Très populaire durant les années 90, le speed/power metal a eu plus de mal à vieillir que d’autres styles. Mais comme le glam, peut-être reviendra-t-il à la mode, le style est encore jeune. Quoi qu’il en soit, Stratovarius fait partie de ces groupes qui, non sans expérimentations et tâtonnements, ont su redonner un second souffle médiatique à leur carrière.
Depuis l’album Polaris, le groupe convainc en grande majorité son public, bien que celui-ci soit moins conséquent. Stratovarius a conçu une mouture fidèle à ce pour quoi les fans les avaient suivi au début, tout en réussissant à lui donner une couleur nouvelle, plus sombre et moins évidente. Polaris et Elysium ayant été écrits quasiment en même temps, le véritable test allait être ce nouvel album Nemesis, le premier avec le nouveau batteur du groupe Rolf Pilve. Ce jeune homme de 26 ans, qui plus est fan d’enfance de Stratovarius, a pour lourde tâche de remplacer un membre emblématique : Jörg Michael. Le résultat est un album varié pour un groupe qui s’essaie à de nouvelles choses après deux albums plutôt similaires.
Nous avons discuté avec Timo Kotipelto, chanteur du groupe, de la genèse apparemment difficile de ce disque ainsi que de la manière dont Rolf a vécu son intégration.
Radio Metal : Cinq chansons des précédents albums ont été remasterisées et figurent sur votre EP “Unbreakable”. Ces chansons ne sont pas les plus populaires de Stratovarius : pourquoi les avoir choisies ?
Timo Kotipelto (chant) : C’est une très bonne question. La raison est très simple : Jens Johansson (NDLR : le clavier de Stratovarius) les voulait sur cet EP ! (rires) Je crois que son idée était d’avoir quelque chose de différent et pas d’avoir les hits les plus connus du groupe. Le label sort cet EP car il s’en sert comme outil promotionnel, pour annoncer que le nouvel album va sortir très prochainement. Ce n’est pas un truc que nous voulions faire, mais lorsque le label nous a demandé un nouveau titre et du vieux matériel, on a décidé de remasteriser quelques vieilles chansons, afin de rendre tout ça plus intéressant. Je crois que pour les fans les plus hardcore, c’est quelque chose de cool à avoir, et je suis sûr que le label ne se fait pas beaucoup d’argent avec cet EP : c’est surtout promotionnel.
Avez-vous choisi ces chansons car elles ressemblent à ce que nous devons attendre de Stratovarius en termes de musique ?
Je ne sais pas pourquoi nous les avons choisies ! (rires)
Parlons du nouvel album Nemesis. Il y a plus de mélodies sombres et de riffs sur cet album : d’où vient cette agressivité et quelles sont vos influences ?
Cela a probablement à voir avec notre nouveau batteur, dont le style est différent de celui de Jörg Michael (NDLR : le précédent batteur du groupe), qui avait un style unique et une super personnalité. Rolf (NDLR : Rolf Pilve, le nouveau batteur) est plus flexible en termes de jeu et nous n’avions donc pas de limites. Pourquoi cet album est-il plus sombre que les autres ? Matias (NDLR : Matias Kupiainen, guitariste du groupe) l’a produit, mixé, et son son de gratte était plus heavy et plus sombre : cela a changé l’atmosphère du disque. Jens a lui aussi changé son son, cela a donc aussi affecté l’ensemble. Il y a tellement de petits détails que je ne peux te donner une raison pour laquelle l’album sonne de cette manière. Peut-être que cela à voir avec ce qui s’est passé dans le groupe il y a deux ans : la maladie de Jörg et mes problèmes de voix.
Doit-on s’attendre à cette nouvelle direction musicale dans le futur ?
Je ne sais pas. Nous n’avons pas de plan sur cinq ans : si tu commences à planifier, rien ne marchera. Si je savais comment écrire des chansons à succès, je ne serais pas dans ce groupe, mais je produirais des chansons pour d’autres. J’ai entendu Jens dire dans une interview que le prochain album serait peut-être plus gai, mais il est très difficile de dire quelle direction musicale nous prendrons. Bien entendu, cela dépendra aussi de ce que les fans penseront de Nemsis car nous pouvons décider de revenir au bon vieux Stratovarius. Ce disque est du Stratovarius, mais avec du nouveau matériel.
Le speed melodic metal n’est plus si populaire. Stratovarius et d’autres groupes, comme Sonata Arctica, ont fait évoluer ce style sur leurs derniers albums : crois-tu que cela fera revenir les gens ?
C’est une bonne question. Je crois que Sonata Arctica a plus changé que nous : j’ai fait des chœurs sur leur dernier album, qui n’est plus vraiment power-metal. Nemesis est power-metal, mais nous avons changé quelques trucs. Je n’ai pas écouté le dernier Helloween mais je pense qu’ils jouent ce que tu pourrais appeler du power-metal. Toutefois, il est vrai qu’à la fin des années 90 il y avait plus de groupes mais je pense quand même que la situation était pire il y a trois ou quatre ans. J’ai le sentiment que ce type de musique est en train de revenir, comme le glam metal avec Mötley Crüe, par exemple. Les modes s’en vont et reviennent : je suis content de voir que nous sommes toujours là.
Le speed melodic metal ou power-metal sont des styles musicaux plutôt positifs : penses-tu qu’à cause de cela, en ces temps de crise économique, les gens ne les écoutent pas à cause de cela ?
Je pense le contraire : lorsque tu es déprimé, je ne crois pas que tu aies envie d’écouter de la musique dépressive. Le power-metal est exactement le type de musique qui te donne de l’énergie pour affronter ces temps difficiles : c’est mon opinion.
Tu as mis trois semaines pour enregistrer tes parties vocales. Ton guitariste, Matias Kupiainen qui a produit l’album, a déclaré : « J’ai plus ou moins vécu à l’intérieur du studio pendant quatre mois, obsédé par chaque détail ». On a l’impression que le nouvel album a requis beaucoup d’attention : est-ce vrai ?
Oui, tu as entièrement raison. Matias a même dormi sur le sofa du studio ! Il pouvait travailler pendant 20 heures, puis il dormait 5 ou 6 heures, et retournait travailler pendant encore 20 heures : donc je suis content qu’il ait survécu, car cela a été dur pour lui. Lorsque j’ai dû enregistrer mes parties vocales, je ne voulais pas le faire dans le studio, car je n’aimais son atmosphère, qui était trop « clinique ». Je préférais prendre plus de temps, aller dans un endroit sympa, et c’est ce que nous avons fait : on était deux, Matias et moi, pour enregistrer mes parties, le matin et l’après-midi, et après on buvait quelques bières. C’était une atmosphère très relaxante.
Peux-tu nous parler des auditions que vous avez faites pour remplacer Jörg ?
Le dernier concert de Jörg a eu lieu en janvier 2012. Nous sommes ensuite rentrés en Finlande et on a publié une annonce sur notre page Facebook. J’ai été très surpris de voir que des centaines de batteurs nous avaient répondu ! Cela nous a pris trois mois pour choisir, car nous voulions voir chaque vidéo. Ensuite, on a auditionné quatre batteurs. Lorsque nous avons commencé à jammer avec eux, c’était clair que Rolf était la personne que nous cherchions. Ses capacités sont énormes, tu sais. Nous ne voulions pas trouver un autre Jörg Michael, car son style est unique, comme sa personnalité d’ailleurs. Nous voulions un batteur qui puisse jouer du vieux Stratovarius, mais aussi des trucs plus complexes.
Est-ce que des batteurs connus se sont présentés ?
En fait, deux batteurs, qui effectuaient une tournée avec leur groupe, nous ont contacté. Mais comme ils étaient sur la route, nous voulions un Finlandais qui pouvait être là et répéter avec le groupe. Nous ne pouvions même pas demander à ces gars de nous rejoindre, car nous devions prendre une décision rapidement, à cause des coûts du studio.
Qui étaient ces deux batteurs ?
Je ne peux te le dire, désolé ! (rires)
Quelle a été l’implication de Rolf dans le processus d’écriture du nouvel album ?
Il n’a rien écrit, mais ce qui fut différent, d’une certaine manière, de l’album Elysium, c’est que Rolf vit à Helsinki, où se trouve le studio : lui et Matias ont pu, pendant trois semaines, tester des trucs différents et d’autres arrangements pour les chansons. Rolf a fait part de ses idées à Matias, donc même s’il n’a rien composé, il a participé à beaucoup d’arrangements.
Le style de Rolf sur Nemesis est très proche de celui de Jörg : a-t-il dû adapter son jeu ou est-ce que cela a été naturel ?
Rolf, lorsqu’il était jeune, était un gros fan de Stratovarius. Il avait l’habitude jouer avec nos disques : son rêve était de jouer avec nous, et bien sûr, lorsque c’est arrivé, il ne pouvait le croire. Donc il joue certaines vieilles chansons à la manière de Jörg, mais je pense que son style est différent.
Lors de chaque concert de Stratovarius, il y a une partie solo pour chacun : doit-on s’attendre à un solo de sa part ?
Eh bien, ce serait sympa, mais je ne crois pas que nous ayons le temps pour des solos lors de la prochaine tournée car nous jouons environ 75 minutes. Peut-être plus tard, nous verrons.
Rolf est beaucoup plus jeune que le reste du groupe, n’est-ce pas ?
Oui, il a 26 ans.
Pourrait-ce être un problème ? (rires)
Non. Bien sûr, Jens et moi y avons pensé : un jeune gars qui rejoint le groupe, et qui est tellement excité qu’après le concert, il se met à boire et se comporte en rockstar à la con. Rolf est à l’opposé de ça : il est très calme et ne se la pète pas. Même s’il à l’air très jeune, il est plus sérieux parfois dans son attitude que Jens ou moi ! Il apporte tant d’énergie au groupe qu’il est vraiment simple de monter sur scène, sachant que tu as quelqu’un derrière toi qui conduis bien la voiture.
Es-tu toujours en contact avec Jörg ?
Bien sûr : j’ai reçu un e-mail de sa part hier soir. C’est un bon ami à moi et il s’occupe toujours des réservations de concert. Peut-être qu’il viendra avec nous en mars prochain jouer quelques shows en Russie.
Comme tu as beaucoup de projets solo, comme par exemple le disque Blackoustic que tu as enregistré avec Jani Liimatainen, peux-tu nous dire ce que tu as prévu ces prochains mois ?
Depuis que Blackoustic est sorti, on a fait beaucoup de concerts Jani et moi, presque chaque semaine. On fera quelques dates avant que la tournée de Stratovarius commence, mais nous n’avons pas de dates prévues avec Jani après le début de celle-ci. Peut-être durant l’été : tout dépendra de l’emploi du temps du groupe. Stratovarius est ma priorité. Mais c’est vraiment fun de travailler avec Jani : on a composé deux chansons pour Nemesis, d’ailleurs. On a quelques nouvelles idées, mais on ne sait pas ce que cela va donner. Je ne considère pas ma collaboration avec Jani comme du travail.
Interview réalisée par téléphone le 24 janvier 2013
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net
Site internet officiel de Stratovarius : www.stratovarius.com
Album Nemesis, sortie le 22 février 2013 chez earMusic/Edel