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Chronique   

Thy Catafalque – Naiv


Le sentiment est double quand un adepte de Thy Catafalque se lance à l’écoute d’un nouvel album. Le premier serait lié à une certaine sécurité : le groupe est une valeur sûre, tant on retrouve la patte du géniteur Tamas Katai à chaque nouvelle œuvre. Le second serait plus proche de la curiosité : on ne sait jamais réellement où celui-ci va nous entraîner avec sa musique avant-gardiste. Sa liberté musicale est démontrée depuis bien longtemps. Il est désormais admis que celui qui a démarré dans le black metal ne se limite plus à un registre musical, s’aventurant même bien au-delà du metal. Le travail de Thy Catafalque est d’assembler les pièces de manière quasi académique pour former de véritables paysages sonores. Il est vrai que le massif Meta et le plus condensé Geometria avaient chacun franchi un pas en matière d’élargissement des horizons. Le nouvel opus Naiv, tirant son nom de l’art naïf, assume d’emblée sa direction expérimentale et sa volonté d’aller hors des frontières.

Pour inviter l’auditeur dans cette nouvelle excursion, Thy Catafalque fait le choix de revenir à ses racines comme point de départ. A « Bolyongás Ideje » s’ouvre avec une guitare black n’ roll à la Satyricon. On y retrouve, en sus, le chant growlé incisif de Katai, complété par son ancien compère de feu Gire, Zoltán Kónya. Histoire d’arrondir et d’enjoliver ce premier morceau, finalement assez trompeur sur la suite de l’album, on retrouve la douce voix de Martina Veronika Horváth, déjà présente sur Geometria, qui permet d’éclaircir ce qui nous attend sur Naiv. En effet, si « Tsitsushka » se poursuit avec une couleur très rock psychédélique, elle glisse de manière inopinée, avec le savoir-faire de Tamas, vers un jazz-fusion, à coups de basses slappées et fretless et de chaleureux cuivres (saxophone et trombone). Empruntant une voie que le précédent disque avait déjà ouverte, le morceau se conclut sur une symbiose entraînante entre jazz, rock et électronique, pour un rendu moderne et paradoxalement nostalgique.

Thy Catafalque poursuit sa fascination pour les mélanges ethniques et culturels, et traverse avec aisance l’espace-temps, dans un tout autre décor, sur le single « Embersólyom », entre ambiances orientales et folk celtique. Puis c’est au tour de l’instrumentale « Számtalan Színek » de faire danser au son des cordes du violon, du violoncelle, de l’alto et de la guitare classique de Gábor Drótos, pendant que Tamas Katai s’occupe des parties plus électriques. Cette jongle entre instruments traditionnels et technologies modernes s’illustre également sur l’entraînante « A Valóság Kazamatái », où l’oud côtoie sonorités électroniques et metal lourd, le tout dans une spirale très dynamique rappelant par quelques échos la démarche de Sgùrr (2015), ou sur l’envoûtante « Kék Madár (Négy Kép) » où la quena (une flûte sud-américaine) complète les bizarreries au clavier et les nappes synthwave. Dans ce voyage au-delà du réel, « Veto » a la tâche de nous ramener un instant sur la terre ferme, en prenant un ton plus grave avec son riffing et son ambiance chargée. Seulement, comme toujours, Thy Catafalque ne se contente pas d’une seule dimension et finit par s’évader de nouveau dans un long développement mélodique et hypnotique. En guise d’épilogue, Thy Catafalque fait le choix de terminer avec un titre fort et énergique : Gyula Vasvári revient au chant sur « Szélvész » (tempête en hongrois). Une conclusion plus traditionnelle, moins expérimentale, pour finalement achever cette expédition là où elle a commencé, dans un dernier cataclysme.

En prenant de l’âge et de la maturité, Thy Catafalque réussit à rendre quasi intuitives ses compositions. Celles-ci n’ont pourtant, de prime abord, rien pour l’être tant le groupe propose un pot-pourri musical et expérimental. Vitaminé, surréaliste, parfois absurde, et ne respectant pas les règles académiques, finalement l’art naïf représente très bien ce que Tamas Katai explore dans son nouveau méfait. Le musicien invite l’auditeur à se promener et à admirer de vastes paysages, mais en les contemplant, cette fois-ci, avec des yeux d’enfant, tantôt émerveillé par la beauté, tantôt impressionné par la grandeur et la brutalité relative de cet univers abstrait aux multiples couleurs. Une fois encore, Thy Catafalque propose une œuvre qui se découvre au fil des écoutes. Thy Catafalque est définitivement un projet aussi indéfinissable que prodigieux.

Chanson « Tsitsushka » :

Clip vidéo de la chanson « Embersólyom » réalisé par No Total Films :

Chanson « Szélvész » en écoute :

Album Naiv, sortie le 24 janvier 2020 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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