ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Therion – Leviathan II


L’an dernier Therion lançait le premier volet d’un nouveau projet à l’ambition non dissimulée : une trilogie épique intitulée Leviathan. L’objectif de Therion était de livrer tous les éléments qui ont fait sa renommée à travers trois volets aux caractéristiques distinctes. Si Leviathan avait pour dessein de privilégier l’accessibilité en livrant hit après hit, cette suite devait s’orienter vers les tonalités plus sombres de la carrière du groupe. En réalité, Leviathan I et II sont assez proches en termes de direction musicale : comme son aîné, selon son principal compositeur Christofer Johnsson, Leviathan II est le résultat d’une analyse minutieuse de ce qui a fonctionné à travers les âges. Il veut toucher directement ce qui émeut et ravit le public, sans véritables « fioritures », à la différence du troisième volet à venir qui s’annonce plus progressif et expérimental.

Les premiers indices de la philosophie de Leviathan II se trouvent dans le minutage des compositions : aucune n’excède les cinq minutes à l’exception de « Lunar Coloured Fields ». L’effort de production est toujours gargantuesque en raison des nombreux éléments qui font l’ADN Therion, avec une orientation résolument plus rock, et ce malgré une section rythmique écrasée par les mélodies. Les premières secondes d’« Aeon Of Maat » sont évocatrices : Therion ne cherche même pas à introduire son propos. Les guitares, les claviers et les chœurs débarquent pratiquement sans crier gare avant de laisser place à un lead très bref. « Aeon Of Maat » est une sorte de concentré de la formule Therion qui mise davantage sur l’action immédiate que sur la création d’atmosphères. Le riffing du refrain d’« Alchemy Of The Soul » honore quant à lui le heavy rock/metal du début des eighties, jusque dans les leads conjugués des guitaristes et les lignes de basse qui rappelleront inévitablement la bande à Eddie. Les guitares incisives de « Midnight Star » en sont peut-être le plus vibrant exemple. L’amorce de « Lucifuge Rofocale » obéit au même principe en ne se souciant guère – à nouveau – de ménager l’auditeur. L’agressivité de ce titre tranche élégamment avec la mélancolie générale de l’œuvre, particulièrement symbolisée par la tristesse de « Lunar Coloured Field ». En réalité, Leviathan II confirme que Therion a changé sa manière de composer. Ce sont les retours du public lors de ses manifestations sur scène qui le motivent ici, peut-être davantage que le déroulé de fresques épiques.

Affirmer que Therion a excessivement simplifié son propos pour son deuxième volet serait néanmoins excessif. Les ponctuations de cordes qui ouvrent « Lunar Coloured Fields » et les phrasés féminins tout en délicatesse prouvent à nouveau que Therion sait conter des histoires sans manquer de nuances. Therion parvient en outre à varier son registre via la gravité de « Codex Gigas » aux guitares plus solennelles et à la rythmique appuyée. Il faut cependant retenir que même lorsque Therion multiplie les arrangements et complexifie sa structure, il reste soucieux de respecter une certaine facilité d’appréhension des titres. Preuve irréfutable : « Pazuzu » était auparavant composé pour un autre artiste aux multiples singles, Alice Cooper lui-même. « Pazuzu » correspond d’ailleurs à un cahier des charges bien précis : des mélodies entêtantes et un riffing classic-rock presque téléphoné. C’est peut-être sur ce plan que Leviathan II peut provoquer l’indigestion. La conjugaison de voix féminines pour les accalmies, les chœurs pour les extrêmes qui en viennent à écraser les guitares, les voix masculines agressives pour les rares pics de violence… Leviathan II donne trop souvent dans le cliché et ne fait que réemprunter le chemin de son aîné sans réellement s’affirmer en tant qu’entité singulière. Il n’a pas le cachet de l’ouverture d’une trilogie et ne densifie pas réellement le récit. Il a le mérite de présenter le convaincant « Litany Of The Fallen », vu comme un lien entre les trois parties, mais peine à faire émerger de réels moments de grandeur propre au monstre mythique dont il s’inspire. Certaines progressions de Therion en deviennent même fortement dispensables, à l’instar des flûtes de « Cavern Cold As Ice ».

Leviathan II respecte les dires de ses géniteurs : il vise l’efficacité et met en exergue ce qui a fait, en partie, le succès de Therion. Le problème est que Leviathan I découle de la même proposition. Certains élans de Leviathan II ne permettent pas vraiment à l’ensemble de décoller et apercevoir toutes les ficelles du spectacle empêche la magie de prendre. La plus grande force de Leviathan II est en réalité de susciter l’anticipation du troisième volet, censé privilégier une approche plus audacieuse et l’écriture de longs morceaux souvent plus à même de transcrire l’univers grandiloquent du groupe.

Clip vidéo de la chanson « Codex Gigas » :

Clip vidéo de la chanson « Marijin Min Nar » :

Clip vidéo de la chanson « Pazuzu » :

Clip vidéo de la chanson « Litany Of The Fallen » :

Album Leviathan II, sorti le 28 octobre 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    In Flames @ Lyon
    Slider
  • 1/3