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Chronique   

Thy Catafalque – Geometria


A en croire son impressionnante productivité, la création artistique est un besoin vital pour Tamás Kátai. Entre ses projets solos musicaux et ses photographies, l’homme derrière Thy Catafalque s’illustre à lier son et image de façon singulière et personnelle. Tant que l’inspiration persiste, quelque chose doit en résulter : telle semble être la règle du Hongrois. A peine un an et demi après Meta, et une sortie électro expérimentale sous le nom de Neolunar parue en juillet 2016, le musicien revient avec un nouvel opus, cette fois-ci sous le nom de son projet principal. Ce septième album intitulé Geometria se veut certainement moins dense et extrême que son prédécesseur, mais comme on peut s’y attendre de la part de l’artiste, il ouvre néanmoins les horizons vers d’autres styles musicaux, offrant une musique riche et profonde.

Le point de départ du nouveau voyage de Thy Catafalque démarre avec « Hajnali csillag ». Celui-ci éclot dans une ambiance cosmique et se délivre petit à petit, dessinant un cadre plutôt apaisant, gagnant progressivement en tension. Le décor atmosphérique se met lentement en place, avec un swing jazzy à la batterie, un violon, une basse groovy, puis l’apparition de chaleureuses vocalises en majorité féminines, les saturations n’arrivant que pour le final. Mais Thy Catafalque ne tarde pas à montrer son essence : l’art de nous faire traverser des dimensions diverses en un court laps de temps. C’est en effet par surprise que déboule l’agressive « Szamojéd Freskó ». Les riffs, dont on reconnait la patte, sont lourds et attrapent l’auditeur à la gorge. La sensation d’avoir franchi une sorte de portail spatio-temporel est là, sans que l’on saisisse totalement ce qui se passe autour de nous. Ainsi on passe d’une galerie – ou un tableau – à une autre, chaque pièce débouchant naturellement sur la suivante, dans une logique propre à Thy Catafalque. « Töltés » développe un univers plus électronique, une mystérieuse synthwave, enivrante, à nouveau emmenée par la douce voix de Martina Veronika Horváth. On se laisse ensuite emporter par la curieuse ambiance de « Göte », atmosphérique et entraînante à la fois, de par sa batterie dynamique, son clavier sautillant et ses délicieuses parties de saxophone et trompette.

Sans jamais renier ses origines musicales, Thy Catafalque remet une couche avec des riffs percutants, quelques dissonances et autres gammes orientales dans « Sárember ». Le one-man-band manie une étrangeté expérimentale (qu’on lui connait bien), très trip-hop, voire une approche quasi-futuriste, sur la piste suivante : « Hajó ». Celle-ci confirme que l’étiquette avant-gardiste accolée au projet n’est pas galvaudée. On retrouve sur ces deux titres la voix du chanteur Gyula Vasvári (Perihelion), par ailleurs déjà présent sur Meta. Tamás Kátai manie le yin et le yang à sa manière. Il semble jouer avec la gravité dans « Lágyrész ». Une chanson lente, grasse et incisive qui, quand elle ne nous plaque pas au sol, sait aussi se montrer plus aérienne. Dans un esprit similaire, « Sík » (au consonances de Satyricon) et « Ének A Búzamezokrol » se font lourdes et puissantes – les arrangements orchestraux de « Sík » flirtent même avec le grandiose -, tandis que « Balra A Nap » est une ballade électro-ambiante légère. La mélodie de « Tenger, Tenger » est élégante, empruntant par subtiles touches à un univers folk, notamment grâce au violon de Misha Doumnov qui démarre seul la chanson. L’artiste continue à définir son propre espace, se moquant bien des limites musicales. Les émotions sont ses propres repères.

Le nom de l’album pourrait sous-entendre que la musique est avant tout mathématique, que tout ça n’est finalement qu’une affaire de science formelle. Thy Catafalque démontre en réalité que l’art – ou en tout cas le sien – est une discipline à géométrie variable voire indéfinie, tout sauf cartésienne. Chercher une logique dans Geometria est vain. L’album résulte de la fuite des idées de son créateur qui assemble et fusionne ce qui pourrait sembler, de prime abord, in-associable. Dans ce paradoxe, ce nouvel album de Thy Catafalque est aussi complexe qu’accessible : accessible car agréable à l’écoute – et peut-être y compris pour les non-initiés au metal – et complexe car aucune composition n’est prévisible, poussant obligatoirement l’auditeur à sortir de sa zone de confort. Apprécier Geometria, c’est d’abord signer un pacte et accepter qu’on ne sera pas maître de ce qu’on écoute et de laisser les vagues musicales nous guider.

L’album en écoute intégrale :

Album Geometria, sorti le 4 mai 2018 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • J’avais testé les morceaux dévoilés au compte-gouttes et étais un peu resté sur ma faim, mais en me bouffant l’album entier j’ai finalement été convaincu, et pas qu’un peu. Je suppose qu’il faut prendre deux trois minutes pour bien rentrer dedans. Je balancerai assurément ça dans mon prochain panier Bandcamp.

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