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Chronique   

Thy Catafalque – Vadak


Certains artistes parviennent à modeler un imaginaire aux contours pourtant si indéfinissables et abscons que la possibilité même de le transcrire musicalement étonne. Tamás Kátai fait définitivement partie de ceux-là mêmes qui, par la force de leur musique, savent restituer une forme aux souvenirs. Car, comme pour chacun des albums proposés par Thy Catafalque, c’est une véritable œuvre picturale qui se dessine par des ondes et dont la versatilité unique transporte toujours vers des univers lointains. Après le tableau d’art naïf révélé dans Naiv (janvier 2020), Tamas Katai revient tout aussi puissant, déconcertant et imprévisible qu’à son habitude pour son nouvel album Vadak, avec tout autant de sincérité, d’originalité et d’inventivité. Ce n’est d’ailleurs pas moins d’une quinzaine d’artistes, chanteurs et instrumentistes, qui vont participer à donner vie aux compositions du génie créatif derrière Thy Catafalque.

Entre rêveries labyrinthiques, voyages mystiques et galactiques, paysages urbains ou floraux, ivresse des hauteurs et légèretés abyssales, Tamás Kátai explore et partage les moindres recoins de son mental et de l’espace qui l’entoure en le réinventant à sa manière. C’est au moins en cela que l’essence même de la musique de Thy Catafalque s’insère dans une mouvance avant-gardiste. En effet, celle-ci semble toujours pigmentée d’une hétérogénéité onirique si excentrique qu’il doit immédiatement en être donné un sens par l’auditeur afin qu’il s’y rattache et ne perde pas le fil. Pour autant, la musique de Thy Catafalque ne se veut pas de celle que l’on comprend mais plutôt de celle que l’on ressent, et de laquelle on apprend.

Associée à cela, se retrouve dans Vadak cette volonté de casser les codes habituels de connexité entre les morceaux d’une même œuvre, ce qui fait partie intégrante de la manière dont procède Tamás Kátai. Si bien qu’au-delà de l’hégémonie ambiante de metal extrême et de musique électronique qui gouverne l’opus, il n’en émane pas moins une grande variété de styles, se mélangeant et se croisant de manière avisée pour offrir une véritable identité à chacun des titres qui le composent. Ainsi, l’on y trouve un titre tel que « Köszöntsd A Hajnalt » qui plonge l’auditeur dans un folklore rural, aux mélopées très aériennes – interprétées par Martina Veronika Horváth (déjà intervenue dans Geometria et Naiv) –, aux mignonnets chants d’oiseaux et aux riffs entraînants et entêtants de cornemuse dont les guitares reprennent la fougue. Un tel morceau peut surprendre après « Szarvas», lequel imprègne l’œuvre d’une dimension cosmique, entraînant instantanément dans une énergie frénétique croissante, bordée d’un riff accrocheur qui subtilise l’attention de son auditeur, et l’emporte, par un duo de chant clair et hurlé, au plus près des frontières du connu. Le ton est immédiatement franc, sans qu’il puisse pour autant prédire une quelconque ligne directrice puisque entre l’immensité céleste et la finitude terrestre, Thy Catafalque ne laisse pas de côté un panorama plus citadin comme l’illustre « A Kupolaváros Titka », morceau teinté d’ambiance Jazz, davantage intime et nostalgique, sautillant sur un ternaire de batterie discret et laissant place à un saxophone contemplatif et émotif sur fond de sirène de police. Alors qu’au contraire, un ton presque grand-guignolesque, à la fois festif et quelque peu amer assemble le morceau « Kiscsikó (Irénke Dala) ». La structure des morceaux marque une particularité par ses oscillations lunatiques, laquelle s’identifie ainsi dans plusieurs des titres et notamment « Az Energiamegmaradás Törvénye », où une très nette coupure de rythme à mi-parcours troque l’énergie d’un death metal bouillonnant pour un trip-hop urbain cadencé par une batterie révoltée et des guitares symétriquement liées à un riff incisif.

Toute cette diversité participe de l’immense richesse de l’œuvre de Thy Catafalque en créant un magma de sonorités ficelées les unes aux autres avec la précision d’un orfèvre et témoigne d’une expérimentation musicale exaltante et ingénieusement décadente. Vadak se trouve être un album d’une vivacité à en donner le vertige, et d’un éclectisme fabuleux. À tel point qu’il peut en être difficile de déceler le propos latent, que Tamás décrit comme une exploration des théories freudiennes sur l’instinct de vie, pulsions qui nous poussent à fuir et à craindre l’ultime but de l’existence de chacun qu’est la mort. Avec toute l’élégance qu’on lui connaît, Thy Catafalque instaure une fois de plus un renouveau maîtrisé et offre au public un joyau brillant dans une infinité de directions.

Album en écoute :

Clip vidéo de la chanson « A Kupolaváros Titka » :

Clip vidéo de la chanson « Szarvas » :

Clip vidéo de la chanson « Piros-sárga » :

Album Vadak, sorti le 25 juin 2021 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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