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Interview   

Transatlantic : le choix de l’absolu


A croire que tous les dix ans, Transatlantic se donne un nouveau challenge. En 1999 le quatuor s’est attelé à son premier album alors que les quatre super stars du prog ne se connaissaient quasiment pas. En 2009, c’est sur The Whirlwind qu’ils ont planché, un album constitué d’un seul morceau de soixante-dix-sept minutes. En 2019, les revoilà en studio pour confectionner ce qui deviendra The Absolute Universe, un concept album constitué là encore d’une seule chanson découpée en chapitres, avec une particularité supplémentaire : il a été décliné en deux versions, une version double et une version simple, les deux ne proposant pas tout à fait la même musique…

La démarche est inédite, mais plutôt que d’une volonté de complexifier les choses, elle émane surtout de leur incapacité à se décider ! Une problématique apparemment récurrente dans ce groupe déjà divisé en deux géographiquement. Pour nous en parler, nous avons échangé ci-après avec le chanteur-claviériste Neal Morse qui a eu la tâche de réduire le double album – la version Forevermore – à un seul disque – la version The Breath Of Life –, lui dont l’inspiration – qu’il considère divine – semble intarissable, au vu de la quantité impressionnante d’albums qu’il a sortis ces dernières années.

« Il y a parfois quelque chose qui produit du grand art quand ça bataille entre les membres. »

Radio Metal : Il s’écoule généralement beaucoup de temps entre deux albums de Transatlantic, et cette fois ne fait pas exception : The Absolute Universe sort sept ans après Kaleidoscope. Ce n’est pas surprenant vu à quel point vous êtes très occupés avec vos carrières respectives. D’un autre côté, est-ce que ça génère une plus grande excitation quand vous parvenez à vous réunir ?

Neal Morse (chant & claviers) : Oui. Je pense qu’avec toute cette tension, cette montée en puissance, ça fait qu’il y a eu beaucoup d’anticipation pour cet album, c’est certain. Peut-être que cette fois c’était moi qui avais commencé à envoyer des e-mails aux gars pour en parler. Il s’est passé pas mal de temps avant que nous nous rassemblions pour de bon. J’ai dû envoyer ce mail fin 2018 et nous ne nous sommes pas réunis avant septembre 2019. Tellement de temps est passé que je n’arrive même plus à m’en souvenir ! [Rires] Mais oui, il a mis du temps à venir.

Le groupe s’appelle Transatlantic parce que deux d’entre vous vivent aux Etats-Unis et deux autres en Europe. Cette fois, Mike Portnoy et toi avez choisi d’aller en Suède. Comment décidez-vous où vous vous retrouvez pour travailler sur la musique ensemble ?

J’aime travailler dans mon home studio ici. J’ai un kit de batterie installé avec des micros, c’est la batterie de Mike à Nashville. Nous avons Jerry Guidroz ici, qui fait partie de la famille, c’est l’ingénieur, il est très doué. Donc bien sûr j’ai poussé pour faire l’album ici, mais Roine [Stolt] voulait vraiment que nous le fassions quelque part en Europe. Roine et Pete [Trewavas] avaient peur d’être confrontés à des problèmes d’immigration en venant aux Etats-Unis. Nous avons regardé pour le faire à Londres, notamment au studio de Peter Gabriel, les Real World Studios – je crois que ça s’appelle comme ça – et nous nous sommes finalement décidés à aller dans cet endroit que Roine a trouvé dans la campagne suédoise. C’était donc clairement le choix de Roine.

The Absolue Universe est un album assez inhabituel, puisqu’il existe en deux versions : la version double album qui s’appelle Forevermore et The Breath Of Live qui est une version abrégée. Vous avez pris cette décision quand vous aviez déjà commencé à enregistrer, donc ce n’est pas quelque chose qui a été prévu dès le départ. Quel était le cheminement de pensée derrière cet énorme projet ?

En fait, il y a même trois versions. Il y a la version plus courte – The Breath Of Life. Il y a la version plus longue – Forevermore. Puis il y a le mix 5.1 sur le Blu-ray qui est différent du reste. C’est assez dingue. Le processus était que j’ai commencé à écrire des démos au début du printemps 2019. Je sais que c’était aussi le cas de Roine car il avait envoyé pas mal de démos et de musique avant que nous nous retrouvions en septembre. Ensuite, nous nous sommes donc réunis en septembre en Suède pendant environ deux semaines et nous avons travaillé sur l’album à partir d’idées que Pete, Roine et moi avions apportées sous forme de démos. Nous avons aussi beaucoup composé sur place. C’était un peu mystérieux, à aucun moment nous savions ce que ça allait devenir. Je crois, par exemple, que nous avons composé « Overture », la première partie, à la toute fin. Même quand nous approchions la fin des sessions, nous ne savions pas si ça allait devenir un concept ou si ça allait être un album simple ou un double. Certains gars à l’époque poussaient pour que ce soit un album simple et ne voulaient pas faire un double. Je crois qu’à ce moment-là, je me disais qu’il faudrait que nous fassions un double parce que nous avions énormément de musique et je ne voulais rien abandonner.

Nous sommes donc partis de Suède avec ce double album conceptuel, rien qu’une sorte de gabarit, et ensuite Mike est venu ici dans le Tennessee pour faire ses batteries en octobre, début novembre 2019. Puis j’ai commencé à faire mes parties, Roine a commencé à faire les siennes et Pete a enregistré en décembre et janvier – peut-être que lui c’était un peu plus tard. J’ai écrit toutes les paroles, en tout cas celles pour mes parties, j’ai joué tout le clavier et fait toutes mes parties de chant en décembre et janvier 2020. Puis je suis parti ; j’ai terminé tous mes trucs et j’ai envoyé ça à Rich [Mouser] en janvier [rires]. Je ris parce qu’il s’est écoulé tellement temps après ça, je pensais avoir fini ! Puis je suis parti en Australie et en Nouvelle-Zélande. J’avais des concerts là-bas et nous avons aussi pris un peu de temps libre. C’est là que j’ai eu l’inspiration pour faire l’album Sola Gratia et que j’ai commencé à le composer ; c’est là-dessus que j’ai travaillé en revenant chez moi. Je n’ai pas réécouté l’album de Transatlantic avant la mi-mars. C’est là que j’ai commencé à me dire : « Oh, peut-être que c’est trop long ! Peut-être que ça serait bénéfique de couper des parties. » J’ai commencé à expérimenter avec des découpages et tout. C’était dur de savoir exactement, mais je me disais que c’était mieux… C’était difficile parce que j’aimais tout ce qui s’y trouvait, mais c’est comme un film, tu peux aimer certaines scènes d’un film, mais souvent le réalisateur trouvera que le rythme du film est meilleur sans ces scènes. J’ai donc retiré des chansons et tout.

« J’étais contre The Absolute Universe. J’ai dit : ‘Je ne sais même pas ce que ça veut dire. Qu’est-ce que ça veut dire ? Par opposition à l’univers partiel ? De quoi vous parlez ?’ [Rires] »

Ensuite nous avons eu une réunion Skype en mai. Nous essayions de décider ce qui allait être la version définitive et ce qui allait être la version bonus. Nous avions du mal à prendre cette décision. C’est là que Mike a eu l’idée de tout sortir d’un coup. Il était très enthousiaste à cette idée et j’étais là : « Oh, d’accord… » Le truc qui me plaisait dans cette idée était qu’alors nous n’étions plus obligés de nous disputer pour décider. Nous pouvions avoir deux versions différentes et nous n’étions pas obligés d’essayer de déterminer quelle serait la version définitive. Pour moi, c’était artistiquement très libérateur. J’ai donc commencé à travailler sur une réécriture de l’album qui est devenue The Breath Of Life, la version raccourcie. C’était en juin et juillet que j’ai travaillé là-dessus. Puis j’ai tout envoyé à Rich pour que ce soit mixé, vers le 15 juillet. Il a commencé à mixer le tout, je crois, en septembre et il a fini le mix de la version longue au 15 octobre, alors que nous étions censés livrer l’album complet le 1er octobre. Tout a pris beaucoup de retard. J’étais en vacances dans le Colorado quand j’ai dû rechanter des trucs, tout comme les autres, en envoyant tout ça à Rich à la dernière minute. C’était fou. C’était tellement de boulot ! J’ai probablement passé un mois ou un mois et demi de plus dessus que le temps qui aurait été nécessaire si ça n’avait été qu’un album [rires]. J’espère que les gens l’apprécieront. J’ai encore la tête qui tourne à cause de la quantité de musique que ça fait.

Rien que le double album que vous aviez commencé à faire au départ, ça représente beaucoup de musique en soi. Y avait-il un déferlement d’inspiration durant ces sessions initiales ?

Oui, il y a eu beaucoup d’inspiration ! Plein de bonnes choses se sont produites dans la pièce où nous étions réunis. Il y avait déjà eu beaucoup d’inspiration avant même que nous arrivions là-bas. En particulier les démos de Roine, il y avait plein de trucs super là-dedans. Puis j’avais l’impression parfois que Dieu me donnait des choses à trois heures du matin durant cette semaine-là. Je me souviens de m’être réveillé à trois heures du matin pour m’amuser avec ce qui est devenu « Love Made A Way », en me disant que c’était quelque chose de spécial dont nous avions besoin. Quand on décide de faire un gros album épique, il y a certaines choses qui sont nécessaires, il faut un morceau de musique qui représente le sommet de la montagne, accompagné d’un message en adéquation. Et c’est vraiment sympa d’avoir quelque chose qui peut revenir à plusieurs reprises dans l’album, qu’on peut peut-être jouer de manière triste et ensuite faire revenir de manière triomphale à la fin. Je trouve que tout a super bien marché.

Transatlantic n’est pas ce qu’on pourrait appeler un groupe « commercial ». Votre public est assez habitué aux doubles albums et aux longs morceaux, donc je ne pense pas que ça les dérange d’avoir autant de musique, bien au contraire. Du coup, à qui est destinée la version abrégée ?

Honnêtement, la version abrégée, la version plus courte est un album différent. Je veux dire que si tu écoutes, le premier morceau a été complètement modifié, les paroles ont beaucoup changé, les arrangements de chant sont différents, les couplets de « Higher Than The Morning » sont différents… Puis il y a un morceau additionnel, « Can You Feel It », qui a été mis à la place de « Lonesome Rebel ». Je pense que c’est une autre manière de voir l’album. C’est aussi un mix différent. Ils sonnent différemment. Ils sont très différents. J’invite tout le monde à écouter les deux versions l’esprit ouvert et à voir ce qu’il en pense.

Vous n’arriviez pas à vous décider sur la version de l’album à faire, donc vous n’avez pas décidé et vous avez fait les deux. Est-ce que c’est souvent compliqué dans Transatlantic de prendre des décisions ?

Oui ! Vu que nous ne sommes que quatre, c’est assez facile de se retrouver avec deux pour et deux contre, et dans ce cas, qui gagne ? Ça peut être difficile. J’avais d’ailleurs suggéré qu’on fasse intervenir une cinquième personne, un producteur, Rich Mouser ou Thomas Waber d’Inside Out ou je ne sais qui. J’ai fait cette suggestion quand nous nous sommes appelés par Skype en mai, mais le groupe ne voulait pas non plus faire ça. Donc voilà ce que nous nous sommes retrouvés à faire, mais oui, ça arrive souvent que nous que ne soyons pas d’accord sur les choses. Mais pas de problème. Je veux dire que plein de groupes sont comme ça. Je pense qu’il y a quelque chose dans cette tension qui produit de bonnes œuvres d’art. Il semblerait. Je veux dire qu’au sein des Beatles il y avait beaucoup de tension. Je sais que dans Yes il y avait pas mal de tension. Crosby, Stills And Nash étaient bien connus pour tout le temps se disputer sur les choses [rires]. Et pourtant mes albums préférés de ces gens restent ceux qui ont été réalisés par l’équipe originelle. Il y a donc parfois quelque chose qui produit du grand art quand ça bataille entre les membres. On le voit dans le film sur Queen, Bohemian Rhapsody, quand Freddie Mercury part pour faire son propre truc et finalement, il ne trouve pas ça aussi bien.

« Je me sens libre de créer et si j’aime quelque chose, je le fais. Ça n’a pas vraiment d’importance à mes yeux si c’est considéré comme étant prog ou pas. »

Comment as-tu retravaillé les chansons pour la version abrégée de l’album ?

J’ai trouvé ça amusant parce qu’en gros, on m’a donné carte blanche pour faire à peu près ce que je voulais sur la version The Breath Of Life. Ce que j’ai fait était très simple. J’avais les masters des chansons sur l’ordinateur et quand j’arrivais à une partie pour laquelle je m’interrogeais… C’est intéressant quand on modifie quelque chose – un livre, un film ou un album comme celui-ci – car on découvre des choses. Le thème de Pete, qui est le thème musical qui fait [chante la mélodie d’intro de « The Sun Comes Up Today »] et qui démarre le second disque sur la version Forevermore, il est très proéminent à la fin, mais il n’était pas mentionné au début. Donc pendant que j’étais en train de travailler dessus, je me suis dit : « Il faut qu’on cale le thème de Pete là-dedans. Il faut qu’il soit présent dans ‘Overture’. » J’ai donc fait une entaille à un endroit et j’ai pensé : « A partir de cette phrase descendante qui ralentit pour atterrir sur ce thème, pourquoi n’essaie-t-on pas d’y mettre le thème de Pete, juste là ? » J’ai donc fait une coupure à cet endroit, j’ai fait une nouvelle piste de click, j’ai joué le piano et la batterie, et j’ai réalisé une maquette pour les gars. Je la leur ai envoyée et ils ont tout remplacé. Nous avons dû mettre toutes leurs nouvelles pistes dans ce petit espace. C’était un boulot de dingue et c’était fou de faire ça, mais ma motivation à ce moment-là avait un but. Pour une raison, je pensais que ça allait être meilleur. Des fois, je me disais : « Bon, je suis pas hyper emballé par ce couplet. Et si on faisait ça ? » Je changeais la mélodie et j’écrivais de nouvelles paroles, et je disais : « Je pense que je préfère comme ça. » Il s’agissait donc juste de prendre des choses en se disant : « Bon, qu’est-ce qui pourrait aller ici et qui serait mieux ? »

L’une des raisons pour lesquelles nous avons retiré « Lonesome Rebel » pour mettre « Can You Feel It » à la place… J’aime beaucoup la chanson « Lonesome Rebel ». D’ailleurs, j’ai coécrit les couplets sur place, je crois, avec Roine – bon, avec tous, en fait. Je veux être clair, ce n’est pas que je n’aimais pas la chanson. C’était que, maintenant que le disque ne dure plus qu’une heure, tu n’as pas envie de de te retrouver avec un petit morceau calme en guitare acoustique aussi près de la fin. Je trouvais que ce serait mieux de partir sur quelque chose qui aurait plus d’élan, car nous approchions de la fin du disque. Je regarde l’arc décrit par l’ensemble de la musique et j’essaye de lui donner une logique, et puis je savais que nous allions faire des trucs lents à la fin aussi, donc il y aurait eu ce plateau. Bref, voilà comment j’ai abordé ça.

Tu ne t’es pas perdu dans le processus avec toutes ces parties différentes ou versions différentes des mêmes chansons ? Ça ne t’embrouillait pas parfois ?

Oui ! D’ailleurs, maintenant qu’il est fini, je trouve qu’il manque encore quelque chose dans l’ « Overture ». J’ai récemment réalisé : « Oh, j’aurais dû mettre ça là-dedans ! » Au bout du compte, Dieu merci, il faut lâcher prise.

Quelle a été la réaction du label à ça ? Avaient-ils des réserves ou bien ont-ils tout de suite soutenu ce projet ?

Ils avaient des réserves concernant les classements de ventes, car en ayant tous ces produits différents avec des codes-barres différents, ça allait faire que nous n’allions pas être classés comme nous le sommes normalement. D’ailleurs, il faut que je demande ce qu’il en est à ce sujet – je me fais une note. Mais ce n’était qu’une considération minime. Inside Out est super. Ils te laissent plus ou moins faire ce que tu veux, sur le plan créatif. C’était super, nous avions une liberté totale pour faire tout ce que nous voulions.

Il est bien connu qu’aujourd’hui les gens ont une capacité de concentration réduite, donc j’imagine que la version abrégée est bien adaptée à ça, mais penses-tu que le rock progressif, de façon générale, ait pu en souffrir ?

Je ne sais pas. Le public rock progressif est composé d’irréductibles. Ils aiment les longs albums et les longues chansons. Pour eux, plus c’est long, mieux c’est, donc je ne suis pas forcément d’accord. Soit dit en passant, on parle de la version abrégée comme étant courte [petits rires], mais elle dure quand même une heure et c’est un seul morceau. Elle fait à peu près la même durée que, peut-être, The Whirlwind ou quelque chose comme ça. Je ne me soucie pas autant de la longueur des chansons ou des morceaux de musique que, bien sûr, de leur qualité, et je sais que c’est aussi le cas des gens dans la communauté prog.

« Parfois j’entends des idées, que ça me plaise ou non, très tôt le matin et je n’ai pas envie de sortir du lit, mais si c’est quelque chose que je trouve vraiment bon, j’ai envie d’être un bon intendant et faire ma part du boulot. »

The Absolute Universe est aussi un concept album contemporain, chaque chanson étant un chapitre d’une plus grande composition. Il parle des épreuves qui touchent tout le monde dans la société actuelle. Donc évidemment, le virus en fait largement partie. A quel moment le concept est-il apparu et a-t-il pris cette direction ?

A aucun moment nous en avions parlé, mais je pense que la musique était déjà comme ça. Je veux dire qu’il y avait déjà des thèmes qui s’entrecroisaient tout au long de l’album. Au moment où nous étions en train de le composer, c’était évident qu’il s’agissait d’un concept album, que nous nous en rendions compte ou pas, parce que nous arrivions parfois à un passage et nous ne savions pas trop quelle direction prendre, et quelqu’un disait : « Et si on prenait ce thème qui est joué plus tôt pour le rejouer cette fois de manière agressive ? » ou « Et si on prenait cette partie qu’on vient de jouer à la guitare acoustique, mais cette fois je la chante ? » Tout ça se prête à faire un album conceptuel. Il y a aussi ça qui est très intéressant : j’ai écrit des paroles à trois moments différents. J’ai écrit des paroles quand j’étais en train de travailler sur ce que j’appelle mon premier brouillon, avant que nous nous réunissions en 2019. A cette époque, je me disais que peut-être nous ferions une suite à The Whirlwind. C’est la raison pour laquelle certaines paroles contiennent le mot « whirlwind ». Mais ça ne semblait pas être la direction que ça voulait prendre quand nous étions ensemble. Puis il y a eu ma seconde période d’écriture, en janvier 2020, où j’ai commencé à écrire sur quelque chose d’un petit peu différent. Puis la période suivante était en juin 2020, en pleine pandémie. Je ne sais pas comment ça fonctionne, mais chacun écrit les paroles de ses propres sections, en fonction d’où il en est et de ce à quoi il pense, mais je ne sais comment, tout s’imbrique bien. Il y a une cohésion que même moi je ne comprends pas complètement.

Pour mes parties, ce n’est pas très compliqué : Dieu nous aidera à traverser les moments difficiles si on se tourne vers lui. Dans « Love Made A Way », je parle de l’amour de Dieu. Ça n’engage que moi, tout le monde ne ressent pas la même chose dans le groupe. Je ne veux pas parler à la place de qui que ce soit d’autre, mais pour ma part, toute la dernière section parle de l’amour de Dieu : « Gratuit parce que ça ne coûte rien, profondément… » Tous ces adjectifs et choses renvoient à l’immensité de l’esprit de Dieu. En gros, quelles que soient nos circonstances, à travers la pandémie, à travers les émeutes, à travers l’insurrection, à travers tout, on peut avoir la paix et trouver l’amour dont on a besoin par le biais de l’esprit.

Tu as mentionné le fait que tu avais initialement songé à faire une suite à The Whirlwind : en fait, The Breath Of Life sont les derniers mots prononcés dans The Whirlwind…

Exact. C’était l’idée de Mike. Il m’a appelé quand nous étions en train de décider d’un titre d’album. Il a dit : « J’aimerais renvoyer à quelque chose de The Whirlwind, mais sans que ce soit The Whirlwind II et quoi que ce soit de ce genre. Y a-t-il une phrase ou quelque chose qui pourrait convenir ? » Il m’a laissé avec ça et je lui ai envoyé l’idée de The Breath Of Life. Nous avons tous les deux voulu que ce soit le titre de l’album, mais Pete et Roine n’aimaient pas. Nous étions alors donc divisés à cinquante-cinquante sur le titre de l’album [rires]. C’est fou ! Je ne sais pas pourquoi, il semblait que nous avions beaucoup de mal à obtenir un vote à trois contre un sur presque tout. D’ailleurs, j’étais contre The Absolute Universe. J’ai dit : « Je ne sais même pas ce que ça veut dire. Qu’est-ce que ça veut dire ? Par opposition à l’univers partiel ? De quoi vous parlez ? » [Rires] Mais à ce moment-là, j’ai dit : « Eh, si vous aimez tous les trois, oubliez, peu importe, sortons ce machin. » Bref, c’est de là qu’est venu The Breath Of Life. C’était intentionnel que ça fasse référence à la dernière partie de The Whilrwind.

C’est la première fois que le vaisseau mère de Transatlantic est représenté de manière futuriste et part dans l’espace. Qu’est-ce que ça symbolise pour vous ?

En fait, je n’ai rien à voir avec l’artwork. Il y a certains moments, dans certains groupes, où je pense qu’il est sain de laisser des trucs à la charge de quelqu’un d’autre en disant simplement : « Je te fais confiance. » Je veux le voir, mais je ne serai pas tellement impliqué dedans. A l’époque, j’étais en train de travailler sur un nouvel album et j’étais là : « Eh, c’est comme vous voulez pour l’artwork, les gars, ça me va. Je m’en fiche un peu. » Tu prends en charge les choses qui te passionnent et tu laisses d’autres gens gérer le reste. Donc Mike a pris en charge l’artwork, les vidéos, le marketing… Tout ça c’est le bébé de Mike.

« Je ne pense pas que nous savions réellement ce que nous étions en train de faire [sur le premier album SMPT:e] [rires]. Ça avançait tellement vite ! Tout allait très vite, je n’avais pas l’habitude de travailler comme ça. »

Est-ce que ça veut dire qu’en général, tu te fiches des artworks ?

Un petit peu, parce que ce n’est pas de la musique [rires]. C’est toujours le principal pour moi : la musique et les paroles. D’ailleurs, Mike ne participe pas du tout aux paroles. Il est là : « C’est une casquette que je n’ai pas besoin de porter. » Ça fonctionne bien. Je suis très content de laisser d’autres gens s’occuper de choses pour lesquelles ils sont doués. Je pense que c’est important pour nous de ne pas essayer d’être hyper impliqués dans les moindres détails. Je me soucie de l’artwork, mais je savais qu’ils feraient du bon boulot. Je leur fais confiance.

Il y a deux titres qui, je trouve, se démarquent : « The Darkness In The Light », avec ce côté funky – Pete et Mike groovent énormément ! – et « Looking For The Light » qui a presque un côté comédie musicale par moments. Peux-tu nous en parler ?

Bien sûr. « The Darkness In The Light » était basée sur une démo de Roine. Je ne crois pas que nous en ayons beaucoup dévié. Ils ont simplement commencé à groover dessus et nous avons commencé à jammer. Roine n’avait pas de paroles pour ce morceau, excepté le refrain, je crois – c’est ce dont je me souviens, je me trompe peut-être – mais oui, ça vient juste d’un jam que nous avons fait sur la base de ce qu’a apporté Roine. « Looking For The Light » c’était aussi un jam, mais sur quelque chose que j’ai apporté. J’avais apporté le [chante l’intro]. J’avais pas mal écouté Pictures At An Exhibition d’Emerson, Lake & Plamer et j’aimais le passage [chante le thème heavy de « The Gnome »] avec l’orgue heavy qui joue par-dessus. J’ai été influencé par ça. Je crois que nous avons composé le refrain ensemble sur place ; je crois qu’ils n’aimaient pas trop le refrain que j’avais, donc nous en avons fait un autre. Quand j’étais en train d’écrire les paroles de la seconde chanson, « Looking For The Light (Reprise) »… Il y a des années, je me suis intéressé à l’écrivaine Ayn Rand, qui a écrit un livre qui s’appelle La Grève, et aussi La Source De Vie et La Vertu D’égoïsme – elle explique que la meilleure façon d’être un bon être humain c’est en étant totalement égoïste et qu’ensuite, un tas de belles choses ressortiront de la source de vie de notre ego. J’ai adhéré à cette idée pendant un moment, mais j’ai ensuite réalisé que ça ne faisait que me rendre froid et solitaire, c’est ce que je dis dans l’album, et que le fait de chercher Dieu, sa lumière et qui il est en Jésus était vraiment ce qui insufflait de la vie en moi.

Quel est ton passage préféré dans l’album ?

Dans The Breath Of Life, mes passages préférés sont « Overture » et « Reaching For The Sky » – j’aime beaucoup la nouvelle version de cette chanson, je la trouve très bonne – et ensuite « Love Made A Way », j’adore la fin. Enfin, j’adore l’ensemble, il y a plein de choses super là-dedans, mais j’aime beaucoup le début et la fin, particulièrement.

Transatlantic est un groupe de prog rock mais il y a aussi une part de pop, ce qui reflète tes propres goûts : tu es fan de prog mais aussi de pop, comme les Beatles. Y a-t-il parfois une forme de tension entre ces deux aspects dans ta composition ?

Parfois, mais surtout je me sens libre de créer et si j’aime quelque chose, je le fais. Ça n’a pas vraiment d’importance à mes yeux si c’est considéré comme étant prog ou pas. Pour créer avec intégrité, je pense qu’il faut simplement faire ce qu’on a en soi, sans considérer ce que quiconque pense ou quoi que ce soit de ce genre. C’est donc ce que j’essaye de faire.

En à peine deux années, tu as sorti énormément d’albums, dont des doubles : deux albums solos (Jesus Christ: The Exocist et Sola Gratia), The Great Adventure avec le Neal Morse Band, Third Degree avec Flying Colors, un album de Noël (Last Minute Christmas Album) et maintenant un nouveau Transatlantic. N’es-tu jamais à court d’inspiration ?

[Rires] Je vais te dire, quelle bénédiction ! J’ai du mal parfois à suivre. J’ai maintenant une accumulation de, je ne sais pas, genre vingt-cinq chansons dont il faudrait que je fasse des démos. Parfois j’entends des idées, que ça me plaise ou non, très tôt le matin et je n’ai pas envie de sortir du lit, mais si c’est quelque chose que je trouve vraiment bon, j’ai envie d’être un bon intendant et faire ma part du boulot, qui consiste à me lever, à le chanter dans mon téléphone et à lui donner un nom. On dirait que ce n’est pas près de s’arrêter. Je continue à avoir sans cesse des idées et j’en suis très reconnaissant. Je n’ai pas envie de fanfaronner parce que souvent ce sont juste des choses que j’entends et sur lesquelles j’aime beaucoup travailler. Donc ce n’est pas comme si je travaillais vraiment comme un forcené. Enfin, si, je travaille dur, mais j’aime tellement ce que je fais que ce serait difficile d’appeler ça un travail. Donc je suis vraiment reconnaissant.

Tes fans arrivent à te suivre avec toutes ces sorties ?

Certains oui, certains non. Je ne sais pas. Cela ne me concerne pas vraiment. Mon job est de produire la musique et la sortir. Ensuite, je fais confiance à Dieu pour que la musique se fraye un chemin vers le cœur des gens.

« Il n’y a aucune limite avec Dieu. Nous sommes limités et nous pensons de manière limitée, mais Dieu est illimité. Donc le meilleur album de ma vie pourrait me venir demain et c’est très excitant. »

Le tout premier album de Transatlantic, SMPT:e vient d’avoir vingt ans l’an dernier. Avec le recul, quel est ton regard sur cet album et cette époque ?

Oui, c’est fou ! Je suis stupéfait que le résultat ait été aussi bon. Je l’écoute de temps en temps et j’aime tout l’espace qu’il contient – il a beaucoup d’espace. Il y a vraiment un bon feeling dans cet album, plein de bonnes choses. J’en attribue les mérites à Dieu, car je ne pense pas que nous savions réellement ce que nous étions en train de faire [rires]. Ça avançait tellement vite ! Tout allait très vite, je n’avais pas l’habitude de travailler comme ça. Nous enregistrions un tas de trucs et nous revenions le lendemain matin pour réécouter, et je n’avais aucune idée où ça allait. Je ne m’en souvenais pas et ensuite j’étais là : « Oh, d’accord, je suppose que c’est bien. » Il me faut un peu plus de temps pour digérer les choses que d’autres, particulièrement Mike. Mike, il ne lui faut pas beaucoup de temps pour dire : « Ouais, c’est super, on y va ! » Tandis que je suis encore là : « Euh, t’es sûr ? » C’est comme ça que je l’ai vécu. J’ai plein de souvenirs de cette époque. Mes enfants étaient petits et ma famille m’accompagnait. Nous avons conduit jusqu’au nord de l’Etat de New York pour nous rendre au studio où nous nous sommes réunis. Roine était le seul que j’avais rencontré avant. J’ai rencontré Mike et Pete pour la première fois dans le hall d’entrée du studio. Nous y sommes allés et nous avons commencé à faire nos trucs, à écouter des démos et à choisir les bonnes parties. Mike est très bon quand il s’agit de sélectionner les meilleures parties dans ce qu’apportent les gens et de les assembler. C’était un défi pour moi. Je n’avais pas l’habitude de voir les musiques être autant remaniées et si rapidement. J’avais du mal, mais il y a eu de grands moments. J’écrivais les paroles le matin et je les apportais aux gars en leur demandant ce qu’ils en pensaient. J’y repense aujourd’hui et je trouve que c’était vraiment une époque bénie.

Qu’est-ce qui vous a rassemblés au départ ?

A l’origine, vers 97, Mike m’a appelé. Il avait eu mon numéro par le biais d’un ami commun et il m’a appelé, je l’ai remercié pour toute la bonne presse qu’il nous avait faite pour Spock’s Beard. Il m’a demandé si je voulais faire un projet avec lui et Jim Matheos de Fates Warning. J’ai dit : « Bien sûr. » Il était très occupé, j’étais très occupé. Nous en parlions environ tous les quatre mois. Il a fini par dire : « Je ne crois pas que Jim va le faire. Trouvons d’autres personnes. » J’ai donc dit : « Que dirais-tu de ce gars, Roine Stolt ? J’aime beaucoup les Flower Kings » et il a choisi Pete. Puis en 99, nous nous sommes enfin réunis et nous avons fait l’album.

Quand vous avez créé Transatlantic, vous étiez déjà tous très expérimentés, mais vingt années d’expérience en plus, ce n’est pas rien. Comment votre alchimie a-t-elle évolué en vingt ans avec toute cette expérience accumulée ?

Quand nous nous sommes retrouvés pour faire ce nouvel album, quand nous avons commencé à jouer dans une pièce, pour moi, c’était comme si nous ne nous étions jamais quittés. C’était genre : « Oh, c’est Transatlantic ! » Ces ingrédients réunis créent un son particulier et c’est super. Ça s’est vraiment transformé en quelque chose qui est au-delà du projet parallèle. Il y a un son de groupe, ce qui est vraiment cool. Je pense que ça n’a jamais changé. Nous nous réunissons et nous essayons de créer la meilleure musique que nous pouvons créer ensemble. Nous n’essayons jamais vraiment d’avoir une autre intention que ça.

Avec The Whirlwind et maintenant The Absolute Universe, vous avez constamment repoussé le côté conceptuel et progressif. Quelle serait la prochaine étape après ça ? Peut-on faire plus prog que ça ?

[Rires] Je ne sais pas ! Qui sait ce qui pourra arriver ensuite ? Je me souviens qu’après que nous ayons fait The Light, mon tout premier album en tant que Spock’s Beard, j’ai pensé : « Bon, qu’est-ce qu’on peut bien faire pour faire mieux que ça ? » J’ai souvent ressenti ça. Je me souviens, avec le Neal Morse Band quand nous avons fait Similitude Of A Dream, j’ai pensé : « Oh bon sang, je ne sais pas si nous allons un jour être capables de faire quelque chose d’aussi bon que ça. » Puis est arrivé The Great Adventure et je trouve qu’il est tout aussi bon, vraiment. Tout ça pour dire que, pour moi, il n’y a aucune limite avec Dieu. Nous sommes limités et nous pensons de manière limitée, mais Dieu est illimité. Donc le meilleur album de ma vie pourrait me venir demain et c’est très excitant.

D’ailleurs, quel est ton prochain projet ?

Le prochain projet est un album du Neal Morse Band, c’est en cours, et je suis aussi en train de travailler sur un album d’auteur-compositeur-interprète.

Interview réalisée par téléphone le 25 janvier 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : John Zocco (1) & Tobias Andersson (2,4,6).

Site officiel de Transatlantic : www.transatlanticweb.com

Acheter l’album The Absolute Universe.



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