musique. Si c’est du rock, c’est plus facile d’écrire les parties qui relient le tout. On fera ça tous ensemble, le reste du groupe aura l’occasion de participer. C’est différent de la composition normale pour Therion. J’écris la musique d’abord. J’écris ce que je veux, spontanément, et ensuite, on écrit les paroles. Comme c’est censé être poétique, on peut tourner ça dans le sens qu’on veut. Mais quand il y a des dialogues et beaucoup d’action, parce que ça reste une pièce, il faut tout caser correctement. Si un dialogue se déroule trop vite, il faut plus de musique pour que la scène marque le spectateur. Il faut alors adapter la musique. C’est nouveau, pour moi, je n’ai jamais adapté la musique à quoi que ce soit. J’écris ce que je veux, et ensuite j’ajoute des paroles. C’est un immense défi d’adapter la musique au décor, aux dialogues et à ce qui se passe sur scène. C’est l’une des raisons pour lesquelles le projet prendra du temps. Nous devons aussi nous pencher sur les chorégraphies, le décor, les costumes… C’est beaucoup de travail, on ne se contente pas d’écrire de la musique et d’esquisser des dialogues. Si on veut plaire à un public mainstream, il faut être à la hauteur des comédies musicales bien chorégraphiées qui se jouent actuellement. Il ne faut pas oublier que dans le monde du metal nous sommes un grand nom. Nous sommes connus, nous avons un statut et une crédibilité. Mais dans le monde de la variété, nous ne sommes personne ! Il faut donc impressionner les promoteurs et leur prouver que nous avons fait quelque chose à la hauteur de ce qu’ils financent habituellement. C’est un grand défi, mais on aime ça. Si nous avons l’impression d’être coincés, nous ferons appel à des professionnels pour nous aider avec les chorégraphies et ce genre de choses. Nous n’avons jamais fait ça, c’est pour ça que tout est si incertain. Je ne veux pas annoncer que ce sera monté dans deux ans et devoir répondre à des questions si ce n’est pas le cas. Mieux vaut ne rien dire. On ne sait pas, mais on y travaille. Vous saurez quand nous aurons fini.

Tu as déclaré que ce projet serait le premier VRAI opéra metal. En disant cela, opposes-tu ton projet à tous ceux que l’on appelle habituellement des opéras metal et qui ont émergé ces dernières années, notamment Ayreon et Avantasia ?

Il faut savoir ce que l’on met derrière les mots. Je m’oppose généralement aux mots « opéra rock », parce que ça n’a rien à voir avec l’opéra. Nous allons faire un opéra rock selon la définition qui, pour moi, est la vraie : nous allons mélanger opéra et musique rock. Il n’y aura que des chanteurs d’opéra. Aujourd’hui, un opéra rock, c’est de la musique rock normale avec différents personnages qui chantent des dialogues. C’est un terme trompeur pour décrire ce que font ces groupes. Je ne dis pas qu’ils font quoi que ce soit de mal mais, pour moi, il s’agît davantage de comédies musicales rock. Nous voulons créer le premier véritable mélange entre l’opéra et la musique rock. Parfois, il n’y aura que de la musique classique, ou que du rock, et parfois, les deux seront mélangés. Un peu comme ce qu’a fait Deep Purple en 1970 avec son concerto pour groupe et orchestre, sauf que ce ne sera pas aussi clairement séparé. Et bien sûr, on fera appel à des chanteurs d’opéra, alors qu’eux avaient opté pour l’instrumental. Chaque personne jouant un rôle sera un chanteur d’opéra dûment formé, c’est le plan.

« Pour la plupart des groupes, changer radicalement de style, c’est un gros risque. Pour les fans de Therion, c’est la routine. »

Quelle sera l’histoire de cet opéra ? Les cadres historiques et géographiques ?

C’est encore en discussion. Nous n’avons que deux éléments : notre décision de faire ce projet et les 40 minutes de musique classique que j’ai déjà écrites. C’est tout. Nous avons quand même des idées. Il existe encore des romans classiques que personne n’a adaptés en opéra et qu’on pourra peut-être utiliser. Mais il vaut mieux ne rien suggérer parce que je ne veux pas provoquer de débat. Nous prendrons notre décision à l’automne prochain, quand nous allons nous pencher vraiment dessus. Nous allons commencer par boucler le projet de reprises, puis on prendra des vacances, et ensuite, on se lancera dans le brainstorming et la lecture des romans qu’on pourrait adapter. Nous verrons quelles idées nous viennent. Si quelqu’un a de bonnes idées, il y a toujours la possibilité d’enregistrer des démos. Puis, à l’automne, nous allons établir un calendrier définitif pour ce projet. Ce sera une période d’essais et d’erreurs. Je ne veux pas passer deux ou trois ans sur un projet pour que les promoteurs viennent me dire : « C’est super, mais on ne peut pas le monter parce que c’est trop cher ». Nous allons devoir contacter des promoteurs dès les débuts du projet pour savoir ce qu’ils peuvent en faire. Il faut que nous sachions avec quoi nous pouvons travailler, plutôt que de nous baser sur notre propre vision. Ça aussi, c’est quelque chose de complètement nouveau pour moi. Je n’ai jamais fait de compromis. Mais nous ne pouvons pas travailler avec un orchestre à la Richard Wagner, ce n’est tout simplement pas possible. Quand nous avons fait un concert avec un orchestre, ça a coûté 100 000 € la soirée. Commercialement, c’est impossible. Il faut des sponsors, il faut obtenir de l’argent du Ministère de la Culture du pays… Nous allons devoir travailler avec un orchestre beaucoup plus petit. Nous devons savoir ce qui est raisonnable, combien d’argent on peut mettre dans les décors. Il faudra s’adapter à ce qui sera considéré comme un budget réaliste. J’ai l’habitude de faire ce que je veux et d’envoyer la facture à la maison de disques, alors c’est un vrai défi de travailler de cette façon. Mais je pense que c’est utile. C’est bien de se frotter à des défis différents, et de ne pas se reposer sur ses lauriers en se disant qu’on peut toujours faire ce qu’on veut.

As-tu des références en matière d’opéras pour ce projet ?

Peut-être L’Ange de Fey de Prokofiev en termes de décors. Mais ce n’est qu’une vague idée, on fera peut-être quelque chose de complètement différent. J’ai vu l’opéra deux fois et j’ai été soufflé. Musicalement, Richard Wagner me tient particulièrement à cœur. C’est très épique. J’ai ces éléments prétentieux dans le sang ! Mais ça dépendra également de l’avis des autres membres. Je peux vous dire que ça ne sonnera pas comme un opéra italien. Ce sera plus dramatique, plus proche des opéras russes ou allemands, voire français. J’aime beaucoup Samson et Dalila [de Saint-Saëns], c’est excellent. On verra vers quoi on se dirige. La musique que j’ai déjà écrite est très engagée dans cette voie-là.

Interview réalisée par téléphone par Spaceman et Metal’O Phil en novembre 2012
Introduction de Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Saff’

Site internet officiel de Therion : www.megatherion.com

Album Les Fleurs du Mal sorti le 28 septembre 2012



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  • Un Album sans le Label ben c’était oser
    il est vrait que connaissant assé le groupe comme le dit si bien Christofer,un groupe qui se sera diversifier tout au long de sa carrière
    c’est aussi cela qui me plais cher eux ….quand on m’a parlais pour la première fois de cet album comme beaucoup j’ai été surpris et curieux de me faire ma propre opinion ,après plusieurs écoute un album vraiment oser mais finalement pas si horrible que certaines critique que j’ai pus lire c’est se qui fait de se groupe sa différence l’originalité
    plutot que de s’entérer dans la normalité et un stil ,un groupe qui prend des risques .au risque de déplaire a leur maison de disc
    moi je dit respect et bon nombre d’artiste et de groupe devraient prendre exemple car nombreux sont contraint de sortir des albums influencer par leur Label se qui tue la créativité artistique

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  • Wahou, ça c’est de l’interview ! Même si j’ai commencé le métal avec le sympho, je n’ai jamais écouté Therion. Mais l’interview reste très intéressante tout de même, surtout sur l’album « Fleur du mal », dont le titre et la tracklist m’avait beaucoup étonné, le jour où je l’avais vu ajouté sur darklyrics.

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  • A noter, chose assez surprenante, que le disque a été présenté sur la chaîne D8 lors de l’émission « Le Grand 8 » présentée par Laurence Ferrari et ses copines… J’avoue avoir bien rigolé en voyant la tête hallucinée des présentatrices lorsque le chroniqueur a parlé de l’album, montré quelques images du clip « Poupée de Cire, Poupée de Son » (reprise de France Gall) et la pochette du disque. La fine fleur de la bourgeoisie parisienne n’en est pas revenue 🙂
    Les images peuvent sans doute être revues sur le site http://www.d8.tv/program/le-grand-8/, mais j’avoue n’avoir pas cherché

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  • Super interview, merci. J’étais passée à côté de cette sortie,erreur réparée, le rendu est vraiment intéressant!
    J’ai hâte que le projet opéra devienne réalité, en tout cas une chose est sûre, ce groupe n’a pas fini de nous surprendre…

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