ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Thin Lizzy : still live and dangerous


Thin Lizzy a le vent en poupe ces dernier temps. Pourtant le groupe, héritage du dieu Phil Lynott, n’a cessé d’aller et venir avec divers line-up pendant ces vingt dernières années. Alors comment expliquer tous les regards soudainement braqués sur le groupe en ce début d’année ? Un premier élément de réponse vient certainement du nouveau line-up qui inaugure deux nouvelles têtes. Deux musiciens prestigieux : Vivian Campbell, l’eternel « nouveau guitariste de Def Leppard », et Ricky Warwick qui a la lourde tâche de tenir le micro sacré. A ceci on ajoute Marco Mendoza à la basse et les anciens Scott Gorham (guitare), Brian Downey (batterie) et Darren Wharton (claviers) et nous avons ici une véritable équipe de rêve qui renoue, par ailleurs, avec les racines irlandaises du groupe.

Le second élément, c’est Scott Gorham lui-même qui nous le donne : « je trouvais que le groupe devenait trop metal. […] Il était temps de retrouver le son d’origine de Thin Lizzy. » Tout juste ! Les fans sont unanimes : Thin Lizzy n’a jamais autant sonné comme Thin Lizzy qu’aujourd’hui. A tel point que le groupe songe même à reprendre la route du studio, pour la première fois depuis 1983 et son Thunder And Lightning.

L’occasion était trop belle pour passer à coté. Nous avons donc demandé à Scott Gorham, qui est à l’initiative de cette nouvelle mouture de Thin Lizzy, de nous passer un petit coup de fil histoire d’en savoir plus.


L’une des raisons pour lesquelles je voulais m’éloigner de la dernière mouture de Thin Lizzy était que, personnellement, je trouvais que le groupe devenait trop metal. Nous n’avons jamais vu Thin Lizzy comme un groupe de metal mais comme un groupe de hard rock. […] Je pensais qu’il était temps de retrouver le son d’origine de Thin Lizzy.

Radio Metal : Comment vas-tu ?

Scott Gorham (guitare) : Plutôt pas mal. Je viens de me réveiller, nous sommes arrivés à 4h30 ce matin. Je ne suis pas très frais à l’heure actuelle !

Rick Warwick et Vivian Campbell n’ont jamais fait partie de Thin Lizzy avant aujourd’hui. Comment se sont-ils trouvés impliqués dans le groupe l’an dernier ?

Tout ça est beaucoup dû à Joe Elliott de Def Leppard, un grand fan de Thin Lizzy. Il savait que Brian Downey et moi avions décidé de remonter le groupe. Il m’a appelé et m’a demandé : « À qui allez-vous faire appel pour assurer le chant ? ». Je lui ai répondu : « Ça ne va pas être facile de choisir, on y réfléchit beaucoup. » C’est lui qui m’a alors rappelé qu’environ deux ans plus tôt, je m’étais rendu chez lui alors qu’un type appelé Ricky Warwick enregistrait son album solo dans le studio de Joe. Je me suis souvenu avoir joué sur l’album de Ricky et je me suis souvenu d’un très bon chanteur et d’un type super. Je me suis dit que faire appel à Ricky pour Thin Lizzy était un choix idéal. Il a plus ou moins la même personnalité et le même timbre de voix que Phil. C’était vraiment le meilleur choix. J’ai obtenu le numéro de Ricky auprès de Joe, je l’ai appelé et je lui ai demandé : « Que dirais-tu de devenir le chanteur de Thin Lizzy ? » Étant donné qu’il est un grand fan du groupe, il a littéralement sauté sur l’occasion. Au fond, c’était assez facile. Viv, quant à lui, a appris que je cherchais un autre guitariste pour le groupe. C’est lui qui a demandé à Joe : « Tu pourrais appeler Scott pour savoir s’il pourrait envisager de me prendre comme deuxième guitariste ? » Je n’ai rien eu besoin d’envisager : je connais Viv depuis des années et je sais comment il joue. Je l’ai appelé et lui aussi a sauté sur l’opportunité de faire partie de Thin Lizzy. Cette fois, constituer le groupe s’est révélé extrêmement facile. Je pensais que ça allait être très difficile et que nous allions perdre des mois à essayer de trouver les bonnes personnes. En fait, il nous a fallu quelque chose comme deux semaines pour tout mettre en place !

Ricky Warwick et Vivian Campbell sont tous deux irlandais. Était-ce un facteur important lorsque tu leur as demandé de rejoindre le groupe, histoire de revenir aux racines du groupe ?

Ça en faisait partie, oui. C’est un sujet auquel nous avions déjà réfléchi par le passé. L’une des raisons pour lesquelles je voulais m’éloigner de la dernière mouture de Thin Lizzy était que, personnellement, je trouvais que le groupe devenait trop metal. Nous n’avons jamais vu Thin Lizzy comme un groupe de metal mais comme un groupe de hard rock. Et nous n’avons jamais cessé de repousser ces limites. Je pensais qu’il était temps de retrouver le son d’origine de Thin Lizzy. Et chacun des gars impliqués dans ce projet, que ce soi moi, Brian Downey, Ricky ou Viv, voulait revenir au son que nous voulions à l’origine pour ce groupe. C’est heureusement ce qui s’est passé : nous avons pu revenir au son d’origine de Thin Lizzy. Tous les commentaires reçus de nos fans et de nos supporters prouvent qu’ils sont d’accord avec ça. Ici, au Royaume-Uni, nous donnons une tournée à guichet fermé. Nos fans sont d’accord pour dire que nous avons pris la bonne direction en ce qui concerne le son.

Tu as apparemment proposé à Brian Robertson de rejoindre le groupe mais celui-ci a refusé. Pourquoi ?

Je lui ai demandé par politesse. Je savais que l’aventure Thin Lizzy n’était plus trop son truc. Aujourd’hui, il fait la promotion de son propre album solo, plus orienté blues. Mais je l’ai tout de même contacté par politesse. Je l’ai appelé et je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il a dit qu’il aimerait participer mais qu’il avait la promotion de son album solo à assurer. Moi, ça m’allait, je voulais seulement lui proposer en premier. C’est comme ça que ça s’est passé.

Doit-on voir cette mouture de Thin Lizzy comme un véritable groupe ou comme un hommage au travail et à la vie de Phil Lynott, ainsi que le groupe avait été présenté en 1996 ?

Non, non, c’est un vrai groupe. Mais cette année, cela fait vingt-cinq ans que Phil nous a quitté. En tant qu’amis, nous dédions toute cette tournée à Phil Lynott. Les fans le comprennent très bien. Lorsque nous présentons le groupe sur scène, nous n’oublions pas de présenter Phil. Il fait toujours partie du groupe. La plupart du temps, de nous tous, c’est lui qui reçoit le plus d’applaudissements et c’est parfaitement normal. Il est la raison pourquoi nous somme ici. Il était notre pote et il nous manque terriblement. C’est un peu l’élément moteur de cette tournée en particulier.

« Nous sommes en train de surmonter l’idée que nous n’aurons pas Phil avec nous en tant que compositeur. Quand je regarde autour de moi sur scène et que je vois les gars qui m’accompagnent (Ricky, Viv, Marco et Darren Wharton aux claviers), quand je vois cette brochette de compositeurs sur scène à mes côtés, je n’ai pas le moindre doute quant au fait que nous soyons capables de créer un album formidable. »

Avez-vous envisagé de changer le nom du groupe, comme Queen l’a fait récemment en se rebaptisant Queen With Paul Rodgers ?

Non, pas du tout. Nous jouons des titres de Thin Lizzy, nous ne jouons pas la musique de quelqu’un d’autre. Le groupe actuel compte trois membres originaux de Thin Lizzy. Nous nous présentons comme Thin Lizzy.

La tournée a commencé début janvier. Étais-tu inquiet à l’idée de monter sur scène pour la première fois avec ce nouveau line-up ?

On se demande toujours si on va réussir à travailler ensemble, comment tout ça va sonner, de quoi les chansons auront l’air. Il y aura toujours un peu d’inquiétude à ce niveau. Mais je connais très bien ces gars, en tant qu’individus et en tant que musiciens. Je sais de quoi ils sont capables. Pour moi, il n’y avait pas de raison de me mettre les nerfs en pelote car je savais au fond de mon cœur que ça allait marcher. Nous avons répété pendant quelques semaines, alors nous étions bien préparés quand nous sommes montés sur scène.

Tout le monde doit te poser cette question, mais je suis plus ou moins obligé de te le demander moi-même : peut-on s’attendre à un nouvel album de Thin Lizzy avec ce line-up ? Je sais que c’est une chose à laquelle vous pensiez déjà en 2009…

Oui, c’est la première question dans la bouche de tout le monde. Comme tu peux l’imaginer, je donne pas mal d’interviews dans l’année et c’est la question à laquelle je peux m’attendre de la part de tout le monde ! Tout ce que je peux te dire, c’est que nous sommes tous en train de nous ouvrir à cette idée. Nous sommes en train de surmonter l’idée que nous n’aurons pas Phil avec nous en tant que compositeur. Quand je regarde autour de moi sur scène et que je vois les gars qui m’accompagnent (Ricky, Viv, Marco et Darren Wharton aux claviers), quand je vois cette brochette de compositeurs sur scène à mes côtés, je n’ai pas le moindre doute quant au fait que nous soyons capables de créer un album formidable. Nous devons encore en parler, nous assurer que nous sommes d’accord sur le fait que c’est la chose à faire. Quand nous serons tous d’accord là-dessus, nous entrerons en studio ou, du moins, en salle de répétition et nous commencerons à écrire des chansons. Puis nous irons les enregistrer. Je sais que nous avons tous quelques chansons de prêtes. Il faut simplement que nous nous fassions à l’idée que nous allons bel et bien enregistrer un album ensemble.

Le dernier album studio de Thin Lizzy remonte à presque trente ans. Penses-tu qu’après tout ce temps, le groupe soit toujours capable d’enregistrer un album sonnant comme du Thin Lizzy classique ?

C’est la question à 50 000 euros ! Devons-nous essayer de copier le style que nous faisions il y a trente ans ou plutôt enregistrer un album comme nous en avions l’habitude à l’époque ? Quand tu y penses, lorsque nous enregistrions un album, chacun apportait sa contribution et nous ne visions aucun style en particulier. Le principal, c’était la façon dont la chanson était écrite, ce que nous ressentions à l’époque et le résultat sur le disque. C’est ce que nous ferons cette fois-ci si nous décidons d’enregistrer un album. Tout dépend de la chanson, de la façon dont elle est écrite, jouée et enregistrée. Je ne pense pas qu’il serait très avisé de partir en se disant : « Il faut copier Jailbreak ou Bad Reputation ». Ce serait une très mauvaise façon d’appréhender l’enregistrement d’un album.

En 2009, Thin Lizzy Productions a sorti un premier disque, Still Dangerous, un album live enregistré lors de la tournée Bad Reputation. Existe-t-il d’autres enregistrements live cachés dans un tiroir en attente de publication, voire des titres studio ?

Il y en a mais je ne sais pas trop quand nous allons les sortir. Les sorties programmées, ce sont ce que Universal appelle les « deluxe edition » des albums Jailbreak, Johnny The Fox et Live And Dangerous. Le premier CD ne contient que l’album original mais beaucoup mieux mixé. Sur le deuxième CD, on retrouve des titres live que je suis pratiquement sûr de n’avoir jamais entendus avant. Mais ce qu’il y a de cool, c’est que j’ai demandé à Universal si Joe Elliott et moi-même pouvions choisir deux ou trois titres de chacun de ces albums, les mettre en pièces et les remixer du début à la fin. Histoire de leur donner un côté « nouveau millénaire », comme Joe et moi avons appelé ça. Et nous avons eu le droit de le faire : nous avons mis les titres en morceaux, renforcé les guitares, ajouté une guitare ici ou là lorsque je trouvais que le son était trop faible… Nous avons remixé tout ça et j’adore le résultat. C’est le genre de choses qu’on peut trouver sur les éditions limitées que Universal s’apprête à sortir.

« Personne dans ce milieu ne pense qu’essayer d’obtenir quelque chose gratuitement est correct. […] Beaucoup de groupes comptent sur l’extra revenu des ventes de disques. Aujourd’hui, je ne peux que redouter que moins de groupes partent sur les routes, parce qu’ils n’en auront tout simplement pas les moyens. »

J’ai lu quelque part que tu étais inquiet de l’état actuel de l’industrie de la musique. Je pense qu’il est intéressant d’entendre l’opinion d’un musicien tel que toi qui a vu tout ça évoluer depuis les années 70. Quel est ton avis sur la question ?

Je pense que tout le monde s’inquiète plus ou moins de ce qui se passe. Depuis une semaine, on voit partout que HMV, la plus grande chaîne de distribution de disques en Grande-Bretagne, est sur la pente descendante et sera bientôt en faillite. Il y a de moins en moins d’endroits où on peut acheter un CD. Bien sûr, on peut toujours acheter en ligne mais les musiciens comme moi ne sont pas toujours très à jour sur ce nouveau système. Je peux voir les avantages et les inconvénients du téléchargement et de l’achat sur Internet. Il y a des bons et des mauvais côtés. Il faut attendre et voir ce qui va se passer. Ma principale préoccupation concerne les jeunes groupes qui se montent. Il n’y a pas beaucoup de grandes maisons de disques auxquels ces jeunes groupes peuvent s’adresser pour obtenir une avance, acheter de l’équipement, partir sur les routes et lancer leur carrière. Je ne sais pas comment les jeunes vont réussir à gérer tout ça. C’est ma plus grande source d’inquiétude : comment les petits nouveaux vont-ils se faire une place ?

Que penses-tu de ceux qui téléchargent de la musique illégalement ? Penses-tu qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’être musicien signifie, voire qu’ils n’ont aucun respect pour les musiciens ?

Personne dans ce milieu ne pense qu’essayer d’obtenir quelque chose gratuitement est correct. Ce serait comme si j’allais voir le plombier en lui disant : « Hey, mes toilettes, fuient. Au fait, je veux que vous me les répariez gratuitement. » Ça ne se fait pas. Prendre ce que nous faisons pour vivre et toujours laisser gratuitement, ce n’est pas normal. C’est un peu se tirer une balle dans le pied et ça rend les choses plus difficiles pour les groupes qui souhaitent partir sur les routes, se rendre dans différentes villes et donner des concerts. Beaucoup de groupes comptent sur l’extra revenu des ventes de disques. Aujourd’hui, je ne peux que redouter que moins de groupes partent sur les routes, parce qu’ils n’en auront tout simplement pas les moyens.

En France, le gouvernement a mis en place un système controversé pour traquer le téléchargement illégal, envoyer des avertissements et couper les connexions Internet. Penses-tu qu’un système répressif soit le seul moyen que l’on puisse instaurer pour mettre un terme à cette situation ?

J’aime ta façon de présenter les choses : un « système répressif » ! On dirait que tu es pour le téléchargement illégal !

Pas du tout, au contraire !

C’est une drôle de façon de formuler la chose, dans ce cas.

J’ai choisi d’utiliser ce terme car c’est ce que pensent la plupart des Français.

La discussion devient politique et je suis sans doute le type le moins politique au monde que tu rencontreras. Joker sur cette question, je passe à la suivante !

« Il est compréhensible que Phil ait écrit des chansons traitant de sujets à la fois politiques et religieux. Mais de là à faire de lui un prophète… Je ne suis pas sûr, non ! (rires) Il écrivait simplement ce qu’il ressentait. »

La suivante c’est la dernière : en 1983, sur l’album Thunder And Lightning, le titre « The Holy War » parlait des guerres de religion. Penses-tu que cette chanson avait un côté prophétique, étant donnée la montée des fondamentalismes religieux de ces dernières années ?

On dirait bien, oui. Phil semble avoir pris le pouls du futur. Mais bien qu’ayant été un extraordinaire fouteur de boxon, Phil était un type religieux à sa façon. Il ne se contentait pas de lire beaucoup de textes historiques, il lisait également des textes sur l’histoire des religions. Quand on grandit en Irlande, souvent, religion et politique semblent aller main dans la main. On ne peut pas grandir sans comprendre l’un et l’autre. Il est compréhensible que Phil ait écrit des chansons traitant de sujets à la fois politiques et religieux. Mais de là à faire de lui un prophète… Je ne suis pas sûr, non ! (rires) Il écrivait simplement ce qu’il ressentait.

Interview réalisée en février 2011 par phoner.

Transcription et traduction : Saff

Site officiel de Thin Lizzy : www.thinlizzy.org/



Laisser un commentaire

  • Super interview, en espérant les voir annoncés au Wacken cette année puisqu’ils avaient annulé en 2009 à mon grand désarroi ^^

    Parcontre « Que penses-tu de ceux qui téléchargent de la musique illégalement ? Penses-tu qu’ils n’ont aucune idée de ce qu’être musicien signifie, voire qu’ils n’ont aucun respect pour les musiciens ? » Ou l’art de tourner la question dans le sens où l’on espère avoir la réponse… on dirait une question de sondage!

    [Reply]

    Spaceman

    On peut effectivement le prendre comme ça mais c’était pas forcément ce que j’avais en tête. Je voulais vraiment qu’il réagisse sur le sujet du « respect » qui est souvent mis en parallèle avec l’acte de télécharger illégalement.

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Clisson
    Slider
  • 1/3