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Éditorial   

Top Artworks 2013 : la pré-sélection du second semestre


Après les pré-sélections des premier et deuxième trimestres 2013, il s’est avéré que la seconde partie de l’année commençait difficilement tant le peu de classe ou d’originalité (quarante ans de pochettes d’albums de metal, ça commence à faire des blasés) des artworks sortis lors du troisième trimestre rendait mal aisée la constitution d’une liste contenant une dizaine d’artworks véritablement marquants. Mais avec un peu de patience, en laissant le quatrième trimestre apporter une touche d’esthétisme en plus à cette année, il a finalement été possible de réaliser une sélection peut-être plus exigeante (pour rester avec un score d’une dizaine de pochettes à chaque présélection) mais qui tient néanmoins à honorer les meilleurs.

Voici donc le dernier tour préliminaire pour désigner les meilleurs artworks d’albums de metal (et quelques proches cousins) de l’année avec cette ultime pré-sélection réalisée avec les œuvres sorties entre juillet et décembre 2013. Celui-ci se conclue avec la liste des artworks qui ont le plus reçu l’approbation des commentateurs lors des premiers trimestres. Et il est donc temps d’offrir tout votre soutien à vos favoris en désignant en commentaire les meilleurs artworks de ces présélections qui constitueront ainsi le Top Artworks 2013 définitif qui sera publié dans les prochaines semaines.

Rappelons que ce palmarès n’est pas né de l’arbitraire et c’est armé de certaines considérations (qu’on vous invite à relire en introduction de notre sélection du premier trimestre) – mais aussi, soyons honnêtes, d’une part de subjectivité qu’il est difficile d’écarter totalement – qu’il est élaboré. Néanmoins, ces pré-sélections ne sont pas définitives et vous êtes, vous lecteurs, invités et encouragés à commenter cette sélection, à désigner vos préférences, à écarter les autres, et même à en suggérer certaines que nous aurions pu laisser de côté (volontairement ou par méconnaissance de leur existence).

Voici donc les dix artworks (et deux petits bonus pour la fin) qui ont retenu notre attention parmi les sorties de juillet à décembre 2013. Mais d’abord voici un petit rattrapage avec deux artworks d’albums sortis au cours du deuxième trimestre qui ne pouvait pas être maintenus sous silence :

Slow Earth – Latitude & 023 :

La première pré-sélection de l’année avait été dédiée à la mémoire d’un très grand nom de l’art de la pochette d’album rock : Storm Thorgerson, décédé en avril dernier, à qui l’on doit certaines images cultissimes, de vrais bouts de culture populaire du XXe siècle, qui nous ont suivi jusqu’au XXIe. Parmi ses œuvres les plus célèbres, certaines pochettes de Pink Floyd (Dark Side Of The Moon, Wish You Were Here…), Led Zeppelin (Houses Of The Holy), Muse (Absolution) ou encore Scorpions (Lovedrive, Animal Magnetism) et parmi les dernières réalisées en 2013 l’on trouve New Horizon de The Answer et tout une série d’artworks pour Opposites de Biffy Clyro et les singles issus de ce disque qui auraient à peu près tous mérités une sélection, notamment pour le caractère surréaliste parfaitement représentatif de l’artiste. Et puis il y a celle pour le premier EP d’un jeune groupe de prog rock ukrainien : Latitude & 023 de Slow Earth. Sa particularité ? Outre la patte Thorgerson (la fibre collante évoquant la pochette Lovedrive de Scorpions), c’est bien sûr l’image de cette toile qui encolle ces deux personnages, comme un piège dans lequel la Mer les a pris, soit punition (pour toute la saleté que l’humanité lui fait avaler), soit simple arrêt forcé pour prendre le temps de constater la puissance et la grandeur de la Nature, ou pour prendre le temps d’écouter un peu de musique du groupe – Slow Earth pouvant aussi bien signifier « Terre Lente » qu’un ordre lancé au monde de ralentir.

Mind Whispers – Cosmic Obedience :

S’il ne fallait retenir qu’une pochette à tendance « blockbuster » en 2013, ce serait probablement celle du premier album des Frenchies Mind Whispers, originaires de Bergerac. Si ça sent la grosse influence S-F ou film catastrophe (et tout ce bleu : une référence à James Cameron ?), un style de pochette comme il en grouille chaque année dans les bacs, il y a tout de même quelque chose de troublant dans celle-ci. Une passion pour Lovecraft (ou les tentacle-porns) sous-jacente qui influerait l’observateur dans cette impression ? C’est au-delà de ça. En prenant le temps de lire l’image, on finit par voir ce qu’elle représente : un système solaire, une première petite planète, très éloignée, proche du soleil, une seconde plus grosse (la nôtre ?) puis un corps, comme une menace, mais dirigé par un visage serein qui se dirige vers la deuxième planète, comme un monstrueux astéroïde mortel… Erreur ! On ressort ses connaissances astronomiques : la Terre est la troisième planète à tourner autour du Soleil et cette sphère tentaculaire, c’est celle sur laquelle nous évoluons. Ce visage serein, c’est celui de la sagesse ensommeillée au cœur du monde, étouffée par un amas monstrueux qui grouille à sa surface. Pas besoin de faire un dessin en plus…

Ulcerate – Vermis :

Comme on ne peut pas avoir tort avec des tentacules, on ressort ces appendices avec les Néo-Zélandais d’Ulcerate qui ont montré cette année qu’il n’y avait pas que le rugby et Peter Jackson au pays des kiwis. Plus insidieux que sur l’album de Mind Whispers, les tentacules ne grouillent pas en surface mais préparent, derrière une sombre pellicule, un piège qui vous étreindra avant de vous étrangler avec le son oppressant et lourd comme une dalle de pierre noire du death metal de ces Océaniens.

Carcass – Surgical Steel :

La pochette de Surgical Steel représente exactement ce qu’on entend quand l’on dit que le rôle de l’artwork est de reprendre l’album et l’artiste, de prendre sa nature, sa personnalité, son âme et d’en faire une image compréhensible au premier coup d’œil. L’un des seigneurs du grind anglais, puis du death metal, est de retour et étale ses talents comme il étale ses outils. Adepte de l’imagerie médicale, ces outils sont forcément chirurgicaux et leur diversité et leur nombre effrayants invoquent la peur des multiples moyens d’envahir et mettre en pièce un corps. Et même si cette image n’a pas grand chose d’original, étant donné qu’elle reprend la pochette de leur EP Tools Of The Trade de 1992 (elle-même reprise, de façon un peu plus légère, pour l’édition digipack d’Asylum Cave de Benighted en 2011), elle est remise au goût du jour, un jour où Carcass doit démontrer qu’ils sont de retour aussi tranchant, sinon plus, qu’avant avec des outils tout neuf, qui fouailleront sans problème à travers votre corps.

Shining – 8 ½ – Feberdrömmar I Vaket Tillstånd :

Après un Redefining Darkness, dont la pochette, plus blanche que noire, semblait jeter un peu de clarté dans l’œuvre du groupe, ce « Huit et demi », qui n’est donc pas vraiment une suite du précédent, relance l’auditeur dans ces ambiances de grisaille psychologique. Mais ce n’est pas le plus intéressant sur ce nouvel artwork. Tout comme pour l’album de Carcass, tout n’est pas parfaitement original autour de cet opus des Suédois Shining, puisqu’il est composé de réarrangements de six chansons vieilles de près de douze ans. Six chansons pour six chanteurs différents, un pour chaque morceau. Chacun portant sa croix, tels des condamnés, descendant dans les tréfonds de l’âme tourmentée du groupe et de son leader Niklas Kvarforth, qui ferme la marche sur l’album, avec « Through Corridors Of Oppression », à travers les couloirs de l’oppression, où chacun connaîtra sa peine.

Vattnet Viskar – Sky Swallower :

Pour les critiques, Vattnet Viskar, avec son black metal atmosphérique, a de quoi renouveler le black metal américain. Et pour leur premier album, Sky Swallower, c’est l’artiste Bryan Proteau qui a été chargé d’illustrer l’idée derrière ce titre, voire de fournir une figure de proue à ce vaisseau auquel d’aucuns fournissent des ambitions de conquête. Le site Cvlt Nation dit de cet artiste que « les dessins de Bryan Proteau sont faussement simples et communiquent pourtant à un niveau quasi inconscient avec l’observateur. » On retrouve ainsi, dans ce travail à l’encre, la simplicité du noir et blanc des albums de black metal culte mais les éléments qui composent cette image contrarient cette tradition. L’on reconnait bien un Ouroboros, symbole du cosmos, d’un ordre fini, qui est donc le Ciel du titre, attaqué par deux oiseaux, les Swallowers venus le dévorer. On peut aussi y voir le serpent, symbole satanique, et donc d’un certain black metal traditionnel, que viendraient perturber ces pinsons, qui peuvent représenter la musique du groupe, qui, bien que venant déranger le cosmos dans son entier, pourrait aussi mettre en branle un univers, les habitudes du scène qui tourne en rond.

Monster Magnet – Last Patrol :

On reste dans le trip cosmique mais dans un sens plus psychédélique. Si Monster Magnet a déjà offert à l’histoire du stoner et du rock lourd planant en général de belles pochettes (en top position celle de Dopes To Infinity en 1994), réétudiant presque toujours, à la manière d’un Motörhead et son fameux Snaggletooth, le visage de sa taurine mascotte. Et cette fois, jamais pochette du groupe n’avait aussi bien propulsé (avec la musique qu’elle emballe comme carburant) l’auditeur vers la constellation du Taureau. Le voyage pourrait s’avérer dangereux, si le monstre caché dans cette nébuleuse est plus qu’une de ces chimères décorant les cartes des navigateurs, mais comment résister à un périple parmi les vents cosmiques multicolores et les amas gazeux brûlant au milieu du froid de l’espace brillant. Cette planète, au loin, est trop tentante.

Red Fang – Whales And Leeches :

Avec un premier coup d’œil trop rapide, cet assemblage de chouettes, champignons, plumes, bois et des yeux de loups un peu partout a l’air des plus hétéroclites, comme s’il s’agissait du résultat d’une promenade en forêt avec une bande de gosses qui auraient rapporté tout ce qu’ils y ont trouvé, alors que Red Fang apporte avec son album une nouvelle icône animiste, un totem, un esprit gardien des bois, démon composite surgi d’entre les racines qui vous défie de le regarder dans les yeux. Là où Monster Magnet envoie l’auditeur dans les étoiles avec son stoner, Red Fang choisit de le faire avec les pieds bien ancrés dans la terre, au plus près du côté naturel et sauvage, auquel il semble vouer un culte. Et puis il y a l’édition 3D de cette pochette pour la voir sous toutes les coutures

Jucifer – за волгой для нас земли нет (There is no land beyond the Volga) :

Comme énoncé dans le premier Top Artworks de l’année, si le cas de la photographie en art a longtemps fait débat, il n’empêche qu’il faut plus qu’un peu de technique et un bon appareil pour faire une belle photo. Il faut avoir l’œil d’un artiste pour capter ce qui est là, beau en soi, mais qui nécessite la réactivité de l’outil technologique et la connaissance parfaite de celui-ci pour capturer l’art tel qu’il se présente de lui-même dans la réalité. Dans le cas, de cette pochette de l’ « Album Russe » de Jucifer, c’est en plus une photographie d’une œuvre préexistante (une sculpture) qui en crée une deuxième (la photo) pour en illustrer une troisième (l’album). Cette photo est d’ailleurs signée du batteur du groupe Edgar Livengood, et prise lors de la visite du groupe à Volgograd (visite postérieure à l’écriture de l’album), ex-Stalingrad, où a eu lieu la célèbre bataille de Stalingrad durant la Seconde Guerre Mondiale. Le titre lui-même est une citation d’un soldat russe lors de cette bataille. Et si les monuments à la mémoire de cet événement sont plus marqués par un esprit patriotique, le cliché de Livengood fait quant à lui ressortir la mélancolie de la mère (patrie ou pas) qui pleure dignement ses enfants morts pour la défendre dans l’un des combats les plus meurtriers du XXe siècle.

Celeste – Animale(s) :

Faut-il refaire le paragraphe sur photographie et art ? Ici c’est aussi la force du noir et blanc qui fait la beauté de cette image. Sans doute ce choix stylistique bénéficie-t-il de l’impact nostalgique, titillant l’idée que tout allait mieux dans le passé… Ce n’est pas le message des Lyonnais de Celeste et leur black metal dépressif. Après Morte(s) Née(s), Pessimiste(s) et Misanthrope(s), le groupe sort Animale(s) et compte sur la photographe Martyna Dziekan pour illustrer encore en nuances de gris son propos. Si le titre de l’album est moins « dépressif » que les précédents, si la pochette n’évoque pas directement la tristesse ou le deuil comme certaines de ses grandes sœurs, si l’on pense qu’on pourrait s’endormir sereinement auprès de ces jeunes filles, des images de la Grande Dépression, de ces familles couchant sur les bords des routes affleurent quand même aux limites de la mémoires, préparant l’auditeur pour la première décharge sonore de ce double-album : « Laissé pour compte, comme un bâtard ».

The Melvins – Tres Cabrones :

Faut-il vraiment expliquer pourquoi il est GÉNIAL de mettre une chèvre sur une pochette ? C’est les (nom de dieu de) Melvins, ils collent une biquette sur leur album. Tout est au poil. « Animal approved ».

Vastum – Patricidal Lust :

On aurait presque pu caser cette pochette parmi celles dont on va traiter dans le paragraphe suivant, c’est-à-dire : les pochettes moches. En fait, certains n’ont pas hésité à la coller parmi les pires pochettes d’albums de l’année. Mais ce n’est pas forcément une façon de traiter le travail de l’Italien Paolo Girardi. Pas parce que c’est un grand artiste, mais surtout parce qu’il a l’air très costaud et qu’on ne veut pas s’embrouiller avec un gars avec des bras comme ça et qui n’aurait qu’à traverser les Alpes pour nous mettre une manchette… Mais plutôt parce que depuis quelques années, il illustre de plus en plus de pochettes d’albums de groupes de metal extrême (notamment le dernier Inquisition) ou tout simplement underground qui retrouvent dans son esthétique le plus souvent macabre ou antireligieuse, assez brute, avec parfois une couche épique, le goût d’autres pochettes d’albums de metal extrême d’antan. Enfin, si l’art de Girardi n’est pas toujours très propre et lisse, il grouille quand même de détails et offre quelques panoramas dans lesquels on s’aventurerait bien, comme sur celle de Patricidal Lust de Vastum : d’où vient ce héros au premier plan ? Va-t-il traverser cette carcasse géante ou est-ce là le but de sa quête ? Le début ou la fin d’une aventure ? Si cette image est trop étroite pour votre imagination voici ci-dessous l’œuvre entière, telle qu’elle a été peinte par Girardi (cliquez dessus pour l’agrandir). Quoiqu’un peu sombre, ce paysage, avec ces montagnes déchiquetées et cette plage battue par des flots déchainés, mérite d’être exploré.

Enfin, il y a celles dont le bon goût est discutable (même si l’on est persuadé que l’artiste pourrait expliquer le choix de cet artwork). Et comme bien souvent, dans une mauvaise histoire, c’est la faute d’une femme, voire de ce qui la symbolise. Nichons, tétines, roploplos, mamelles, coussinets d’amour, en un mot comme en cent : les seins, ça attire souvent l’œil – au moins de la moitié du public – et en mettre sur la pochette de son album, ça assure que celui-ci ne passera pas inaperçu. Encore faut-il qu’ils laissent un bon souvenir. On a déjà choppé les artistes d’Acid Mothers Temple en flagrant délit de nous faire ce coup-là au premier trimestre et ces zigotos japonais hyperactifs ont remis ça, avec un montage d’un kitsch toujours aussi incroyable et une beauté noire topless qui nous ferait presque louper tous les autres détails qui tuent : la magnifique boule à facettes et le look improbable de zicos. Et puis il y a Theologian qui nous lâche une paire de loches lourdes en plein dans les globes oculaires au risque d’y laisser un coquard. C’est beaucoup moins drôle, même carrément douloureux. Mais certaines choses doivent être endurées…

Theologian – Some Things Have To Be Endured :

Acid Mothers Temple & The Cosmic Inferno – Doobie Wonderland :

Et n’oublions pas les artworks qui ont déjà fait sensation cette année (d’après les commentaires publiés dans les précédentes pré-sélections), toujours en compétition :

Riverside – Shrine Of New Generation Slaves
Cult Of Luna – Vertikal
Sons Of Aeon – Sons Of Aeon
Coheed And Cambria – The Afterman: Descension
Lost Society – Fast Loud Death
Kvelertak – Meir
Chthonic – Bú-Tik
Scale The Summit – The Migration
Summoning – Old Morning Dawn
Alice In Chains – The Devil Put Dinosaurs Here
Orphaned Land – All Is One
Queens Of The Stone Age – …Like Clockwork
Flotsam And Jetsam – Ugly Noise



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