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Interview   

Tigerleech : la fin du début


The Edge Of The End, voilà un titre bien pessimiste, annonciateur d’une thématique sur le déclin de l’homme – même si des textes plus légers sont également présents –, qui sied à merveille au stoner grave, aux légères teintes hardcore, de Tigerleech sur ce premier album. Premier album représentant l’aboutissement de cinq années de mise en route de la machine, avec ses ajustements musicaux et de line-up, sur lesquelles nous revenons dans la première partie de l’entretien qui suit avec le chanteur Sheby, avant d’aborder la musique et les thématiques.

En tout cas, espérons qu’au « bord de la fin », Tigerleech ne l’est pas et que cet album n’est pas annonciateur d’une fin prématurée, mais au contraire, le début d’une longue et prospère carrière pour le combo parisien.

« Le postulat de départ, c’est : ‘On fait du stoner, mais à notre façon.’ Après, c’est sûr que nous n’avons pas ce côté stoner psychédélique ou desert rock que les groupes qui s’affichent dans le style stoner ont et cherchent à avoir. Nous sommes dans un crossover. »

Radio Metal : En 2014, Tigerleech sort sa première démo. 2015 est une année un peu tumultueuse avec du changement de line-up. Dirais-tu que le fait d’avoir lancé lancé cette démo et les premiers concerts a révélé la nature du projet, et que ça vous a permis de voir qu’il y avait peut-être des personnes qui pourraient ne pas s’investir dans ce projet-là ?

Sheby (chant) : Plus ou moins, oui. De toute façon, même au départ du groupe, c’était un batteur qui venait aider son beau-frère à la guitare, le bassiste venait d’un groupe de reprises, donc dès le départ, je sentais que ça n’allait peut-être pas durer avec ces gars-là, et effectivement, ça s’est vite avéré. À partir du moment où Olivier, notre batteur actuel, est arrivé, et Fabien, en 2016, ça s’est solidifié, et nous sommes partis sur autre chose, quelque chose de plus solide.

Quand vous avez changé de line-up et que vous avez lancé le recrutement pour cette nouvelle mouture du projet, quel a été le mot d’ordre à ce moment-là ? Y avait-il des mots-clés ?

Le mot-clé, c’était des gens motivés, des gens qui sont investis, qui ont compris dans quelle direction nous voulions aller. Le truc de départ, c’est de faire un groupe et faire des morceaux, comme tout groupe qui commence. On ne voit pas tout de suite la grande carrière et les quinze albums. Nous cherchions des gens motivés, prêts à s’investir. C’est juste ça, je pense.

Le deuxième EP est sorti en 2017. Dirais-tu qu’il vous a apporté plus de satisfaction, et qu’il correspondait du coup plus à ce que vous vouliez suite à ce changement de line-up ?

Oui, tout à fait. Déjà, c’était la formation actuelle. Nous venions de trouver Gabor, notre bassiste, qui nous a aussi donné un coup de fouet et de l’élan. Mais effectivement, c’était un peu plus nos morceaux, il y avait la patte de Fabien, le guitariste, qui avait composé ces morceaux-là, qui sont encore des morceaux que nous jouons, d’ailleurs. Donc oui, c’est le premier petit ressort qui nous a propulsés.

L’EP de 2017 n’a pas de titre. Dirais-tu que cet EP-là avait une dimension de renaissance, comme si c’était votre vrai premier EP ?

[Réfléchit] Ce n’était pas le vrai premier, mais c’était le vrai deuxième ! [Rires] Effectivement, il y a eu un changement de line-up, de guitariste, donc forcément, nouvelles compositions, nouveau son, donc oui, il y avait un petit côté renaissance, ou deuxième élan, c’est vrai.

Dirais-tu que cet EP, artistiquement, ça a été le travail fondateur qui vous a permis de vous lancer sur l’album ?

Non, parce que quand nous avons fait cet EP, nous ne pensions pas à l’album, nous n’en étions pas encore là. C’était un nouveau coup d’essai, et puis un EP, ça sert aussi à démarcher, donc c’était la deuxième vie de Tigerleech. Nous ne pensions pas encore à l’album à cette époque-là, nous procédons étape par étape, sans en brûler.

Ce que je veux dire par là, c’est que peut-être que l’EP vous a permis de voir quel était vraiment votre style de musique et de mieux envisager la suite…

Oui, tout à fait. Comme je viens de dire, c’étaient les premières compos de Fabien, les premiers morceaux que nous avons bossés ensemble. Par rapport à notre identité, je pense que nous l’avons à peu près, mais nous nous cherchons toujours un peu. C’étaient nos premiers morceaux, je pense que nous ne nous sommes pas trop pris la tête en nous demandant ce que nous voulions faire, etc. D’ailleurs, nous ne fonctionnons pas comme ça, nous ne sommes pas trop dans une quête de quelque chose. Nous essayons de nous positionner par rapport à notre style, mais petit à petit, je pense qu’il est là, je pense que nous l’avons trouvé. Cet EP, ce sont juste nos premiers morceaux posés sur une galette.

Sur un album, on a forcément plus de place pour s’exprimer, mais on a aussi un peu plus de place pour se perdre. Comment avez-vous vécu le passage du format EP au format album ?

De toute façon, nous voulions faire un album. Après, effectivement, tu peux te perdre dans un album. Déjà, nous n’avions que dix morceaux, nous n’en avions pas quinze ou vingt que nous avons triés après. Ces dix morceaux nous paraissaient cohérents les uns par rapport aux autres, donc nous ne nous sommes pas dit : « Ça va être compliqué, c’est trop comme ci, trop comme ça, ça part trop dans tous les sens. » Ça nous semblait cohérent, donc nous y sommes allés la fleur au fusil. Mais nous avons bien bossé les morceaux, donc nous étions prêts.

« C’est peut-être aussi une forme de thérapie, où je me dis que peut-être qu’à force de répéter que ça va mal, ça va aider à aller bien. Je ne sais pas si c’est avec mes textes que l’on va arranger la nature humaine… »

Vous avez déclaré que vous ne saviez pas trop comment décrire votre musique. Vous dites ça parce que c’est tout simplement difficile d’évaluer sa propre musique, ou est-ce qu’il y a une volonté de se démarquer ?

Se démarquer, non. Mais effectivement, évaluer sa musique, c’est toujours un peu compliqué. C’est plutôt une oreille externe qui dira que ça sonne un peu comme ci, ou que ça s’inscrit un peu plus dans ce style-là. Après, c’est assez simple, nous sommes dans un registre de stoner influencé par du metal et du hardcore, déjà parce que ce sont nos influences mutuelles, et parce que ce sont aussi les influences personnelles de chacun. Le postulat de départ, c’est : « On fait du stoner, mais à notre façon. » Après, c’est sûr que nous n’avons pas ce côté stoner psychédélique ou desert rock que les groupes qui s’affichent dans le style stoner ont et cherchent à avoir. Nous sommes dans un crossover, ça c’est clair.

Apparemment, les influences hardcore viennent surtout de toi. Pour le coup, les influences hardcore ne sont pas non plus hyper marquées dans la musique de Tigerleech. Est-ce que c’est quelque chose que tu vas essayer de pousser dans le futur pour que ça soit un peu plus présent ?

Non, je ne pense pas. Je suis le plus âgé du groupe, donc j’ai effectivement cette influence punk-hardcore que j’ai vécue à une époque, je suis très influencé par ça. Je pense qu’il y a des influences hardcore par rapport à ma voix, par rapport aux chœurs, il y a aussi certains passages dans les morceaux où on sent des trucs un peu plus bruts. Les autres dans le groupe en écoutent un peu aussi, mais je ne pense pas que nous allons nous diriger vers ce style-là. Après, ça ne nous empêche pas, peut-être que nous ferons un morceau très hardcore, très brut, mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant. Nous ne nous refusons rien, donc il y aura peut-être un morceau, ou un passage dans un morceau qui rappellera ce côté hardcore New York des années 1980-1990.

Vos textes sont en anglais mais il y a néanmoins quelques traces francophones, comme par exemple le titre de votre premier EP, Danse Macabre, ou bien le titre d’un morceau, « Sexe Dur », sur cet album. Que sont ces petites touches francophones ? Un clin d’œil militant ?

Un clin d’œil oui, mais militant non. C’est juste que nous sommes un groupe français, donc il ne faut pas l’oublier. Je chante en anglais mais on entend bien que j’ai un accent français. Donc c’est juste un clin d’œil. Pour le morceau « Sexe Dur », je trouvais que de donner un titre en anglais, ça ne sonnait pas très bien, genre « Hard Sex » ou « Rough Sex », donc c’est juste un petit clin d’œil. Comme Danse Macabre, c’était le titre d’un morceau mais c’était aussi un clin d’œil français.

Justement, « Sexe Dur » parle de deux personnes qui font l’amour de façon très engagée mais sans pour autant être violente. Pourquoi ce texte qui va forcément attirer l’attention ? Y a-t-il une envie de prôner une forme de libération sexuelle ?

Pourquoi pas, ouais ! [Rires] Je ne sais pas pourquoi cette idée m’est venue. C’est effectivement l’histoire de deux adultes qui font l’amour de façon très engagée, avec un petit côté porno. C’est un sujet comme un autre ! Après, il n’y a pas d’histoire de soumission ou quoi. Je ne peux pas en dire plus par rapport à ce texte. Ce sont juste deux personnes qui baisent, pour appeler les choses par leur nom.

Sur « The Edge Of The End », il y a la thématique du déclin qui est présente tout au long de l’album, avec ce titre-là, ou avec « Decline For Glory ». Qu’est-ce qui t’a amené à partir sur cette thématique globale ?

C’est vrai qu’il y a deux ou trois morceaux qui parlent plus du déclin, mais je pense que dans la totalité de mes textes, ça parle de ça, de la fin de l’homme, de sa tendance à toujours prendre le mauvais chemin. Les textes sont assez sombres et pointent le côté stupide de l’humain par rapport à lui-même, par rapport à ses semblables, par rapport à la planète sur laquelle il vit. Donc les textes tournent autour de ça. Et effectivement, il y a deux ou trois textes où ça va toujours vers la fin [rires]. Du coup, le titre de l’album, The Edge Of The End, est assez représentatif.

La métaphore de la mort est persistante depuis Danse Macabre, globalement tes textes sont sombres et, apparemment, ils sont vraiment inspirés de la nature humaine. Est-ce que c’est de la colère vis-à-vis de cette nature humaine ? Est-ce que c’est une forme de fascination de ta part ? Est-ce qu’il y a une volonté de dénoncer ?

Ouais, il y a un peu des trois, c’est clair. Je suis atterré de voir comment l’Homme se comporte. Surtout dans l’époque dans laquelle on vit, c’est assez incroyable, et on a l’impression que ça ne va pas en s’arrangeant. Effectivement, c’est toujours assez sombre, ce que j’écris. Je l’ai déjà dit, mais je pointe là où ça fait mal. Après, c’est peut-être aussi une forme de thérapie, où je me dis que peut-être qu’à force de répéter que ça va mal, ça va aider à aller bien. Je ne sais pas si c’est avec mes textes que l’on va arranger la nature humaine…

Interview réalisée par téléphone le 8 juillet 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Tigerleech : www.facebook.com/Tigerleechband.

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