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Éditorial   

Top Artworks 2013 : la pré-sélection du premier trimestre


« Artwork » pourrait littéralement se traduire en français (en jouant légèrement sur les mots) par « œuvre d’art ». Plus qu’une illustration ou un visuel sur une pochette, l’artwork d’un album a vocation à dire « Tenez, ce qui se passe à partir de là, c’est de l’art » (bien que déclarer à notre époque qu’une chose est de l’art revient à pisser dans un violon ou dans la Fontaine de Duchamp), depuis l’emballage qui se veut esthétique (pas forcément beau, là encore un concept qui prête trop à discussion) jusqu’à la partition censée démontrer qu’il y a bien des artistes au cœur de cet ensemble.

En anglais, on l’appelle aussi « cover ». Et au diable le dicton ou la chanson : on peut juger un livre – ou un disque – à sa couverture. Pas vraiment de sa qualité mais au moins de sa nature et de son propos. « Cover » a aussi, en musique, le sens de « reprise » et il est parfois dans le rôle de l’artwork de reprendre l’album et l’artiste, de prendre sa nature, sa personnalité, son âme, et de la mettre sur la pochette pour que l’auditeur la contemple, l’admire, apprenne à la connaître, à la comprendre, s’y réfléchisse, s’y trouve, s’y perde, s’y aventure et parfois rêve avant, pendant et encore longtemps après l’écoute du disque.

C’est armé de ces considérations – mais aussi, soyons honnête, d’une part de subjectivité – que nous démarrons l’élaboration d’un palmarès des meilleurs – ou, du moins, des plus intéressants – artworks d’albums et d’EP de cette année avec une pré-sélection à chaque trimestre, sans classement. Vous êtes bien sûr invités et encouragés à commenter cette sélection, à désigner vos préférences, à écarter les autres, et même à en suggérer certaines que nous aurions pu laisser de côté (volontairement ou par méconnaissance de leur existence).

Voici dix artworks qui ont retenu notre attention parmi les sorties de janvier, février et mars 2013.

In Memoriam : « Cet article est dédié au designer Storm Thorgerson, décédé hier 18 avril, à l’âge de 69 ans, suite à une longue bataille contre le cancer. Peut-être que parmi ces artworks s’en trouvera un qui entrera dans l’histoire des grandes pochettes de l’histoire du rock comme celles que monsieur Thorgerson a pu faire pour Pink Floyd, Led Zeppelin, Megadeth et tant d’autres. »

Coheed And Cambria – The Afterman: Descension

Coheed And Cambria, plus qu’un groupe, c’est une saga, un space-opéra imaginé par Claudio Sanchez, leader de cette formation américaine, qui transcende même l’art musical puisqu’elle déborde sur la bande-dessinée et bientôt sur le cinéma. Cependant, jamais les albums, et donc cette grande histoire, de Coheed And Cambria n’avait eu droit à d’aussi beaux artworks que ceux du diptyque The Afterman (seul celui de No World For Tomorrow avait relevé le niveau mais pas très haut), évoquant enfin un voyage fantastique, offrant enfin du rêve dès qu’on l’a entre les mains.

Ken Mode – Entrench

Quel mystère autour de cet artwork ! Qu’est-il ? Que représente-t-il ? A le fixer longtemps, on distingue bien le collage, l’assemblage, les différents éléments qui le composent, mais dans son ensemble, on ne sait trop d’où il sort (d’une marche d’escalier ou d’une étagère ?) à cause de l’éclairage qui ne met en lumière que son développement dans l’espace, développement qui n’a même pas l’air fini. On se demande ce qu’il est (minéral, animal, synthétique) et ce qu’il va devenir dans les secondes qui suivent cette photographie, jusqu’où il va enfler, se répandre, ou s’il va éclater et tomber en pièces. Cette figure tentaculaire devient ce qu’on veut y voir, comme un test psychologique. Une pochette qui réfléchit, donc, comme un miroir.

Kevelertak – Meir

Presque inévitablement, cette pochette réalisée par John Baizley allait se retrouver dans ce classement. Son art très personnel, très reconnaissable par ses motifs, son choix des couleurs (parfois une seule caractérise l’ensemble de l’œuvre, et donne alors son titre à l’album qu’elle orne, comme pour ceux de Baroness, son groupe), ses figures de nymphes aux formes rondes, est sans doute très recherché pour plusieurs artworks d’albums de nombreux artistes. Et pourtant, contrairement à un Seth Siro Anton qui essaime ses créations sur tout un pan des productions metal aujourd’hui, Baizley reste assez rare. On le trouve sur des pochettes de ses amis de Savannah, sa ville d’origine, Black Tusk et Kylesa, ou fidèle aux Norvégiens de Kvelertak, après avoir déjà illustré leur premier opus. Et cette rareté est une qualité chez lui. Qualité qui mérite reconnaissance.

KMFDM – Kunst

Si une pochette doit représenter l’artiste, alors celles de KMFDM sont toujours parfaites. Car, en fait, une pochette de KMFDM est toujours une pochette de KMFDM, reconnaissable pour son style particulier, pop art, ses traits épais, ses ombres hachurées, son cadre noir, la mise en avant d’un corps le plus souvent en pleine action, plein d’énergie, ou au cœur d’une forme de violence. Et tout cela, c’est l’œuvre d’un même artiste depuis presque toujours : Aidan « Brute! » Hughes. Et celle de Kunst marque encore plus l’esprit pour son personnage principal, cette femme forte, tronçonneuse en marche à la main, aux seins nus qui se dressent fermement, érigés avec provocation sous cette croix chrétienne qui la juge d’un air sombre mais qui ne résistera pas à cette offense.

Lost Society – Fast Loud Death

Tout dans cette pochette crie le revival 80’s. Lost Society fait du metal, du thrash metal pour être précis, à l’ancienne et ça se voit ! Tout évoque une esthétique cartoonesque qu’on a pu connaître sur des pochettes de disques, mais aussi sur des jaquettes de jeux vidéo, des affiches de films, ou des dessins animés de cette époque… que les membres du groupe, très jeunes, n’ont peut-être connus que depuis les années 90 ! Même la Faucheuse avec son air jovial fait penser qu’elle pourrait devenir, à l’instar d’un Eddie pour Iron Maiden ou d’un Vic pour Megadeth, la mascotte de cette bande qui a pour ambition d’aller vite, de jouer fort et de laisser les villes qu’elle traverse en flamme, avec des femmes à demi-nues (qui, on est prêt à le parier, devaient l’être encore plus dans le premier jet de l’artwork) implorant qu’ils restent. Et dans la surenchère de sérieux dans le metal au cours des décennies, cette bonne vieille décontraction fait du bien !

Sons Of Aeon – Sons Of Aeon

Fin de la jovialité dans ce qui suit. Bonjour les humeurs sombres et déprimantes. Vous avez passé une journée au mieux médiocre et en rentrant vous cherchez le disque qui correspondra le mieux à votre tempérament. Vous ne pensez donc qu’à une chose : celle du premier album de Sons Of Aeon. Un groupe qui est en partie composé de membres de Ghost Brigade et c’est presque une évidence dès le logo et l’artwork. Cette ambiance en clair-obscur, pas tout à fait noire, pas tout à fait grise non plus. Il y a de la lumière dans cette pochette même si on ne la voit pas tout de suite. On a recherché ce coin en bord de mer, sous un gros grain, alors que le vent pousse des vagues salées contre une jetée au bout de laquelle se dresse un phare. Vous vous dites que vous vous y sentiriez bien, enfermé dans cette tour d’ivoire au bord du monde. Pas si sûr. Vous vous sentez bien dehors, profitant de la force des éléments, du bruit des vagues, de la fraicheur de la pluie sur votre visage, de l’odeur d’iode. La vie, même quand il fait gris, à son lot de grandes sensations. Et vous vous en souviendrez désormais, rien qu’en voyant cet artwork.

Riverside – Shrine Of New Generation Slaves

Ombre parmi les ombres. Dans ce contre-jour, la grisaille du monde, temple souterrain de béton, d’acier et de verre froids, devient le théâtre des fantômes du monde moderne, nouvelle génération d’esclaves portée par des escalators qui ne font que descendre. Et quand, en contrebas, on les regarde descendre, il est déjà trop tard pour nous.

Misanthrope – Ænigma Mystica

Pendant longtemps, dans les débats sur l’art, la photographie n’a été comprise que comme une technique de représentation à l’identique d’un sujet ou d’un objet, ne nécessitant pas l’art qu’a le peintre, même pour composer sur sa toile un simple paysage. Mais on peut composer une photographie. Il faut parfois chercher son sujet pour le trouver, même tout composé, alors l’art du photographe est d’avoir l’œil pour cela et de le capturer au bon moment, sous le bon angle, quand la lumière est parfaite. Outre les lignes verticales des arbres qui hachurent ce paysage, grâce à leur reflet qui double cette verticalité, c’est la division en deux de l’image, ce reflet justement qui caractérise cette photographie. En fait, ce tableau est coupé en deux, symétriquement. Ou presque. Car le reflet n’est pas parfait. Troublé. Comme notre réflexion sur nous-mêmes. La compréhension de soi est toujours imparfaite, comme floue, et notre nature, notre moi, devient cette Ænigma Mystica, énigme mystique qui attend une révélation.

Cult Of Luna – Vertikal

Combinant les thèmes évoqués avec les précédents artworks – le froid, la grisaille moderne, la verticalité – celui-ci est aussi celui qui représente le mieux la définition de « reprise » de l’album, de sa nature, sa personnalité, son âme. Vertikal est un album froid, dur, représentation de la mégalopole écrasante par sa hauteur, sa verticalité sèche. Alors comment mieux reprendre ceci que par une illustration abstraite, faite de lignes noires, épaisses, symboles de ces tours colossales qui occupent toute la vue. Parfaite.

Rorcal – Vilagvege

Repoussons encore plus loin l’abstraction avec ce quasi monochrome. A quelques zones d’ombres près, cet artwork aurait pu n’être qu’un carré gris-blanc. Mais même avec ce supplément de forme, on ne perçoit pas au premier coup d’œil qu’il s’agît là d’un portrait, d’une femme, probablement, de profil, voilée. Mais peut-être n’est-ce qu’une illusion d’optique. Alors on fixe son regard sur l’image, pour voir si on ne va pas voir le vase entre les deux visages quand elle se sera imprimée sur notre rétine.

Hors-concours (quoique…) :

Pour en revenir à Duchamp, évoqué plus haut, celui-ci disait que « le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût ». Picasso, dans le même genre, disait que « le goût est l’ennemi de la créativité ». Alors ne jugeons pas le bon ou le mauvais goût des deux artworks ci-dessous. Surtout qu’ils viennent justement de pochettes de disques de vrais artistes, de vrais créatifs : Acid Mothers Temple étant un collectif japonais capable de produire trois ou quatre albums, allant du bon à l’excellent, par an ; et Puscifer étant mené par le talentueux mais non moins excentrique Maynard James Keenan. Inutile cependant de chercher du sens ou des qualités esthétiques dans ses assemblages plus ou moins bâclés avec quelques outils informatiques rudimentaires. Mais il était impossible de ne pas les faire figurer parmi les artworks marquants (pour une raison ou une autre) de ce premier trimestre 2013.

Acid Mothers Temple And The Melting Paraiso UFO – Cometary Orbital Drive To 2199

Puscifer – Donkey Punch The Night

Rendez-vous début juillet pour la sélection du deuxième trimestre.



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  • J’ai un gros faible pour Sons Of Aeon. Par contre je ne la trouve pas déprimante.

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  • loup errant dit :

    Sons Of Aeon elle est juste sublime

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  • AmonAbbath dit :

    Euh, c’est une blague pour Coheed and Cambria ? L’artwork d’ « In Keeping Secrets of Silent Earth : 3 » n’est pas mal du tout, et il y a une image pour le carton qui entoure le boîtier mais aussi une autre très sympa pour le livret. Livret lui-même muni d’illustrations sympathiques à défaut d’être transcendantes.
    Il en va de même pour « Good Apollo (…) » de 2005 : le boîtier cartonné qui renferme le jewel case est affublé d’un grand « IV » rouge très simple mais pas moche à mes yeux, par contre vous avez eu le livret dans les mains ou quoi ? L’artwork est juste sublime de A à Z, avec une illustration pour la « couverture » mais aussi beaucoup d’autres pour le livret, et elles en jettent toutes. Un objet fort agréable, franchement.
    Pour « No World for Tomorrow » j’aime bien, il y a un aspect plus BD un peu spécial mais pas déplaisant et c’est toujours assez atypique comme travail.
    « Year of the Black Rainbow »… bon je passe, la pochette pue (et celui-là je ne l’ai pas donc je ne peux rien dire sur l’artwork).

    Et pour les deux derniers, bah ça va c’est vrai, mais ce n’est vraiment pas ce que je préfère dans leurs artworks.

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  • La pochette de Rorcal est presque aussi chiante que leur musique ^^

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  • Les pochetes de Coheed and Cambria et de Kvelertak me ravissent à chaque fois. Je découvre des petits détails qui m’avaient échappés

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  • La cover de l’album de Cult Of Luna est ma favorite parmi celle présentées, mais je vous suggère de rajouter celle de l’album « The Mouths Of Madness » d’Orchid 😉

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  • Celle de Coheed and Cambria je la trouve tout simplement exceptionnelle!
    Lost Society la pochette me fait marrer elle est pas mal du tout!

    Le deuxième trimestre va avoir du niveau avec celles de Bodom et d’Amon Amarth déjà!

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  • Celles de Sons of Aeons et de Cult of Luna sont réellement superbes…

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  • Alastor/RM dit :

    « Vertikal » de Cult Of Luna. Il ne peut pas y avoir meilleure pochette pour cet album que celle-ci 😉

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  • Ma préférée est celle de Riverside pour la pertinence du message et la force symbolique de l’image.

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