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Chronique   

Thy Catafalque – Meta


Thy Catafalque - MetaL’œuvre d’un artiste est d’autant plus intéressante lorsque celui-ci est totalement libre et sans contraintes, son espace de création devenant bien plus ouvert, laissant un champ béant à son imagination. Nul ne doute que le hongrois Tamás Kátai, la tête pensante de Thy Catafalque, a bien su s’offrir cette liberté. D’abord car son projet est devenu un one-man band depuis 2011, et ensuite car il expérimente dans la scène metal avant-gardiste. Ce dernier ne chôme pas dans la création artistique, puisque l’album Meta sort tout juste un an après Sgùrr, dont le support accompagnant le CD était un livre de photographies, chacune associée à une chanson. Explorant les sonorités, ce septième opus est présenté comme un nouveau voyage musical et introspectif, plus direct mais aussi chaleureux que son prédécesseur.

L’œuvre est décrite comme « un puzzle complexe », dont l’association de chaque pièce l’une à l’autre peut être exigeante et prendre du temps. C’est en effet en termes de pièces que l’on peut penser l’opus, tant chaque chanson possède sa propre identité, sa réflexion et une lecture différente. Chaque composition semble vouloir saisir une multitude d’émotions à travers le prisme de la nature et de l’espace-temps. Ces images mentales sont parfois mises en ambiance, appuyées par des samples de bruits de la nature. Ainsi la pluie s’associe à la guitare mélancolique, un rythme binaire hypnotique et un clavier aérien introspectif pour illustrer « Osszel Otthon » (hongrois pour « maison d’automne »). « Sirály » quant à lui nous fait longer la mer avec ses sons de vagues et de mouettes (qui se dit « sirály » en hongrois, justement), avec le chant d’Ágnes Tót de The Moon And The Nightspirit et le violoncelle de Judit Cseru. Le compositeur nous plonge même dans ce qu’il imagine pouvoir percevoir de l’invisible à travers « 10^(-20) Ångström », le Ångström étant une unité utilisée dans la physique atomique, nous amenant donc dans le registre de l’infiniment petit, mis en exergue ici par un black metal extrêmement rapide et percutant. Ces paysages se dessinent également à travers le rythme et la répétition, et un ajustement subtil entre les percussions et la guitare, comme dans « Vonatút Az Éjszakában » (« les trains dans la nuit ») qui fait basculer l’auditeur au-dessus des toits de ces trains, dont le bruit cadencé semble imité par le shuffle de batterie, pour admirer les panoramas nocturnes qui se présentent face à lui.

Là où la musique de Thy Cataflaque tire sa force, c’est dans l’intensité de ses compositions, apportée par ses touches de metal extrême dans laquelle elle puise son énergie. Tamás Kátai reste cohérent avec les sonorités employées dans ses précédents albums et se sert de cette essence agressive pour contraster et donner une réelle profondeur à ses dessins, tel le peintre qui prendra soin de choisir son matériel pour donner du relief à son tableau. « Uránia », le premier titre de l’opus, s’ouvre par un black froid, à la fois lancinant et puissant, avant de basculer vers des sonorités plus légères, sur lesquelles se pose le chant clair presque religieux d’Attila Bako ; on pense notamment à certains travaux de la scène black pagan de l’Europe de l’est. La première moitié d’ « Ixión Düün », avec ses parties lourdes, noires et virulentes, mais aussi ses arrangements à la sauce péplum, va jusqu’à évoquer l’oeuvre de Nile. La pièce maîtresse de l’album, qui donne sens à son artwork, est « Malmok járnak » (« les moulins agissent »). A l’instar d’un Echoes de Pink Floyd, elle prend son temps pour s’imprégner dans l’esprit de l’auditeur, en s’étendant sur pas moins de 21 minutes. A la fois très progressive, et particulièrement expérimentale – sans doute la plus expérimentale de la discographie de Thy Catafalque –, cette chanson image la force du vent avec un son écrasant, mais aussi sa légèreté à travers ses breaks reposants et les voix féminines qui accompagnent la mélodie. Une chanson particulièrement riche, avec notamment des touches électroniques et parties de hautbois. Le voyage, qui passe même par l’ère du Mésolithique, se conclut sur un orgue et une voix parlée, et sur un son de clocher lointain, nous ramenant les pieds sur terre…

Meta est en somme un album « globe-trotteur », où son compositeur a su transmettre en musique les souvenirs de ses voyages et de ses expériences, à la fois dans ce qu’il a vu, ressenti et compris. Comme souvent dans les œuvres de tels artistes, l’écoute de ce genre d’opus peut s’avérer complexe au premier abord et suggère de nombreuses réécoutes avant d’être digéré et assimilé. Alors que nous parlons souvent de Steven Wilson dans le rock progressif ou de Devin Townsend dans le metal, cet album démontre que la scène extrême underground a aussi son créateur fou en la personne de Tamás Kátai, qui explore tous les horizons possibles et inimaginables en ne s’imposant aucune limite.

Chanson « 10^(-20) Ångström » en écoute :

Chanson « Sirály » en écoute :

Chanson « Mezolit » en écoute :

Album Meta, sortie le 16 septembre 2016 via Season Of Mist.



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