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Chronique   

Threshold – Dividing Lines


Les plus fervents amateurs de musique progressive ont déjà entendu le nom de Threshold. Formé en Angleterre, le groupe a acquis une certaine renommée dans les années 90 et début 2000 en étant porté par le duo du guitariste Karl Groom et du claviériste Richard West. Il s’est depuis affirmé comme l’un des représentants les plus éloquents de la scène progressive, ce qui a été confirmé par le succès récent de Legends Of The Shires (2017). Dividing Lines est le douzième effort du groupe et le deuxième depuis le retour du chanteur Glynn Morgan. Il est, selon les dires de Richard West, le grand frère plus ténébreux de Legends Of The Shires. C’est surtout un point d’équilibre atteint entre les grandes élancées dont Threshold a le secret et une approche plus directe.

Dividing Lines est le prolongement d’une liberté trouvée lors de la composition de Legends Of The Shires. Sans obéir à un véritable dessein, Dividing Lines est définitivement plus sombre que son aîné, comme un reflet de l’état du monde ces dernières années. L’album a été enregistré pendant la pandémie sans pour autant voir le processus complètement chamboulé. Threshold comptait se donner le temps quoi qu’il advienne. Les premières secondes indus martelées, vite rejointes par un riffing de guitare mécanique d’« Haunted », donnent le ton. Dividing Lines s’inquiète d’une forme de déshumanisation et de cette volonté presque coercitive de s’isoler les uns des autres (« j’ai perdu foi en l’humanité » sont les premiers mots du disque…). Threshold s’inspire en ce sens de certaines des compositions de l’album favori de ses principaux compositeurs, Subsurface (2004). Threshold ne prend personne de court : il cultive toujours cet affect pour les mélodies simplement déployées, les enchevêtrements de riffs et les accalmies atmosphériques/acoustiques, faisant de chaque morceau une sorte de petit voyage, sans jamais sombrer dans la démonstration technique stérile. « Hall Of Echoes » profite d’une progression plus marquée décelable dans le jeu de batterie davantage nuancé de Johanne James. Le clavier de Richard West fait le lien entre les refrains organiques et les progressions plus froides, à l’instar de « Silenced » et de ses couplets construits autour de ponctuations rythmiques presque robotiques, en accord avec l’effet appliqué parcimonieusement sur la voix de Glynn.

Dividing Lines oscille entre titres courts et fresques ambitieuses, à l’image des onze minutes de « The Domino Effect » qui s’ouvre par des bruits de vent lugubres et des arpèges désolés avant d’en arriver à des envolées et sinuosités dans la pure tradition progressive. La force de « The Domino Effect » est d’interrompre son développement par une accalmie propre aux seventies, quasi floydienne, qui ajoute grandement à l’immersion avant de changer de registre à nouveau. Threshold sait toujours se montrer facétieux sans jamais perdre l’auditeur. « Defence Condition » se montre peut-être encore plus ambitieux avec des ambiances évocatrices, quelques leads néoclassiques et son final particulièrement sombre porté par la voix flirtant avec le black de Glynn Morgan. Ce dernier ajoute cette fois une « troisième dimension » à l’opus en étant l’auteur de titres comme « King Of Nothing », « Run » et surtout le surprenant « Let It Burn » qui amalgame les phrasés agressifs et l’exubérance des chanteurs des eighties. Si le vocabulaire déployé par Threshold peut parfois être taxé d’homogénéité excessive, responsable de moments donnant une impression de « déjà entendu » voire plus anecdotiques (« Complex », en dépit du fait qu’il est peut-être le morceau le plus heavy et entraînant du disque, réunit nombre de poncifs de la discographie du groupe), le groupe parvient tout de même à maintenir l’intérêt de l’auditeur justement par cette balance entre une musique instinctive et une construction plus intellectuelle.

Dividing Lines est le résultat d’un groupe concentré sur lui-même et devenu insensible à la pression extérieure. Le succès de Legends Of The Shires lui a fait comprendre que le metal prog avait toujours un public fidèle et friand de structures alambiquées. Threshold s’est toujours démarqué par son refus des élucubrations techniques et un sens de l’efficacité. Dividing Lines est en ce sens sa réalisation la plus équilibrée. Sans aller jusqu’au coup d’éclat, Threshold fait preuve, qualitativement, d’une constance admirable et jalonne son opus de moments de surprise ou de mélodie pure. Threshold semble avoir trouvé sa meilleure posture.

Lyric vidéo de la chanson « Haunted » :

Lyric vidéo de la chanson « Complex » :

Lyric vidéo de la chanson « King Of Nothing » :

Clip vidéo de la chanson « Silenced » :

Album Dividing Lines, sorti le 18 novembre 2022 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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