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Tolkien, c’est metal


Même si cette affirmation vous parait a posteriori d’une évidence irréfutable, la chose était a priori vraie dès les années 50, époque où John Ronald Reuel Tolkien (ça fait parfois du bien de se remémorer ce que signifient les initiales J.R.R.) donnait naissance au Seigneur des Anneaux.

La fantasy en général est une influence majeure pour la scène metal. Ses thèmes, son iconographie, son bestiaire sont une source d’inspiration dans laquelle puise toujours une bonne partie des groupes de metal, quel que soit le genre pour définir son identité ou pour ses textes et sa musique. Une petite panne d’inspiration ? Parlons d’une grande bataille entre un chevalier errant et un dragon et disons qu’il s’agit d’une métaphore du peuple luttant contre l’oppression. L’oppression de qui ? Peu importe. D’ailleurs les dragons, ça marche toujours dans le metal. C’est aussi pour ça que certains groupes se basent uniquement là-dessus.

Cependant, affirmer que la fantasy, en général, c’est metal serait beaucoup plus risqué car le genre est très vaste et les différents auteurs ayant apporté leur pierre au genre inspirent rarement autant de choses aux artistes métalliques que Tolkien. Même certains écrivains ayant nourri l’imagination de maints musiciens ne méritent pas, comme le maître britannique, d’être reconnu comme un artiste metal à proprement parler.

Une représentation de Lovecraft dans une aventure du comic-book Planetary.
(il est recommandé de cliquer pour agrandir et mieux lire)

Prenons l’exemple de Howard Phillips Lovecraft, créateur de ce qu’on appelle communément le Mythe de Cthulhu ; et même si son œuvre lorgne beaucoup vers la science-fiction, elle peut tout de même être qualifiée de « dark fantasy » et appartient de tout manière à ce qu’on appelle les « littératures de l’imaginaire ». Sa cosmogonie monstrueuse est du pain « béni » pour le metal : Black Sabbath, Metallica, Morbid Angel, Electric Wizard, Necronomicon, etc. Cités tous les groupes ayant pioché dans cette mythologie serait plus que laborieux. Mais l’écrivain lui-même n’est pas ce qu’on pourrait appelé un « artiste metal ». Un homme vivant isolé, enfermé dans sa peur de l’autre (jusqu’au racisme le plus puant), n’est pas représentatif de ce qu’on peut appelé un « artiste metal ».

A contrario, l’écrivain Michael Moorcock peut être, sans controverse possible, défini comme tel. Il est le créateur de nombreuses sagas (se déroulant à peu près toutes dans le Multivers dans lequel chaque héros n’est que l’incarnation d’une même figure archétypale appelée le Champion Éternel) parmi lesquelles la plus connue est sans doute le Cycle d’Elric. Son héros, Elric, empereur de Melniboné, est l’un des derniers descendants d’une civilisation raffinée dan sa violence et pour qui le Bien et le Mal n’ont aucun sens (ce qui nous ramène à une forme de nietzschéannisme primaire affectionné dans les sphères metal), grand maître en sorcellerie (encore un thème cher à notre genre musical favori : l’occultisme), sa faiblesse naturelle est compensée par la consommation massive d’élixirs et de drogues pour pratiquer son art au mieux (faut-il vous expliquer ce à quoi je fais ici allusion ?).

Carrément metal !

Il est en outre un être taciturne aux amours maudits ; de quoi composer de belles et sombres ballades. Ce personnage réflète même les différents codes vestimentaires qu’on trouve dans le hard rock des années 60 et 70 (époque de la création de cette saga) passant d’un look pub rock cuir noir de biker à des accoutrements rappelant sensiblement la mode glam avec des tenues moulantes et colorées agrémentées de colifichets.

Michael Moorcock est d’autant plus un « artiste metal » qu’il œuvra directement (en plus de son influence) par sa plume à quelques pages de l’histoire de la musique metal en écrivant pour Hawkwind (avec lesquels il a aussi pu monter sur scène pour y déclamer ses propres textes et faire la connaissance de Lemmy « à l’époque où il ne tenait pas encore la drogue », dixit l’écrivain) ou Blue Öyster Cult (le magnifique « Veteran Of The Psychic Wars »). Mais cela était presque aisé quand on a seulement trente ans à l’aube des années 70.

J.R.R. Tolkien, lui, était au crépuscule de sa vie en 1970 (il est mort en 1973). Mais déjà, redisons-le, dès les années 50, quand il publie son chef-d’œuvre, le Seigneur Des Anneaux, alors sexagénaire, il est indubitablement un « artiste metal ».

Cette pensée m’est venue en lisant la somme sur Judas Priest, Les Défenseurs de la Foi, dans laquelle le chanteur Rob Halford est cité. C’était en 2006, il affirmait au magazine Classic Rock : « Le Seigneur des Anneaux coule de source pour moi parce que c’est très metal. » Et bien sûr, quand l’un des grands ministres du Temple Metal prononce cette parole ayant force d’édit, on ne peut qu’opiner du chef et réunir comme je le fais ici les preuves permettant d’étayer ce nouveau verset à l’évangile du metal.

Par chance, le livre que je tenais entre mes mains offrait déjà de quoi consolider cette idée. John Ronald Reuel Tolkien (je suis fier de moi, ce coup-ci, je l’ai écrit de tête), né, comme tous ses admirateurs le savent, en Afrique du Sud, a passé sa jeunesse dans la région de Birmingham, au cœur de ce qu’on appelle le Black Country.


Et là, même le moins érudit des métalleux a dû comprendre. Oui, il s’agit bien de cette région d’où sont sortis des groupes et des musiciens comme Led Zeppelin, Black Sabbath, Slade, Glenn Hughes (qui rend aujourd’hui « hommage » à ce coin de terre noire avec son groupe Black Country Communion) ou encore Judas Priest. C’est de ce pays écrasé par des nuages de suie que sont sortis les premiers sons métalliques et les ambiances lourdes et sombres des œuvres des pères du metal.

Et c’est de cet environnement qu’est probablement né ce pays, fruit de l’imagination – ou plutôt ré-interprétation fantastique – de Tolkien qu’est ce Mordor noir, sale, industriel, où règnent le feu et le fer et qui est sans aucun doute, aujourd’hui, le pays de certains fantasmes d’artistes metal cherchant un théâtre, une scène, un décor pour leurs propres représentations allégoriques du monde.

Plus que la mythologie qu’il a créé – aussi importante que les mythes et légendes nordiques, germaniques, gréco-romains ou judéo-chrétiens peuplant eux aussi les textes et l’imagerie metal – la grande influence de Tolkien provient certainement de ses origines communes avec les fondateurs du metal car, en fait, Tolkien est un artiste metal.

Oui, Tolkien, c’est metal pour ça.

Animalement vôtre.

P.S : ceci est l’un des premiers textes qui servira à définir ce que tout le monde cherche à définir : qu’est-ce qui est metal ?



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  • Super article. le lien entre le Black Country et le Mordor est bien vu.

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  • Si si Lovecraft, c Metal! Et non il ne vivait pas enfermé comme un fou ds la peur de l’autre. Et pas la peine de parler de ‘racisme puant’ pour montrer qu’on est gentil et que ce n’est pas métal, racisme à nuancer par ailleurs. Lovecraft est autant métal que Tolkien, mais différemment.

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  • le va-nu-pied dit :

    Vous m’avez fait douter… Je ne savais plus qui avait inspirer qui!
    était-ce Zelazny qui avait inspirer Moorcock ou l’inverse. Je parle du personnage d’Elric. Dans après recherche c’est moorcock qui l’a créer.

    Maintenant j’ai encore de nouveau livre à lire!! Chouette!

    Le va-nu-pied

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  • Le nom burzum vient de la langue du seigneur des anneaux. donc oui c’est Metal ou black Metal

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  • Les mecs vous auriez put citer Ronnie, ça le bottait vachement toutes ces histoires !

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  • Oui! Excellent!
    Je me souviens des références déjà évoquées dans AYE.

    J’avais commencé une liste des groupes faisant référence à Tolkien, puis j’ai voulu me limiter aux noms de groupes inspirés des oeuvres de Tolkien, mais encore une fois j’ai dû abandonner face au nombre…

    Ca va des plus connus comme Burzum, Gorgoroth ou Amon Amarth à d’autres un peu plus underground comme Nazgul, Nirnaeth ou Balrog…

    Un site officiel à été créé pour répertorier ces groupes (pas que Metal) :
    http://www.tolkien-music.com/

    Mais pour vous faire une idée plus précise des groupes de « Tolkien Metal », vous pouvez jeter un oeil sur ses liens :
    http://www.tolkien-music.com/exclusions.html
    http://www.listal.com/list/metal-bands-names-inspired-tolkien
    ces listes ne sont bien evidemment pas exhaustives…

    Sinon:
    « John Ronald Reuer Tolkien (je suis fier de moi, ce coup-ci, je l’ai écrit de tête) »
    FAIL! Il se nommait « John Ronald Reuel Tolkien », y a pas de quoi être fier. En définitive: « ça fait parfois du bien de se remémorer ce que signifient les initiales J.R.R. » Oui, mais c’est mieux de le connaitre, ca évite les erreurs de mémoires honteuses.
    Remarque t’es pas le pire : lors de mon pèlerinage à Oxford, j’avais été dans un hotel anglais où l’on le présentait comme « J.R.R. Tolkien » …

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    Argh ! Epic fail même dans ce cas. Je crois que je devais en même temps penser à l’agence de presse Reuter. On va corriger ça.

  • Alalala , un simple « J’aime » suffira 🙂 Encore un bon article RM 😉

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  • « ce qui nous ramène à une forme de nietzschéannisme primaire »

    => Nietzschéisme, pas la peine de chercher compliquer, le début du mot l’est déjà assez :p

    Justement, cet article me fait penser à tous ces groupes qui se disent être dans une branche nietzschéene, notamment dans leur texte.
    Or :
    – souffrance n’est pas nietzschéen.
    – anarchie et chaos ne sont pas nietzschéen.
    – nihilisme n’est pas nietzschéen.
    Ou comment écrire des paroles avec des notes en bas de page comme référence ( je ne juge pas la qualité de ceux-ci ).

    Par contre, souffrance est plutôt goethien, chaos est plutôt dostoïevskien, nihilisme est plutôt caraconien (orthographe ?), anarchisme est plutôt emersonien…

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    Skelos

    Et oui, Tolkien est très metal 😉 Mais, quel genre de metal ?

  • Lire un article sur la fantasy sur RM m’a fait le même effet que l’article sur le futur film de Nightwish publié sur Elbakin.net : « oh mon Dieu, j’ai débarqué dans un monde parallèle, c’est le clash de mes deux plus grandes passions ! »

    Oui oui, la fantasy, c’est super metal. Il suffit d’avoir mis un pied aux concerts de Pen Of Chaos (alias les cinglés du Donjon de Naheulbeuk) pour s’en rendre compte : le public y est à 99 % composé de metalleux, T-shirts de groupes à l’appui !

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    kilroy

    je confirme saff’ pen of chaos = mettaleux comme quoi les mettaleux sont très cultiver

    Evilcliff

    Ouais, le Naheulband c’est Metal ! 😀
    CHAUSSETTE !

  • Cuthalion DK dit :

    Superbe!

    et +1 LOo je remarque aussi que pas mal de métaleux aiment le roleplay, le roleplay c’est donc métal? ^^

    [Reply]

    Eöl

    Il y a de fortes chances. Nous sommes tous métaleux avec mes amis rôlistes

  • Voilà un bel article.
    D’ailleurs en parlant de fantastique je suis sur qu’aller papoter à Trollune de Métal ça pourrait être amusant non ?

    (D’ailleurs les rôlistes sont aussi des métalleux, enfin certains, y a t-il un rapport ?)

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