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Live Report   

La tournée des stades de Rammstein : schöner, größer, härter


Alors qu’ils avaient prévu de continuer leur tournée des stades d’Europe et d’ailleurs en 2020, les membres de Rammstein se sont retrouvés, comme tous leurs confrères du monde de la musique, à devoir ronger leur frein. Et c’est après deux ans d’ajournements et d’incertitudes qu’ils reprennent le projet là où ils l’avaient laissé : ambitieux, pharaonesque, et destiné à en mettre plein les yeux et les oreilles à des centaines de milliers de fans. Mais entre-temps, les Allemands n’ont pas chômé, et ce n’est plus seulement leur album Rammstein qu’ils ont à défendre sur scène, mais aussi Zeit, huitième opus sorti entre-temps, à peine un mois avant leur grand retour.

Et comme on pouvait s’y attendre, le public, après avoir dû faire preuve de patience, a répondu présent : la plupart des dates de la tournée ont été doublées, et tout a été fait pour accommoder des foules de taille spectaculaire. Ainsi, le 5 juillet à Nimègue aux Pays-Bas – quasiment à domicile à peine une demi-heure de la frontière allemande, comme en atteste le nombre de concitoyens du groupe dans le public –, ce ne sont pas moins de 65 000 personnes qui se sont pressées devant la scène spectaculaire installée dans le Goffertpark pour l’occasion. Les petits plats ont été mis dans les grands pour les accueillir et tout se déroule avec calme et fluidité, même lors de la date de la veille qui menaçait d’être perturbée par des grèves et des manifestations. C’est que le public s’est montré prévoyant, et est arrivé par centaines tout au long d’un après-midi particulièrement ensoleillé. De quoi entamer la soirée avec des couleurs et, pour certains, déjà passablement imbibés…

Artistes : RammsteinDuo Abélard
Date : 5 juillet 2022
Salle : Goffertpark
Ville : Nimègue, Pays-Bas

Une playlist 100 % Rammstein résonne en attendant le début des hostilités, puis, en guise de première partie, le duo de pianistes françaises Abélard reprend une série de morceaux du groupe : pas question pour la foule assemblée en masse d’écouter autre chose que les rois de la soirée. Joyeuse mégalomanie de circonstance ou pragmatisme de la part du groupe qui préfère ne pas envoyer d’autres musiciens au casse-pipe devant un public plus qu’impatient ? Peu importe : le duo Abélard, dont la mission est la même que celle du duo Jatekok qui a assuré d’autres dates de la tournée, joue ses reprises avec élégance et sobriété, du prévisible « Ohne Dich » à une version plus audacieuse de « Du Hast ». Les musiciennes se montrent chaleureuses avec une foule qui le lui rend bien, même si peu à peu, l’impatience se fait sentir…

Seule exception au monopole Rammstein, c’est un morceau de Haendel qui retentit après la diffusion d’un message informatif visant à dissuader (en vain) les spectateurs de filmer le concert, et c’est là-dessus que le groupe fait son entrée sur scène. Après tout, la star du baroque allemand leur va comme un gant : le passage choisi n’est autre que l’ouverture de sa « Musique pour les feux d’artifice royaux ». De quoi annoncer la teneur pyrotechnique de la soirée, et la première explosion qui marque l’ouverture des hostilités. L’introduction au synthétiseur d’« Armee Der Tristen » résonne, et la foule reprend en chœur son fédérateur « Komm Mit » : ce premier morceau de Zeit semble avoir été conçu pour cet usage, tout comme « Adieu », qui referme l’album et la soirée. De quoi aussi représenter ce dernier opus, qui se partagera une petite moitié de la setlist avec son prédécesseur, le reste revisitant les plus grands tubes qui ont émaillé la carrière des Allemands.

Presque occultés par la structure massive de la scène, ses lignes élancées façons Metropolis, l’acier, la fumée et les flammes, les musiciens occupent le terrain avec une remarquable efficacité. Plus mobiles que par le passé – la majorité du feu et des explosions se trouvant en hauteur, à une distance relative de la scène – et manifestement heureux d’être de retour devant leur public, ils se permettent de petits écarts dans une mécanique bien rodée et tiennent le public en haleine pendant les près de deux heures du concert. En pleine forme, Till Lindemann fait le show : sa voix tonne sans faiblir et fait oublier les quelques couacs habituels sur certains des passages les plus graves, il parcourt la scène, parfois menaçant, souvent comique, qu’il demande aux premiers rangs de soulever leurs t-shirts, qu’il donne des coups de tête aux éléments du décor ou qu’il les enlace avec… chaleur. Ses collègues ne sont pas en reste et orbitent autour de lui, chacun à l’aise dans un rôle qu’il maîtrise sur le bout des doigts. Les deux guitaristes Paul Landers et Richard Z Kruspe déroulent riff imparable après riff imparable, Christoph Schneider à la batterie impose un rythme implacable, Flake au clavier apporte le contrepoint qui fait sa marque de fabrique, et live, la basse d’Oliver Riedel a la place de prendre toute l’ampleur qu’elle mérite grâce à une sonorisation impeccable tout au long du show, imposante mais jamais inconfortable, une gageure pour un spectacle en plein air.

Les morceaux incontournables s’enchaînent sans interruption, des plus récents – « Zick Zack » – aux plus anciens – « Heirate mich » –, des plus dansants – « Radio » – aux plus mélancoliques – « Zeit ». On remarque au passage que le public semble réagir avec plus d’enthousiasme aux tubes les plus récents – « Radio », donc, et « Deutschland », qui prend clairement une dimension particulière écoutée au milieu d’une foule d’Allemands alcoolisés qui lèvent le poing – qu’aux classiques du groupe comme « Sehnsucht ». Plus light en ballades que lors de la tournée 2019, le set se déroule sans que la spectaculaire mécanique se grippe : les clichés sur l’irréprochable fabrication allemande usés jusqu’à la corde dès qu’on parle de Rammstein sont peut-être des poncifs, mais ils n’en restent pas moins complètement pertinents.

De quoi constituer la toile de fond idéale pour le spectacle visuel légendaire du groupe – ou est-ce l’inverse ? Avec Rammstein, on ne sait jamais vraiment – qui accompagne chacune des chansons. Début relativement tôt dans la soirée et longues journées d’été hollandaises obligent, c’est en plein jour qu’auront lieu les premières chansons, ce qui occulte une partie du show lumineux (à ce titre, les dates lyonnaises auront été plus chanceuses), mais pas les numéros qui émaillent le concert. Les grands classiques sont là, de la marmite de « Mein Teil » aux feux d’artifice de « Du Hast », tout comme les sketchs plus récents, comme la petite danse un peu désarçonnante qui accompagne le remix de « Deutschland ». Les chansons aux paroles les plus dérangeantes – « Mein Teil », « Puppe » – sont accompagnées des saynètes les plus humoristiques, comme pour les dédramatiser ou renforcer le côté « tout public » de la performance. Les frasques de « Bück dich » sont loin, au désarroi manifeste de certains spectateurs – ah, les joies de s’en faire hurler le premier couplet à l’oreille par un cinquantenaire inconnu entre chaque chanson… Le spectacle a beau être résolument familial, malgré ses quasi trois décennies d’existence et la cinquantaine assumée des musiciens, Rammstein n’a perdu ni libido ni sex-appeal (le discret Oliver Riedel fait beaucoup pour la cause) et ce que l’inénarrable canon phallique de « Pussy » perd en réalisme au fil des tournées, il le gagne en taille, pour le plaisir d’une foule qui semble en apprécier le rafraîchissement après une journée d’été particulièrement torride.

En effet, après une première pause, les musiciens ont tiré parti de la petite scène où s’était produit le duo Abélard pour interpréter « Engel » a cappella avec lui, avant de revenir sur la scène principale en naviguant sur la foule par bateau (!) pour « Ausländer » et le Bruderkuss rituel échangé par Paul Landers et Richard Z Kruspe. Le second rappel permet au groupe de finir le concert en apothéose avec un show lumineux toujours plus impressionnant, des flammes rayonnant autour de Till Lindemann comme un soleil sur « Rammstein ». La mythologie du groupe brille de mille feux et le culte – solaire – est célébré par des dizaine de milliers de personnes comme un seul homme. Difficile de ne pas être impressionné par l’ampleur de ce qu’a accompli le groupe en quelques décennies, par sa singularité, aussi, tant on peine à lui trouver des équivalents dans le monde de la pop, du metal ou du rock.

Bref, au vu de l’enthousiasme de la foule lors du salut et des sobres remerciements des musiciens, mission accomplie pour Rammstein, qui signe un retour sur scène en grande forme. Concert, opéra, cirque, blockbuster, happening, parc d’attractions : difficile de classifier ce qu’on vient de vivre, difficile aussi de résister aux successions de superlatifs que le show a été conçu pour générer. Le « schöner, größer, härter » (« plus beau, plus grand, plus dur ») pourtant ironique de « Zick Zack » résume bien la démesure de l’expérience. On a du mal à imaginer le groupe faire « plus » que ça dans les années qui viennent, mais malgré l’« Adieu » qui referme le show, les Allemands semblent bien décidés à rester sous le feu des projecteurs encore un moment. C’est que – oui, évidemment – la mécanique allemande, qui en a indubitablement encore sous le capot, est bel et bien faite pour durer.

Setlist :
Armee der Tristen
Zick Zack
Links 2-3-4
Sehnsucht
Zeig dich
Mein Herz brennt
Puppe
Heirate mich
Zeit
Deutschland (Remix)
Deutschland
Radio
Mein Teil
Du hast
Sonne

Premier rappel :
Engel (avec Duo Abélard)
Ausländer
Du riechst so gut
Pussy

Second rappel :
Rammstein
Ich will
Adieu

Photos (Décines-Charpieu, Groupama Stadium) : Nicolas Gricourt



Laisser un commentaire

  • un concert incroyable, superbes photos Nicolas, je vais suivre ton IG
    merci

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  • Premier soir en gradin carré or, le deuxième en fosse à environ 30 mètres de la scène, même constat: sonorisation de rave party, basse et grosse caisse à fond, guitares noyées et quasiment inaudibles malgré la puissance, dommage car le spectacle est vraiment impressionnant. Mais un stade n’est pas fait pour écouter de la musique, quelle qu’elle soit…

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    Pingu

    A Lyon,bien sûr…

    Torion

    Mieux vaut être dans un stade que dans une salle où l’acoustique est pas terrible ! Genre Tony garnier même si ça c’est pas mal amélioré ! Après c’est vrai que certains groupes forcent sur les basses !!

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