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Live Report   

Therion : un anniversaire sobre mais réussi


Cette année, Therion célèbre un quart de siècle d’existence. Cette tournée baptisée « Flowers Of Evil Tour » est donc une occasion spéciale en soi. D’autant plus que Christofer Johnsson, guitariste et leader du groupe, a récemment annoncé qu’il allait cesser toute sortie d’album et tournée régulière pendant un temps indéterminé. « Cinq ? Dix ans ? Qui sait ? » se posait-il la question dans un message publié sur le site officiel de Therion. La raison étant que le maestro veut se donner tout le temps et les moyens nécessaires pour mener à bien un projet ambitieux qu’il qualifie de premier véritable opéra metal/rock – au sens premier du terme donc et non comme une sorte de comédie musicale – avec des chanteurs d’opéra, un synopsis, une mise en scène, etc. Un projet qu’il avait initié il y a dix ans et qu’il s’est aujourd’hui fermement décidé à mener jusqu’au bout.

Autant dire que cette tournée représente la dernière occasion de voir le groupe avant longtemps. Et même si Therion est coutumier des salles lyonnaises qu’il investit régulièrement, il est étonnant de voir si peu de monde dans le Transbordeur en ce mardi 9 octobre. Peut-être que certains ont été rebutés par Les Fleurs Du Mal, un album spécial pour célébrer l’anniversaire et qui voit Therion interpréter à sa manière des classiques et autres curiosités cachées de la chanson française. Peut-être que celui-ci et son concept étonnant n’ont d’ores et déjà pas convaincu, alors qu’il n’est pour l’instant disponible que sur la tournée du groupe et son site internet (nous reviendrons plus tard sur les raisons de cette distribution dans la chronique du concert).

Toujours est-il que le public présent est heureux d’être là et repartira d’autant plus ravi à l’issue du show.

Artistes : TherionElyoseAntalgia
Date : 9 octobre 2012
Lieu : Villeurbanne
Salle : Transbordeur

Antalgia ouvre la soirée. Le groupe espagnol aura offert une prestation poussive sur un metal symphonique désespérément quelconque, à l’image de la voix de la chanteuse Bella Dianez, pas toujours très précise et manquant de puissance pour le registre exigeant choisi. Les riffs se révèlent presque caricaturaux par leur côté téléphoné et peu inspiré. Mettons tout ceci sur le compte de la jeunesse d’un groupe qui n’a pas encore su trouver ses marques et dont les compositions sont encore trop vertes pour procurer de vraies émotions.

Autre preuve de ce manque de maturité : les prises de paroles du guitariste Igna Jover qui s’essaie au français. L’effort est apprécié, forcément, mais il donne néanmoins l’impression de combattre sa timidité, ne sachant pas vraiment quoi dire. Il est touchant de voir le groupe ainsi impressionné par l’audience face à eux, tout autant que leur manque d’aise se montre quelque peu contagieux. C’est le cas, en particulier, lorsque la frontwoman fait un bide en annonçant énergiquement le dernier titre, suivi immédiatement d’un lourd et interminable silence. Un problème sur la basse est, en effet, en train d’être réglé, empêchant le départ du morceau. Les quelques tricotages du guitariste pour combler le vide auraient pu masquer l’incident, si seulement ils avaient été plus prompts, plus assurés et sans ce petit sourire gêné.

« On espère qu’on vous reverra la prochaine fois » annonce le groupe en fin de prestation. Mais avant ça, il faudra retourner en répétition afin de gagner en caractère et en assurance. Autrement, la prochaine pourra bien être la dernière. C’est en tout cas ce que semblait dire la froideur d’un public statique et inexpressif.

Justine Daaé (Elyose) : un sourire généreux.

C’est au tour d’Elyose de fouler les planches. Un groupe français mené par Justine Daaé. Une chanteuse un peu « nunuche » dans ses prises de paroles, ses sourires et certains de ses gestes (ces sauts pleins de volonté mais mal synchronisés avec la musique). Un terme pas forcément à prendre de manière péjorative et dans lequel il faut comprendre « enfantin », « naïf » et « jovial ». Un sentiment rehaussé par la tenue de la demoiselle et son physique de petite fille qui aurait grandi trop vite : bouclettes cuivrées, longues jambes sortant d’une petite robe plissée et petits seins perdus dans un corset encore un peu trop large pour eux. Au final, cette allure de femme-enfant se révèle être l’un des principaux atouts du groupe sur scène, d’abord pour l’attendrissement provoqué, ensuite pour le plaisir coupable que peut générer son sex-appeal lors de ses déhanchés.

A ses côtés, les musiciens abattent le boulot efficacement avec une bonne présence, ce qui évite au groupe de se reposer uniquement sur sa frontwoman. Autant le guitariste et le bassiste, de part et d’autre de la scène, que le batteur qui se lève régulièrement pour montrer toute son implication dans le show. Mais pour un groupe qui espère convaincre, il n’en faut pas moins.

Elyose tient la scène.

Visuellement, Elyose accroche, même s’ils bénéficient ce soir de médiocres lumières, il ne restera plus qu’à affirmer plus de personnalité au niveau des compositions pour obtenir un groupe porteur d’espoir. Car il est clair que celui-ci reste encore engouffré dans un genre usé jusqu’à la corde et dont il est difficile de se démarquer en se contentant simplement, comme tant de groupes, de récupérer les codes des aînés.

Mais Elyose a encore tout l’avenir devant lui, espérons donc pour lui qu’il saura en faire bon usage. Il est en effet aujourd’hui tout juste en train de défendre son premier album, intitulé Théogyne. Un album que Justine n’aura pas manqué de porter à l’attention du public en lançant un exemplaire dans la foule, toujours avec ce sourire généreux.

Therion : le plaisir d’être ensemble.

Lorsque le « O Fortuna » de Carl Orff résonne dans le Transbordeur pour introduire le show de Therion, un constat s’impose : le groupe jouera sans décors de scène contrairement à ce que le groupe a pu faire par le passé. Était-ce un choix délibéré ou bien était-ce imposé au groupe par contrainte économique ? Toujours est-il que cette absence n’entachera en aucun cas la prestation offerte ce soir. Bien au contraire, à vrai dire. Difficile de dire si l’absence d’artifice a poussé les musiciens à plus affirmer leur présence scénique ou si elle a permis de mieux profiter du jeu de scène de ceux-ci. Une chose est sûre, le groupe – autant les instrumentistes que les chanteurs – a su démontrer qu’il n’était pas là uniquement pour interpréter la vision musicale de Christofer Johnsson. Chaque musicien avait l’occasion de se mettre en avant, à tour de rôle, en tandem, en trio ou plus. Il est remarquable de constater à cet égard l’équilibre qui se crée entre les membres. La gestion intelligente de l’espace n’y est sans doute pas étrangère : les trois chanteurs, Lori Lewis, Linnea Vikström et Thomas Vikström – la seconde étant la fille du troisième – possédaient leur estrade en fond de scène d’où ils s’échappaient pour rejoindre le devant de scène lors de leurs interventions ou, au contraire, où ils se réfugiaient pour laisser la place aux musiciens.

Les charmantes Lori Lewis et Linnea Vikström.

Aucun décor, certes, mais de très belles lumières tout de même et des costumes donnant la sensation de voir évoluer une troupe de théâtre échappée de la fin du XIXe siècle : que ce soit l’élégant accoutrement d’inspiration victorienne de Christofer Johnsson, le chic de Lori Lewis et Linnea Vikström, ou la casquette et les lunettes d’aviateur de Thomas Vikström. Une sensation largement entretenue par les jeux de scène entre membres de l’équipe. Des gestuelles voyant les chanteurs aller régulièrement à la rencontre des musiciens pour leur parler en face-à-face, leur susurrer on ne sait quoi à l’oreille, leur tendre le micro ou les toucher. Un côté tactile, voire sensuel, d’ailleurs très présent : Lori et Linnea avançant droites et main dans la main sur l’avant de la scène, Thomas et Lori se faisant face, bras tendus, paume contre paume ou encore ces deux simulant une parade vampirique, le premier mordant, langoureusement mais non sans un air mesquin, le coup nu de cette dernière.

Les stars que représentaient Snowy Shaw – qui a à nouveau déserté Therion pour d’autres projets – et Mats Levén ne sont plus là pour illuminer la scène comme par le passé, pourtant, en aucun cas le manque de leur présence ne se fait sentir. Ce qui se fait sentir, en revanche, c’est à quel point tous semblent s’entendre et se faire plaisir ensemble. il y a des sourires qui ne trompent pas et ceux de Johnsson sont assurément évocateurs de la fierté qu’il ressent à l’égard de sa musique et du show orchestré.

Scène de ménage jouée par Lori Lewis et Thomas Vikström.

De manière prévisible, anniversaire oblige, le groupe offre sur cette tournée une véritable setlist best-of, avec les titres puissants et pleins d’accroches que sont « Son Of The Sun », « Gothic Kabbalah », « Ginnungagap », « Wine Of Aliqah » ou « Son Of The Staves Of Time », sans compter les véritables tubes – selon l’esthétique de Therion – « The Rise Of Sodom And Gommorrah », « The Blood Of Kingu » et « To Mega Therion ». Quelques titres épiques à souhait également, qui n’auront pas manqué de faire voyager : « Via Nocturna », « Land Of Caanan » ou « The Sirens Of The Wood ». Et un petit moment d’intimité avec l’interprétation acoustique de « Lemuria » qui a vu les musiciens s’assoir ou s’adosser aux estrades.

Logiquement, Therion a intégré trois reprises françaises issues de son nouvel album. Des reprises qui ont pour elles le pouvoir d’accroche, telle que « Poupée De Cire, Poupée De Son » originellement chantée par France Gall (mais composée par Serge Gainsbourg) en ouverture de concert. L’avantage de ce soir – comme à Paris, Rennes et Toulouse quelques jours plus tôt – est que ces titres sont joués « à domicile », pour ainsi dire, et même si la majorité n’ose pas chanter – la faute sans doute à un certain côté ringard que nous pouvons, en France, trouver à ces « vieilleries », à la différence de nos concitoyens européens qui y voient tout le charme de la culture française – tout le public connaît déjà les mélodies et les paroles.

Le maestro se donne à 100 %.

La fin du show approche lorsque Christofer Johnsson prend un moment pour parler à son public. Il dit avoir souhaité faire quelque chose de spécial pour fêter les vingt-cinq ans de Therion. Le résultat est Les Fleurs Du Mal, ce recueil de reprises de chansons dans la langue de Molière. Une langue qui semble particulièrement tenir à cœur à Johnsson. Il affirmera alors au public que sa maison de disque, Nuclear Blast, avait refusé de sortir cet album, trop ambitieux selon lui – trop particulier et donc difficile à vendre serait sans doute plus proche de la vérité. Il poursuit en expliquant que suite à ce refus il est allé à la banque emprunter 75 000 euros afin de pouvoir le sortir par ses propres moyens (oui, c’est le prix que coûte un album de Therion ! Pensez-y la prochaine fois que vous vous servirez illégalement sur internet… Preuve que l’art est loin d’être gratuit pour ceux qui le font). Autant dire que le maestro semble encore avoir la décision de son label en travers de la gorge – même si, en fin de compte, sur le site de Therion, il exprime toute sa reconnaissance envers le label qui lui a jusque-là offert « une totale liberté artistique et énormément de patience, d’une manière que la plupart des autres artistes de notre niveau ne peut que rêver de la part de n’importe quel label » et, pour cette raison, il n’a pas souhaité rentrer dans une logique de confrontation avec eux. Il posera d’ailleurs la question suivante : « Qui selon vous devrait décider de l’orientation musicale d’un groupe ? Voici trois choix : réponse une, le groupe, réponse deux, la mode, réponse trois, le label. » Autant dire que tous, parmi l’audience, étaient d’accord sur la réponse à donner…

Une belle équipe pour une prestation captivante.

Au second rappel, Johnsson tend la perche au public en demandant : « Que pourrait-on jouer pour terminer ce concert en apothéose ? » Nombreux sont ceux dans le public qui n’ont pas manqué de donner la réponse attendue : « To Mega Therion ». Une fois le show terminé l’ensemble du groupe saluera en rang l’audience puis les musiciens viendront à sa rencontre offrir eux-même des bouteilles d’eau et serrer des mains.

Setlist :

O Fortuna (reprise de Carl Orff)
Poupée De Cire, Poupée De Son (reprise de France Gall)
Son Of The Sun
Via Nocturna
The Flight Of The Lord Of Flies
J’ai Le Mal De Toi (reprise de Betty Mars)
Abraxas
Vanaheim
Lemuria (version acoustique)
Gothic Kabbalah
The Siren Of The Woods
Ginnungagap
Land Of Canaan
Wine Of Aluqah
The Rise Of Sodom And Gomorrah
The Khlysti Evangelist
Une Fleur Dans Le Cœur (reprise de Victoire Scott)
Son Of The Staves Of Time

Premier rappel :

The Wondrous World Of Punt
The Blood Of Kingu

Second rappel :

To Mega Therion

Attention à la marche !

Photos : Nicolas « Spaceman » Gricourt

A voir également :

Galerie photos du concert de Therion.



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  • C’est la cinquième fois que je vois THERION en concert.Certe ce concert au trans bo par rapport à celui de 2010 et 2007 était trés dépouillé voir minimaliste. Mais j’ai beaucoup aimé la prestations des chanteurs et des musiciens. Ce fut encore un trés bon concert.
    Pib’s

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  • pour les avoir vu à Rennes une semaine plus tôt, je ne que être d’accord avec ce live report autant pour les points de vues sure les premières partie, que sur la complicité évidente des membres de Therion.
    espérerons leur du succès pour leur nouvel album qui est un pari risqué mais à mon sens réussi.

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