ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

Thulcandra – A Dying Wish


À la sortie de son premier album, Fallen Angel’s Dominion, Thulcandra avait déjà une longue histoire derrière lui : fondé en 2003 par Steffen Kummerer et Jürgen Zintz du groupe de technical death metal Obscura, il est abandonné après le suicide de Zintz en 2005, qui précède de peu celui de Jon Nödtveidt – dont il va être beaucoup question ici – l’année suivante. En 2008, Kummerer décide de se replonger dans les démos enregistrées à l’époque et de ressusciter ce projet tué dans l’œuf. En ont résulté trois albums sortis entre 2010 et 2015 : abrasifs et glaciaux, ils ne cachaient rien des influences du groupe. Car si les membres de Thulcandra sont allemands et ont emprunté leur nom à une démo des Norvégiens de Darkthrone, leur son est résolument suédois. Teinté du melodeath de Göteborg, c’est surtout au légendaire et désormais défunt Dissection que le groupe emprunte. Ses premiers albums avaient l’allure d’une quête d’équilibre entre l’hommage à ses prédécesseurs et une forme d’émancipation, de la reproduction de ses influences à leur digestion : dès les premières notes de « Funeral Pyre », le premier extrait d’A Dying Wish, quatrième album qui sort après six ans de silence, il est évident que c’est encore de ça qu’il sera question…

Délicats arpèges acoustiques en ouverture, accords melodeath et mid-tempo entraînant qui débouchent sur un déluge de black metal glacé : tous les ingrédients d’une chanson de Thulcandra sont là, et ce n’est pas un hasard si ça ressemble à s’y méprendre à la description d’un classique de Dissection. L’impression de familiarité est immédiate, l’impact est instantané : techniquement irréprochable, diablement bien écrit, l’« anti-cosmic metal of death » façon Thulcandra est redoutable d’efficacité. Grâce à l’expérience des musiciens assurément, grâce aussi à une production remarquable du Suédois Dan Swanö (connu pour son travail avec Opeth, Bloodbath et, on vous le donne en mille, Dissection) qui donne à chacun des morceaux l’ampleur épique qu’il mérite. Si le travail des guitares de Steffen Kummerer et Mariano Delastik, tantôt mélancoliques et désaturées, tantôt « classiquement » metal et mélodiques, tantôt furieusement black metal, est au premier plan, embrassant Dissection certes, mais aussi ses prédécesseurs – le melodeath à la Entombed et At The Gate – et ceux qui l’ont suivi – on pense parfois aux derniers Shining (« A Shining Abyss »), voire à Watain dans les passages les plus syncopés (« In Vain ») –, les autres musiciens ne sont pas en reste. Gutturale et menaçante, la voix de Kummerer rappelle parfois celle de Tomas Lindberg. La basse de Christian Kratzer, décédé l’été dernier, se fait soutien solide, et la batterie d’Erebor (Secret Of The Moon) mène le tout tambour battant.

Empruntant au groupe de Jon Nödtveidt ses interludes acoustiques, ses artworks bleutés et allant jusqu’à proposer une reprise live de « Night’s Blood » en bonus, Thulcandra est on ne peut plus clair sur ses intentions. Quitte à se faire plus Dissection que Dissection : en quarante-cinq minutes, il propose presque une histoire alternative où Nödtveidt n’aurait mis fin ni à la vie de Josef ben Meddour ni à la sienne, et où le groupe aurait continué tout droit sur la lignée Storm Of The Light’s Bane pour arriver en 2021 à une version aboutie et modernisée de son art. Doté de la sobriété et de l’élégance qu’impose un hommage, Thulcandra est moins mystique (voire possédé) que ses prédécesseurs, mais salue l’obscurité et aspire à l’anéantissement avec la même passion. Après près de vingt ans d’existence, il est clair que Thulcandra ne s’affranchira jamais vraiment de Dissection – les Allemands n’y prétendent même pas. C’est que ce n’est pas de ça qu’il est question : il s’agit de prouver la pertinence d’une formule et de la porter à son pinacle plutôt que de chercher ses limites. De montrer aussi que ces hymnes glacés sont plus pertinents que jamais, et, enfin, d’offrir un lieu où tous les aficionados d’un certain son suédois des années 1990 peuvent lui rendre hommage et le célébrer…

Clip vidéo de la chanson « Nocturnal Heresy » :

Clip vidéo de la chanson « Funeral Pyre » :

Album A Dying Wish, sortie le 29 octobre 2021 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    The Old Dead Tree @ Savigny-Le-Temple
    Slider
  • 1/3